Auteur/autrice : Patrimoine normand

L’homme, acteur des marais du Cotentin et du Bessin

La maison éclusière des Ormes à l’entrée du canal Vire-Taute, lors des crues hivernales à Montmartin-en-Graignes. Le canal, creusé au XIXe siècle, permettra d’acheminer les marchandises entre Saint-Lô et Carentan, mais aussi de drainer les eaux des marais de la Taute. (© Patrice Lecarpentier, PnrMCB)


Damien Bouet

Extrait Patrimoine Normand n°132
Par Damien Bouet.
 
 
Nicolas Onfroy et son cheptel de limousines exploitent le Domaine d’Utah Beach à Sainte-Marie-du-Mont, une ferme du XVIIe siècle. Le Domaine abrite aussi un hôtel 4 étoiles, des gîtes et le restaurant Chez Arsène. (© www.domaine-utah-beach.com
Nicolas Onfroy et son cheptel de limousines exploitent le Domaine d’Utah Beach à Sainte-Marie-du-Mont, une ferme du XVIIe siècle. Le Domaine abrite aussi un hôtel 4 étoiles, des gîtes et le restaurant Chez Arsène(© www.domaine-utah-beach.com

Le parc naturel régional des Marais du Cotentin et du Bessin, espace idyllique pour la faune et la flore, est le fruit du travail de la nature, certes, mais aussi de l’homme, qui a façonné son paysage pour pouvoir y vivre et l’exploiter.

L’assèchement et poldérisation

Dès le Moyen Âge, l’homme cherche à gagner des terres exploitables sur la mer et les marécages. L’essor agricole que le territoire a connu est intimement lié au travail de domestication des flots, opéré depuis de nombreux siècles. Au XVIIIIe et au XIXe siècle, les gouvernements successifs sont confrontés à la nécessité d’augmenter la production agricole et accélèrent l’assèchement des marais. Un vaste réseau de fossés est creusé pour drainer les eaux vers la mer.

Entre le XVIIIe et le XIXe siècle, cinq portes à flots ont été installées à l’exutoire des fleuves. Premier rempart contre l’intrusion de l’eau, elles empêchent les remontées marines dans les terres. Jusqu’alors, l’effet des marées est perceptible de Trévières, dans le Bessin, à Saint- Sauveur-le-Vicomte dans le Cotentin. Actionnées par la force de l’eau, elles s’ouvrent à marée basse par la pression du fleuve et se ferment à marée haute sous l’action des flots marins. À partir de 1856, ces aménagements sont complétés par la poldérisation de la baie des Veys et la canalisation des fleuves débouchant sur la baie. Près de 2000 hectares sont ainsi ga…

 

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Les marais du Cotentin et du Bessin – Un espace naturel

Les marais du Cotentin et du Bessin, situés entre deux mers, regroupent une variété de paysages insoupçonnée. (© Patrice Lecarpentier, PnrMCB)


Damien Bouet

Extrait Patrimoine Normand n°132
Par Damien Bouet.
 
 

Les marais, construits et entretenus par l’homme, sont des lieux formidables pour la faune et la flore. L’une des missions du parc est de préserver la biodiversité du territoire et de conserver ses paysages.

Un territoire naturel d’exception

À chaque paysage son biotope, associé à sa faune et à sa flore. Les marais du Cotentin et du Bessin ont la chance de regrouper marais, bocage, landes et tourbières, ainsi qu’un grand espace littoral à l’est et l’ouest. Barbey d’Aurevilly écrivait dans Ce qui ne meurt pas (1884) : « N’avez-vous, vous qui lisez ces pages, jamais voyagé à travers ces marais du Cotentin qu’on a essayé de décrire et qui sont assez vastes pour que seulement les traverser puisse vous paraître un voyage ? »

La région comprend quatre sites du réseau Natura 2000 animés par le parc naturel régional des Marais du Cotentin et du Bessin : les marais du Cotentin et du Bessin et la baie des Veys, les basses vallées du Cotentin, le havre de Saint-Germain-sur-Ay et les landes de Lessay, ainsi que les coteaux calcaires et les anciennes carrières de La Meauffe, Cavigny et Airel. Elle présente un fort intérêt patrimonial, reconnu à l’échelle européenne. Ces sites abri…

 

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Le parc naturel régional des Marais du Cotentin et du Bessin

En automne et en hiver, les précipitations font sortir les rivières de leur lit : c’est la blanchie des marais. (© Thierry Houyel­­­­)


Damien Bouet

Extrait Patrimoine Normand n°132
Par Damien Bouet.
 
