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EHHHH les jeunes !!!!

Où sont les jeunes devant l’abjuration du siècle des lumières ? Nous donnions sans compter des leçons de démocratie à tous les pays du monde, déclinant cet orgueil colonial sous les artifices de l’universalité des lumières. .. En quelques mois, sous les...

La teurgoule

Une teurgoule de Geneviève et Raoul Achard, elle est bien crémeuse sous la peau qui s’est formée en surface. Photo prise avec une casserole normande en cuivre et une cuillère du XIXsiècle à la marque « RG ». (Photo Georges Bernage © Patrimoine Normand.)


Extrait Patrimoine Normand n°44.
Par Georges Bernage.

 
Une teurgoule vendue en portions sur le marché de Bayeux. (Photo Georges Bernage © Patrimoine Normand.)Une teurgoule vendue en portions sur le marché de Bayeux. (Photo Georges Bernage © Patrimoine Normand.)

Voici un dessert bien normand et qui, pourtant, n’est pas connu de toute la Normandie ; on le déguste surtout en Basse-Normandie (principalement le Calvados).  Il est inconnu dans le Nord-Cotentin par exemple et on ne la connaît pas en Haute-Normandie.

Ce dessert serait apparu dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Après un printemps humide, un été pluvieux avait fait perdre les récoltes. Redoutant une disette, François-Jean d’Orceau, baron de Fontette, intendant de la généralité de Caen de 1760 à 1775, fait alors venir du riz d’outre-mer. Mais personne ne connaît alors dans la région cette céréale et Fontette fait placarder des recettes pour la préparer. Ce sera entre autres la terrinée, du nom du récipient (voir encadré en fin d'article) ou teurgoule, nom exprimant l’humour normand face à ce mets souple et un peu collant à la goule… Certains disent aussi que sa longue cuisson était bien pratique pour les femmes des marins de Honfleur (autre port de l’outre-mer) qui faisaient chauffer longtemps ce mets en attendant le retour de leurs maris.

Ainsi, la base de ce plat est le riz mais aussi un autre ingrédient exotique, la cannelle, sans ou­blier le sucre. Son caractère bien normand est présent avec les deux litres de lait nécessaires à sa confection.
 

Les ingrédients
 
Pour quatre personnes :
- 150 grammes de riz.
- 2 litres de lait de ferme.
- 200 grammes de sucre.
- 1 sachet de sucre vanillé.
- 2 cuillères à café de cannelle.
 

La recette

Dans une terrine, verser le lait sur le riz, le sucre et le sucre vanillé. Puis saupoudrer deux cuillères à café de cannelle. Faire cuire ensuite quatre à cinq heures dans un four à pain. (Recette de Geneviève Achard.)

Pour ceux qui ne disposent pas de four à pain, on peut utiliser un four électrique à thermostat très doux (160°, thermostat 5), le préchauffer et cuire pendant trois heures. Attention : la qualité du lait est très importante : il faut utiliser du lait de ferme (lait cru), à défaut du lait entier qui donnera un résultat un peu moins crémeux.

Teurgoule sortant du four à bois, à la ferme de la Rivière. (Photo Georges Bernage © Patrimoine Normand.)

Teurgoule sortant du four à bois, à la ferme de la Rivière. (Photo Georges Bernage © Patrimoine Normand.)

On peut aussi trouver de la teurgoule sur les marchés, com­me celui de Bayeux, le samedi matin, et nous y avons dégusté une « part » de teurgoule ; celle-ci avait été cuite dans le four à pain de la ferme de la Rançonnière à Crépon. Plusieurs fermes vendent de la teurgoule « maison » sur ce marché.

Remerciements à Mesdames Geneviève Achard, Danielle Maudoin et Gisèle Sevestre. Dernier conseil : ne pas rajouter d’autres ingrédients. Une table connue propose une feuille de laurier !…

Il ne faut pas oublier qu’une teurgoule se déguste agréablement accompagnée de falue (voir dans notre précédent numéro).

