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Le 5 mai 1821 – Mort de Napoléon Ier

La mort de Napoléon, à Longwood House, sur l’île de Sainte-Hélène. (© Rijksmuseum d’Amsterdam - Domaine public - www.rijksmuseum.nl)

Colonne commémorative du retour de Sainte-Hélène des cendres de Napoléon, au Val-de-la-Haye près de Rouen. Ici les restes de l’empereur furent transbordés de la Normandie à la Dorade, pour aller jusqu’à Paris. (Wikimedia commons - © Giogo - CC BY-SA 4.0 - creativecommons.org)
Colonne commémorative du retour de Sainte-Hélène des cendres de Napoléon, au Val-de-la-Haye près de Rouen. Ici les restes de l’empereur furent transbordés de la Normandie à la Dorade, pour aller jusqu’à Paris. (Wikimedia commons - © Giogo - CC BY-SA 4.0 - creativecommons.org)

Une seule date ce trimestre, mais quelle date ! Le 5 mai 1821 s’éteint sur l’île tropicale de Sainte-Hélène l’empereur déchu Napoléon Ier. Inhumé sur place à la va-vite, l’homme qui fit trembler l’Europe entière ne possède plus que quelques pieds de terre volcanique, au fond d’un vallon perdu et humide. En France, le roi Louis XVIII n’a nullement l’intention de faire cas des ossements de ce petit général corse, à ses yeux un simple aventurier doublé d’un usurpateur. Et comme les Anglais n’ont de toute manière aucune intention de les rendre, tout va pour le mieux dans le meilleur des royaumes de France possible…

Vingt ans plus tard, la dynastie des Bourbons a cessé de régner. Son ultime représentant, le dédaigneux Charles X, a été prié en 1830 d’aller se faire guillotiner ailleurs, après un énième soubresaut populaire. Sur le trône, le roi-bourgeois Louis-Philippe entend réconcilier les Français de toutes obédiences, en demandant officiellement à Sa Majesté la reine d’Angleterre, la jeune et pimpante Victoria, le retour des cendres en Europe. Les relations plus apaisées entre les deux États facilitent les démarches.

Après un long voyage aller-retour, la frégate Belle-Poule revient en France lestée de son macabre chargement et mouille en rade de Cherbourg, le 30 novembre 1840. C’est là que l’on transfère le sarcophage sur le pont du paquebot vapeur Normandie, qui met le cap sur Le Havre. La remontée de la Seine jusqu’au Val-de-la-Haye, en aval de Rouen, prend des allures de triomphe : coups de canons, vivats d’une foule immense, haies d’honneur… Bref, les Normands n’ont pas oublié et rendent hommage à celui qui leur avait si souvent rendu visite.1
 


1) Voir « Quand Napoléon Bonaparte visitait la Normandie » in Patrimoine Normand n°116.

À Cherbourg en 1840, transbordement des cendres de Napoléon depuis le pont de la Belle Poule, en provenance de l’île de Sainte-Hélène, sur celui du vapeur Normandie, qui remontera la Seine jusqu’au Val-de-la-Haye. Gravure de Victor Adam en 1840 ou 1841, 22.2 × 30.8 cm. (© Achat en 1907 - Rijksmuseum d’Amsterdam - Domaine public - www.rijksmuseum.nl)

À Cherbourg en 1840, transbordement des cendres de Napoléon depuis le pont de la Belle Poule, en provenance de l’île de Sainte-Hélène, sur celui du vapeur Normandie, qui remontera la Seine jusqu’au Val-de-la-Haye. Gravure de Victor Adam en 1840 ou 1841, 22.2 × 30.8 cm. (© Achat en 1907 - Rijksmuseum d’Amsterdam - Domaine public - www.rijksmuseum.nl)

Article publié dans Patrimoine Normand n°117, par Stéphane William GondoinStéphane William Gondoin

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Il faut taxer davantage les plus riches !

+439%. C’est la hausse spectaculaire du patrimoine des milliardaires Français entre 2009 et 2020 ! https://www.bfmtv.com/economie/pourquoi-la-france-compte-plus-d-ultrariches-que-la-chine-ou-l-allemagne_AV-202105020152.html Les milliardaires français ont également bénéficié d’une reprise exceptionnelle [...]

Le temps retrouvé à Cabourg

Villa du temps retrouvé, façade avant et jardin restitués en images de synthèse. (© Studio Noovae)

Statue de Marcel Proust à Cabourg. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)
Statue de Marcel Proust à Cabourg. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)

On connaît le rapport particulier unissant Marcel Proust à la cité balnéaire de la Côte Fleurie, devenue sous sa plume la légendaire Balbec. Au célèbre Grand Hôtel plus particulièrement, il écrivit une large partie de son roman, toujours dans la même chambre, la seule qu’il voulait occuper. Les liens entre l’œuvre et l’une de ses sources d’inspiration, méritaient bien une mise en valeur.

Ce sera chose faite ce printemps, avec l’ouverture au public, dans une authentique demeure balnéaire de Cabourg, de la Villa du temps retrouvé, au terme de deux ans de travaux de réhabilitation et d’aménagements. Sous la vigilance de M. Tristan Duval, maire de la commune, et d’un comité scientifique, le chantier a été réalisé par l’agence d’architectes Sunmetron, avec le cabinet d’architectes Lemoal & Lemoal, ainsi que l’ageNCe Nathalie Crinière, pour les aménagements intérieurs. Jardins extérieurs, jardin d’hiver, salons de musique ou de jeux, salle de réception, tout a été imaginé de manière à permettre aux visiteurs une immersion totale dans l’atmosphère de la Belle Époque, quand jolies dames à longues robes et ombrelles arpentaient le front de mer au bras d’élégants coiffés de canotiers.

Pour l’occasion, de nombreuses institutions ont été sollicitées et ont accepté de prêter des œuvres contemporaines, comme la Bibliothèque nationale de France, la Réunion des musées métropolitains rouennais ou encore le MuMa du Havre : au programme Monet, Rodin, Boudin, Debussy, Renoir… La dernière salle du parcours, conçue comme un cabinet de dessin, mettra l’accent sur le processus créatif de Proust. Nous l’avouons, nous sommes impatients d’ouvrir cette porte sur le temps retrouvé !
 

Article publié dans Patrimoine Normand n°117, par Stéphane William GondoinStéphane William Gondoin

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Rouen : Habitants et artistes ensembles pour un peu de liberté au son d’HK

Flashmob sur la musique Danser Encore de HK à Rouen le 25/04/21

Dimanche dernier les rouennais, comme les habitants de nombreuses villes depuis quelques semaines, ont succombé à la tentation de danser, chanter, bouger... tout simplement de vivre un peu. Deux flashmobs ont été organisés dans la journée avec à chaque fois cette même motivation et les mêmes joies pour de nombreuses personnes, en tant que média nous ne pouvons que constater à la fois un respect certain des gestes barrières et (plus?) important, des citoyens heureux. Nous rappellerons également que les risques de contamination en plein air et en petits commités qui respecte ces gestes barrières sont extrêmement faibles, bien plus que lors de la prise de transports en communs ou dans une entreprise par exemple. 

 

Voilà pourquoi nous avons choisi ce moment pour signer le retour de nos vidéos citoyennes sur alternative76.fr, et vous présenter ce formidable engouement populaire et citoyen autour de la danse, de la musique, de l'envie de vivre tout simplement.

La vidéo est de Pats Vidéos autours de la musique Danser Encore de HK.


Déconfinement : Enfin des dates et un planning clair !

Covid-19 : l'agenda des réouvertures

Ça y est, après une année très compliquée pour tout le monde en raison de cette pandémie mondiale du Covid-19 et de ses variants, l’exécutif propose enfin  un agenda clair et précis du déconfinement et des réouvertures des lieux de culture et de vie. 

