Le Rassemblement National et le mouvement social :  » Je t’ hai-me moi non plus « 

Brochure 3.inddPar VISA (Vigilance et Initiatives Syndicales Antifasciste)*

Abandonner à La République en Marche la légitimité du combat contre le Rassemblement National, c’est l’assurance, comme lors des européennes, d’une victoire politique de l’extrême droite aux municipales. Ce parti est un danger mortel non seulement pour la démocratie et la liberté, mais encore plus pour les classes populaires qui luttent pour leur dignité.

Depuis le début du mouvement social, la présidente du Rassemblement National interprète un rôle de composition en déclarant soutenir les mobilisations contre la retraite à point. Marine Le Pen déclare ainsi appuyer « sans réserve » les manifestations contre le projet gouvernemental. Elle ajoute ne pas vouloir y participer, alors qu’elle sait pertinemment que sa venue déclencherait l’hostilité vigoureuse des manifestants.

Par cette manœuvre électoraliste cynique et perverse, la présidente du RN tente de « coller » à la colère des salarié.es qui se mobilisent contre les projets libéraux remettant en cause les acquis sociaux. Jusqu’à présent, le RN attendait patiemment qu’une partie de ces classes populaires, victimes des politiques ultra-libérales, expriment cette colère en votant pour l’extrême droite lepeniste. Cette politique allait de pair avec une dénonciation des organisations syndicales et des grévistes. Ainsi, en 1995, lors de la grève des cheminots, le journal du FN, National Hebdo, titrait, à propos des deux secrétaires nationaux de FO et de la CGT : « Blondel et Viannet en prison, ça plairait à plus d’un ».

Aujourd’hui le FN/RN adopte une nouvelle « tactique » et veut faire croire qu’il soutient la cause des grévistes alors que tout, dans sa pratique, son programme et son projet politique, passé et présent, démontre son opposition aux revendications sociales contre le libéralisme. Cette opposition allant de pair avec une dénonciation haineuse du mouvement syndical dont le rôle est de soutenir ces revendications et d’organiser les mobilisations.

Avant la grève du 5 décembre 2019, le RN a tenté ce numéro d’équilibriste en prétendant soutenir les grévistes tout en stigmatisant les syndicats, en particulier la CGT. De son côté, par la voix de son secrétaire général, Philippe Martinez, la CGT avait déclaré, dès fin novembre 2019 : « que le RN n’était pas le bienvenu dans les manifestations » et que « le problème de ce pays, ce n’est pas l’immigration, c’est le partage des richesses », ajoutant le 20 décembre 2019 « Le jour où je validerai les propos du RN, il faudra m’exclure de la CGT ». Durant le mouvement social, d’autres syndicats prendront des positions similaires.

La tentative de manipulation ayant lamentablement échouée, le parti d’extrême droite retrouve alors sa vieille haine antisyndicale en déclarant que la CGT n’aurait pas le « monopole de la contestation », qu’elle serait l’alliée « des islamistes » et autres insanités. Parallèlement, les vieilles obsessions « intégristes » et « identitaires » s’expriment à travers la déclaration de Gilbert Collard demandant une « trêve de Noël » pour respecter les traditions françaises et de Riposte Laïque, officine officieuse du FN/RN, décrivant les grèves et mobilisations comme un complot musulman visant à ruiner Noël. Le 14 janvier 2020, Marine Le Pen « se lâche » à nouveau dans les médias en déclarant : « On a toutes les raisons de détester la CGT et Monsieur Martinez », renouant ainsi avec la vieille haine antisyndicale de l’extrême droite.

Sur le fond, le discours du parti est étonnamment creux, vide, abstrait. Sa présidente, Marine Le Pen, ne prétend même pas disposer d’une ébauche de calcul, tout en se fiant à ses pseudo-recettes habituelles qui consistent à dire – en gros – que ce seront l’étranger et les étrangers qui vont payer. Ainsi, fin novembre 2019, elle prétend qu’on va trouver l’argent pour financer un système de retraite plus favorable que celui projeté par le gouvernement en taillant dans « les contributions françaises à l’Union européenne et dans les coûts de l’immigration ». Ceci en ajoutant : « Après, on regarde si ça tient. Et moi, je pense que ça tiendra. ». Tout est dans le « Après, on regarde si ça tient. » Si la recette ne marche pas, ce sera assurément encore la faute aux étrangers et aux autres pays. Enfin, cerise sur le gâteau, la solution serait « l’augmentation de la natalité française », l’adjectif « française » doit bien sûr être compris dans l’acception discriminante habituelle qu’en a le RN.

N’oublions pas les leçons de l’histoire, il n’est pas nouveau que les partis d’extrême droite fassent croire qu’ils soutiennent des revendications sociales. Le programme de 1919 du parti de Mussolini exigeait, entre autres : la retraite à 55 ans, le droit de vote des femmes, la taxation du capital et la nationalisation des trusts (évidemment jamais mis en place). En 1920, le dictateur fasciste fait croire qu’il soutient les grèves à Turin, pendant que ses fascistes attaquaient les piquets de grèves dans la Vallée du Pô. Mussolini déclarait alors : « L’important ce n’est pas ce qu’on écrit, mais ce qu’on fait. ».

Marine Le Pen pourrait dire aujourd’hui : « L’important ce n’est pas ce que je dis à la télé, mais ce que mon parti fait, regardez notre politique dans les communes que le RN et (ou) nos clones dirigent ». Ces communes sont des laboratoires pour un programme politique qu’appliquerait le RN s’il gagnait en 2022 et qui n’a rien de social.

Les actes des maires du RN ou assimilés témoignent la plupart du temps que le racisme, l’atteinte aux libertés, l’anti-syndicalisme, l’obsession sécuritaire et la haine des pauvres font toujours partie de leur ADN. Cette mémoire, nous l’avons compilée avec opiniâtreté, dans les trois tomes que nous avons publiés de « Lumières sur Mairies Brunes » (1) en concordance avec les réseaux militants locaux et le collectif intersyndical national « Uni-e-s contre l’extrême droite, ses idées et ses pratiques ». Ces exemples concrets de la nuisance sociale de l’extrême droite dans les villes qu’elle dirige sont, aussi, des outils dans les formations syndicales que nous organisons.

Les militant.es de Vigilance et Initiatives Syndicales Antifascistes, sont souvent atterré.es par l’impuissance, l’apathie et (ou) le manque de réponses et de réactions, sur les plateaux de télévision, de beaucoup d’hommes/femmes politiques, face aux mensonges, énormités et propos haineux proférés par des représentant.es du Rassemblement National.

Par ailleurs, le discours mensonger du Rassemblement National est validé par certains médias qui en font un parti comme les autres dont les propositions seraient respectueuses du cadre républicain et démocratique, alors que l’idéologie et la politique que le RN et ses acolytes appliquent dans les municipalités qu’ils dirigent préfigurent ce qu’il adviendrait des acquis sociaux, de la démocratie et des libertés s’ils parvenaient au pouvoir suprême.

La politique antisociale de Macron et le dévoiement de la nécessaire lutte contre Rassemblement National, son programme et son idéologie, constitue un véritable tremplin pour l’accession de Marine le Pen à l’Elysée en 2022. Face à ce danger mortel, la mobilisation contre le Rassemblement National, dans l’unité, de l’ensemble du mouvement syndical, du mouvement social et de celles et ceux qui le soutiennent est, plus que jamais, une nécessité absolue.

(1) Editions Syllepse

*VISA est une association intersyndicale unitaire et antifasciste composée d’une centaine de structures syndicales de la FSU et plusieurs de ses syndicats, de l’Union Syndicale Solidaires et plusieurs de ses syndicats, de fédérations et de syndicats de la CGT, de la CFDT, de la CNT-SO et le syndicat de la Magistrature. Elle se donne pour objectif de combattre l’extrême droite sur les lieux de travail. – Site : https://www.visa-isa.org/ –

Cartographie de l’ extrême droite française ( mise à jour hiver 2019-2020 )

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( un article de nos amis de La Horde Collectif antifasciste )

Nous avons repris cette année l’essentiel de la version précédente, en faisant les mises à jour nécessaires : convention de la droite initiée par l’Incorrect et Racine d’Avenir, scission au sein de l’Action française, présence d’Académie Christiana et retour de la Cocarde étudiante, présidence de Thomas Joly au sein du PDF, changement de nom du PNF, nouveaux médias (Sunrise)…

Mais pas de changements majeurs : aucun mouvement significatif ni figure émergente ne se sont manifestés au cours des huit derniers mois à l’extrême droite, ce dont on ne peut que se réjouir, évidemment. Ce manque de renouvellement montre que l’on arrive probablement au bout d’une période amorcée au milieu des années 2000, au cours de laquelle l’extrême droite avait réussi à se réinventer en partie, sans rien lâcher sur ses fondamentaux racistes, sexistes et nationalistes.

C’est vrai par exemple de Génération identitaire, dont la communication n’en finit plus de tourner à vide, du Rassemblement national qui n’arrive pas à profiter de sa position hégémonique sur le plan électoral pour jouer le rôle de rassembleur de la droite, du fait d’un positionnement politique confus, ou des “dissidents” inspirés par Soral, qui arrivent à dépasser leur mentor dans la vacuité politique, ce qui n’est pas peu dire.

Enfin, surtout chez les jeunes, des alliances improbables continuent à s’opérer, par exemple entre la Cocarde étudiante, l’Action française et les Zouaves, que pas grand-chose ne réunit sur le plan politique, si ce n’est la volonté de jouer les fiers-à-bras contre les “gauchistes” honnis.

1. Les Partisans de l’Union des Droites
Une partie de la droite conservatrice s’est lancée depuis longtemps dans une course à l’échalote avec l’extrême droite sur les questions liées à la sécurité, à l’immigration et à « l’identité française ». Mais c’est surtout pour faire sauter la digue entre toutes les droites que différents courants et autres think tanks opèrent une politique de la main tendue en direction de toutes les formations « souverainiste s».

Si certains, à l’instar de Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, ont cru un temps pouvoir incarner cette idée, c’est bien à un problème de leadership que se confrontent les différentes initiatives appelant à l’unité, comme la convention de la droite de 2019 proposée par le mensuel L’Incorrect et Racines d’Avenir, une initative dans le prolongement d’initiatives précédentes lancées dès 2015 (comme «Oz ta droite») par les époux Ménard. Beaucoup espèrent encore que Marion Maréchal fasse enfin son retour en politique, tandis que le nom d’Eric Zemmour circule aussi pour incarner ce rassemblement de toutes les droites.

On peut par ailleurs noter que l’avenir semble bien bouché pour les souverainistes qui refusent l’étiquette « de droite » comme les Patriotes qui rêvent d’un « souverainisme des deux rives » (le nationalisme de gauche étant effectivement une réalité) ou qui, comme l’UPR de François Asselineau, brouillent les cartes en profitant du confusionnisme ambiant.

2. Le Rassemblement national (ex-FN)
Fondé en 1972 entre autres par les néofascistes d’Ordre nouveau, le Front National (FN) rassemblait au début des années 1980 tous les courants de l’extrême droite, des plus traditionnels aux plus radicaux, sous l’autorité de Jean-Marie Le Pen. La scission de 1998 a affaibli le parti durant plusieurs années, jusqu’en 2011 où Marine Le Pen a succédé à son père avec la volonté affichée de s’affranchir du folklore nationaliste. Ce « nouveau » FN a permis à des personnalités comme Robert Ménard de profiter du FN sans s’engager à ses côtés, et à des radicaux comme Philippe Vardon, l’ex-leader des Identitaires, de s’inviter dans un FN prétendument normalisé (d’autant qu’on trouve, au plus près de Marine Le Pen, des anciens du GUD comme Axel Loustau ou Frédéric Chatillon). Arrivée au second tour de l’élection présidentielle de mai 2017, Marine Le Pen a déçu les attentes de son camp, et le FN a connu des troubles internes, avec le départ de Marion Maréchal, qui a fondé depuis une école pour former de futurs cadres nationalistes, l’ISSEP, puis celui de Philippot. Lors de son congrès de refondation, le FN a changé de nom pour devenir le Rassemblement national. Aujourd’hui, si la plupart des cadres font bloc derrière la présidente, certains, comme Gilbert Collard ou Thierry Mariani, estiment qu’il faudrait adopter une stratégie plus… rassembleuse, en s’ouvrant sur la droite.

3. Les réactionnaires
Collectif réactionnaire soutenu par la droite catholique, la Manif pour Tous (LMPT) a organisé en 2012-2013 des manifestations massives contre le projet de loi sur le mariage homosexuel, ses militants étant invités à faire de l’entrisme. Si LMPT semble s’être essoufflée, d’autres structures, plus discrètes, comme l’Avant-Garde, cherchent toujours à rassembler diverses tendances conservatrices pour faire du lobbying.

Elles peuvent compter sur des sites ou des revues, comme Causeur ou l’Incorrect, et sur des chroniqueurs comme Eric Zemmour ou Charlotte d’Ornellas, ou des politiques comme Jean-Frédéric Poisson, président du Parti Chrétien Démocrate, qui n’hésite pas à afficher ses positions anti-avortement. Dans ce courant, on trouve des personnalités assez influentes, comme Patrick Buisson, homme de médias et conseiller politique.

4. Les nationaux-catholiques
À chaque publication ou presque, des lectrices ou lecteurs s’étonnent de la seule présence de la religion catholique sur notre schéma, alors même que l’on trouve des personnalités et associations réactionnaires chez les Juifs ou les Musulmans, ce que personne ne nie. La différence, c’est que les groupes présentés ici ont la volonté d’associer la politique et la foi, et font preuve d’un véritable activisme militant dans ce sens (c’est pour la même raison que nous n’y avons pas mis, par exemple, l’évêque Dominique Rey). Il n’y a pas, à notre connaissance, de mouvements équivalents à Civitas dans les autres religions en France, ni de médias ou d’associations ayant la même audience. Ce particularisme catholique est somme toute logique, pas du fait de cette religion elle-même, mais pour des raisons historiques : le nationalisme de droite s’est construit politiquement en symbiose avec le catholicisme, et le camp réactionnaire et contre-révolutionnaire reste encore aujourd’hui le plus important à l’extrême droite, ce qui n’est pas le cas dans d’autres pays, où la tradition révolutionnaire l’emporte.