 

La terrine
 
La teurgoule est parfois appelée aussi terrinée, du nom de son contenant. La terreine (terrine) était autrefois un important récipient de la laiterie. Très évasé, d’une contenance de six à huit litres de lait, il y était placé en attendant de pouvoir éfleurer le lait. En effet, suivant la saison, et donc plus ou moins rapidement, la fleurette (crème fine, la première montée sur le lait) était enlevée à la cuillère, entièrement et délicatement. Et c’est aussi ce récipient, cette terreine, qui est utilisé pour faire cuire la teurgoule ou … terrinée.
D’après Jean Seguin
 
Les petits «?bois » d’Armand Lepaumier illustrant les encadrés - la terrine et la «?fallue à côtes » - sont extraits de l’ouvrage de Jean Seguin.

Les petits « bois » d’Armand Lepaumier illustrant les encadrés - la terrine et la « fallue à côtes » - sont extraits de l’ouvrage de Jean Seguin.

et toujours la falue…
 
Dans notre article précédent, nous avions évoqué les variantes locales de ce dessert normand dégusté avec la teurgoule ou le Jour des Rois. Ainsi, pour la région d’Avranches, en 1934, Jean Seguin écrit : « Il en est de même de la fallue, sous cette dénomination, dans mon enfance, l’on fabriquait à Genêts une variété de brioche, en d’autres endroits elle était plus connue sous le nom de brioche coulante. Elle était longue, étroite et divisée en côtes. Au gré de l’acheteur la brioche était coupée en autant de côtes qu’il le désirait et chacune de celle-ci était vendue deux sous la pièce. Vers l’Orne, la fallue est un gâteau creux et rond au centre, fait à la campagne, en fine fleur avec œufs et un peu de beurre. On la nomme aussi fouace. » (Jean Seguin, op. cit., p. 62). Il y avait donc bien des variétés locales de recettes normandes, la plupart sont perdues pour toujours. Il n’est donc que temps de sauver ce qui peut l’être…
 

 

Pour plus de renseignements sur les usages culinaires d’il y a un siècle, on pourra se reporter à l’ouvrage de Jean Seguin, Vieux mangers, vieux parlers bas-normands, Paris, 1934.
 


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Arques-la-Bataille – le château invincible

Le château d'Arques-la-Bataille avec le donjon au sud-est. (Photo Alexandre Vernon © Patrimoine Normand.)


Extrait Patrimoine Normand n°44.
Par Alexandre Vernon.
En souvenir de Michel Bertin.

 

Sur son étroit promontoire rocheux, le château d’Arques-la-Bataille près de Dieppe ne se dévoile pas immédiatement aux yeux du visiteur débouchant de la plaine. Il faut s’en approcher et grimper sa côte abrupte pour l’admirer dans toute son imposante stature. Mais alors, en supposant que vous soyez un attaquant d’antan, arrivé au faîte de ce gigantesque fossé, vous êtes de suite repéré… et la cible des arbalétriers.

Le château-fort moyenâgeux d’Arques était réputé pour son invincibilité. Jamais au cours des siècles il ne fut pris de vive force. Combien de rois et d’hommes de guerre s’y sont frottés sans succès ! Dont parmi les plus célèbres Baudouin, comte de Flandres en 1118, Philippe-Auguste en 1202, Charles le Téméraire en 1472, et le duc de Mayenne en 1589 face à Henri IV avec des forces pourtant cinq fois supérieures en nombre au cours d’une célèbre bataille…

Aujourd’hui ce château redoutable n’a plus que des chicots en guise de denture. Car il n’est plus que ruines, avec malgré tout des murs d’une formidable épaisseur, indestructibles, et des moignons de tours, énormes, qui lancent vers le ciel leur défi insensé. Le plus triste dans l’histoire de cette citadelle, c’est que ce ne sont pas les combats ni les assaillants qui l’ont réduite en cet état misérable au XVIIIe siècle, mais des hommes avi...

 

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Chronique de Falaise – À la recherche d’un château normand du XIIe siècle

Château Guillaume-le-Conquérant, Falaise. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand.)


Extrait Patrimoine Normand n°44.
Par Georges Bernage.