 

Cet agenda est bien évidement conditionné à l'évolution du nombre de cas et de la pression sur les services de réanimations ( on se doute que si une reprise sévère des cas arrive, alors, sans doute, certaines dates seront retardées ou certains lieux fermés à nouveau.), mais malgré tout cela permet à de nombreuses professions de s'organiser, et à nous tous de voir le bout du tunnel concernant la culture, le sport, la restauration et le tourisme notamment.

Des points restent cependant en suspend et nous aimerions des informations plus précises sur le sujet :

 

- La réouverture des discothèques qui n'est toujours datée

 

- Ce que sera exactement le pass sanitaire (ndlr : pour le moment nous comprenons qu'un pass sanitaire valide montrera soit que l'on est vacciné soit pour les tranches de la population pas encore concernées par le vaccin que l'on a un test PCR négatif de moins de 48h)

 

- Les jauges annoncées des divers lieux sont-elles un standard pour tous les lieux, ou un maxima en fonction de la taille et des capacités d'accueil des structures ( par exemple pour notre Seine-Maritime : concernant les établissements sportifs intérieurs, 800 personnes sera-t-il le nombre pour les plus grands lieux comme la Kindarena ? Et le nombre moins important pour les salles plus petites ? Ce qui garantirait de respecter des distances et des conditions sanitaires maximales).

 

- Pour les sports de contact on parle du plein air dans un premier temps, mais pourront-ils reprendre en salle pour le début de la prochaine saison ? ( On pense notamment aux sections amateurs en basketball, handball, volleyball etc...) Sinon de nombreuses associations sportives seront dans une situation encore plus compliquée, et on imagine la fin de nombreux clubs locaux....

 

- Pas d'info concernant le port du masque en intérieur comme extérieur.

 

- Quid des consignes pour les grandes vacances qui arrivent immédiatement après l'étape 4 ?


Histoire des abbayes normandes – Un numéro exceptionnel

L’abbaye du mont Saint-Michel est inscrite, avec sa baie, sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. (© Rodolphe Corbin)

Saint Ouen, évêque de Rouen, favorisa au VIIe siècle l’implantation de monastères dans son diocèse. Vitrail de l’abbatiale de Fécamp. (© Stéphane William Gondoin)
Saint Ouen, évêque de Rouen, favorisa au VIIe siècle l’implantation de monastères dans son diocèse. Vitrail de l’abbatiale de Fécamp. (© Stéphane William Gondoin)

Cette année, nous avons décidé de consacrer notre numéro hors-série aux abbayes de Normandie, édifices multiséculaires qui comptent parmi les éléments majeurs du patrimoine de notre région. Comme toujours à Patrimoine Normand, nous avons souhaité explorer le sujet à fond et vous proposer un voyage dans l’histoire du mouvement monastique, depuis ses origines jusqu’à nos jours.

On ne sait à quelle date apparaissent les premiers monastères dans notre province, mais il en existe dès la fin du IVe siècle. L’évêque de Rouen Victrice († v. 410) évoque, dans un discours adressé aux fidèles, la « foule compacte des moines épuisés par les jeûnes » et le chant du « chœur des vierges dévotes et pures », autrement dit des nonnes. Aucune institution n’est cependant localisée et ne survit aux Grandes Invasions qui, à partir de 407-410, emportent tout sur leur passage.
 

Aux temps reculés

C’est à compter du VIe siècle que l’on relève les premiers mentions attestant dûment des monastères. Ils naissent généralement à l’initiative de pieux personnages décidant de se retirer dans un lieu isolé où il fondent un ermitage, seuls ou avec une poignée de compagnons. Il y a là une volonté de retrouver la pureté du christianisme des origines et d’imiter l’expérience du Christ dans le désert. La réputation de sainteté de ces hommes attire quantité de disciples ; bientôt s’agrègent autour d’eux des communautés plus ou moins nombreuses. Tel est le cas de Nanteuil (Manche, auj. Saint-Marcouf) dû à saint Marcouf, de Cerisy-la-Forêt (Manche) à saint Vigor de Bayeux, ou de Saint-Évroult (Orne) au personnage éponyme. Au VIIe siècle, un vaste mouvement de fondations s’enclenche dans l’est de notre région, grâce notamment aux saints Wandrille et Philibert, sous le dynamique épiscopat de saint Ouen († 686) à Rouen : Fontenelle (auj. Saint-Wandrille), Jumièges, Fécamp, Montivilliers pour les plus célèbres. Au total, il existe à l’époque carolingienne une trentaine d’abbayes masculines ou féminines répertoriées dans nos cinq départements. Après avoir longtemps hésité sur la règle monastique à appliquer, c’est finalement celle rédigée par saint Benoît de Nursie qui s’impose partout, suite aux conciles d’Aix-la-Chapelle de 816-817.

La crypte de léglise paroissiale de Saint-Marcouf (Manche), à lemplacement de labbaye mérovingienne de Nanteuil. ( Stéphane William Gondoin)

La crypte de l’église paroissiale de Saint-Marcouf (Manche), à l’emplacement de l’abbaye mérovingienne de Nanteuil. (© Stéphane William Gondoin)

Tour-lanterne et croisée du transept de l’abbatiale de Fécamp. Cet établissement fut, après l’arrivée de Guillaume de Volpiano, à l’origine de la renaissance du monachisme normand. (© Stéphane William Gondoin)

Tour-lanterne et croisée du transept de l’abbatiale de Fécamp. Cet établissement fut, après l’arrivée de Guillaume de Volpiano, à l’origine de la renaissance du monachisme normand. (© Stéphane William Gondoin)

L’abbaye de Jumièges, l’un des fleurons de l’architecture romane en Normandie. (© Stéphane William Gondoin)
L’abbaye de Jumièges, l’un des fleurons de l’architecture romane en Normandie. (© Stéphane William Gondoin)

Du néant à l’apogée du monachisme normand

841 constitue une date majeure dans l’Histoire de la Normandie : au mois de mai de cette année-là, une flotte de navires remonte la Seine, saccage Rouen et probablement l’abbaye Saint-Ouen, pille Jumièges de fond en comble, obtient de Fontenelle le versement d’une rançon. Les « hommes du Nord »1 font leur apparition dans ce qui bientôt deviendra leur domaine, la Normandie.

En six décennies, les Scandinaves éteignent un à un tous les foyers monastiques ; seule une communauté de chanoines réussit à se maintenir sur le mont Saint-Michel. Lorsque Rollon reçoit en 911 « les terres situées de l’Epte jusqu’à la mer », des mains du roi Charles le Simple, il hérite d’un pays où il n’existe pratiquement plus aucune structure administrative ou religieuse. Converti au christianisme dès 912, il relève de ses cendres l’abbaye Saint-Ouen de Rouen. Son fils et successeur, Guillaume Longue-Épée (v. 927-942), tente pour sa part vainement de redonner vie à Jumièges. Il faut attendre le principat de Richard Ier (942-996) pour constater une renaissance timide, mais durable, à Fontenelle en 960 d’abord, au mont Saint-Michel en 966 ensuite ; là, les chanoines réputés pour leur manque de zèle religieux sont remplacés par des moines venus de Fontenelle.

Autour de l’an mille, les Normands et leurs ducs traînent encore une réputation de pirates mal civilisés. C’est donc un véritable exploit qu’accomplit Richard II (996-1026), en attirant sur les rives de la Manche Guillaume de Volpiano († 1031), administrateur hors-pair doublé d’un esprit de haut vol. Guillaume prend la tête du monastère de Fécamp, appelé à devenir en quelques années la pépinière de cadres dont la Normandie a besoin.