Ainsi, les réseaux catholiques traditionalistes sont denses, disposent de médias (tels le journal Présent, seul quotidien nationaliste, ou Radio Courtoisie) et même d’une association contre la « christianophobie » et le « racisme anti-blanc », l’Agrif.

Avec comme mot d’ordre « Dieu, Famille, Patrie », Civitas en est la principale organisation d’agitation politique. Animé par Alain Escada, Civitas est un parti politique voulant imposer sa foi à toute la société, à travers un discours ouvertement islamophobe et plus discrètement antisémite (d’où son rapprochement avec Alain Soral).

La lutte contre l’IVG est l’un des combats historiques des cathos tradis : les Marches pour la vie organisées chaque année rassemblent plusieurs milliers de personnes. La Fondation Lejeune, qui existe depuis 1996, associe un travail de recherche scientifique sur les maladies génétiques et un engagement militant contre l’avortement.

Academia Christiana, fondée en 2013, est une structure à l’initiative de Victor Aubert et Julien Langella (des Identitaires), qui se concentre sur la formation en organisant une université d’été chaque année. D’inspiration national-catholique, le mouvement fait aussi lire des auteurs païens à son public (car cet ensemble ferait partie d’un « socle civilisationnel européen »). Son réseau est assez étendu et a tendance à grossir : il va de mouvements traditionalistes (comme la Fraternité Saint-Pie-X) jusqu’à des militants nationalistes bas du front aussi adeptes de la baston ou du hooliganisme, en passant par les animateurs de La Nouvelle Librairie (Paris) ou de l’Alvarium (Angers).

5. Les groupuscules activistes
Née à la fin du XIXe siècle, l’Action française (AF) est le plus vieux mouvement nationaliste en activité. Mouvement royaliste autrefois école de formation d’extrême droite, l’AF organise toujours des rassemblements ou des débats, mais aussi des actions « coup de poing », attirant à lui une nouvelle génération de militants. À noter à ce propos qu’une fracture générationnelle sépare les anciens restés fidèles à l’antisémitisme historique du mouvement et à la nostalgie vichyste, des jeunes qui, tout en se référant toujours plus ou moins à Maurras, veulent dépoussiérer l’AF pour la rendre plus « sexy », ce qui a provoqué une énième scission.

Les Identitaires tentent depuis leur création en 2002 de se démarquer de l’extrême droite traditionnelle. Sans référence idéologique, ils ont misé sur la communication et Internet. Génération identitaire, sa structure jeune, qui a pris son autonomie en 2012, est ainsi mise en avant pour faire le buzz. Mais les Identitaires ne sont pas arrivés à se créer un espace politique distinct, et ne survivent que grâce au dynamisme de leurs homologues autrichiens ou italiens.

Le GUD , un mouvement étudiant d’inspiration nationaliste-révolutionnaire apparu à la fin des années 1960, a connu diverses renaissances au cours des dernières décennies. En 2017, ce qui reste du GUD se transforme en Zouaves sur Paris, et en « Bastion social » ailleurs en France. Adoptant des logiques d’apparitions différentes (ouverture de lieux, bandes affinitaires), ces groupes se font remarquer par leur violence physique. Affichant de pseudo-références nationalistes-révolutionnaires, ils revendiquent leur goût pour la culture casual issue des stades de foot. Auto-dissout en 2018, le Bastion social est réapparu sous différents noms (Vent d’Est, Edelweiss, Audace Lyon…), en tentant de brouiller les pistes. Ces groupes reçoivent à l’occasion le renfort de supporters de foot d’extrême droite pour mener leurs agressions.

Pour ce qui est des skinheads d’extrême droite, il n’existe plus d’organisation les fédérant au niveau national : ce sont des bandes informelles mélangeant code skinhead et délire à la Sons Of Anarchy, qui représentent cependant toujours une menace. Depuis la dissolution en 2013 des JNR et de Troisième Voie de Serge Ayoub (qui s’est recyclé en fondant un club de bikers), les skins d’extrême droite se sont éparpillés dans la nature. Pour les distraire, certains organisent des concerts néonazis (quelques groupes comme Lemovice ou Match Retour maintiennent une activité à ce niveau), dont l’objectif est souvent autant mercantile que véritablement militant.

6. Les nostalgiques
Plusieurs formations tentent de maintenir la flamme du Front national des années 1980. Ironie de l’histoire, Jean-Marie Le Pen, fondateur et président du FN pendant 40 ans a été depuis 2015 mis au ban du parti par sa propre fille : à plus de 90 ans, difficile de lui donner un avenir politique, mais son charisme lui permet de jouer les vedettes au sein de l’extrême droite radicale.

Fondé en 2009 par Carl Lang, ancien n°2 du FN, et actuellement présidé par Thomas Joly, le Parti de la France essaye de regrouper toutes les tendances de la mouvance nationaliste, y compris les plus radicales. Ses résultats électoraux restent insignifiants, et sa composition militante, allant de notables d’extrême droite aux skinheads, a tout de l’auberge espagnole.

Synthèse Nationale (SN) est une revue dirigée par Roland Hélie, dont la ligne éditoriale est « pas d’ennemi à l’extrême droite ». Tous les ans, SN organise une « Journée nationale et identitaire », qui regroupe entre autres has been, Jean-Marie Le Pen, Alain Escada, Richard Roudier et Serge Ayoub…

D’autres groupuscules encore plus confidentiels se revendiquent ouvertement du fascisme historique. C’est le cas des Nationalistes (ex-PNF) qui s’inscrivent dans la continuité de l’Œuvre française dissoute en 2013, proche des nostalgiques de Vichy ou de l’Algérie française ; ils sont aujourd’hui quasiment inexistants. Dans la même veine, on peut également citer par charité la Dissidence française de Vincent Vauclin, ou des personnalités comme Hervé Ryssen, antisémite revendiqué, qui en s’associant, tentent de vaincre leur isolement.

7. Les outils de propagande
Prétextant une information « plurielle » et la volonté de se démarquer des médias « officiels », des sites locaux comme Breizh Info ou Lengadoc info se sont spécialisés dans les tribunes offertes à l’extrême droite, et ne font que relayer des contre-vérités racistes et sexistes. Certains tentent de proposer des médias de type professionnel (comme TV Libertés) tandis que d’autres se contentent d’exploiter les possibilités offertes par les réseaux sociaux, comme le récent Sunrise.

À noter que Russia Today ou Spoutnik, deux médias pilotés par le gouvernement de Vladimir Poutine, jouent la même partition, en offrant à l’extrême droite une surexposition et en la présentant de façon complaisante.

D’autres sites, comme Riposte laïque ou Égalité & Réconciliation, assurent aussi la diffusion de la propagande d’extrême droite. Ils sont animés par des collectifs dont l’activité, faute de militants, reste cantonnée à Internet et l’organisation de conférences, malgré une volonté affichée de faire aussi de l’activisme.

Créée en 2007, Riposte laïque exprime son islamophobie obsessionnelle sur son site et offre une tribune à de nombreux militants nationalistes aussi isolés qu’eux. Sur une ligne très proche, on trouve le SIEL de Karim Ouchikh et le Conseil national de la Résistance européenne de Renaud Camus, le promoteur de la théorie fumeuse du « Grand Remplacement ».

Fondé par Alain Soral également en 2007, Égalité & Réconciliation avait à l’origine comme ambition de regrouper nationalistes de droite et patriotes de gauche. Mais aujourd’hui E&R n’est plus que le fan-club de Soral, qui se caractérise par son antiféminisme et son antisémitisme virulents. Le négationnisme peut en tout cas remercier E&R et Dieudonné qui auront contribué à populariser ses thèses délirantes, défendues par Vincent Reynouard qui a ainsi pu étendre son auditoire.

Cet activisme virtuel, qui consiste principalement à s’inviter les uns les autres pour dire toujours la même chose, peut donner l’illusion d’une communauté soudée : mais l’égocentrisme de ces « stars » éphémères débouche davantage sur des embrouilles et des « clashs » que de véritables projets politiques.

Dans le sillage de Soral, qui a mis le pied à l’étrier à certains d’entre eux mais avec lequel tous sont fâchés ou presque, divers individus se sont fait un nom sur Internet à travers des vidéos dans lesquelles ils exhibent leur amour du nazisme en toute décontraction comme Daniel Conversano, ou remettent au goût du jour la figure du macho réac franchouillard comme Papacito qui à l’instar du dessinateur Marsault, est publié par les éditions RING. De vieux briscards comme Henri de Lesquen, devenu malgré lui une icône geek, peuvent aussi parfois faire ainsi un come-back à moindre frais.

D’autres enfin, comme Vincent Lapierre, formé chez E&R, ont réussi à se faire reconnaître comme média «indépendant», alors que Le Média pour Tous est toujours, quoiqu’il en dise, au service de l’extrême droite.

Les think tanks
L’extrême droite a bien compris que, pour réhabiliter sa vision inégalitaire du monde et pouvoir à nouveau s’imposer dans le débat public, il lui fallait au moins autant lutter sur le terrain des idées que dans la rue. Depuis les années 1970, deux groupes de réflexion, le Groupement de Recherche et d’Étude pour la Civilisation Européenne (GRECE) et le Club de l’Horloge (devenu le Carrefour de l’Horloge) y travaillent, donnant naissance à ce que les observateurs ont appelé la Nouvelle Droite. Alain de Benoist est le principal représentant de ce courant, et le seul à être véritablement un intellectuel. Esprit plutôt libre, il n’est d’aucune chapelle, ce qui lui permet, en particulier à travers la revue Éléments, de brouiller les cartes. En revanche François Bousquet, qui tient la Nouvelle Librairie à Paris, milite pour l’union des droites.

Ancien du GRECE et du Club de l’Horloge, Jean-Yves Le Gallou a quitté le FN en 1999 avant de créer en 2003 Polémia, qui prétend faire la promotion de la « réinformation », qui consiste à redonner aux thèses d’extrême droite une certaine visibilité dans l’espace médiatique, en développant en particulier ses propres médias. Se tenant à distance du militantisme du terrain, il est néanmoins très proche des Identitaires.

La Horde

Municipales 2020 : Stéphane Delahaye candidat RN à Sotteville lès Rouen

sotteville-les-rouen-rassemblement-nationale-7_26288913_20191210140533Dans un article paru sur le site de Ras l’front Rouen, le 21 avril 2011, nous parlions d’ un groupuscule le MUDI ( Mouvement Unitaire des Droites Indépendantes ) et de son président, un certain Stéphane Delahaye, conseiller municipal sortant.
A l’ époque nous écrivions :
«  Nous ne pensons pas que le MUDI soit appelé à un grand développement, selon toutes vraisemblances il retournera dans le giron de l’ extrême droite qui est sa place naturelle… » .
C ‘est chose faite, Stéphane Delahaye est de retour au bercail, il sera tête de liste aux prochaines élections municipales de 2020, à Sotteville lès Rouen, sous l’ étiquette RN.
On le voit au centre de la photo parue dans Paris-Normandie, annonçant sa candidature, au côtés de de l’ ineffable Guillaume Pennelle secrétaire départemental du RN, et de Nicolas Goury le militant à la double appartenance : RN et Mouvement Identitaire.

Que pense le Rassemblement National du réforme des retraites ?

Marine-Le-Pen-Vieux-min-625x364 (1)( Un article de nos amis de la Horde )

C’est l’engagement 52 du programme du Rassemblement national (le même que celui de la candidate Le Pen en 2017) : « fixer l’âge légal de la retraite à 60 ans avec 40 annuités de cotisations pour percevoir une retraite pleine. » On pourrait donc trouver finalement légitime, si l’on met de côté toutes les autres mesures anti-sociales de son programme, que le parti de Marine Le Pen défile aujourd’hui… Et pourtant, quand on revient un peu en arrière sur l’attitude du FN-RN concernant les réformes successives sur la question des retraites et les mouvements de protestation qui les ont accompagnées, difficile de lui apporter le moindre crédit !

Au début des années 1990, si le Front national s’intéresse aux retraités, c’est que les sondages indiquent qu’ils constituent une part non négligeable de son électorat. Ainsi, en 1992 est créé le Cercle National des Retraités et des Pré-retraités, piloté par Claude Runner (cf. Géraud Durand, Enquête au cœur du Front national). L’idée est d’apporter une aide concrète aux retraités, à travers des renseignements pratiques compilés dans un Guide du départ à la retraite. Le Cercle organise également des réunions publiques, dont une, en février 1996, rassemble près de deux mille personnes, et à laquelle participe Jean-Marie Le Pen lui-même, accompagné de Bruno Gollnisch et Alain Dumait, un libéral-conservateur président et fondateur de l’association Contribuables associés qui, quelques années plus tard, fondera un « Comité pour l’entente à droite » visant à privilégier des accords électoraux entre droite et FN.

Lors du mouvement de protestation contre la réforme des retraites en 2003 initiée par François Fillon, Jean-Marie Le Pen s’emporte contre les « gréviculteurs publics qui passent de l’inégalité à la sédition” et déploré que “la France s’enfonce dans l’anarchie », accuse le gouvernement de “reculer devant la pression de la rue, manipulée par la gauche et l’extrême gauche »[1]. Pourtant, si le FN s’oppose à l’augmentation des cotisations et préfère un système à la carte où chacun partirait à la retrait quand il le souhaite, dans le même temps le parti de Jean-Marie Le Pen défend un allongement de la durée hebdomadaire du travail de 35 à 42 heures et le report progressif de la retraite de 60 à 70 ans… Tout en pointant du doigt, sans surprise, les étrangers : « Les immigrés d’aujourd’hui sont les chômeurs de demain et les retraités d’après-demain ; l’immigration, c’est le chômage des étrangers qui s’ajoute à celui des Français, les retraités étrangers qui s’ajoutent aux retraités français » déclare Carl Lang, alors secrétaire général du mouvement. De son côté, Louis Aliot, dans National Hebdo, se désole en voyant des milliers de travailleurs dans les rues : « Il est ahurissant de constater que tous ces syndicats, hier aux ordres de Moscou (…), continuent, sans être combattus, d’empêcher toute réforme vitale pour l’avenir de la nation ». No comment !