 

Le château de Falaise, appelé souvent « château de Guillaume le Conquérant », est un monument majeur de notre patrimoine. Nous allons l’ausculter au fil de nos numéros. Il le mérite bien, malgré tout …

La couverture en téflon blanc qui recouvre…?de manière «?transitoire » (vu son absence de longévité) le château de Falaise. (© Patrimoine Normand.)
La couverture en téflon blanc qui recouvre… de manière « transitoire » (vu son absence de longévité) le château de Falaise. (© Patrimoine Normand.)

Guillaume le Conquérant est bien né au château de Falaise, premier château dont il ne reste rien malgré une touchante légende selon laquelle on nous montrait sa chambre dans le donjon il y a encore une quarantaine d’années… Le donjon actuel a été construit sur ordre de Henri Ier Beauclerc dans le premier quart du XIIe siècle, probablement vers 1123.

Cette puissante tour-maîtresse typiquement normande est flanquée, au sud-est, par une saillie dans laquelle est logée la chapelle castrale. Quelques années plus tard, pour augmenter la capacité résidentielle de l’édifice, une tour secondaire a été plaquée sur la face occidentale de l’édifice principal.

Mais nous étudierons les détails de la construction et de ses structures dans de futures chroniques. Dans celle-ci, nous nous concentrerons sur sa couverture et son aspect au XIIe siècle. Comme le rappelle un castellologue réputé, Jean Mesqui, l’énorme tour à contreforts est « aujourd’hui découronnée d’au moins un étage. » (1)

Elle est maintenant recouverte d’une spectaculaire couverture en téflon… genre chapiteau de cirque. Mais cette couverture en téflon, fâcheuse, n’est qu’une solution transitoire ; elle ne serait garantie que vingt ans - elle n’en aurait donc plus que pour une douzaine d’années… Comme le rappelait la revue Momus (2) : « Les haubans de métal rongent inexorablement la toile et le téflon des tentes et posent de graves problèmes de maintenance ». Nos ancêtres avaient plus de bon sens ; ils construisaient des toitures aptes à durer des siècles et non deux décades et ils étaient plus vigilants pour leurs deniers…

En haut : première illustration de Viollet-le-Duc montrant la structure d’une charpente du XIIe siècle. En bas : seconde illustration de Viollet-le-Duc. (© Patrimoine Normand.)
En haut : première illustration de Viollet-le-Duc montrant la structure d’une charpente du XIIe siècle. En bas : seconde illustration de Viollet-le-Duc. (© Patrimoine Normand.)
Plan du donjon : A. Grand donjon. B. Chapelle Saint-Prix. C. Petit donjon. D. Tour Talbot. 1. Ancienne brèche d'accès. 2. Porte d'entrée. 3. Escalier supérieur. 4. Escalier inférieur. 5. Puits. 6. Cave voûtée. 7. Escalier du petit donjon. 8. Escalier de la Tour Talbot. 9. Escalier de la crypte. 10. Escalier inférieur de la tour Talbot. 11. Escalier supérieur. (© Patrimoine Normand.)
Plan du donjon : A. Grand donjon. B. Chapelle Saint-Prix. C. Petit donjon. D. Tour Talbot. 1. Ancienne brèche d'accès. 2. Porte d'entrée. 3. Escalier supérieur. 4. Escalier inférieur. 5. Puits. 6. Cave voûtée. 7. Escalier du petit donjon. 8. Escalier de la Tour Talbot. 9. Escalier de la crypte. 10. Escalier inférieur de la tour Talbot. 11. Escalier supérieur. (© Patrimoine Normand.)