Gisant de Guillaume Longue-Épée, fils et successeur de Rollon. Il tenta de relever Jumièges de ses ruines en 940.. (© Stéphane William Gondoin)

Gisant de Guillaume Longue-Épée, fils et successeur de Rollon. Il tenta de relever Jumièges de ses ruines en 940. (© Stéphane William Gondoin)

C’est cependant sous le principat de Guillaume le Conquérant (1035-1087) que débute le véritable âge d’or des abbayes normandes. Les fondations se multiplient, à l’initiative du couple ducal (la Trinité et Saint-Étienne de Caen) ou de nobles de haut rang : Troarn, Saint-Évroult, Lessay, Grestain… Voici le temps des fastueuses constructions romanes, marquant le degré élevé de maîtrise des architectes normands, et des manuscrits patiemment confectionnés aux enluminures d’une beauté à couper le souffle. Un établissement marque plus particulièrement cet apogée : le Bec-Hellouin, où Lanfranc de Pavie, intellectuel réputé et respecté, crée une école. De ce petit coin verdoyant de la vallée de la Risle, partiront quantité de hiérarques appelés à occuper les plus hautes fonction en Normandie, mais également en Angleterre : entre 1070 et 1139, le Bec fournira à lui seul pas moins de trois archevêques de Canterbury, primats d’Albion.

Vestiges de l’abbaye de Savigny, qui fut au XIIe siècle le siège d’un ordre puissant. (© Stéphane William Gondoin)

Vestiges de l’abbaye de Savigny, qui fut au XIIe siècle le siège d’un ordre puissant. (© Stéphane William Gondoin)

Évangéliaire de Préaux (Eure), réalisé dans le scriptorium de ce monastère normand dans le dernier quart du XIe siècle. (Additional 11850, f. 17v – © The British Library - Domaine public - www.bl.uk)
Évangéliaire de Préaux (Eure), réalisé dans le scriptorium de ce monastère normand dans le dernier quart du XIe siècle. (Additional 11850, f. 17v – © The British Library - Domaine public - www.bl.uk)

Renouveau et déclin du monachisme

Vers la fin du XIe siècle, nombre de consciences mystiques ne trouvent plus dans le monachisme bénédictin « traditionnel » la simplicité d’existence, le dénuement et la communion avec Dieu qu’ils recherchent. Certains renouent avec la grande tradition de l’érémitisme chrétien et partent à la recherche d’un « désert » où s’installer, pour prier dans la solitude. Sous nos latitudes, on les retrouve généralement dans des forêts profondes, à l’écart des principales voies de communication. On assiste donc au même phénomène qu’à l’époque mérovingienne, avec des regroupements de disciples autour d’une ou de plusieurs figures charismatiques. Ainsi naissent des abbayes qui enfanteront des ordres nouveaux, telles Fontevraud, Prémontré, Chartreuse, Tiron, Cîteaux...

En Normandie, un certain Vital s’implante à Savigny, à l’extrême sud de la Manche, à la lisière avec la Bretagne et le Maine. L’ordre de Savigny, qui se diffuse à partir du monastère éponyme (fondé officiellement en 1112), comprendra jusqu’à une bonne trentaine d’abbayes, principalement disséminées dans le nord-ouest de la France et en Angleterre. Souhaitant renouer avec la pureté originelle de la Règle de saint Benoît, les moines de Savigny, partageant les mêmes aspirations que les cisterciens, finiront par s’intégrer à ceux-ci en 1147-1148. Si les ordres réformés ont une influence durant tout le XIIe siècle, c’est bien l’ensemble du mouvement monastique qui entre en régression à partir du XIIIe siècle. On rebâtit certes un peu partout de beaux édifices dans le style né en Île-de-France (Saint-Wandrille, Bec-Hellouin, Jumièges, Saint-Étienne de Caen…) et que nous appelons aujourd’hui « gothique ». On constate cependant un relâchement général de la discipline, avec à la clef des excès notables.

Dans les années 1300-1340, les abbayes subissent de plein fouet l’érosion de la rente foncière, doublée de constantes dévaluations monétaires. Le pire reste à arriver : les conflits violents qui se succèdent du XIVe au XVIe siècle, guerre de Cent Ans et guerres de Religion, apportent leur lot de dévastations. Mais c’est la systématisation du régime de la commende, dans la foulée du concordat de Bologne de 1516, qui précipite le déclin : désormais nommés par le roi de France, les abbés commendataires n’ont cure de leurs abbayes et ne mettent quasiment jamais les pieds sur place, se contentant de percevoir et de dilapider une large part des revenus perçus. Malgré le sursaut initié au XVIIe siècle par les moines de la congrégation de Saint-Maur, grands bâtisseurs et grands intellectuels devant l’Éternel, la plupart des monastères sont pratiquement vides à la veille de la Révolution.

L’abbaye de Saint-Évroult a malheureusement servi de carrière de pierre. (© Stéphane William Gondoin)

L’abbaye de Saint-Évroult a malheureusement servi de carrière de pierre. (© Stéphane William Gondoin)

Vestige de l’époque carcérale au mont Saint-Michel, cette porte de cellule d’aspect fort peu engageant… (© Stéphane William Gondoin)
Vestige de l’époque carcérale au mont Saint-Michel, cette porte de cellule d’aspect fort peu engageant… (© Stéphane William Gondoin)
De la destruction à la préservation

Les autorités expulsent les derniers religieux en 1790-1791 et toutes les abbayes sont confisquées et la plupart vendues au titre des biens nationaux. Celles qui restent dans le domaine public connaissent les destinations les plus étonnantes : prison au mont Saint-Michel, bâtiments municipaux à Caen, Rouen ou Fécamp, centre équestre et centre de remonte au Bec-Hellouin… Les acquéreurs des autres sites les exploitent de diverses façons : brasseries, entrepôts, fermes, manufactures, résidences bourgeoises et malheureusement… carrières de matériaux ! Longues-sur-Mer, Jumièges, Saint-Évroult, Savigny, Préaux et tant d’autres, sont démantelées et vendues gouttière par gouttière, tuile par tuile, pierre de taille par pierre de taille… Effaré par les dégâts, Victor Hugo comparera Saint-Wandrille à une « auge magnifique où s’ébat un hideux pourceau dévastateur nommé Lenoir », du nom du propriétaire de l’époque. Il s’indignera de même au mont Saint-Michel : « C'est une dévastation turque. Figure-toi une prison, ce je ne sais quoi de difforme et de fétide qu'on appelle une prison, installé dans cette magnifique enveloppe du prêtre et du chevalier. Un crapaud dans un reliquaire. Quand donc comprendra-t-on en France la sainteté des monuments ? »

Et c’est précisément alors, notamment grâce à son roman Notre-Dame de Paris, publié en 1831, dont le personnage central n’est autre que le sanctuaire lutécien, que l’on commence à prendre conscience de cette « sainteté des monuments ». À l’initiative de Prosper Mérimée naît en 1840 la notion de monument historique et de protection, avec la volonté manifeste de sauvegarder ce qui peut encore l’être. Notre dette vis à vis de ces personnages reste incommensurable.

Les bâtiments mauristes (XVIIe siècle) de l’abbaye Saint-Étienne de Caen abritent aujourd’hui les services de mairie. (© Rodolphe Corbin)

Les bâtiments mauristes (XVIIe siècle) de l’abbaye Saint-Étienne de Caen abritent aujourd’hui les services de mairie. (© Rodolphe Corbin)

L’abbaye Saint-Martin de Mondaye abrite toujours une communauté de chanoines prémontrés. (© Rodolphe Corbin)

L’abbaye Saint-Martin de Mondaye abrite toujours une communauté de chanoines prémontrés. (© Rodolphe Corbin)

De nos jours, les monastères normands ont pour certains retrouvé leur vocation religieuse, comme le mont Saint-Michel, le Bec-Hellouin, Saint-Wandrille ou Notre-Dame-du-Pré de Valmont. D’autres sont aux mains d’établissements publics, d’associations ou de simples particuliers, qui s’investissent sans compter. Chacun veille attentivement sur le monument dont il a reçu la charge, afin que les générations futures profitent à leur tour de ces legs admirables de notre passé.