Lors du mouvement de 2010 face à la réforme qui prévoyait le relèvement de 60 à 62 ans de l’âge légal de départ à la retraite, Marine Le Pen, qui n’est encore pour quelques mois que vice-présidente du FN, si elle considère la réforme comme « profondément injuste et totalement inefficace », en profite surtout pour casser du sucre sur le dos des syndicats. Ainsi, à Toulouse en octobre, alors qu’elle est en pleine campagne pour la présidence de son parti, elle désigne les syndicats comme « complices du système » car ils auraient accompagnés l’augmentation du chômage en ne protestant pas contre l’ouverture des frontières, qui aboutit selon elle à la remise en cause de « toute la protection sociale ». Et elle continue : « ces gens sont là pour canaliser la colère. Ils font mine de défendre les salariés et puis ils acceptent quelques miettes du gouvernement et disent halte au feu, on a obtenu ce qu’on voulait. » Mais dans le même temps, elle s’inquiète des « cohortes de casseurs qui en profitent inévitablement pour effectuer des razzias » alors que « l’Etat a peur et se soumet à des bandes violentes en donnant l’ordre aux forces de police de ne pas répondre ». Toujours le même problème de cohérence pour un parti qui cherche à la fois à se placer du côté des protestataires (sauf s’ils sont organisés) et du côté de l’ordre établi.

Ce cafouillage est renforcé sur la question des retraites, car Jean-Marie Le Pen, en janvier 2012, se déclare favorable à un relèvement de l’âge de la retraite à 65 ans, tandis que sa fille, elle, promet de rétablir le droit à la retraite à taux plein à 60 ans avec 40 annuités, sans pour autant que cela apparaisse noir sur blanc dans le programme officiel de la campagne pour les présidentielles. Par ailleurs, Marine Le Pen défend le passage à la retraite par capitalisation, favorable à celles et ceux qui en auront les moyens, et l’abaissement de l’âge de l’apprentissage à 14 ans, faisant donc travailler les plus précaires plus jeunes encore.

C’est donc tout récemment, et uniquement dans la perspective d’étendre son électorat sur sa gauche, que Marine Le Pen s’intéresse à la question. Il faut attendre la campagne pour l’élection présidentielle de 2017, et la possible influence de « l’aile gauche » du parti incarné par Florian Philippot pour que le FN s’engage, par promesse électorale, à faire voter une loi sur la retraite à 60 ans avec 40 annuités dans les deux premiers mois de son arrivée au pouvoir. Cet effet d’annonce est assez rapidement mis à mal quand elle conditionne cette loi à un « retour à l’emploi » bien vague, et la loi est désormais renvoyée à la fin du quinquennat… Comme tous les promesses de politiciens, celles de Marine Le Pen n’engagent que celles et ceux qui les croient !

Le bruit et l’ horreur

la-convention-de-la-droite-tient-son-nouveau-doriotPendant que la France rend hommage à Jacques Chirac, parfois en soulignant le souvenir du dernier moment gaulliste de la présidence de la cinquième République, une autre droite s’est rassemblée samedi 29 septembre. Au programme de cette “convention”, des habitué.e.s de la sphère catholique et conservatrice, Paul-Marie Coûteaux, Marion Maréchal (la revoilà), avec la présence des indéboulonnables éditorialistes Ivan Rioufol et Gilles-William Goldnadel. Un petit monde qui crie à l’assassinat de l’identité française depuis toujours, mais qui sonne depuis quelque temps en voie de radicalisation. Le clou du spectacle était Eric Zemmour, babtou fragile que l’on ne présente plus et qui a bénéficié de la retransmission en direct de son discours par la chaîne LCI. Mal informée sans doute de sa deuxième condamnation pour des propos incitant à la haine de la religion (musulmane en l’occurrence), la chaîne fait la courte échelle au polémiste.
Résultat, trente-deux minutes d’un cas rare de paranoïa aiguë qui serait risible si son propos ne recevait pas dans cette petite officine de la droite dure des applaudissements soutenus. Les ramifications de ce petit milieu sont grandes, et au coeur de l’opération, à n’en pas douter, l’objectif est de bâtir la droite de demain. Laquelle ? La droite illibérale.
Pour Zemmour, deux totalitarismes étouffent la France : le progressisme (ou libéralisme “droit-de-l’hommiste”) et l’islam. Les deux ont forgé un “nouveau pacte germano-soviétique” (sic!). Le progressisme aurait pris la Cité : juges, médias, Etat, tous concorderaient à vouloir détruire “l’homme hétérosexuel blanc”, victime de sa trop grande tolérance et de son humanisme. L’islam contrôlerait la banlieue : des traffics de drogue aux attentats, l’alliance de “la kalach et la djellaba” imposerait sa loi aux “français de souche”. L’appel du polémiste est sans ambiguïté, il faudra résister à ces périls qui préparent “un grand remplacement”, “une colonisation à l’envers”, pour ne pas devenir “les indiens” que l’Europe a massacré. Sans le dire ouvertement, il veut renoncer à l’ambition démocratique pour fonder le pays sur son identité, ou plutôt une identité, celle qu’il présente comme l’unique véritable au détriment de toutes les autres.
Alors bien sûr Zemmour est malin, et ne s’aventure pas à crier sa haine de la démocratie. Il préfère cibler les “théories” du genre, le féminisme, les non-blancs les musulmans, les dénonçant comme en bonne voie pour contrôler toutes les décisions de l’avenir à la manière des années 1930 qui dénonçaient des “lobbys juifs et francs-maçons”. Les musulmans restent la cible prioritaire, responsables de “l’aggravation de tous les problèmes” de tous les maux de notre société, de toutes les formes de délinquances. Rien de plus facile que de démoniser l’Autre pour ensuite proposer de l’exclure de le matter, en proposant par exemple ou détour d’une phrase “la préférence nationale” comme proposition minimale de bon sens. Une démonstration absurde au regard du réel mais qui fonctionne chez les déjà-convaincus du public. Dans son esprit tordu, l’humanisme, de la tolérance affaiblissent la France et de ces citoyens qu’il conçoit légitimes (blanc et catholiques ou du moins assimilés à cette culture). Voulant y mettre fin, difficile de voir comment sa haine pourrait conserver le caractère libéral de la démocratie. Alors, pour donner de la force à son discours, Zemmour fait du Zemmour, mettant en scène l’illusion d’un passé merveilleux de virilité, d’honneur, de fierté dans la Nation, de patriarcat heureux. Références culturelles, historiques (Martel en 732, siège de Vienne en 1683), tout y passe pour dégommer ce monde, son art moderne, ses écrivains, ce présent vécu comme décadent par ce réac qui crache le monde qu’il vit en privilégié comme peu d’autres. “Vous avez raison d’avoir peur” déclare-t-il, se demandant si les français vont pouvoir vivre “majoritaires sur la terre de leurs ancêtres”. Un Zemmour sans filtre qui veut en découdre.
Quoi de nouveau sous le soleil de la part de ce multirécidiviste habitué désormais des cours de justice ? Son discours marque un tournant. Dénonçant le nazisme (“parfois raide et intolérant mais de là à le comparer à l’islam”), le stalinisme et le communisme, les génocides des indiens et des aborigènes et toutes les horreurs du passé européen pour mieux désigner les restes fragiles de notre démocratie comme les tenants d’une même logique à abattre, le polémiste s’est lancé ouvertement dans le combat, celui d’une “guerre de civilisation sur notre territoire”, selon ses propres mots. Si la violence de ses propos correspondait à un quart de programme politique, nul doute que demain serait fait d’un renouveau fasciste.
Ce samedi, la droite la plus réactionnaire préparait l’après Marine Le Pen. Sa nièce n’était d’ailleurs pas en reste, à l’aise comme un poisson dans l’eau au milieu de cette éructation identitaire. De ce triste spectacle, de ce danger, difficile de ne pas retenir le bruit et l’horreur.
Paul Elek

L’ antisémite Alain Soral une nouvelle fois condamné à la prison ferme

téléchargementCommuniqué de presse :

En état de récidive légale, Alain Soral a été condamné ce jeudi 19 septembre par le Tribunal correctionnel de Bobigny à 24 mois de prison, dont 18 fermes et 6 mois de sursis pour provocation à la haine raciale et injure publique aggravée suite à la diffusion d’un rap antisémite sur son site Internet « Egalité et réconciliation ».
Il est également condamné à 45.000 euros d’amende, à une mesure de publication judiciaire, à 210 heures de travaux d’intérêt général, et à accomplir un stage de citoyenneté. Par ailleurs, il ne pourra plus exercer sa fonction de directeur de la publication de son site Internet.
Cette condamnation intervient à la suite d’une citation directe d’un collectif d’associations antiracistes comprenant l’UEJF, SOS Racisme, la LICRA, J’accuse, le MRAP et la LDH. La vidéo en cause, intitulée « le rap des gilets jaunes », alimente les clichés antisémites de la façon la plus violente qui soit, en affichant des portraits de personnalités juives jetées au feu et tente ainsi de canaliser la colère de gilets jaunes contre les juifs.
Pour les associations, cette décision importante marque légitimement la fin à l’impunité dont bénéficie, de fait, Alain Soral, multirécidiviste de la haine, impliqué par le passé dans 57 procédures pour les mêmes infractions contre ses cibles habituelles

Soutien à Vincenzo

soutien-vincenzo-625x261Les faits
Jeudi 8 Août, Vincenzo qui vit à Rochefort en Terre (Morbihan) depuis 8 ans, sans aucune histoire et complètement intégré à la vie locale, est arrêté par la police. Son arrestation à lieu sous mandat d’arrêt européen. Il est emmené au centre de détention de Vézin le Coquet, pour une procédure d’extradition.

L’origine des faits
Vincenzo avait participé tout d’abord en 2001 à Gênes à la manifestation contre le G8 et en second lieu en 2006 à Milan à une manifestation anti-fasciste non autorisée.

Ce sont ces 2 faits qui lui sont reprochés par la justice italienne.

De nombreux militants avaient été arrêtés à Gênes et une quinzaine de personnes avaient été condamnées à des peines lourdes (8 à 15 ans fermes) sous le chef d’inculpation officielle de « Dévastation et saccage ». Vincenzo en faisait partie. Devant cette inculpation injuste et disproportionnée, il décide d’échapper à la prison et arrive alors à Rochefort en terre.

Un comité de soutien pourquoi ?
Pour de multiples raisons :

Parce qu’avant tout Vincenzo est notre ami, notre voisin, notre camarade.

1/ La légitimité de la condamnation à 2 niveaux :
– Par rapport à la manifestation de Gênes, la répression policière a été condamnée par différentes instances internationales, dont l’une des dernières en 2015 par la Cour Européenne des droits de l’homme. L’Italie a été condamnée pour n’avoir jamais poursuivi en justice, ni même identifié, les auteurs de violences policières contre des militants altermondialistes, en marge du sommet du G8 à Gênes en 2001. Des mauvais traitements pourtant assimilables à des « actes de torture » selon la CEDH. Ce qui bien évidemment peut questionner la légitimité du jugement.

– Le chef d’accusation sur lequel est basé le jugement « Dévastation et saccage », considéré comme un crime contre l’ordre public. Ce crime a été introduit par le code Rocco de 1930 (donc en période fascisante) et est encore en vigueur aujourd’hui pour réprimer les révoltes de rue. Ce code permet de condamner à des peines de prison de 8 à 15 ans, sans avoir à prouver la culpabilité des inculpés. Il est suffisant de se trouver à un endroit où a lieu le désordre… Le contexte de création de ce chef d’inculpation questionne là-encore la légitimité de cette condamnation.

2/ Le caractère éminemment politique de cette arrestation et extradition.
En effet, l’extrême droite participe de plus en plus fortement au gouvernement italien. Vincenzo ayant été fortement engagé dans la lutte antifasciste, et les accusations prononcées contre lui étant liées à des actions anti-fascistes, il semble plus qu’évident qu’il servira d’exemple dans cette affaire.

Un comité de soutien pour quoi faire concrètement
Notre 1er objectif est de bloquer la procédure d’extradition, ou au moins la retarder au maximum, afin de donner le temps pour assurer une vraie défense.

Nous espérons qu’il reste en France et ne soit pas « livré » à la justice italienne.

Si vous voulez vous joindre ou soutenir, différents moyens possibles :

Vous informer sur les actions en cours via le site www.comite-soutien-vincenzo.org / page Facebook @soutienvincenzo,
Nous contacter pour participer au comité de soutien : comite.soutien.vincenzo@gmail.com
Soutenir financièrement les frais inhérents pour assurer une défense digne de ce nom.

Agression néo-nazie en Grèce

imagesPhilosophe, poète, écrivain et réalisateur de plusieurs films très engagés, notamment sur les réfugiés, Yannis Youlountas a été violemment agressé le 13 juin par quatre skinheads de la mouvance néo-nazie grecque (Aube dorée ?), alors qu’ il sortait d’ une soirée du centre social autogéré Favela du Pirée.
Grièvement blessé, Yannis Youlountas (qui est également chroniqueur dans Siné Mensuel) a appelé à  » ne pas reculer face aux tentatives d’ intimidation « .
Les dirigeants d’ Aube dorée sont actuellement jugés dans trois affaires criminelles.

Le  » Grand remplacement  » cri de ralliement de la mouvance identitaire

images (1)( une analyse de Jean-Paul Gautier parue sur  » entreleslignesentrelesmots.blog « )

Depuis 2010, l’extrême droite se réfère au « Grand remplacement » afin de justifier son discours raciste.