Alors quelles toitures recouvraient le « donjon » de Falaise il y a neuf siècles ? La surface du bâtiment est bien trop vaste pour n’avoir été couverte que par une seule couverture qui eut été une immense pyramide. La structure de ce bâtiment montre bien ce qu’elle était. Un mur de refend partage le bâtiment en deux : grande salle au nord, chambre et antichambre au sud. Cette « séparation » devait se prolonger jusque dans les parties hautes, au moins par des piliers de bois. Ainsi, comme nous le rappelions en janvier 1997, dans le n°13 de Patrimoine Normand : « Ces grandes tours étaient couvertes de longues toitures successives, suivant le rythme des cloisons intérieures, avec un chéneau pour l’écoulement des eaux ». Ecoutons maintenant Eugène Viollet-le-Duc qui, au moins, fait preuve d’une immense érudition concernant l’architecture médiévale, érudition qui man­que fâcheusement à certains architectes contemporains : « Les Normands, peuples de marins, semblent être les premiers, dans ces contrées, qui aient fait faire un pas considérable à l’art de la charpenterie. Il est certain que, dès le XIe siècle, ils construisirent de vastes édifices entièrement couverts par de grandes charpentes apparentes ; l’Angleterre con­serve encore bon nombre de ces charpentes » (3). Le génial architecte donne un peu plus loin un exemple de charpente du XIIe siècle : « Or, pour ce qui est des charpentes de combles, dont nous nous occuperons d’abord, le système emprunté aux anciens est fort simple. Il consiste en une suite de fermes portant des pannes sur lesquelles reposent les chevrons. La forme primitive est souvent dépourvue de poinçons ; elle se compose (voir 1re ill.) d’un entrait AB, de deux arbalétriers A C, BC, et d’un entrait retroussé DE, destiné à empêcher les arbalétriers de fléchir et de se courber sous la charge de la couverture. Si ces fermes ont une portée plus grande, on y ajoute un poinçon CF, venant recevoir les extrémités des deux arbalétriers, s’assemblant en F à tenon et mortaise, et arrêtant ainsi la déformation de la ferme. Si l’on craint la flexion de l’entrait AB (2e ill.), par suite de sa longueur, le poinçon vient s’assembler en F, le suspend, et l’entrait retroussé DE s’assemble en GH dans ce poinçon. Les pannes I reposaient sur les arbalétriers, retenues par des chantignolles K, et les chevrons LM s’accrochaient sur leur face externe. Mais si le comble n’a pas une forte inclinaison et si l’on veut que la rencontre des arbalétriers avec l’entrait ne porte pas à faux, ce système exige des murs d’une grande épaisseur. En effet (2e ill.) : supposons que l’intervalle à couvrir NO soit de sept mètres soixante centimètres, les arbalétriers ayant 0,20 c. d’équarrissage, les pannes autant, et les chevrons 0,12 c., on voit que l’épaisseur des murs doit être de 1,10 c, ce qui est considérable eu égard au peu de largeur du vaisseau. » (4) Sur la construction principale, la surface à couvrir est d’une vingtaine de mètres de long pour des largeurs respectives de douze et sept mètres environ.

Connaissant maintenant le type de couverture utilisée au XIIe siècle, valable pour les donjons normands de cette époque, nous essaierons de voir, dans la prochaine chronique la disposition possible des parties hautes de cette construction…

Ce qui aurait pu être fait. La vue du château de Falaise tirée des albums de Merian (ci-dessous) nous donne une idée des toitures encore en place dans le courant du XVIIe siècle, malgré des fantaisies dans la disposition. Une toiture aurait pu être mise en place sur la Tour Talbot ce qui aurait accentué sa forme élancée, restitué l'intention de son constructeur et évité le béton sur la terrasse. Pour souligner les « apports » contemporains, l'utilisation du bois et du pan de bois permettrait une distinction claire tout en restant très proche de l'esprit de ce temps. Ces grandes tours étaient couvertes de lon­gues toitures successives, suivant le rythme des cloisons intérieures, avec un chéneau pour l'écoulement de l'eau. Quant à l'avant-corps : hourds, palissade et pan de bois étaient la solution…?si cet avant-corps est nécessaire. (Conception et réali­sation : Patrimoine Normand - G. Bernage, B.Paich, F. Gautier.)

Ce que nous avions proposé dès notre n°13, de février 1997, de Patrimoine Normand. (© Patrimoine Normand.)