De nos jours, les monastères normands ont pour certains retrouvé leur vocation religieuse, comme le mont Saint-Michel, le Bec-Hellouin, Saint-Wandrille ou Notre-Dame-du-Pré de Valmont. D’autres sont aux mains d’établissements publics, d’associations ou de simples particuliers, qui s’investissent sans compter. Chacun veille attentivement sur le monument dont il a reçu la charge, afin que les générations futures profitent à leur tour de ces legs admirables de notre passé. Ce sont tous ces aspects que nous vous convions à approfondir en notre compagnie. Vous pouvez d’ores et déjà commander ce numéro exceptionnel, dont la parution est prévue au moi de juillet, en utilisant le bon de réservation ci-dessous.

Abbayes de Normandie
Hors-série « Abbayes de Normandie » :
 
Sortie prévue juillet 2021.

Pré-commande :
- Frais d'envoi offert jusqu'au 20 juin 2021 ;
- Réception prévue à partir du mois de juillet 2021.
 
PAGINATION : 116 pages ; PRIX : 12,00 €

 


Article publié dans Patrimoine Normand n°117, par Stéphane William GondoinStéphane William Gondoin
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Tony Hymas – De Delphes…

C'est beau, les voyages. On n'a plus guère l'occasion de le faire du fait de la pandémie, ou plutôt de la gabégie de la gestion capitaliste de la pandémie, alors on laisse les musiciens le faire pour nous. Ou mieux, on s'autorise à monter sur les épaules [...]

EMI par le vélo

Une fois encore le blog est plus adapté à ma réflexion qu'un post sur les réseaux sociaux. Et le moyen de rejoindre deux passions : le vélo et les bibliothèques.



En ce moment, nombre de bibliothèques s'intéressent à l' EMI (Education aux Media et à l'Information)  une connaissance essentielle à l'ère de la post-vérité ou les fake news n'ont jamais autant circulé, et surtout quand les bibliothèques se veulent des fabriques du citoyen.

J'ai donc un exemple interessant à proposer à l'analyse : M6 a réalisé un reportage sur la révolution du vélo dans son émission Enquête exclusive : "la révolution deux-roues",  cette émission est souvent dans la dramatisation des faits qu'elle décrit, pour exemple le début du résumé de l'émission :

"À Paris, pour de nombreux cyclistes, le bitume s'est transformé en zone de non-droit. Ils grillent les feux rouges, ne respectent pas les priorités, téléphonent en pédalant, roulent sur les trottoirs, ignorent les piétons. « Chouchoutés » par les responsables politiques, de plus en plus de cyclistes se croient au-dessus des lois."

Ce qui m'a interpellé dans ce reportage c'est le passage sur la "bike life", nouveau phénomène qui met les jeunes en selle. 

La série "Biclou" du Parisien a fait un épisode sur le même sujet : "la bikelife parisienne". quand j'ai regardé l'épisode de Biclou, j'avais quasiment la larme à l'oeil en me disant, c'est chouette cette mode qui décolle les jeunes de leur écran et les fait s'aérer et, voire même, est un facteur d'intégration et de réussite avec des gamins de banlieue qui au lieu de chercher à faire carrière dans le foot deviennent des champions du vélo. Ce mouvement urbain m'a rappelé les riches heures du Hip-Hop, tout comme j'étais et suis toujours impressionnée par les danseurs, j'étais cette fois impressionnée par les figures enchaînées par ces mômes à vélo,  impressionnée de cette aisance (moi qui ne sait quasiment pas lâcher les mains de mon guidon) et sur le nombre de kms parcourus dans Paris qu'ils connaissent par coeur. Ce reportage montrait la belle solidarité de ce mouvement, bref la larme à l'oeil je vous dis. 

Et puis le reportage d'"enquête exclusive" sur le même sujet qui montre un petitcon adolescent que sa mère laisse partir, sachant qu'il va faire n'importe quoi, se mettre lui et d'autres en danger. Mais le pire est à venir avec des images terrifiantes de gamins sur une roue qui se faufilent entre bus, voitures et piétons terrifiés ! La belle solidarité du reportage de "Biclou" se transforme en une horde de 300 cyclistes rassemblés que la police peine à déloger et qui partent à l'assaut de Paris prêts terroriser les braves gens. 

Bref, la peur au lieu de l'empathie ! Ou est la vérité ? certainement entre les deux, mais pour pouvoir faire ce constat il faut avoir vu les deux reportages et ne pas se limiter à celui qui va aller dans votre sens culturel : je ne regarde jamais "Enquête exclusive" :-)



Douvres-la-Délivrande – La chapelle Lalique

Un chœur de lumière signé Lalique. Ce Christ domine l’autel et constitue la pièce maîtresse de l’œuvre. Il mesure près d’un mètre de hauteur pour soixante centimètres de largeur. Moulé d’une seule pièce, il pèse soixante kilos. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand.)


Extrait Patrimoine Normand n°51
Par Lucia Minart.

 
La lampe de sanctuaire a été réalisée en 1932. Elle se compose de six éléments de verre moulé satiné. Le tout est maintenu par une monture en métal chromé.(Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)
La lampe de sanctuaire a été réalisée en 1932. Elle se compose de six éléments de verre moulé satiné. Le tout est maintenu par une monture en métal chromé.
(Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)

La chapelle de Notre-Dame de Fidélité abrite un véritable trésor. En 1931, René Lalique y dépose son talent. Le chœur devient alors un lieu de recueillement totalement porté par la lumière. Après plusieurs années d’oubli, l’œuvre de Lalique est aujourd’hui restaurée. Visite guidée dans un lieu hors du commun.

C’est un événement sans précédent pour la communauté de Notre-Dame de Fidélité à Douvres-la-Délivrande. Le « Chœur Lalique » retrouve enfin son écrin d’origine après plus de dix années de restaurations successives. Il est vrai que les travaux étaient de taille : la chapelle de Notre-Dame de Fidélité comporte un ensemble liturgique exceptionnel, signé du maître verrier René Lalique. Trois verrières monumentales, deux colonnes lumineuses, une lampe, une porte de tabernacle, un retable avec six chandeliers surmonté d’un Christ et une table de communion constituent, dès l’origine, le projet de René Lalique. Au-delà de la beauté et de pureté virginale de l’ensemble, la réalisation de Lalique est aussi une prouesse technique innovante pour les années 1930.

« Je vous offre mon talent »

Sans la pugnacité et la volonté de René Lalique, jamais cet ensemble n’aurait vu le jour. En 1929 la communauté, devenue pensionnat de jeunes filles, s’apprête à célébrer son centenaire. La mère supérieure souhaite alors offrir au chœur de la chapelle tout juste achevé un Christ de verre, symbole de pureté et de fidélité. Très vite, le projet est pro...
 

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L’ADN pour identifier des Résistants morts pour la France

© Joseluissc3 – Sous licence CC BY 4.0 - creativecommons.org

La maison du docteur Derrien, à Argences, siège de la Gestapo. (Coll.  P. Lesage)
La maison du docteur Derrien, à Argences, siège de la Gestapo. (Coll. © P. Lesage)

Pendant la bataille de Normandie, des patriotes subissent des tortures-exécutions sommaires initiées par la Gestapo, notamment à Saint-Pierre-du-Jonquet dans le Calvados. Sur 28 morts découverts en ce lieu, 11 corps ne sont toujours pas identifiés et reposent dans le cimetière autour de l’église.