La genèse de la théorie du « Grand Remplacement »

Maurice Barrès peut en apparaitre comme « l’inventeur ». Entre 1893 et 1897 il a suivi les cours de Jules Soury (nationaliste et antisémite) à l’Ecole pratique des hautes études. Dans son livre « Une campagne nationaliste 1894-1901 » publié en 1902, Jules Soury est obsédé par la dégénérescence de la foi catholique devant la menace que représentent les juifs, les protestants et la franc-maçonnerie. En 1893, lors des élections législatives dans la circonscription de Neuilly-Boulogne, Maurice Barrès cible la présence des étrangers « le sol français est envahi pacifiquement par les étrangers » (1). En 1898 dans son programme de Nancy, lors des législatives, il met en avant la nécessité de se protéger contre les étrangers notamment les juifs : « Protéger les nationaux contre cet envahissement ». Vers 1900 dans ses « notes pour un programme nationaliste » (2) Barrès insiste sur la nécessité vitale de « protéger le national contre l’exotique […], l’insécurité économique […] de nos compatriotes est attribuable à l’influence des étrangers et des cosmopolites ».

On trouve ainsi chez Barrès la hantise de l’étranger et des propositions qui préfigurent le programme de l’extrême droite du XXe siècle. Selon l’historien Gérard Noiriel depuis le XIXe siècle des textes alarmistes préfigurent « le Grand Remplacement ». Ils annoncent la fin de la « race » et de la « civilisation ». Après le second conflit mondial, dans les années 60, Maurice Bardèche publie dans Défense de l’Occident « Le racisme cet inconnu » (3). Les Blancs doivent se défendre contre « l’invasion planétaire » car dans 40 ans « le pullulement des espèces humaines ressuscitera les grandes invasions […]. La race blanche ne luttera plus pour sa prédominance économique ou politique, elle luttera pour sa survie biologique […]. Les guerres de race de demain sont en réalité le prélude à une mutation d’espèce. L’islam nouveau né sur les plateaux d’Asie nous apporte ses colonies de fourmis ». L’antisémitisme des années 30 est en quelque sorte recyclé contre les musulmans arabes ou noirs accusés d’œuvrer pour un prétendu « grand remplacement » (4). Dans la même veine que Bardèche, Dominique Venner (5), théoricien racialiste, s’entretient dans les colonnes de l’hebdomadaire d’extrême droite Rivarol, le 19 février 1999 avec Jean-Paul Angelelli et accuse l’Etat « toujours acteur du déracinement des Français et de leur transformation en hexagonaux amorphes et interchangeables. L’Etat et sa loi pratiquent la préférence immigrée au détriment des indigènes[…], c’est qu’en France, l’Etat est l’un des principaux agent de dénaturalisation et de mondialisation […], le pire ennemi de la nation vivante ». Venner dénonce « la substitution ethnique » (6). Un processus de « contre-colonisation silencieuse » de la France par les populations immigrées est à l’œuvre. Cette thématique a été exprimée et popularisée par Jean Raspail dans son roman « apocalyptique » : Le camp des saints (7). Dans son scénario catastrophe, un million d’immigrants issus du continent indien viennent s’échouer sur la côte d’Azur. Effrayés par « cette racaille » les Français blancs fuient laissant le champ libre à cette masse « puante » qui se livrait déjà à un « gigantesque enculage en couronne » sur les bateaux et profitent de nos hôpitaux, écoles, supermarchés, non sans « violer » quelques « blanches » au passage. La fin du monde blanc est programmée « sous l’invasion des millions et des millions d’hommes affamés ». Jean Raspail dénonce « ceux qui dans nos sociétés » publiquement ou secrètement, consciemment ou inconsciemment, « travaillent à la décomposition, au désarmement moral et spirituel de la civilisation ». Le tournant est fixé par Raspail autour de 2040-2050, dates fatidiques du basculement démographique final (8). Donc aujourd’hui « c’est nous qu’on intègre et non plus le contraire ». Seul en 2050 « un courant de la pérennité française qui s’appuiera sur ses familles, sa natalité, son endogamie de survie, ses écoles, ses réseaux parallèles de solidarité, peut-être même ses portions de territoire, ses quartiers […] sa foi chrétienne et catholique avec un peu de chance si le ciment tient encore ». L’espoir de Raspail repose sur « les derniers qui résisteront jusqu’à s’engager dans une sorte de Reconquista sans doute différente de l’espagnol mais s’inspirant des mêmes motifs » (9). En 1991, Michel Poniatowski (ex ministre de l’Intérieur) lui emboite le pas dans son livre « Que vive la France » et parle des Saints-Barthélémy : « le campement africain, toujours plus vaste, grignotera d’abord, puis rongera avant de faire disparaitre tout entier le cher vieux pays dont la défaite sera annoncée du haut de nos nombreux minarets » (10). Est actuellement à l’oeuvre de façon plus ou moins larvée « une guerre ethnique » et le peuple français est victime « d’une substitution démographique et culturelle ».

Renaud Camus : « la submersion démographique » et la « conspiration du silence »

Renaud Camus n’a donc rien inventé. Il peut faire sienne cette phrase que Charles Maurras aimait à employer « je ne suis qu’un perroquet ». En 2005, « le Grand Remplacement » fait véritablement surface par le biais de la théorie dite « d’Eurabia » selon laquelle il existerait un axe secret arabo-musulman-européen. Une Europe moralement décadente et économiquement fragilisée depuis les chocs pétrolier des années 70, corrompue et soudoyée par des pétrodollars des pays arabes en échange de l’ouverture de ses frontières aux musulmans et à sa complaisance illimitée face à l’islam (11). Renaud Camus est un partisan de cette théorie. Le pivot central de la théorie du « Grand Remplacement » repose sur la mythologie de la disparition de la civilisation occidentale et chrétienne. Selon Renaud Camus « le Grand Remplacement » n’a pas besoin de définition « ce n’est pas un concept » mais « un phénomène ». Il suffit d’ouvrir les yeux : « un peuple était là, stable, occupant le même territoire depuis 15 ou 20 siècles. Et tout à coup, très rapidement en une ou deux générations, un ou plusieurs peuples se substituent à lui. Il est remplacé, ce n’est plus lui […]. La proportion d’indigènes (les Français, les Européens) est encore assez haute parmi les personnes les plus âgées », mais elle diminue « spectaculairement à mesure que l’on descend dans l’échelle des âges. Tendanciellement, les nourrissons sont arabes ou noirs et volontiers musulmans ». Le « peuple indigène » est donc en voie de remplacement, sa culture est menacée par « la déculturation multiculturaliste », sa civilisation « jadis si brillante et admirée » est menacée par « la décivilisation pluriethnique (le village universel), elle-même en rivalité âpre avec l’intégrisme musulman, la conquête et la conversion islamiques » (12). Le « peuple indigène est victime d’une guerre ethnique, d’une substitution démographique à grande échelle » (13). C’est « le phénomène le plus considérable de l’histoire de France depuis des siècles et probablement depuis toujours » (14). Le « Grand Remplacement » représente donc « un tournant historique avec la complicité entre les pouvoirs politiques mais aussi culturel » car les musulmans sont « les bras armés de cette colonisation ». L’Occident est menacé par « l’islamo-substitution ». Un complot est donc à l’œuvre « délibérément organisé par les élites politiques, intellectuelles, médiatiques ». Renaud Camus se défend d’adhérer à la théorie du complot, cependant, en 2015, commentant la nomination par le Parlement de l’eurodéputée italienne d’origine zaïroise, Cécile Khashetu-Kyenge, comme rapporteuse sur la question d’une approche globale de l’immigration dans l’Union européenne et la situation en Méditerranée, il écrit « Vous pensez sans doute que Madame Kashetu a été choisi à cause de son nom très indiqué pour une politique qui a consisté, depuis quarante ans, à changer radicalement la population du continent sans qu’il soit jamais question de cela ouvertement, sans que les indigènes soient mis au courant de ce qui se tramait contre eux et sans qu’une seule fois on leur ait demandé leur avis ». Renaud Camus s’est défendu d’être un complotiste, je me demande si je n’ai pas eu tort. Ce que nous dit le Parlement européen en choisissant Madame Khashetu c’est qu’il nous hait, nous, les indigènes de ce continent et qu’il veut notre mort ou notre asservissement. Au reste du monde, il déclare « Venez tous ! Voyez ce que nous pouvons faire de vous ! (15). Face à cette « colonisation de l’Europe », Renaud Camus prône la « contre-colonisation », thème courant dans la terminologie du parti de l’In-nocence qu’il a fondé en 2002, suivi en 2013 par le « Non au changement de peuple et de civilisation » (NCP) : « un front du refus, le mouvement de tous ceux qui disent NON au Grand Remplacement » (16). Renaud Camus dénonce « l’Africanisation et l’islamisation » de l’hexagone et la « contre-colonisation de la France » par des voyous diversitaires » (17). Pour bloquer ce processus il existe une solution radicale : « la remigration » (18), c’est-à-dire le retour dans leurs pays d’origine à la fois des immigrés et des descendants d’immigrés. Il entend créer un Haut-Commissariat de la Remigration , un Ministère de l’Identité et de l’ Enracinement, supprimer le droit du sol, le regroupement familial et l’interdiction d’adopter des enfants extra-européens. La négation du « Grand Remplacement » est pour Renaud Camus « le négationnisme moderne ». Il dénonce le « remplacisme », c’est-à-dire « l’idéologie de l’homme remplaçable, forme abstraite et avancée de l’immigrationisme. La destruction du roman national porte en elle le réensauvagement de l’espèce avec son cortège de barres de fer, de capuches et de battes de base-ball (19). Les délinquants des banlieues ne sont pas de simples voyous mais une armée, le bras armé de la conquête ». Le « remplacisme global » est qualifié de « GPA généralisée » par Renaud Camus (20) et dans le jargon « camusièsque » de « fausse c’est-à-dire de réel faux ». Le principal vecteur du « remplacisme » est le multiculturalisme, c’est-à-dire « la négation de ce que nous sommes, c’est la volonté manifeste de remplacer nos traditions, nos identités locales par une utopie ». Face à « l’islamo-substitution, c’est-à-dire le remplacement complet de la culture et du peuple français par des non européens, la domination musulmane : culturelle, biologique, intellectuelle, financière, médiatique, démographique, vestimentaire, alimentaire : le Grand Effacement ». Les Français « de souche » se verront soumis au statut de la Dhimmitude, un statut spécial imposé par l’islam au non musulmans. Renaud Camus a parlé de « nettoyage ethnique », prudent et tout dans la nuance, il préfère désormais « parler simplement de ménage, de ménage militaire » (21). Dans les années 50/60, l’extrême droite internationale considérait que l’immigration était le fruit d’« un complot juif » visant à remplacer la race blanche par une humanité métisse. Ce mythe s’appuyait sur la théorie du complot juif mondial. Renaud Camus n’appartient pas à cette sphère clairement antisémite. Cependant sur son compte twitter, en octobre et en décembre 2017, on pouvait lire que « le génocide des Juifs était sans doute plus criminel mais parait tout de même un peu petit bras auprès du remplacisme global » et « l’univers concentrationnaire était une expérience de laboratoire, plus concentrée dans son activité, mais infiniment moins large que la crise abominable de la substitution ethnique, destruction des Européens d’ Europe ». Il entend ainsi démontrer que le nombre de Français appelés, selon lui, à disparaitre est largement supérieur à celui des Juifs exterminés pendant la seconde guerre mondiale. Si on comprend bien sa pensé, Himmler, Heydrich et Eichmann qui ont mis en place « la solution finale » ont « joué petit bras »…
La nébuleuse « remplacementiste »

Rapidement récupéré par l’extrême droite « le Grand Remplacement » est popularisé via internet par des sites « anti islamisation » : Vigilance Hallal d’Alain de Peretti, Riposte laïque de Pierre Cassen, Résistance républicaine de Christine Tassin, F de souche, Médias-Presse, Bd Voltaire, Causeur. Sur cette question des divergences peuvent apparaitre au sein de l’extrême droite. C’est le cas au Front national – Rassemblement national dont le discours est loin d’être clair. D’un côté Jean-Marie Le Pen, Marion Maréchal, Aymeric Chauprade (ex élu européen démissionnaire du FN) adeptes de cette théorie, de l’autre, Marine Le Pen, Louis Aliot, Jordan Bardella, Florian Philippot. Déjà dans l’organe frontiste, National-Hebdo, Jean-Claude Bardet écrivait en 1991 « l’émigration extra-européenne est un génocide en quelque sorte puisqu’il s’agit de supprimer ce qui fait l’originalité ethnique du peuple français » (22). En mai 2014 Jean-Marie Le Pen déclarait : « les Noirs et les Arabes vont remplacer les Français de souche, ils veulent saper la civilisation française, il suffit d’ouvrir les yeux pour s’en rendre compte mais les élites nient cette réalité » (23). Dans ses « Mémoires » publiées en 2018, il écrit « Ouvrons les yeux, le Grand Remplacement est un fait que tous les démographes reconnaissent, mesurent et que les courbes de naissance et de mortalité annonçaient depuis longtemps […], le monde blanc est en train de mourir […] par l’immigration clandestine ou non et par les naissances, le Grand Remplacement de la population s’accélère chaque année […]. Ouvrons les yeux » (24) et le 1er mai 2016, lors de son discours devant la statue de Jeanne d’Arc il lâche : « Depuis des années nous dénonçons le transfert de populations extra-européennes sur le sol européen ». Il a récidivé lors de son discours, le 1ermai 2019. Quant à Marion Maréchal, dans un article publié dans The Economist elle déclare que « la théorie du Grand Remplacement n’est pas absurde ». Elle affirme qu’« il y a aujourd’hui un effet de substitution sur certaines parties du territoire de ce qu’on appelle les Français de souche par une population nouvellement immigrée ». Au cours de la campagne des régionales, en 2015, elle déplore « le remplacement continu d’une population par une autre qui apporte avec elle sa culture, ses valeurs et sa religion » (25). Pour d’autres frontistes il suffit de prendre les transports en commun pour s’en rendre compte, car « prendre les transports en commun, c’est mieux que l’INSEE » selon Philippe Martel (ex directeur de cabinet de Marine Le Pen). Pour Aymeric Chauprade « le remplacement ethnique n’est pas une illusion ou un fantasme ». Dans l’autre camp, Marine Le Pen ne participe « à cette vision complotiste, le concept de Grand Remplacement suppose un plan établi » (26). Cependant, Marine Le Pen pratique un discours ambigu, puisque dans le même temps, elle affirme que « l’immigration peut bien avoir pour conséquence de faire changer la population des quartiers et des villes ». Elle dénonce la « submersion migratoire » conséquence « d’une immigration impossible à intégrer, encore moins à assimiler ». Flirtant avec la théorie du complot, en 2011, elle une dénonce une immigration « volontairement accélérée dans un processus fou dont on se demande s’il n’a pas pour objectif le remplacement pur et simple de la population française » (27). En écho à Bruno Mégret et à Pierre Vial (directeur de la revue identitaire Terre et Peuple ) qui stigmatisaient « une immigration-invasion », elle dénonce « la présence d’une occupation ». Florian Philippot (ex n°2 du FN et dirigeant des Patriotes) juge cette « théorie confuse et dangereuse » car elle suggère « une conception racialiste que nous ne partageons pas »