(Conception et réalisation : Patrimoine Normand - G.Bernage, B.Paich, F.Gautier.)
© Patrimoine Normand
Ce qui aurait pu être fait. La vue du château de Falaise tirée des albums de Merian (ci-dessous) nous donne une idée des toitures encore en place dans le courant du XVIIe siècle, malgré des fantaisies dans la disposition. Une toiture aurait pu être mise en place sur la Tour Talbot ce qui aurait accentué sa forme élancée, restitué l'intention de son constructeur et évité le béton sur la terrasse. Pour souligner les « apports » contemporains, l'utilisation du bois et du pan de bois permettrait une distinction claire tout en restant très proche de l'esprit de ce temps. Ces grandes tours étaient couvertes de lon­gues toitures successives, suivant le rythme des cloisons intérieures, avec un chéneau pour l'écoulement de l'eau. Quant à l'avant-corps : hourds, palissade et pan de bois étaient la solution… si cet avant-corps est nécessaire. (Conception et réali­sation : Patrimoine Normand - G. Bernage, B.Paich, F. Gautier.)
 
 
(1) Jean Mesqui, Châteaux forts et fortifications en France, Flammarion, 1997, p. 163.
(2) Citation dans le n°30 de Patrimoine Normand, p. 28.
(3) Dictionnaire raisonné de l’architecture, T 3, p. 3.
(4) Op. cit., T3, pp. 3 et 4.


Reconstitution 3D du château de Falaise à travers les âges. (© Normandy Productions.)
 

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Augustin Fresnel

Augustin Fresnel. 1788 - 1827 (© Guillaume Néel).


Extrait Patrimoine Normand N°116.
Caricature de Guillaume Néel.
Par Stéphane William Gondoin.

 

Quiconque oserait affirmer que les Normands ne sont pas des lumières, devrait se pencher sérieusement sur le cas de ce génial natif de Broglie. C’est que cet Augustin-là avait des ampoules à la place du cerveau, des ampoules à longue portée qui plus est. Son idée de base consistait à remplacer les lentilles convexes utilisées en haut des phares, par des lentilles à redents. Pas de quoi fouetter un chat à première vue, ni coller à bas l’Ancien Régime (scientifique). Sauf que pareille modification accroît la luminosité de moitié, ce qui, on en conviendra, n’est tout de même pas rien ! Parmi les sommités scientifiques de son temps, certains fâcheux – il y a toujours en ce bas monde des chagrins pour vous perturber votre joie – firent remarquer que le génial Buffon avait déjà eu la même idée quelques décennies avant lui. Grosse déprime pour Augustin, qui s’imagine avoir une fois de plus enfoncé une porte ouverte. Sauf que le célèbre naturaliste du XVIIIe siècle n’est jamais parvenu à fabriquer le moindre prototype. Fresnel… oui ! Qui sait ce qui serait sorti de cet esprit génial, si dame nature (ou Dieu pour ceux qui préfèrent) lui avait accordé une longue et paisible existence ?
 




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Marie Ravenel

Marie Ravenel. 1811 - 1893 (© Guillaume Néel).


Extrait Patrimoine Normand N°116.
Caricature de Guillaume Néel.
Par Stéphane William Gondoin.

 

Voilà une figure que n’auraient sans doute pas reniée Maupassant et Maître Flaubert, même ci ces trois-là, qui vivaient pourtant à la même époque, n’ont jamais partagé la moindre bolée de cidre (ou le moindre sou de calva) autour d’un bon feu. Ils en auraient eu, pourtant, des choses à se raconter. Côté lettres, Marie n’avait pas nécessairement au départ toutes les chances de son côté : fille de simples cultivateurs plus ou moins meuniers, sa seule perspective en ce temps était de devenir maîtresse d’une ferme, avec une ribambelle de mioches accrochée à ses robes. Oui mais voilà, les muses restent des divinités bien capricieuses et quand Euterpe et autres Calliope décident de vous souffler entre les deux oreilles, il y a largement de quoi mettre la cervelle d’un simple mortel en transe poétique. Marie a donc composé mille et un vers, chantant son val de Saire natal et ses charmes farouches. Son pont Mirabeau à elle, ce sont les colères de la Manche, les sentiers bordés de bruyères, le moulin où elle vit le jour et tout un tas d’autres choses simples. En Cotentin, pour la postérité, Marie est aux mots ce que Millet est aux pinceaux.
 