Dans la nuit du Débarquement, des parachutistes sont largués au-dessus de Dives-sur-Mer et aussi entre Touques et Honfleur, en raison d’une confusion entre l’Orne, le canal de Caen et la Touques. Les Allemands pourchassent alors sans relâche les habitants, torturant, déportant, exécutant tous ceux qui sont soupçonnés d’avoir accueilli, nourri, aidé des Alliés.

Après avoir exécuté, dès le 6 juin 1944, de 70 à 80 détenus de la prison de Caen (voir sur ce sujet Patrimoine Normand81 à 83), la Gestapo s’installe un temps à Falaise, avant de s’établir à Argences, près de Troarn, dans la propriété du docteur Derrien, chef résistant fusillé à Caen. Alors qu’il est question d’évacuer Honfleur, les familles Bodenan-Beaumais-Lefebvre et des amis, tel que le photographe André Mulot, décident de se réfugier au château du Mont-Léger, sur les hauteurs de Pont-l’Évêque. Le petit groupe de Résistants entrepose des documents, fusils, munitions, brassards et installe radio, poste émetteur et imprimerie du journal intitulé Défense de la France.

Le 25 juin 1944, des officiers allemands décident une inspection de routine au château, après avoir remarqué des allées et venues inhabituelles. Des perquisitions en cascade provoquent l’arrestation de quelques membres de la famille Bodenan-Beaumais, et d’André Mulot, qui sont conduits à Pont-L’Évêque, puis à Argences. Après avoir frappé à coups de nerf de bœuf torsadé le bas-ventre et les fesses nues de Christiane Bodenan, et interrogé vivement les autres prisonniers, le chef SS Harald Heyns, dit « Bernard », part compléter les investigations au château de Surville et à Honfleur. Le 30 juin 1944, pendant son absence, il confie les patriotes à sa redoutable maîtresse, Marie-Clotilde de Combiens. Martyrisé depuis deux jours, André Mulot se sacrifie en avouant à M.-C. Combiens être le chef, pour sauver son fils et ses amis honfleurais. Il est emmené en voiture vers un lieu inconnu et disparaît pour toujours. Le 20 juillet 1944, la population ayant évacué Argences, la Gestapo dynamite la maison Derrien. Un square du souvenir rappelle ce lieu de souffrance.

Square du souvenir à l'emplacement de la maison Derrien, à Argences. (© Ghislain Quétel)

Square du souvenir à l'emplacement de la maison Derrien, à Argences. (© Ghislain Quétel)

André Mulot, dont on na pas encore identifié le corps parmi les 11 tombes. (Coll.  Philippe Beaumais)
André Mulot, dont on n’a pas encore identifié le corps parmi les 11 tombes. (Coll. © Philippe Beaumais)

Après avoir exécuté, dès le 6 juin 1944, de 70 à 80 détenus de la prison de Caen, la Gestapo s’installe un temps à Falaise, avant de s’établir à Argences, près de Troarn, dans la propriété du docteur Derrien, chef résistant fusillé à Caen. Alors qu’il est question d’évacuer Honfleur, les familles Bodenan-Beaumais-Lefebvre et des amis, tel que le photographe André Mulot, décident de se réfugier au château du Mont-Léger, sur les hauteurs de Pont-l’Évêque. Le petit groupe de Résistants entrepose des documents, fusils, munitions, brassards et installe radio, poste émetteur et imprimerie du journal intitulé Défense de la France.

Après la Libération du Calvados, en septembre, des cadavres sont retrouvés dans l’eau boueuse d’un trou de bombe à Saint-Pierre-du-Jonquet. Deux ans plus tard, en novembre 1946, des sangliers déterrent quelques ossements au même endroit. Face à l’émotion soulevée par la découverte de ce charnier de 28 cadavres, un comité se crée et érige un monument en mémoire des martyrs.

 

Exigence de mémoire

En l’état actuel de la législation, il faut une demande écrite des familles, un arrêté communal pour l’exhumation des corps et une intervention auprès du parquet de Caen, basée sur l’article 87 du Code civil, pour le recueil de l’ADN. Une amende de 3 557 € est prévue par la loi envers ceux qui réalisent ou sollicitent un test génétique sans ordonnance médicale, injonction judiciaire ou projet de recherche strictement encadré.

Depuis de nombreuses années, des notoriétés et familles demandent de faciliter la procédure d’analyse ADN pour inhumer dignement les victimes du nazisme mortes pour la France. La loi bioéthique n’a toujours pas évolué ; les élus de la Nation s’honoreraient pourtant en proposant un amendement. En effet, tous les pays de l’Union européenne ont légiféré en ce sens, sauf… la Pologne et la France !

Sépultures des martyrs, dans le cimetière de Saint-Pierre-du-Jonquet. (© Ghislain Quétel)

Sépultures des martyrs, dans le cimetière de Saint-Pierre-du-Jonquet. (© Ghislain Quétel)

Bibliographie
 
- Yves Lecouturier, Massacres à Saint-Pierre-du-Jonquet, L'impitoyable répression nazie à l'été 1944, Bayeux, OREP éditions, 2011.
- Ghislain Quétel, Résistance et Libération en Pays d'Auge, éditions les Cahiers du Temps 2014, 2015 et 2017.
Site internet : les-fusilles-du-bois-de-la-reulle.fr
 

VIDÉO Conférence : résistance normande Par Ghislain quétel :


Article publié dans Patrimoine Normand n°117, par Ghislain Quétel.

Abonnement Patrimoine Normand

Tumulus de Colombiers-sur-Seulles : le plus vieux monument de Normandie

Daté des années 4200-4000 avant J.-C., Le tumulus de Colombiers-sur-Seulles appartient à l’un des types les plus anciens du mégalithisme occidental dont il est, par ailleurs, le seul représentant en Basse-Normandie. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand.)


Thierry Georges Leprévost

Extrait Patrimoine Normand n°59
Par Thierry Georges Leprévost.

 
Chambre funéraire du tumulus de Colombiers-sur-Seulles. Ce monument est avant tout une tombe. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)
Chambre funéraire du tumulus de Colombiers-sur-Seulles. Ce monument est avant tout une tombe. 
(Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)

Antérieur de deux mille ans aux pyramides égyptiennes ! Le tumulus de Colombiers-sur-Seulles, dans le Bessin, accuse 6200 ans d’âge. À ce titre, il est le plus vieux monument de pierre recensé en Normandie. Ce rare joyau néolithique vient d’être ouvert au public, après une longue campagne de restauration.

Le fruit de la sédentarisation

Pendant des milliers d’années, l’homme a vécu au gré de ses déplacements, vivant de cueillette et de chasse, sans cesse à la recherche de territoires plus ou moins hospitaliers où il prélevait sa subsistance. Jusqu’à la révolution néolithique : environ 5000 ans avant notre ère, des peuplades se fixent le long des côtes de la Manche où elles inventent… l’agriculture ! L’élevage se substitue peu à peu à la chasse, sans toutefois totalement la remplacer, et la cueillette cède une large place à la domestication des espèces végétales. Le chien, vieux compagnon des chasseurs, devient un animal familier. Bovins, chèvres, brebis, cochons sont domestiqués ; les céréales – orge, seigle, avoine… – côtoient les pois et les lentilles. Et le lin, appréciable source vestimentaire qui prend toute sa mesure en cette bande côtière favorable à son essor. Le chasseur-cueilleur nomade est devenu un paysan sédentaire indéfectiblement lié à sa terre, un nouveau mode de vie qui allait engendrer de nouvelles pratiques sociales et technologiques.