La mouvance identitaire, représentée en particulier par le Bloc identitaire puis par Génération identitaire, est un agent promotionnel du « Grand Remplacement » et de la « Remigration » des populations d’origine extra-européenne vers les pays d’origine. Les Identitaires ont publié un Manifeste des Jeunesses identitaires (2012) dans lequel on peut lire qu’il est vital de défendre l’identité « parce que nous voulons, comme chaque peuple en a le droit, vivre sur notre territoire selon notre identité […]. Nous ne tolérons pas de voir de jeunes français traités en étrangers sur leur sol ». Une conclusion s’impose contre « l’immigration-invasion. Aujourd’hui la résistance identitaire, demain la reconquête ». Le Bloc identitaire a participé avec Riposte laïque aux « apéros-saucisson » et aux Assises internationales « l’islamisation de l’Europe » où sont intervenu Jean-Yves Le Gallou, Renaud Camus, Pierre Cassen et Oskar Freysinger (député de l’UDC suisse). Ils organisent en 2014 un rassemblement en soutien à la « Remigration » avec Renaud Camus. Avec l’occupation du chantier de la moquée de Poitiers, ils tracent un parallèle entre l’immigration et les invasions des Sarazins. Pour Fabrice Robert (fondateur du Bloc identitaire) « la remigration planifiée est la seule option à même de garantir un avenir pacifié à notre pays et de préserver son identité ». Philippe Vardon (ancien dirigeant des Identitaires et actuellement élu du Rassemblement national) insiste sur le fait que « le Grand Remplacement n’est ni un concept, ni un complot : c’est un constat » (28). D’autres élus d’extrême droite sont intervenus sur cette question. Jacques Bompard, dirigeant de la Ligue du Sud et maire d’Orange et surtout le maire de Béziers, Robert Ménard qui déclare en 2016 que « la rentrée des classes (dans sa ville) est la preuve la plus éclatante du Grand Remplacement » (29) et que l’élection à la mairie de Londres de Sadiq Khan, en mai 2016, est « le symbole du grand remplacement en cours ». Il s’oppose à l’installation de restaurants kébab agent du « Grand Remplacement culinaire ». Pierre Cassen de Riposte laïque accuse la classe politique et journalistique d’être complice de « cette invasion », d’être des « lèche-babouches » et des « islamo-collabos ». Du côté des «théoriciens », Guillaume Faye (ex membre du GRECE et de la Nouvelle Droite) est comme Renaud Camus un partisan de « l’Eurabia » et un adversaire de « la colonisation de l’Europe » derrière laquelle il voit la main des Etats-Unis : « la colonisation de peuplement de l’Europe par le Tiers-Monde sert les intérêts économiques américains » (30). Alain de Benoist (fondateur du GRECE) préfère parler de « Grande Transformation » car la population française n’est pas remplacée mais peu à peu transformée » (31). Jean-Yves Le Gallou (président de Polémia et membre de l’Institut Iliade) constatant que « l’immigration est une catastrophe » se pose la question « que faire ? » Notre civilisation est menacée car « le remplacement de la population par une autre entraîne le remplacement de la civilisation par une autre. Par celle qui, parmi toutes celles qui coexistent, sera la plus forte, la plus jeune, la plus vigoureuse […]. Les Africains africanisent et les musulmans islamisent ». L’Europe est la cible d’un projet idéologique : le « mondialisme-immigrationniste marchand » (32). La presse d’extrême droite, Rivarol, Minute, Présent n’est pas en reste. Alain Sanders, journaliste au quotidien d’extrême droite Présent a publié en 2004 un livre qui se veut un remake du film d’Autan-Lara, La traversée de Paris. Le décor est planté : nous sommes en 2010, quatrième année de la République islamique en France. Les charcuteries sont fermées, les charcutiers sont déportés en camps de rééducation. L’église de la Madeleine est transformée en mosquée et le bd Richard Lenoir est rebaptisé avenue Ben Laden. Seuls quelques Français de souche résistent en mangeant du cochon. Ils se déplacent la nuit avec des valises pleines de porc et tentent d’échapper aux patrouilles des milices islamistes…

La droite dure participe elle aussi au concert et écrit sa partition. Philippe de Viliers accuse les Nations-Unies « la migration de remplacement, c’est le plan des Nations-Unies, ce sont les grandes entreprises post-nationales qui veulent remplacer la population autochtone qui est trop chère par une population immigrée qui est moins chère ». La France est victime du « Grand choc identitaire » et à plus ou moins long terme elle va disparaitre (33). Nicolas Dupont-Aignan adhère à la théorie de Renaud Camus. En 2016, il twitte : « les socialistes compensent la baisse de la natalité par l’invasion migratoire, le changement de population c’est maintenant […]. Si on ne fait rien, on est en voie d’un remplacement de population qui remet en cause notre modèle républicain ». Il compare l’immigration à un processus de nature colonial. En 2017, il déclare : « Emmanuel Macron n’a rien compris. Le vrai problème politique aujourd’hui c’est la colonisation de la France : migratoire, économique, culturelle» (34). Le dirigeant des Républicains, Laurent Wauquier affirme que « le Grand Remplacement est une réalité ». Quelques plumitifs se distinguent particulièrement. Eric Zemmour prend pour exemple une maladie génétique qui peut toucher tout le monde, la drépanocytose, mais qui est surtout présente chez des populations d’Afrique, d’Amérique du Sud, dans les pays méditerranéens et chez les Afro-Américains. Comme en France, il n’existe pas de statistiques ethniques, Eric Zemmour, comme l’extrême droite, utilise les statistiques concernant cette maladie comme une preuve de « l’invasion migratoire » (35). Dans son livre Mélancolie française (36) il se livre à une étude des prénoms : « entre Mohamed et Kevin, entre islamisation et américanisation, les prénoms français marquaient avec éclat la déchristianisation et la défrancisation de notre pays », preuve de la « dissolution de l’identité française ». Les Roms sont également visés, accusés d’être les vecteurs du « Grand Remplacement culturel et démographique » parce qu’ils « refusent de devenir français ». Zemmour s’autoproclame porte-parole des vrais Français qui voient « leur civilisation disparaitre, leurs charcuteries traditionnelles remplacées par des boucheries hallal » et la disparition « des autochtones dans certaines villes de la banlieue parisienne » (37). Le journaliste Ivan Roufiol, du Figaro, fait régulièrement référence au « Grand Remplacement » dans ses chroniques. En 2012, à propos de la crise de l’Etat-Nation français, il écrit : « le phénomène le plus spectaculaire et le plus occulté est celui que l’écrivain Renaud Camus nomme le Grand Remplacement, c’est-à-dire la substitution de population qui s’opère avec la stupéfiante abdication de tous ». Elisabeth Levy, rédactrice de Causeur est elle aussi une adepte du « Grand Remplacement », pour elle « le danger, c’est le musulman, un Français pas comme les autres ». Son confrère, Frédéric Madouas, de Valeurs Actuelles va dans le même sens. Certains organes de presse popularisent la théorie de Renaud Camus. Le Figaro avait tracé la voie dans un article du 26 octobre 1985 titré « Serons encore Français dans trente ans ? ». L’hebdomadaire de « la droite décomplexée » Valeurs Actuelles occupe une place particulière. Il suffit de se reporter à certaines de ses unes : « Notre civilisation est en train de disparaitre », « Naturalisés, l’invasion qu’on nous cache », « Immigration, le tabou du Grand Remplacement » (38). Le monde littéraire s’intéresse également au « Grand Remplacement ». Alain Finkielkraut, auteur de L’identité malheureuse, préférait utiliser l’expression de « Grande Déculturation » et ne reprenait pas à son compte le concept de Renaud Camus. Cependant, dans La Revue des Deux Mondes, il appuie Renaud Camus dans sa dénonciation du « remplacisme global » et précise que « Renaud Camus est pour moi un interlocuteur capital ». Alain Finkielkraut soutient qu’une immigration de peuplement a succédé à une immigration de travail (39) et accuse le regroupement familial, mis en place en 1976, d’être un des éléments responsables de la situation actuelle. Michel Houellebecq catalogue, en 2001, l’islam comme « la religion la plus con du monde ». En 2014, il publie un « roman d’anticipation. Soumission » fortement imprégné par la théorie du « Grand Remplacement » (40). La trame en est simple : en 2022 un nouveau Président de la République est élu, Mohammed Ben Abbas fondateur de la Fraternité musulmane. La France est islamisée, les universités privatisées et islamisées, les professeurs doivent être de confession musulmane, la polygamie est légalisée, les femmes n’ont plus le droit de travailler et doivent porter une tenue vestimentaire d’une « manière non-désirable ». Bref, les Talibans ne doivent pas être bien loin… Les « indigènes européens » refusant « la colonisation musulmane » se « préparent à la guerre civile ». Ils ont pris le relai d’un « Bloc identitaire divisé en multiples fractions ». A la question « Suis-je islamophobe ?», il répond « Probablement oui »…
La terminologie du « Grand Remplacement » est un bon produit d’exportation et occupe une place non négligeable dans le catalogue des fantasmes politiques européens. En Allemagne avec l’organisation Pegida, en Hongrie avec Viktor Orban, aux Etats-Unis où lors des manifestations à Charlottesville en août 2017, des slogans du type « Vous ne nous remplacerez pas » ont été scandés. L’auteur des attentats contre les mosquées à Christchurch en Nouvelle Zélande, Brenton Tarrant avait mis en ligne un manifeste titré « The Great Remplacement ».

Selon l’historienne Valérie Igounet « le concept de Grand Remplacement tend à se familiariser dans une partie de l’opinion publique. Cette thèse se nourrit du malaise identitaire que connait la société française victime du « on n’est plus chez nous » (41) ». « Le Grand Remplacement » tend à devenir le cri de ralliement de la sphère identitaire.
Jean-Paul Gautier, Historien, spécialiste des extrêmes droites.

Notes
1) Barrès, Maurice, Contre les étrangers : étude pour la protection des ouvriers français.
2) Joly, Laurent, La naissance de l’AF, Grasset, 2105, p 255.
3) Défense de l’Occident, nouvelle série n°7, septembre 1960.
4) Bancel, Nicolas, Blanchard, Pascal, Boubeker, Ahmed, Le Grand Repli, La Découverte, 2015.
5) Venner, Dominique, fondateur d’Europe-Action dans les années 60, cf Gautier, Jean-Paul, Les extrêmes droites en France de 1945 à nos jours, Syllepse, nouvelle édition.2017, p 114-123. E-A s’oppose au métissage qualifié de « suicide génétique » qui va se transformer « en génocide lent », Europe-Action, 1964.
6) Certains à l’extrême droite parlent même de « colonisation par les ventres ».
7) Editions Robert Laffont, 1973, réédition 2011.
8) S. Bannon se réfère à Jean Raspail. Marine Le Pen invite les Français « à lire ou relire le Camp des Saints ». Dans son journal municipal, Jacques Bompard (ex FN), maire d’Orange donne le même conseil.
9) Jean Raspail, le Figaro, 17 juin 2004.
10) En 1959, De Gaulle déclarait « mon village ne s’appellerait plus Colombey-les-deux-églises mais Colombey-les-deux-mosquées ».
11) Orélie, Gisèle, essayiste britannique a publié, sous le pseudonyme de Bat Ye Or, son livre Eurabia.
12) Camus, Renaud, Le changement de peuple, chez l’auteur, 2013, p 58-59, et Décivilisation, Fayard, 2015.
13) idem, p 56.
14) Entretien Renaud Camus-Amandine Schmitt, le Nouvel Obs en ligne, 28 août 2011
15) Reichstadt, Rudy, Igounet, Valérie, le « Grand Remplacement » est-il un concept complotiste, Fondation Jean Jaurès, 24 septembre 2018. Se reporter à l’argumentaire réalisé par Visa et Solidaires, Répondre à la théorie raciste du « grand remplacement », posté par La Horde, le 8 octobre 2015 et Wikipédia : Grand remplacement.
16) Renaud, Camus, l’Abécédaire de l’In-nocence, livre-programme pour son éphémère candidature à l’élection présidentielle de 2012 (Camus crée le néologisme de Nocence : atteinte à la nature et à la qualité de la vie victimes du Grand Remplacement. En novembre 2017, après s’être rendu avec Karim Ouchikh, président du groupuscule souverainiste Souveraineté, Identité et Libertés (SIEL) sur la tombe du général De Gaulle, ils fondent le Conseil national de la Résistance européenne (CNRE) dans le but de « rassembler tous ceux qui opposent un grand NON à l’islamisation et à la conquête de l’Europe. Ils constituent, pour les élections européennes de 2019, la liste « La Ligne Claire », car « l’ Europe, il ne faut pas en sortir, il faut en sortir les Africains ». En janvier 2015, Renaud Camus a tenté de lancer la version française de Pegida, sans succès.
17) Entretien donné par Renaud Camus à l’AF 2000 publication royaliste de l’AF, 18-31 mars 2013.
18) Concept repris par les Identitaires.
19) Le changement de peuple, op cité, p 23.
20) Entretien donné au mensuel l’Incorrect, avril 2019.Se transformant en Nostradamus du Grand Remplacement, l’année 2030 sera l’année fatidique qui verra la disparition de l’identité française.
21) Le Grand Remplacement, op cité, p 70.
22) National-hebdo,28 novembre 1991.
23) AFP, Jean-Marie Le Pen se rallie à la thèse du « Grand Remplacement ». RTL.fr, 23 mai 2014.
24) Le Pen, Jean-Marie, Mémoires, édition Muller, p 283 et suivantes. Jean-Marie Le Pen, sans la citer, fait référence à la démographe Michèle Tribalat pour qui « le peuplement européen aura toujours le temps de changer au fait de devenir méconnaissable avant qu’un assèchement des flux migratoires intervienne ». Selon elle, l’islam a une dynamique démographique supérieure à celle des catholiques : « En France, la presque totalité des musulmans sont des immigrés ou des enfants d’immigrés. Le développement de l’islam est donc lié à l’immigration étrangère », Le Monde, 13 octobre 2011 et 7 mars 2012. Certains, à l’extrême droite, parlent même de « djihad nataliste ».
25) Le Monde.fr, 5 juillet 2015, Valério, Ivan, Le figaro.fr, 4 février 2015.
26) Valério, Ivan, « Pour Marine Le Pen, le thème du Grand Remplacement relève du complotisme », Le Figaro.fr, 2 novembre 2014.
27) Renaud Camus a soutenu la candidature de Marine Le Pen en 2017, car il l’a considérée comme la candidate « la moins remplaciste ». 77% de l’électorat de Marine Le Pen considèrent qu’il existe un projet politique de remplacement d’une civilisation par une autre qui est délibérément organisé par les élites et qu’il faut renvoyer les populations d’où elles viennent.
28) De Larquier, Ségolène, Marine Le Pen chahutée par son extrême droite, Le Point.fr, février 2014.
29) Atlantico.fr, 7 mai 2016.
30) Faye, Guillaume, La colonisation de l’Europe : discours vrais sur l’immigration et l’islam, édition de l’AEncre, 2000.
31) Alain de Benoist, entretien avec Nicolas Gauthier, Bd Voltaire, 28 février 2018.
32) Le Gallou, Jean-Yves, Immigration, la catastrophe . Que faire, édition Via Romana, 2016. Interview, 14 millions d’extra-européens, Mensuel L’Incorrect, n°19, avril 2019.
33) Entretien Philippe de Villiers-Béatrice Houchard, Irène Inchauspé : « le Coran ou la France, les musulmans peuvent choisir, site de L’Opinion, 12 octobre 2016 Se reporter à son livre Les cloches sonneront-elles encore demain. La vérité sur l’islamisation de la France, A. Michel, 2016.
34) Valeurs Actuelles, 18 janvier 2017.
35) Drepanocytose, la maladie qui excite l’extrême droite, Le Monde.fr/les décodeurs, 12 septembre 2014, et Wikipedia, article cité.
36) Editions Denoël, Fayard, 2010.
37) Union syndicale Solidaires, fiches pratiques n°2 : Le Grand Remplacement, le mythe de l’invasion arabo-musulmane.
38) Valeurs Actuelles, 24 octobre 2013, 26 octobre 2014, 11 décembre 2014.
39) Les Inrockuptibles, 30 octobre 2017.
40) Flammarion, 2015.
41) Valérie Igounet, Le Monde, 18 mars 2019. La Fondation Jean-Jaurès et l’Observatoire du conspirationnisme ont publié une enquête de laquelle il ressort que 48% des sondés pensent que l’immigration résulte d’un projet politique et le remplacement est délibérément organisé par les élites. Il convient d’y mettre fin en renvoyant les populations dans leurs pays d’origine.