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L’architecture normande en Europe : un livre et une exposition

L’église Saint-Pierre, Thaon (Calvados). Chantier entre les années 1060 et environ 1130. (Photo Rodolphe © Patrimoine Normand)


Extrait Patrimoine Normand n°42.
Par Georges Bernage.

 

Une très intéressante exposition sur l’architecture normande en Europe a eu lieu à Caen en octobre 2001 et à Rouen en septembre 2002. Un livre, publié sous la direction de Werner Szambien, avec la contribution d’une vingtaine de chercheurs, présente cette « aventure européenne » qui s’est déroulée du XIe au XXe siècle.

Église de Santi Pietro e Paolo, Itala (Sicile), façade et nef, fin XIe siècle. (© Simona Talenti.)
Église de Santi Pietro e Paolo, Itala (Sicile), façade et nef, fin XIe siècle. (© Simona Talenti.)

Comme le rappelait Mario d’Onofrio : « L’idée de cette exposition est née avant tout d’une double exigence critique : il fallait d’une part éliminer les conceptions erronées qui pèsent sur cet ancien peuple d’origine nordique (Northmen, c’est-à-dire les « hommes du nord ») ; d’autre part, évaluer enfin avec réalisme si les formes de vie et d’art apparues entre 1030 et 1200 sur les terres conquises peuvent être qualifiées génériquement de « normands », ou bien s’il existe un ou plusieurs éléments communs - historiques et catégoriels - rattachant en profondeur ou superficiellement les phénomènes artistiques et socio-culturels propres à chacun des territoires indiqués. Il s’agit en somme d’examiner si une classe politique dominante a réussi à déterminer des thèmes et des éléments structurels qui, au-delà des diversités formelles particulières, rapprochent les expressions artistiques les plus significatives de l’Europe sep­tentrionale et celles des régions les plus méridionales de l’Italie ». Et comme le rappelait à son tour Jean-Yves Marin, conservateur du Musée de Normandie, lors du colloque qui s’est tenu à Caen en 2001 et dont l’exposition et le livre sont le résultat : « C’est l’un des grands mérites de ce colloque que de proposer une mise en perspective de l’évolution architecturale et artistique de l’Europe normande de la Norvège à Malte ».

Analogies entre le campanile du XIIe siècle de Santa Maria dell Ammiraglio  à Palerme (Sicile) et les tours de la trinité de Caen. (Photo Pierre Rique © M. Minnella et V. Noto.) Analogies entre le campanile du XIIe siècle de Santa Maria dell' Ammiraglio à Palerme (Sicile) et les tours de la trinité de Caen. (© M. Minnella et Rodolphe Corbin.)

Analogies entre le campanile du XIIe siècle de Santa Maria dell' Ammiraglio à Palerme (Sicile) et les tours de la trinité de Caen. (© M. Minnella et Rodolphe Corbin.)

Ainsi, au-delà de la seule Normandie à travers l’Europe, s’est constitué, à partir du XIe siècle et jusqu’au XIIe siècle, ce que Werner Szambien appelle un maillage normand « Dans le cadre d’une Europe qui s’est constituée sur près d’une quinzaine de siècles, les Normands guerriers paradoxaux et grands bâtisseurs, ont joué un rôle majeur. La « normanicité » est appréciée dès le Moyen Âge. Depuis l’Angleterre jusqu’à la Sicile, la diffusion des idées ou stratégies, législatives ou artistiques des Normands devient, à différentes périodes un point de référence crucial.?Il s’agit ici, entre autres, de parvenir à une meilleure compréhension de leur rôle, en examinant les terminologies variables appliquées à leurs activités dans les différentes langues européennes. Le but n’est pas tant de présenter un ensemble de bâtiments magnifiques que de mieux révéler les recherches identitaires présentées aussi bien en Angleterre, en France, dans les pays Scandinaves, qu’en Italie du sud ou au Proche-Orient. Au gré des mouvements de l’histoire et du rayonnement géopolitique et culturel du modèle normand, la nature et la force de ce désir d’appartenance à un terreau identitaire commun ont évolué jusqu’à nos jours ».