Ainsi naissent les premiers monuments mégalithiques : les cairns, simples empilements de pierres, dont relève celui de Colombiers-sur-Seulles ; c’est donc par abus de langage et souci de simplification qu’on l’appelle tumulus, ce terme impliquant un tombeau fermé (tumulus = tombe en latin), ce qui n’est pas le cas de notre rescapé du Bessin.

La chambre funéraire a un diamètre de 2,20m ; elle est pourvue dun couloir d1,50m de long. Les dalles verticales étaient surmontées dune coupole dotée dune vote en encorbellement. (Photo Rodolphe

La chambre funéraire a un diamètre de 2,20m ; elle est pourvue d’un couloir d’1,50m de long. Les dalles verticales étaient surmontées d’une coupole dotée d’une voûte en encorbellement. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)

Voici 6200 ans se généralise la pratique collective de rassembler les morts, non enterrés, dans des chambres funéraires cernées d’un édifice de terre et de pierre. Une architecture qui indique le désir de construire pour de nombreuses années ; peut-être pour l’éternité ? Faute de documents – et pour cause ! – rien ne nous permet à ce jour d’affirmer cette intention. Pendant ce temps, à proximité, les vivants se contentent de simples huttes de bois et de torchis, couvertes en chaume. Taillée ou polie, la pierre est au centre du savoir-faire de ces vigoureux ancêtres. La vannerie naît à cette époque ; et surtout la céramique, dont la seule apparition justifierait le nom de révolution néolithique. Certains historiens voudraient même faire démarrer l’Histoire, non à l’invention de l’écriture, mais lors de cette innovation technologique. Cette longue période ne prendra fin qu’avec l’avènement de l’Âge du Bronze, quelque deux mille ans avant notre ère.

De forme trapézoïdale très allongée, le « tumulus » (appelons-le ainsi, tout comme on nomme « tapisserie » la broderie de Bayeux !) de Colombiers est orienté d’est en ouest, ce qui témoigne déjà d’une évidente influence solaire qui prendra tout son sens dans les édifices religieux ultérieurs, jusqu’au plan-type du temple chrétien, dont le modèle culminera avec celui de l’église bénédictine. Les hommes prennent conscience de leur assujettissement aux forces de la nature ; parallèlement, apparaît le concept de puissance surnaturelle. La religion animiste succède à la magie. Par le biais de la stylisation, l’art passe de la représentation du réel à la création de symboles.

Le tumulus sert de tombeau ; pour autant, s’agit-il d’un monument religieux lié au culte des morts ? On peut le supposer, sans toutefois être en mesure d’en apporter la preuve. Ce qui est certain, c’est que, fruit d’un travail collectif, il constitue un lien entre le sol et ses habitants, il est le symbole de leur unité et de leur enracinement sur un territoire. Après des millénaires d’errance, la notion plus ou moins consciente de patrie n’est pas très éloignée de leur démarche : ils construisent là où ils se sont fixés et entendent y laisser des traces. Le tumulus exprime l’unité du groupe humain qui l’a bâti.

Très allongé (60 mètres), le tumulus est de forme trapézoïdale. Sa largeur varie de 9 à 16 mètres. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)

Très allongé (60 mètres), le tumulus est de forme trapézoïdale. Sa largeur varie de 9 à 16 mètres. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)

Dans la chambre funéraire, Vincent Hincker, archéologue du Service dé-partemental d’archéologie du Calvados, artisan de la restauration du tumulus.(Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)
Dans la chambre funéraire, Vincent Hincker, archéologue du Service départemental d’archéologie du Calvados, artisan de la restauration du tumulus.
(Photo Thierry Georges Leprévost © Patrimoine Normand)

Un monument imposant et complexe

La masse du tertre est constituée de terre et de pierres accumulées sur une longueur de 60 mètres et une largeur de 9 mètres à l’ouest, et de 16 mètres à l’est. Elle a conservé en sa partie orientale une hauteur de 2,70 mètres. L’extérieur de l’édifice est ceinturé d’une succession de parements que forment des murets de dalles sèches en calcaire au minutieux appareil qui déterminent des terrasses.

Ce système de double parement fait progressivement place à un système plus complexe vers la partie la plus large du tumulus. La masse du tertre était à l’origine dotée d’un réseau de cloisons en bois disposées suivant un plan orthogonal : des cloisons transversales prenaient appui sur une cloison axiale unique disposée sur la ligne centrale de l’édifice. Faute d’un rôle architectural, à quoi les pièces déterminées par ces cloisons internes servaient-elles ? On l’ignore. Trois hypothèses principales s’affrontent dans leur interprétation : des unités de construction liées à la division du travail, modules individuels dévolus à chacun des auteurs du monument (solution d’ordre purement pratique) ; des chambres à vocation symbolique (explication d’ordre religieux) ; métaphore de la maison des vivants transposée dans celle des morts (hypothèse métaphysique relevant d’un pouvoir d’abstraction supérieur).

Conçue selon un plan circulaire de 2,20 mètre de diamètre, la chambre funéraire est cernée par une tranchée en forme de fer à cheval où ont pris place six grosses dalles verticales (dites orthostrates) qui supportaient une coupole composée d’une voûte en encorbellement. Son couloir d’accès d’1,50 mètre s’ouvre au nord, barré à l’extérieur par des dalles en forme de linteaux. Chambre et couloir tiennent dans un espace restreint de moins de cinq mètres de large entre la cloison axiale et le parement externe, témoin d’une étonnante disproportion entre l’ensemble du monument et sa raison d’être. Les pillages dont a été victime le tumulus nous privent, hélas ! de la connaissance de son mobilier et ne permettent pas de dire combien de défunts y trouvaient place.

Un parallèle a été fait entre ce type de monument et les pratiques de certaines peuplades actuelles, notamment malgaches, qui mettent leurs morts en des lieux comparables et les en sortent à intervalles réguliers, selon un calendrier immuable qui leur permet de se retrouver avec eux pour des rites ancestraux. Etait-ce le cas des premiers habitants du Bessin ? Là encore, on doit se limiter à des hypothèses.
 

Le menhir de Colombiers-sur-Seulles situé dans l’axe du monument. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)
Le menhir de Colombiers-sur-Seulles situé dans l’axe du monument. 
(Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)

Près de deux siècles de recherches

Fouillé sommairement une première fois en 1830 par Arcisse de Caumont, le tumulus de Colombiers-sur-Seulles l’a été de nouveau par Edouard Lagnel en 1969, puis entre 1989 et 1997, sous la double direction franco-britannique d’Antoine Chancerel et de Ian Kinnes qui en font enfin une étude exhaustive. Deux ans plus tard, le Conseil Général du Calvados s’en porte acquéreur ; son service d’archéologie entreprend alors une scrupuleuse restauration qui s’est achevée ce printemps. Restauration, mais aussi valorisation : fléchage et aménagement du site, mise en place d’un panneau didactique expliquant le monument, surveillance et protection, visites pédagogiques. Un partenariat avec des organismes de formation professionnelle et d’insertion sociale a permis pendant cinq années d’associer dans le même chantier-école diverses catégories de stagiaires de 15 à 25 ans, de l’agglomération caennaise et du bassin virois. La renaissance de cet unique représentant normand du mégalithisme néolithique occidental le plus ancien (pour comparaison, les plus vieux dolmens de Carnac ne remontent qu’à la fin du IIIe millénaire avant J.-C.), offre désormais un nouveau but de promenade pour les touristes de Normandie et d’ailleurs.
 