Elections européennes 2019 : listes d’ extrême droite

imagesSur les 33 listes pour les élections européennes, 7 listes qu’on peut classer à l’extrême droite/droite extrême :

liste 2 « UNE FRANCE ROYALE AU CŒUR DE L’EUROPE »
constitués de militants du parti l’Alliance Royale, hostiles à la République.

liste 3 « LA LIGNE CLAIRE »
menée par le chantre du « grand remplacement » Renaud Camus et composée majoritairement de militants du SIEL, d’une « gilet jaune » très médiatisée, d’un militant
de génération identitaire et d’une militante du Parti de la France.

liste 7 « ENSEMBLE PATRIOTES ET GILETS JAUNES : POUR LA FRANCE, SORTONS DE L’UNION EUROPÉENNE! »
menée par Florian Philippot, composée d’anciens militants du Front National et quelques Gilets Jaunes.

liste 10 « LISTE DE LA RECONQUÊTE »
menée par le militant nationaliste Vincent Vauclin (Rouennais), composée de militants du Parti de la France, d’anciens du Front National,
des militants de la Dissidence Française mais également plusieurs personnes membres d’associations
(dont certaines ayant été dissoutes à cause de leur dangerosité) se réclamant de l’idéologie néo-nazie.

liste 15 « LE COURAGE DE DÉFENDRE LES FRANÇAIS AVEC NICOLAS DUPONT-AIGNAN. DEBOUT LA FRANCE ! – CNIP »
menée par Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France.

liste 20 « ENSEMBLE POUR LE FREXIT »
menée par François Asselineau et soutenue par son parti anti-européen l’UPR.

liste 23 « PRENEZ LE POUVOIR, LISTE SOUTENUE PAR MARINE LE PEN »
menée par Jordan Bardella et soutenue par le Rassemblement national.

1er mai 2019 : hommage à Brahim Bouarram

téléchargementParis : Rassemblement à la mémoire de Brahim Bouarram et de toutes les victimes de crimes racistes

Pont du Carrousel
Paris
POUR MÉMOIRE
Brahim Bouarram mémoire meurtre raciste

Le 1er mai 1995, Brahim Bouarram, 29 ans, profitait d’une journée ensoleillée sous le pont du Carrousel. Il ne savait pas qu’on allait le précipiter dans la Seine et mettre fin à ses jours. Les assassins venaient de quitter le défilé du Front National.

C’est à sa mémoire et à celles de toutes les victimes du racisme dans ce pays, en souvenir à la souffrance de leurs proches que nous nous rassemblons ici, sur le lieu du crime innommable, le 1er mai de chaque année.

Depuis l’assassinat de Brahim Bouarram, le racisme a fait d’autres victimes en France et dans d’autres pays, récemment l’assassinat de 50 personnes par un islamophobe dans deux mosquées en Nouvelle Zélande

Vingt-quatre ans plus tard, le racisme a aussi gangrené la société sous d’autres formes : la xénophobie, l’antisémitisme, l’islamophobie, la ségrégation, la relégation, les discriminations aux droits fondamentaux, au logement, au travail, aux contrôles en tous genres. C’est toujours sous d’autres formes que le racisme s’enracine, avec la montée des extrêmes droites et des droites extrêmes. A cela s’ajoutent les violences policières, les contrôles au faciès, les rôles plus que douteux de certains médias, une justice à géométrie variable dès qu’il s’agit d’enfants d’immigrés et de leurs parents. L’instrumentalisation systématique des discours sur l’Islam et la laïcité qui encouragent et instaurent la montée de la haine, alors qu’une démocratie digne de ce nom se doit de réaffirmer l’égalité entre tous ses citoyens, dans le respect de leurs origines et leurs croyances.

C’est pourquoi nous militons tous les jours et nous commémorons chaque année la mémoire de Brahim Bouarram et celles de toutes les autres victimes du racisme.

Nous, citoyens et organisations fidèles aux combats pour la défense des droits fondamentaux des personnes et aux valeurs de nos convictions et à nos principes universalistes, nous continuons plus que jamais à nous opposer avec la plus grande fermeté à toutes les formes de pouvoirs qui défigurent une République pour tous.

Il est de plus en plus urgent d’affirmer et de réaffirmer notre refus face à cette dérive dangereuse pour toutes nos sociétés, nous serons toujours là pour combattre, faire front, faire barrage à la banalisation du racisme, aux politiques et aux idées de haine qui ont tué Brahim Bouarram.

Premiers signataires : ATMF, LDH, MRAP, AMF,CRLDHT, CIVCR, AFAPREDESA, IDD, FTCR, UTAC,AMDH Ile de France, ,ACDA,AIDDA , Fondation Franz Fanon, ASDHOM, Femmes Egalité, Collectif Faty Koumba , CEDETIM/IPAM, UJFP , FMVJ-France, FASTI,DAL, Droit devant, Femmes Plurielles, Droits de l’Homme et non violence, Association des libertés, Paris d’Exil, ATIMA,REMCC ,Association Arts et Cultures des deux rives, Sortir du colonialisme, Ecologie Sociale ,PIR,PCF,NPA ,ENSEMBLE,PCOF…

A lire :  » Une histoire secrète de l’ extrême droite violente « 

9782707196491 » Les plastiqueurs « 
Une histoire secrète de l’extrême droite violente
Frédéric CHARPIER

Le 21 mai 2013, Dominique Venner, figure de l’extrême droite nationaliste et violente, se suicide dans la cathédrale Notre-Dame de Paris. Celui qui fut un adepte du plastic lors de la guerre d’Algérie et le précurseur de la théorie du « grand remplacement » espérait par son geste réveiller les consciences face aux « périls » migratoire et identitaire. Durant des années, Venner fut le héraut de cette droite activiste qui s’adonna à l’action violente et au terrorisme en bénéficiant bien souvent de la clémence des plus hautes sphères de l’État.
C’est l’histoire de cette « droite délinquante » que retrace Frédéric Charpier dans cette enquête qui s’appuie sur une importante masse d’archives, le plus souvent inédites. Des bombes de l’OAS aux coups de poing des skins néonazis, de l’assassinat de Pierre Goldman à la mort de Clément Méric, on suit une nébuleuse où se côtoient, pendant des décennies, anciens de la Waffen-SS et de la collaboration, braqueurs, mercenaires, chefs d’entreprise, policiers, hommes politiques ou encore agents du renseignement, tous excellant dans l’assassinat, le hold-up ou le plasticage.
Et aujourd’hui ? Cette histoire n’est pas terminée, affirme l’auteur. On sait peu que la montée de l’extrême droite violente en France et en Europe suscite l’inquiétude des autorités. Alors que les groupes et les réseaux islamophobes se multiplient, certains seraient prêts à prendre les armes. De quoi alimenter la crainte de voir ressurgir les plastiqueurs.

L’ extrême droite en Europe

imagesA la veille des élections européennes de mai prochain, il n ‘est pas inutile de faire le point sur le poids de l’ extrême droite en Europe.
Nous nous sommes appuyés sur l’ ouvrage du journaliste Dominique Vidal «  Les Nationalistes à l’ assaut de l’ Europe »  paru aux éditions Demopolis, qui brosse un constat inquiétant de la progression électorale de ces courants :

«  Ces partis monopolisent en effet déjà le pouvoir dans deux pays : la Hongrie, avec le Fidesz ( 49,27%) et le Jobbik ( 19,06% ), et la Pologne avec le parti PiS ( 37,6%).
Ils l’ exercent aussi au sein de coalitions, en général de droite, dans neuf pays européens : en Italie avec le Mouvement des 5 étoiles ( 32,7%) et la Ligue ( 17,35%), en République tchèque avec la parti ANO ( 29,6%), en Slovaquie avec le SMER ( 28,3%), en Autriche avec le Parti de la liberté ( FPÖ, 26%), en Finlande jusqu’ en 2017 avec les Vrais Finlandais ( 17,6%), en Norvège avec le Parti du progrès ( qui n’ a recueilli que 16,2% en 2017, mais fait partie du gouvernement depuis 2013), en Bulgarie avec la coalition des Patriotes unis ( 9%) et dans les pays baltes ( Union des verts et des paysans de Lituanie, Alliance nationale en Lettonie, Ekre en Estonie). Enfin le Parti du progrès du Danemark ( 21,1% en 2015) soutient le gouvernement sans y participer.
En Europe aussi, mais hors de l’ Union européenne (UE), signalons que la soi-diant Union démocratique du centre ( UDC, 29,4% en 2015) joue un rôle majeur dans la coalition qui dirige la Confédération helvétique -son leader, Christophe Blocher, est un grand ami de Victor Orban, de Marine Le Pen et de Matteo Salvini. »

Un panorama non exhaustif, auquel on peut ajouter les scores, en Allemagne, de l’Alternatve für Deutschland (AfD), qui a obtenu 12,6% des voix lors des législatives de 2017 ( et fait élire 93 députés), mais aussi ceux de Marine Le Pen ( 21,3% et 33,9% lors de la dernière élection présidentielle) ou les Démocrates de Suède ( 17,5% lors des législatives à l’ automne 2018), ce qui laisse présager le pire, lors des prochaines élections européennes du 26 mai.

A ces éléments chiffrés s’ ajoute le fait que, depuis de longues années, les digues avec l’ extrême droite ont été rompues du côté des partis de droite, à l’ égard des politiques racistes et liberticides prônées par l’ extrême droite.

Les gesticulations d’ Emmanuel Macron et de certains de ses partenaires européens qui veulent se poser en ultime recours face aux «  populismes » sont donc dangereuses, en tentant d’ enfermer le débat politique au sein d’ une fausse alternative qui, à moyen terme, nous promet le pire.

Il est plus que jamais nécessaire de faire vivre la perspective d’ un autre monde, débarrassé des oppressions et de l’ exploitation.

Pénaliser l’ anti-sionisme ?