Église paroissiale, Fjenneslev (Danemark). Vue du chœur datant de 1130, les tours occidentales sont du XIIe siècle. (© Simona Talenti.)

Église paroissiale, Fjenneslev (Danemark). Vue du chœur datant de 1130, les tours occidentales sont du XIIesiècle. (© Simona Talenti.)

Villa Rufolo, Ravello, cour de la villa de style mauresque, XIIIe siècle. (© Simona Talenti.)
Villa Rufolo, Ravello, cour de la villa de style mauresque, XIIIe siècle. (© Simona Talenti.)

Villa à Taormina, exemple de néo-normand sicilien, au XXe siècle. (© Simona Talenti.)
Villa à Taormina, exemple de néo-normand sicilien, au XXe siècle. (© Simona Talenti.)

L’ouvrage présente tout d’abord la construction de bois en Normandie du Xe au XIIe siècle, ce qui permet à Jacques Le Maho de faire le point sur ses remarquables travaux archéologiques : Notre-Dame-de-Gravenchon, Mirville principalement. Il existe à l’heure actuelle des plans partiels ou complets d’une trentaine de bâtiments pour l’ensemble de la province, illustrant à eux seuls l’omniprésence du bois dans le paysage architectural du duché. Puis Maylis Baylé évoque L’architecture normande d’époque romane en France dont les sources sont avant tout carolingiennes et ottoniennes avant l’éclosion d’un art purement régional. Après 1060, cette architecture apporte plus à ses voisins qu’elle n’emprunte ; l’un de ses apports majeurs est le voûtement sur croisée d’ogives, probablement à partir de 1093. La Normandie va alors jouer un rôle primordial dans les débuts de l’architecture gothique. Et Øystein Ekroll nous montre ensuite l’influence du style anglo-normand en Norvège, il va dominer la période romane dans la majeure partie de la Norvège. Francis Kelly étudie la cathédrale anglo-normande de Bath et ses sculptures : l’influence normande a marqué en profondeur l’architecture de l’Angleterre qui ne sera plus qu’anglo-normande pendant le Moyen Âge. Richard Plant confirme cet aspect avec une étude sur la cathédrale de Winchester. Ainsi, Normandie, An­gleterre et Norvège sont étroitement liées à cette époque. Tournons-nous maintenant vers le sud.

Luigi Marino présente alors les rapports est-ouest à l’époque des Croisades, les Normands ont découvert une architecture militaire au Proche-Orient. Et nous sommes à Palerme, capitale normande (textes de Teresa Torregrossa, Pietro Burzotta, Vittorio Notto) avant de découvrir les influences siculo-normandes sur l’architecture médiévale de Malte (Mario Buhagiar).

Traversons ensuite les siècles, du Moyen Âge à l’époque moderne, avec, surtout, le pan de bois, image emblèmatique de la Normandie, et nous arrivons au XIXe siècle avec un renouveau du style médiéval, le « revival gothique » ; il y aura ainsi en Normandie un renouveau du « style normand », surtout dans les stations balnéaires, et un renouveau du style « siculo-normand » en Italie. Mais, après guerre, la reconstruction se signalera par un manque d’inspiration régionale. Le grand mérite de ce travail est de nous montrer un rayonnement de l’art normand en Angleterre, en Norvège, en Italie et à Malte.

 

 

L’architecture normande en Europe, identités et échanges
L’architecture normande en Europe,
identités et échanges

 
Sous la direction de :
Werner Szambien,
Martin Kew Meade,
Simona Talenti
24 x 32 cm,
224 pages, illustrations en couleurs, 2002.
ISBN 2-86364-110-7 / 38 
Éditions Parenthèses
72, cours Julien
13006 Marseille
Tél. : 04 95 08 18 20
www.editionsparentheses.com
 

 


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