VIDÉO :

INFORMATIONS PRATIQUES
 
Parallèlement à leur intervention sur le site, les stagiaires qui ont participé à sa restauration ont réalisé une exposition sur le patrimoine néolithique du Calvados, présentée à Caen en 2003. Les établissements scolaires ont la possibilité de faire l’emprunt de cette exposition auprès du service d’archéologie du Conseil Général pour en faire profiter leurs élèves et ainsi les préparer à la visite du tumulus. Il existe aussi un guide interactif du monument. Des ateliers de reconstitution de la vie au Néolithique sont animés certains jours.
Le tumulus est situé à 10 km au nord-ouest de Caen, sur la RD176, entre Reviers et le bourg de Colombiers, accessible tous les jours de la semaine. Parking pour autocars et automobiles. 
 
Renseignements complémentaires au Conseil Général du Calvados, service d’archéologie :
36 rue Fred Scamaroni,
14000 Caen
Tél. : 02 31 57 18 30.

 



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Les déclarations de grossesse entre le XVI ème et XVIII ème siècle

La déclaration de grossesse, attestée dès le XIIIème siècle, ne sera règlementée que par l'édit d'Henri II, édit qu'il fait publier en février 1556, afin de ralentir la fréquence des avortements et des infanticides. Cet acte nous dit :

"Que toute femme qui se trouvera deüment atteinte et convaincüe d'avoir celé et occulté, tant sa grossesse que son enfantement sans avoir déclaré l'un ou l'autre, et avoir pris de l'un ou l'autre témoignage suffisant, mesme de la vie ou mort de son enfant lors de l'issue de son ventre, et aprés se trouve l'enfant avoir esté privé, tant du saint sacrement de baptesme que sépulture publique et accoütumée, soit telle femme tenüe et réputée d'avoir homicidé son enfant, et pour réparation punie de mort et dernier supplice".

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L'édit de 1556 part du constat que les juges sont bien souvent démunis face aux infanticides : même soumise à la « question » dans l'espoir que de la torture naisse la vérité, la mère coupable plaide que son enfant était mort-né et est trop souvent relaxée et libre de récidiver, au « très grand regret du roi et scandale de ses sujets ». Henri II comble donc un vide juridique en instaurant l'obligation pour les filles-mères ou les veuves de déclarer leur grossesse, sous peine d'être condamnées à mort si l'enfant venait à décéder. Par contre, l'édit de 1556 ne mentionnait pas devant qui la déclaration devait être faite, ni ce qu'elle devait contenir. Dans la pratique, les déclarations de grossesse étaient généralement faites devant un lieutenant de justice, un notaire, un bailli et dans certaines communes devant le prêtre..

Le Pape Sixte Quint, en 1598, par la bulle Effraenatam, rend passible de mort toute personne qui avorte.

L'édit de février 1556 sera renouvelé en 1586 par Henri III et en 1708 par celui de Louis XIV, qui prévoit que tous les trois mois il sera lu aux prônes des messes paroissiales par les curés. Cette déclaration fut périodiquement renouvelée jusqu'à la Révolution. les femmes non mariées sont obligées de déclarer leur grossesse avec force de détails, ou non, sous peine de châtiment allant jusqu'à la mort. La déclaration de grossesse en bonne et due forme, devant une autorité compétente prouvait que la maman ne cherchait pas à « celer », c'est-à-dire à cacher son état. Ceci était suffisant pour ne pas accuser la mère, si l'enfant était mort-né ou décédait après son baptême ou ondoiement, dans les heures qui suivaient l'accouchement.

La mère était montrée du doigt mais le père pouvait vivre tranquillement. Un enfant hors-mariage était généralement non désiré. Par contre, lors de ces déclarations, auxquelles étaient soumises les filles non mariées et les veuves, les futures mamans pouvaient donner le nom de leur partenaire ce qui leur ouvrait ainsi la possibilité d'obtenir une compensation financière. Il fallait aussi écrire qu'"elle ne s'adonnait à aucun commerce charnel". Parfois, le père ainsi dénoncé régularisait en épousant la femme enceinte. C'était pour ces femmes un moment pénible, humiliant, l'équivalent d'une confession publique. Illettrées pour la grande majorité, elles devaient raconter avec leurs mots des faits vraiment intimes.

Outre l'opprobre générale qu'attirait sur soi une grossesse contractée hors des liens nuptiaux, l'arrivée d'un enfant sans père a des conséquences économiques pour la famille de la fille-mère : une bouche de plus à nourrir, et de grandes difficultés à trouver un gendre qui accepte de prendre à sa charge la fille fautive et son rejeton illégitime.

Sous l'Ancien Régime, une foule de gens circulaient dans tout le royaume et parmi eux, nombre de vagabonds et de mendiants. Les agressions étaient perpétrées à l'occasion des activités ordinaires de la vie quotidienne, dans l'isolement des pâturages et des sous-bois. Il s'agsait souvent de gens de passage mais pas toujours. S'ils étaient identifiés, et ce n'était pas toujours le cas, c'était des soldats, des marchands ambulants, des colporteurs ou des représentants de petits métiers qui roulaient de village en village, de province en province. Peut-être aussi, était-il commode, pour une femme séduite, de désigner un inconnu pour éviter de mettre en cause tel voisin, parent ou notable. L'emploi de jeunes servantes qui vivaient au domicile de leur maître entraînait souvent des abus dont les registres de déclarations de grossesse ne nous donnent qu'un échantillon partiel.

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Ce qui est certain, c'est que cet enfant avait le statut d'enfant naturel. La mère pouvait le reconnaître, peu de temps après la naissance, longtemps après ou… pas du tout. Mais cet enfant, naturel, reconnu ou non, était illégitime. Il ne pouvait être légitimé que si les deux parents se mariaient et reconnaissaient, lors de la cérémonie du mariage, la naissance de leur enfant commun. Mais, il y avait le cas où l'époux n'était pas le père de l'enfant et ne le reconnaissait pas… Donc, dans une même famille, il y avait les enfants légitimes et les" illégitimes".

Un des mérites de la déclaration de grossesse est de nous restituer, souvent d'une façon émouvante, un peu de la vie et des difficultés des femmes, en général les plus pauvres de la société de l'Ancien Régime. Utiles aux généalogistes pour retrouver une filiation, les déclarations de grossesse révèlent des phénomènes sociaux répandus, mais qui sont généralement tus. Les déclarations de grossesse ont existé officiellement jusqu'à la Révolution, mais il arrive qu'on en retrouve encore au XIXème siècle, dans les archives des juges de paix. Les déclarations de grossesse n'ont généralement pas été numérisées. Pour les consulter, il faudra donc vous rendre aux Archives Départementales, et consulter soit la série B qui contient les archives judiciaires d'Ancien Régime, soit les archives des notaires qui sont dans la série E.