Siné mensuel n° 84 — mars 2019

téléchargement (1)Michel Warschawski

Finkielkraut est considéré en France comme un philosophe profond et original ; dans les pays anglo-saxons, des personnages comme lui ou BHL seraient relégués au rang de parleurs dans des programmes de l’après-midi, entre l’éleveur de serpents à sonnettes et la femme qui a trouvé l’amour en entrant chez les bénédictines.
Finkielkraut est tout au plus un publiciste réactionnaire qui a fait son fonds de commerce en instrumentalisant les accusations d’antisémitisme pour salir les meilleurs (Morin, Mermet, Siné). Cela dit, les attaques antisémites dont il a été l’objet dans une des manifestations des gilets jaunes sont inadmissibles et doivent être condamnées sans équivoque. De telles attaques salissent les gilets jaunes.
Les rares slogans antisémites entendus dans les rassemblements des gilets jaunes ont fourni l’occasion à certains politiciens français de relancer une campagne visant à pénaliser non pas les propos racistes et donc aussi antisémites (ils le sont déjà dans plusieurs lois), mais ce qu’ils appellent des propos antisionistes. Le député Sylvain Maillard vient de proposer un projet de loi dans ce sens, et affirme : « On a le droit de critiquer le gouvernement israélien, mais pas de remettre en question le droit de l’État [d’Israël] d’exister. Personne ne remet en question le droit à l’existence de la France ou de l’Allemagne. »
Doublement faux : contrairement à la France ou à l’Allemagne, l’État d’Israël est le produit d’une colonisation, et nombreux ont été les États colonialistes dont on a refusé la légitimité (la Rhodésie ou l’Afrique du Sud, pour ne donner que deux exemples). De même que l’existence ne fait pas le droit, la non-existence ne signifie pas l’absence du droit à exister, comme l’ont montré le sort de dizaines d’États colonisés qui sont devenus souverains.
Deuxième erreur : l’antisionisme est originellement une idéologie juive et pas une invention d’islamo-gauchistes. Quand, au tournant du XXe siècle, le sionisme a vu le jour, l’immense majorité des Juifs s’y étaient opposés : les religieux pour des raisons théologiques, le mouvement ouvrier juif (en particulier le Bund) par socialisme… et les Juifs bourgeois d’Europe occidentale par peur de perdre leurs droits civiques.
L’antisémitisme est une forme de racisme et doit être combattu sans répit – d’autant plus qu’en Europe et aux États-Unis, il relève la tête, ou plutôt, sort au grand jour.
L’antisionisme, lui, est une opinion politique, la forme spécifique de l’anticolonialisme en Palestine-Israël. Cette opinion n’est pas seulement légitime ; de mon point de vue, elle est juste. Quand Emmanuel Macron avait, en 2017, fait l’amalgame, il voulait caresser les dirigeants du Crif dans le sens du poil. Quand Sylvain Maillard propose son projet de loi, il veut dédouaner les dirigeants israéliens du véritable problème de ces dernières années : leur tentative de renforcer un front des États européens d’extrême droite (Hongrie, Pologne, Slovaquie, etc.) et semi-totalitaires, pour affaiblir la « vieille Europe », attachée à une certaine conception du droit et des droits et donc critique face à la politique plus raciste que jamais de Benjamin Netanyahou.

# Michel Warschawski

Siné mensuel n° 84 — mars 2019

Rony Brauman : les déclarations d’ Emmanuel Macron nourrisent et amplifient l’ antisémitisme

Rony_Brauman_p1200580( article paru sur le site Montray Kreyol)

Par Hassina Mechai, Vendredi 22 février 2019
« L’antisionisme est l’une des formes modernes de l’antisémitisme. Derrière la négation de l’existence d’Israël, se cache la haine des juifs ». C’est ainsi que le président français a commenté, lors dîner du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), la récente hausse d’actes antisémites en France.

Lors de ce discours, Emmanuel Macron a annoncé que la France suivrait désormais la dite « définition de l’antisémitisme de l’IHRA [International Holocaust Remembrance Alliance] ».

Il a également précisé qu’une loi serait proposée pour réduire la diffusion en ligne de discours de haine.

Selon la presse israélienne, le Premier ministre Benyamin Netanyahou a exprimé, lors d’un appel téléphonique avec le dirigeant français précédent le discours, sa satisfaction devant l’adoption par la France d’une définition de l’antisémitisme incluant désormais l’antisionisme.

Selon cette définition de travail de l’antisémitisme, « non contraignante », de l’IHRA, « l’antisémitisme est une certaine perception des juifs qui pourrait s’exprimer à travers la haine envers les juifs. Les manifestations verbales et physiques d’antisémitisme peuvent être dirigées à l’encontre de juifs ou de non-juifs ainsi qu’envers leurs biens, envers des institutions de la communauté juive ou des bâtiments religieux ».

Si ce document de travail indique des exemples clairs d’antisémitisme – négation du génocide juif, complotisme à tout crin, exclusion des individus au nom de leur judaïsme –, deux points soulèvent des interrogations. Le document précise que « les manifestations [d’antisémitisme] pourraient inclure le ciblage de l’État d’Israël, conçu comme une collectivité juive. Cependant, des critiques d’Israël similaires à celles formulées à l’encontre de tout autre pays ne sauraient être considérées comme antisémites ».

Toutefois, dans les onze exemples d’antisémitisme que déploie le document, le point 6 pose qu’est considéré comme antisémite le fait de « refuser au peuple juif son droit à l’autodétermination », ajoutant « par exemple, en affirmant que l’existence d’un État d’Israël est un projet raciste ».

Toute la question repose sur ce « droit à l’autodétermination ». Est-il clos depuis la création d’Israël en 1948 ou s’accomplit-il à travers la colonisation continue des territoires palestiniens pratiquée depuis par l’État d’Israël ? Autrement dit, ce « refus » portera-t-il sur l’existence effective de l’État d’Israël ou sur cette politique d’expansion entendue comme un « droit à l’autodétermination » non encore abouti ?

Dans ce dernier cas, c’est alors le propre droit à l’autodétermination du peuple palestinien, tout autant reconnu par la résolution 181 de l’ONU du 21 novembre 1947, qui serait nié.

Toute critique de la politique coloniale israélienne, et de ses corollaires violents, sera-t-elle ramenée à « refuser au peuple juif son droit à l’autodétermination », donc à de l’antisémitisme ?

De glissement en glissement, la définition de l’IHRA pourrait aboutir à la délégitimation puis la pénalisation de toute critique de la politique israélienne envers les Palestiniens. Politique pourtant contraire au droit international.

Le discours d’Emmanuel Macron intervient dans un contexte français très particulier, entre tensions sociales sur fond de manifestations des Gilets jaunes et d’actes antisémites.

Rony Brauman, médecin, président de Médecins sans frontières (MSF) de 1982 à 1994, aujourd’hui directeur de recherche à la Fondation MSF et professeur à l’Université de Manchester (HCRI), alerte sur l’extrême dangerosité de la décision du président français.

Middle East Eye : Emmanuel Macron a déclaré au dîner du CRIF : « L’antisionisme est une des formes modernes de l’antisémitisme » et annoncé que la France le reconnaîtra comme tel ». Mais deux jours avant, il disait : « Je ne pense pas que pénaliser l’antisionisme soit une bonne solution ». Quelle est la portée politique de ces hésitations et pourquoi cette décision ?

Rony Brauman : Je constate mais ne peux expliquer les volte-face et hésitations successives d’Emmanuel Macron sur cette question de l’antisionisme désormais assimilé à l’antisémitisme. C’est là un sujet délicat qui se frotte à plusieurs possibilités. Ce sont probablement les hésitations du pouvoir qui se retrouvent dans ces atermoiements.

Emmanuel Macron n’a pas annoncé vouloir introduire l’antisionisme dans le code pénal. Mais sa décision de lier antisémitisme et antisionisme va fournir, de façon détournée, un cadre d’interprétation juridique et judiciaire applicable contre la campagne BDS [Boycott, Désinvestissement, Sanctions]. Cela pourrait servir aussi contre des gens qui soutiennent ce boycott, qui pourraient être alors inquiétés.

Par ce biais, il s’agit de criminaliser des positions critiques sans toutefois faire de l’antisionisme un délit d’opinion de façon claire. Mais in fine, cela reviendra au même, car ce délit d’opinion sera de toute façon mis en place de façon détournée, et il ne vaut que pour certains propos, ceux qui concernent les juifs. Ce faisant, on jette de l’huile sur le feu qu’on prétendait éteindre.

Car comment mieux suggérer implicitement que les juifs doivent bénéficier d’un statut particulier, que les sionistes seraient mis par le pouvoir à l’abri de la critique et qu’Israël serait ainsi sanctuarisé contre les critiques sévères ? Comment mieux nourrir les théories complotistes qu’en se livrant à ce genre de manœuvres ? Il y a là un cheminement intellectuel qui m’échappe. C’est désastreux.

MEE : Existe-t-il un seul antisionisme ? Le Bund polonais, certains juifs orthodoxes, certains mouvements du judaïsme libéral américain ont pu se qualifier ou se qualifient comme antisionistes par exemple…

RB : Il y a effectivement plusieurs formes d’antisionisme. À l’origine, l’antisionisme était l’opposition, d’ailleurs majoritairement juive, au mouvement national juif. Ce dernier était très minoritaire parmi les juifs européens. Ceux qui se vivaient comme assimilés y voyaient le risque d’être soupçonnés de double allégeance ; quant aux orthodoxes, ils y voyaient un détournement impie de la Bible, seul le messie étant habilité selon eux à rassembler le peuple d’Israël. Rappelons-nous au passage que les juifs établis depuis toujours en Palestine, eux, n’étaient pas en faveur d’un État juif.

Après la création d’Israël, l’antisionisme a pu être compris de deux façons. D’abord, comme la continuation d’un refus de l’existence même de l’État d’Israël en tant qu’État juif. Mais c’est là une opinion abstraite car après tout, cet État existe et se déclarer contre cet État n’a qu’une portée symbolique mais aucune portée pratique.

Cette opinion peut cependant exister et les gens qui étaient antisionistes jusqu’en 1948, de même que leurs héritiers intellectuels, ont le droit de persister dans cette conviction sans être taxés d’antisémites.

La seconde acception de cette notion d’antisionisme relève de l’opposition à la colonisation de la Cisjordanie, au blocus de Gaza, à la politique de l’État israélien, sans pour cela contester la réalité et l’existence de l’État d’Israël.

C’est ce que montrent des enquêtes, où l’on constate fréquemment que des gens se disent antisionistes tout en étant, ou plutôt, parce qu’ils sont en faveur de la solution à deux Etats : une partie de la Palestine mandataire revenant aux Palestiniens et l’autre, au demeurant la plus importante, aux Israéliens. Antisioniste veut alors dire favorable à l’évacuation des territoires occupés.

J’observe un mélange, voire une confusion de ces deux acceptions. À titre personnel, je ne me définis pas comme antisioniste mais comme post-sioniste, a-sioniste ou non-sioniste. Je veux dire par là que c’est dans une construction politique post-nationaliste que se trouve à mon sens la solution du conflit.

Les deux populations vivent de facto dans un seul État, sous une même autorité, mais l’une a tous les droits, l’autre n’en a aucun. Je pense que c’est le démantèlement de ce système d’apartheid qui est à l’ordre du jour.

MEE : Emmanuel Macron s’est référé à la définition de l’IHRA. C’est cette même définition en onze exemples qu’a fini par adopter le parti travailliste britannique en septembre dernier. Qu’est-ce que cet organisme ?

RB : À l’origine, l’International Holocaust Remembrance Alliance n’avait aucun rapport avec Israël. Son but était, notamment en Europe, d’entretenir la mémoire du génocide juif.

À l’instar d’autres ONG pro-israéliennes, l’IHRA a entrepris aussi de lutter contre l’antisémitisme. Cette lutte, dont je ne discute évidemment pas le bien-fondé, ne se fait cependant pas du point de vue de la négation du génocide juif mais du point de vue de la critique d’Israël.

Ce glissement et cette façon de faire, voulus par le lobby israélien en Europe, sont extrêmement pervers et cela ne peut que nourrir le complotisme et nuire à toute forme de critique politique d’Israël.

L’État d’Israël est cité à neuf reprises dans les exemples qui accompagnent la définition afin d’illustrer sa mise en application. C’est dans cet esprit qu’à l’occasion de la tenue à Paris, en 2017, d’une conférence sur l’étiquetage des produits en provenance des territoires occupés, que le CRIF a déclaré que cette réunion internationale était « pire que l’affaire Dreyfus ». Netanyahou, de son côté, l’a qualifiée d’antisémite !

MEE : Dans le contexte social français actuel, cette décision prise par Emmanuel Macron de lier sionisme et antisémitisme n’est-elle pas dangereuse d’abord pour les Français de confession juive ?

RB : Il y a là une instrumentalisation perverse de l’antisémitisme qui sert en l’occurrence à disqualifier un mouvement social, celui des Gilets jaunes. Cette instrumentalisation a pour effet pervers de placer les juifs dans le cercle fantasmé des puissants, des dominants, de ceux qui maîtrisent les discours et les médias. Ils seraient ceux qui imposent leur vérité et leur description des situations au détriment de tout le reste. C’est là un jeu extrêmement dangereux.

À titre personnel, en tant que juif comme en tant que citoyen français, je suis extrêmement choqué par les déclarations d’Emmanuel Macron.

MEE : En Israël, les élections d’avril se préparent à coup d’alliances entre, par exemple, Benjamin Netanyahou et le mouvement raciste kahaniste. Une autre alliance, contre lui cette fois, s’est faite entre ses principaux rivaux, dont Benny Gantz et Yaïr Lapid. Selon la presse israélienne, Emmanuel Macron a confirmé personnellement à Benyamin Netanyahou sa décision de lier antisémitisme et antisionisme, juste avant de faire son discours devant le CRIF. Est-ce là une ingérence dans la politique israélienne, et vice versa ?

RB : Ces circonstances aggravent encore plus l’indécence de cette situation. Benyamin Netanyahou avait déjà été invité à la commémoration de la rafle du Vel d’Hiv l’an passé. Il l’avait auparavant été par Manuel Valls alors Premier ministre.

Or, il n’y avait pourtant aucune raison à cette invitation. Sinon à créer un amalgame dangereux entre juif, sioniste et politique israélienne. C’est là une confusion qui ne peut être que renforcée par ce genre de pratiques et de déclarations.

J’y vois même une sorte de « double blind » ou d’injonctions contradictoires constantes : il ne faut pas confondre les juifs et Israël, donc ne pas utiliser la politique israélienne contre les juifs. Mais d’un autre côté, les juifs et Israël sont constamment confondus puisque quand sont commémorées des atrocités commises contre les juifs, on le fait aux côtés du Premier ministre israélien.

MEE : Plutôt qu’antisionisme = antisémitisme, n’observe-t-on pas une autre équation qui poserait que désormais, de nombreux partis politiques ou dirigeants d’extrême droite ouvertement sionistes le sont sur la base d’une vision antisémite des juifs ?