N'oublions pas que parmi elles se trouvent probablement quelques-unes de nos aïeules. En voici quelques exemples concernant le Pays de Caux :

Histoire de Marguerite Marc :

Cette histoire se déroule en 1737, au Vaurouy, petit village des boucles de la Seine. Marguerite Marc, âgée de 23 ans, est engagée comme servante chez un seigneur local. Très vite, un certain Jean Grandsire, âgé de 27 ans, valet du même seigneur, commence à lui faire des avances.
Voici un extrait de l'histoire racontée par Marguerite Marc, dans sa déclaration de grossesse faite devant la juridiction de la Haute Justice du Vaurouy, en décembre 1737.
« Le dit Grand Cire n'a cessé de la solliciter pour lui accorder sa compagnie contre lesquelles sollicitations elle n'a pu tenir et a enfin eu le malheur de succomber au jour qu'elle est devenue grosse des œuvres du dit Grand Cire duquel elle a eu la compagnie pour la première fois dans la fin du Carême dernier qu'il coucha avec elle et passa une nuit entière dans le lit [où] elle était lors couchée avec l'autre servante nommée Marie qu'elle ne croit point s'être aperçue de ce qu'il se passa entre elle et le dit Grand Cire […] Elle nous assure ne s'être abandonnée à lui qu'après une infinité de promesse de l'épouser et par des serments si souvent réitérés qu'elle n'en a douté que depuis qu'il a eu la témérité de l'abandonner. »
Quelques mois plus tard, le 22 mars 1738, au Vaurouy, Marguerite accouche d'un petit garçon, Jean Baptiste Michel, qui transmettra le nom de Grandsire à ses descendants, sans avoir connu son père.
Jean Grandsire se marie avec une autre jeune femme, Anne Turquetil, âgée de 35 ans, le 12 janvier 1739, à Blacqueville. Ce mariage sera célébré après mainlevée de l'opposition de Marguerite Marc (confirmée par le Parlement de Rouen le 23 décembre 1738) et avec reconnaissance de la fille Marie Anne née un peu auparavant.

Histoire de Marie Radégonde Amélie Roussel de La minais :

Le 16 octobre 1775, Marie, âgée de 21 ans, de Crosville, paroisse proche de Vittefleur, fille de Louis Zéphirin, conseiller du Roi, élu en l'élection de Caudebec, et de Marie Geneviève Hamel, fit cette déclaration de grossesse devant l'autorité de justice à Cany :
« séduite sous promesse de mariage, ne peut donner aucune époque à sa grossesse, ayant depuis quelques temps éprouvé l'accident de plusieurs suppressions, occasionnées par diverses causes, et n'osant en considérer aucune comme le signe, en particulier comme ayant dû être l'effet nécessaire d'une des faiblesses qu'elle a eues pour son séducteur et d'autant qu'elles ont été multipliées et que les accidents de suppressions ont aussi été fréquents, elle se trouve dans l'impossibilité de fixer le temps auquel elle a eu le malheur de devenir enceinte, au surplus atteste d'être et nous demande acte de sa déclaration en se réservant à prendre telle moyen que de raisons, à l'égard du dit Mr Hue Louis Lanfran à l'effet d'obtenir contre lui une réparation proportionnée à l'outrage qu'il lui a fait. »
Quelques mois plus tard, le 17 mars 1776, nait un fils, Pierre Lanfran, à Crosville.

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Quant à Marie Radégonde, elle se marie, le 13 avril 1779, à Crosville, avec Jean Baptiste Hague, âgé de 24 ans, lieutenant des fermes du Roi et de la garde nationale. Le couple eut un fils, Louis Constant Hague, né le 4 janvier 1780, à Vittefleur, d'où descendance.
En 1794, elle eut une autre relation avec un inconnu, dont naîtra un enfant naturel, Jean François, nommé Roussel, le 13 juillet 1795, à Cany-Barville.

Histoire de Catherine Chéron :

En l'an 1773, Catherine, âgée de 27 ans, fileuse, habitant chez sa mère Marie Maréchal, à Luneray, déclare être gravide de 7 à 8 mois :
« Ayant eu habitude charnelle avec lui dans le mois de mars dernier, jurant et affirmant n'avoir jamais eu habitude avec autres qu'avec le dit Perier. » .

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Cette déclaration fut faite devant le sieur Henry Etienne Panié, notaire royal au bailliage de Caux, siège d'Arques, séant à Dieppe, pour le notariat de Bacqueville, le mercredi 27 octobre 1773. Catherine, à cause de son état actuel, ne put se transporter à Dieppe et fut avertie de la rigueur de l'ordonnance.
Ce dernier, prénommé Nicolas, est garçon toilier dans le même bourg. Une fille, Anne Magdeleine, nait de cette relation le 2 décembre 1773, à Luneray. La déclaration de grossesse a été présenté au prêtre, au moment du baptême, par la sage femme nommée Marie Bocquet, aussi fileuse, épouse de Nicolas Chéron, tisserand.

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Suit une deuxième déclaration, en 1782, Catherine est de nouveau gravide de 6 mois et demi et déclare avoir été séduite sous promesse de mariage, par Nicolas Maret, domestique, demeurant chez Mr le curé de Gruchet Saint Siméon. Une fille illégitime, Marie Catherine, nait de cette relation, le 28 septembre 1782. Lors du baptême, Catherine Lemaréchal présente au vicaire nommé Leflamand, une déclaration passée devant Maitres Panié et Lefrançois, le 19 juillet 1782, à Bacqueville. Cette déclaration est conservée par l'église pour y avoir recours.

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Histoire de Jeanne Lefebvre :

Le 9 janvier 1726, à Arques la Bataille, Jeanne, fille de Jean et Jeanne Prévost, âgée de 28 ans, de confession protestante, déclare être gravide de huit mois :
« Ayant la connaissance charnelle quatre à cinq fois depuis viron huit mois sous la promesse de mariage. ».
Nicolas Malet, blattier, âgé de 24 ans, demeurant à Auquemesnil, tient-il sa promesse ? Toujours est-il que nait un garçon, Pierre, déclaré sous le nom de Malet, vers le mois de mars 1726. Il décède le 27 du dit mois, âgé de 20 jours, à Auquemesnil. (cote 4E03388 - 1725-1744 vue 6/35 )

Histoire de Marie Anne Pigné :

Par deux fois, en quelques années, Marie Anne se rend à Caudebec en Caux pour y déclarer être enceinte.
Marie Anne est domiciliée chez ses parents Pierre et Magdeleine Belmare, à Saint Maurice d'étélan. La première fois, le 22 juillet 1777, âgée de 24 ans, enceinte de 5 mois et demi, elle déclare n'avoir coabiter qu'avec un certain Pierre Lebrun, originaire du même village.
La deuxième fois, le 10 décembre 1781, âgée de 28 ans, elle déclare être enceinte de six mois et demi, des œuvres de Nicolas Méto, originaire du même lieu, demeurant chez Pierre Chandelier.

Histoire de Marie Catherine Lecoutre :

Marie Catherine Lecoutre, fille de Pierre, toilier, et de Suzanne Boulard, est née le 8 février 1751, à Crasville la Rocquefort. Agée de 30 ans, fileuse, elle déclare être gravide de 7 mois, sous promesse de mariage de Pierre Richard devant les notaires Panie et Pierre Auguste Lefrançois, notaires royaux au siège d'Arques, pour le notariat de Bacqueville, le 6 août 1780, à Bacqueville en Caux.

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Un mois plus tard, le 6 septembre 1780, Marie Catherine accouche de jumeaux : Pierre Augustin et Pierre Aimable, à Crasville la Rocquefort. Malheureusement ceux-ci décèdent quelques jours plus tard, les 9 et 22 septembre au même lieu.
Cette promesse de mariage fut tenue, car deux ans après, le 8 août 1782, Pierre Simon Richard, maréchal ferrant, épouse Marie Catherine, à Crasville la Rocquefort. Deux filles, Marie Catherine et Rosalie Sophie, et un garçon Pierre Nicolas, vont naître de cette union entre 1782 et 1786. Une histoire qui se termine bien.

Sur le pavé d'une église : histoire d'un enfant trouvé au XVIII ème siècle :
https://www.surlesbranchesdupommier.com/2019/08/sur-le-pave-de-leglise-histoire-dun.html

F.Renout
(Administrateur cgpcsm)
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Sources :
Christiane Menot (Généalogiste familiale)
Archives du Cantal (fille-mère et lâche séducteur)
Patricia Mary (Sté d'histoire du Châtelet en Brie)
Elise Lenoble (Découvrez qui étaient vos ancêtres filles-mères)

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