RB : Benjamin Netanyahou s’est effectivement acoquiné avec la pire racaille d’extrême droite, du Brésilien Jair Bolsonaro à l’Autrichien Heinz-Christian Strache, du président philippin à d’autres dirigeants ouvertement racistes. Quand on observe les alliances internes que le Premier ministre noue avec des mouvements explicitement racistes et violents, cela ajoute à ce sentiment de dépit et d’outrage qu’on ne peut que ressentir après la déclaration d’Emmanuel Macron.

L’antisémitisme n’a attendu ni le sionisme ni la création d’Israël pour s’alimenter. Mais on ne peut que constater que de tels comportements et déclarations le nourrissent, l’amplifient, en élargissent la portée. Tout cela est très dangereux.

Source: MEE

Juppé capitule devant les nostalgiques de la colonisation.

fanon(Article de Rosa Moussaoui «  Juppé renonce à une ruelle Frantz Fanon », l’ Humanité, du 11 février 2019)

Ce n ‘était pas un boulevard : juste une discrète ruelle. Jeudi, le maire de Bordeaux, Alain Juppé, a décidé de « surseoir » à l’inscription du nom de Frantz Fanon dans l’ espace public.
Au mois de décembre, le conseil municipal avait entériné le choix de donner à une sente du nouveau quartier Ginko, dans le nord de la ville, le nom du psychiatre martiniquais, figure de la résistance à l’ oppression coloniale et combattant de l’ indépendance algérienne.
Il n’ en fallait pas davantage pour provoquer l’ un de ces déchaînements de haine dont se repaissent les nostalgiques de la colonisation. Depuis le marigot du site internet Riposte laïque, c’ est l’ élu RN François Jay qui a donné le signal de la curée, en dénonçant l’ hommage «  à un homme qui a pris, il y a soixante ans, fait et cause pour le terrorisme algérien ».
Assimiler la lutte de libération algérienne à une entreprise terroriste, mettre le médecin chef de l’ hôpital de Blida, penseur de l’ émancipation humaine, dans le même sac que Daesch : l’ ignorance et la nigauderie le disputent ici à la falsification historique.
Les vociférations de quelques extrémistes excités ont pourtant suffi à faire reculer Juppé.
« Aujourd’hui, le choix du nom de Frantz Fanon sucite des incompréhensions, des polémiques, des oppositions que je peux comprendre », explique, complaisant, l’ édile.
A Bordeaux, ancien port négrier, les noms des opulentes fortunes bâties sur le commerce du « bois d’ébène » dessinent une toponymie urbaine oublieuse. Colbert, l’ auteur du Code noir, a sa rue. Tout comme Faidherbe ou Galliéni, grands massacreurs coloniaux.
Et le scandale serait, dans cette géographie, le nom d’ un combattant de la liberté ?
Fanon voulait restaurer l’ humanité là où elle a été déniée. Cet horizon politique impliquait, pour lui, de guérir le colonisé et de découvrir l’ homme derrière le colonisateur.
Seul quelque esprit rance peut trouver là matière à polémique.

Extrême droite : un phénomène planétaire

images (1)(Analyse de Mickael Löwy parue dans la revue Inprecor ( nov/dec 2018)

On observe ces dernières années un essor spectaculaire de l’extrême droite réactionnaire, autoritaire et/ou fasciste sur toute la planète : elle gouverne déjà la moitié des pays du monde. Parmi les exemples plus connus : Trump (États-Unis), Modi (Inde), Orbán (Hongrie), Erdoğan (Turquie), Daesh (État islamique), Salvini (Italie), Duterte (Philippines), et maintenant Bolsonaro (Brésil). Mais dans plusieurs autres pays nous avons des gouvernements proches de cette tendance, même s’ils n’ont pas une définition aussi explicite : Russie (Poutine), Israël (Netanyahou), Japon (Shinzō Abe), Autriche, Pologne, Birmanie, Colombie, etc. En fait la distinction entre ces deux groupes est très relative.

« Post-fascisme » et non « populisme »
Dans chaque pays, cette extrême droite a des caractéristiques propres : dans beaucoup de cas (Europe, États-Unis, Inde, Birmanie) « l’ennemi » – c’est-à-dire le bouc émissaire – ce sont les musulmans et/ou les immigrants ; dans quelques pays musulmans, ce sont les minorités religieuses (chrétiens, juifs, yézidis). Dans certains cas, prédomine le nationalisme xénophobe et le racisme, dans d’autres, le fondamentalisme religieux, ou alors la haine pour la gauche, le féminisme, les homosexuels. Malgré cette diversité il y a quelques traits communs à la majorité, sinon à tous : l’autoritarisme, le nationalisme intégral – « Deutschland über alles » et ses variantes locales : « America First », « O Brasil acima de tudo », etc. –, l’intolérance religieuse ou ethnique (raciste), la violence policière/militaire comme seule réponse aux problèmes sociaux et à la criminalité. La caractérisation comme fasciste ou semi-fasciste peut s’appliquer à certains, mais pas à tous. Enzo Traverso utilise le terme de « post-fascisme », qui peut être utile, en désignant à la fois une continuité et une différence.
Par contre, le concept de « populisme », employé par certains politologues, par les médias et même par une partie de la gauche, est parfaitement incapable de rendre compte du phénomène en question, et ne sert qu’à semer la confusion. Si dans l’Amérique latine des années 1930 jusqu’à 1960 le terme correspondait à quelque chose de relativement précis – le varguisme, le péronisme, etc. – son usage en Europe à partir des années 1990 est de plus en plus vague et imprécis.
On définit le populisme comme « une position politique qui prend le parti du peuple contre les élites », ce qui est valable pour presque n’importe quel mouvement ou parti politique ! Ce pseudo-concept, appliqué aux partis d’extrême droite, conduit – volontairement ou involontairement – à les légitimer, à les rendre plus acceptables, sinon sympathiques (qui n’est pas pour le peuple contre les élites ?), en évitant soigneusement les termes qui fâchent : racisme, xénophobie, fascisme, extrême droite. « Populisme » est aussi utilisé de façon délibérément mystificatrice par des idéologues néolibéraux pour opérer un amalgame entre l’extrême droite et la gauche radicale, caractérisées comme « populisme de droite » et « populisme de gauche » puisque opposées aux politiques libérales, à « l’Europe », etc.

Hypothèses
Comment expliquer ce spectaculaire essor de l’extrême droite, sous forme de gouvernements, mais aussi de partis politiques qui ne gouvernent pas encore, mais ont une large base électorale et influencent la vie politique du pays (France, Belgique, Hollande, Suisse, Suède, Danemark, etc.) ? Il est difficile de proposer une explication générale pour des phénomènes tellement différents, expression de contradictions spécifiques à chaque pays ou région du monde ; mais comme il s’agit d’une tendance planétaire, il faut du moins examiner quelques hypothèses.
Une « explication » à rejeter serait celle qui attribue aux vagues migratoires, notamment aux États-Unis et en Europe, l’essor des droites radicales. Les migrants sont le prétexte commode, le fonds de commerce utile des forces xénophobes et racistes, mais nullement la « cause » de leur succès. D’ailleurs l’extrême droite prospère dans beaucoup de pays – Brésil, Inde, Philippines… – sans qu’il soit question d’immigration.
L’explication la plus évidente, et sans doute pertinente, c’est que la globalisation capitaliste, qui est aussi un processus de brutale homogénéisation culturelle, produit et reproduit, à l’échelle mondiale, des formes de panique identitaire (le terme est de Daniel Bensaïd), conduisant à des manifestations nationalistes et/ou religieuses intolérantes, et favorisant les conflits ethniques ou confessionnels. Plus les nations perdent leur pouvoir économique, et plus on proclame l’immense gloire de la Nation « au-dessus de tout ».
Une autre explication serait la crise financière du capitalisme, qui va provoquer, à partir de 2008, dépression économique, chômage, marginalisation sociale. Ce facteur a sans doute été important pour rendre possible la victoire d’un Trump ou d’un Bolsonaro, mais est bien moins valable pour l’Europe : dans des pays riches, parmi les moins atteints par la crise, comme l’Autriche ou la Suisse, l’extrême droite est très puissante, tandis que dans les pays les plus affectés par la crise, comme l’Espagne ou le Portugal, c’est la gauche et le centre gauche qui sont hégémoniques, et l’extrême droite reste marginale.
Ces processus se passent dans des sociétés capitalistes où le néolibéralisme domine depuis les années 1980, détruisant les liens sociaux et les solidarités, approfondissant les inégalités sociales, les injustices et la concentration des richesses. Sans oublier l’affaiblissement de la gauche communiste suite à l’écroulement du soi-disant « socialisme réel », sans que d’autres forces de gauche, plus radicales, ne réussissent à occuper cet espace politique.
Ces explications sont utiles, au moins dans certains cas, mais sont insuffisantes. Nous n’avons pas encore une analyse globale pour un phénomène qui est mondial, et qui a lieu à un moment historique déterminé.
S’agirait-il d’un retour aux années 1930 ? L’histoire ne se répète pas : on peut trouver des ressemblances ou des analogies, mais les phénomènes actuels sont assez différents des modèles du passé. Surtout, nous n’avons pas – encore – des États totalitaires comparables à ceux d’avant-guerre. L’analyse marxiste classique du fascisme le définissait comme une réaction du grand capital, avec le soutien de la petite-bourgeoisie, face à une menace révolutionnaire du mouvement ouvrier. On peut se demander si cette interprétation rend vraiment compte de l’essor du fascisme en Italie, Allemagne et Espagne, dans les années 1920 et 1930. En tout cas, elle n’est pas pertinente dans le monde actuel, où l’on ne voit, nulle part, de « menace révolutionnaire ». Sans parler du fait évident que le grand capital financier manifeste peu d’enthousiasme pour le « nationalisme » de la droite extrême – quitte à s’en accommoder si nécessaire…

Du phénomène Bolsonaro
Quelques mots sur le dernier épisode de cette « vague brune » planétaire, le phénomène Bolsonaro au Brésil. Il semble le plus proche du fascisme classique, par son culte de la violence et sa haine viscérale de la gauche et du mouvement ouvrier, mais il n’a pas, contrairement à différents partis européens – du FPO autrichien au FN français (devenu Rassemblement national, RN) – des racines dans des mouvements fascistes du passé, dans le cas brésilien l’Action intégraliste brésilienne (AIB) du führer Plinio Salgado (années 1930).
Il ne fait pas non plus du racisme sa principale bannière, contrairement à la droite extrême européenne. Certes, il a pu faire quelques déclarations de type raciste, mais ce n’était pas du tout l’axe central de sa campagne. De ce point, il ressemble plutôt au fascisme italien des années 1920, avant l’alliance avec Hitler.
Si l’on compare Bolsonaro avec l’extrême droite européenne, on voit plusieurs différences significatives :
1. L’importance du thème de la « lutte contre la corruption », vieux cheval de bataille de la droite conservatrice au Brésil, depuis les années 1950. Bolsonaro a réussi à manipuler la légitime indignation populaire contre les politiciens corrompus. Ce thème n’est pas absent dans le discours de la droite extrême européenne, mais est loin d’occuper une place centrale.
2. La haine pour la gauche, ou le centre-gauche (le PT brésilien), a été un des grands thèmes mobilisateurs de Bolsonaro. On le trouve moins en Europe, sauf chez les forces fascisantes des ex-démocraties populaires. Mais dans ce cas, il s’agit d’une manipulation (diabolisation) qui se réfère à une expérience réelle du passé. Rien de tel au Brésil : le discours violemment anticommuniste de Bolsonaro n’a rien à voir avec la réalité brésilienne présente ou passée. Il est d’autant plus surprenant que la guerre froide est finie depuis des décennies, l’Union soviétique n’existe plus, et le PT n’a évidemment rien à voir avec le communisme (dans toutes les définitions possibles de ce terme).
3. Tandis que l’extrême droite européenne dénonce la globalisation néolibérale, au nom du protectionnisme, du nationalisme économique, contre la « finance internationale », Bolsonaro a présenté un programme économique ultralibéral : plus de marché, ouverture aux investissements étrangers, privatisations et un total alignement sur la politique nord-américaine. Cela explique sans doute le ralliement massif des classes dominantes à sa candidature, une fois constatée l’impopularité évidente du candidat de la droite traditionnelle (Geraldo Alckmin).
Ce qui est commun à Trump, Bolsonaro et la droite extrême européenne, ce sont trois thèmes d’agitation socioculturelle réactionnaire :
1. L’autoritarisme, l’adhésion à un Homme Fort, un Chef, capable de « restaurer l’ordre ».
2. L’idéologie répressive, le culte de la violence policière, l’appel au rétablissement de la peine de mort et à distribuer des armes à la population pour sa « défense contre les criminels ».
3. L’intolérance contre les minorités sexuelles, en particulier le peuple LGBTI. C’est un thème agité, avec un certain succès, par des secteurs religieux réactionnaires, soit catholiques (en France), soit néopentecôtistes (Brésil).
Ces trois thèmes, ensemble avec « la guerre à la corruption », ont été décisifs pour la victoire de Bolsonaro, notamment grâce à la diffusion massive de fake news par les médias sociaux (reste à expliquer pourquoi tant de personnes ont cru à ces mensonges grossiers). Mais il nous manque encore une explication convaincante de l’incroyable succès, en seulement quelques semaines, de sa candidature, malgré la violence, la brutalité de ses discours de guerre civile, sa misogynie, son absence de programme et son apologie éhontée de la dictature militaire et de la torture.

Antifascisme conséquent
Comment lutter ? Hélas, il n’y a pas de formule magique pour combattre cette nouvelle vague brune mondiale. L’appel de Bernie Sanders (1) à un Front antifasciste mondial est une excellente proposition. Il faut en même temps construire, dans chaque pays concerné, de larges coalitions en défense des libertés démocratiques.
Mais il faut aussi prendre en compte que le système capitaliste, surtout en périodes de crise, produit et reproduit constamment des phénomènes comme le fascisme, les coups d’État et les régimes autoritaires. La racine de ces tendances est systémique, et l’alternative doit être radicale, c’est-à-dire antisystémique. En 1938, Max Horkheimer, un des principaux penseurs de l’École de Francfort de la Théorie critique, écrivait : « si vous ne voulez pas parler du capitalisme, vous n’avez rien à dire sur le fascisme ». En d’autres termes, l’antifasciste conséquent est un anticapitaliste.