 
Carte du parc naturel régional des Marais du Cotentin et du Bessin et de son réseau hydrographique. (© DAO Damien Bouet)
Carte du parc naturel régional des Marais du Cotentin et du Bessin et de son réseau hydrographique. (© DAO Damien Bouet)

Aujourd’hui blanchis par les précipitations hivernales, les marais du Cotentin et du Bessin forment un vaste territoire aux paysages variés, mêlant zones humides et bocages verdoyants, forêts épaisses et dunes côtières.

Longtemps dépréciés par l’imaginaire collectif et les auteurs romantiques du XIXe siècle, les marais attirent aujourd’hui les amoureux de la faune et la flore de tous horizons. L’esthétisme singulier des marais est rythmé par les saisons. Partons donc à la découverte des trésors naturels et patrimoniaux de ce pays unique de Normandie.
 

Une mosaïque de paysages, entre terre et mer

Les marais du Cotentin et du Bessin, longtemps appelés « marais de Carentan », couvrent un immense espace au sud du Cotentin et au nord du Bessin, majoritairement irrigué par l’Aure, la Vire, la Taute, la Douve et l’Ay. L’imaginaire retient surtout le côté marécageux de ce territoire qui, bordé à l’ouest et à l’est par deux grandes façades maritimes, mêle pourtant une très grande variété de pay…

 

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Le haras national du Pin – Le cheval en son royaume

Le haras du Pin s’inscrit dans un cadre préservé d’herbages et de forêts. (© David Commenchal)


Virginie Michelland

Extrait Patrimoine Normand n°132
Par Virginie Michelland.

 

Le Versailles du cheval se dévoile derrière une majestueuse grille en fer forgé. (© David Commenchal)
Le Versailles du cheval se dévoile derrière une majestueuse grille en fer forgé. (© David Commenchal)

Dans son décor d’herbages et de forêts, le haras national du Pin offre au cheval un écrin à la mesure de sa noblesse et de son prestige. Une équipe passionnée y cultive, d’hier à aujourd’hui, un savoir-faire d’excellence

Le projet du Roi-Soleil

Qualifié par l’écrivain normand Jean de La Varende, grand amateur de chevaux, de « Versailles du cheval », le haras du Pin cultive des liens historiques étroits avec Louis XIV. Sa fondation résulte de la nécessité d’augmenter les effectifs de chevaux pour répondre aux impératifs militaires. Les guerres, qui rythment le règne du grand roi, sont en effet coûteuses en chevaux que l’on fait venir à grand frais de divers pays d’Europe. L’élevage d’étalons destinés à la reproduction apparaît comme une solution viable pour s’affranchir de ce mode de fonctionnement. Le cheval étant, par ailleurs, indispensable au quotidien du roi et de sa cour, il faut pouvoir remplir les Grande et Petite Écuries de Versailles de pensionnaires de qualité.

Colbert promulgue donc, en 1665, un décret fondant les haras royaux. Le premier est construit à Saint-Léger-en-Yvelines. C’est un échec, en raison notamment des mauvaises conditions sanitaires auxquelles sont soumises les juments poulinières… Chargé de poursuivre la prospection, François-Gédéon de Garsault, capitaine du haras royal, jette son dévolu sur la fertile vallée du Merlerault, plus particulièrement sur le buisson d’Hiesmes (Exmes) où l’herbe est (et reste) abondante et de qualité. Riche en fer, la rivière y développe chez les chevaux un squelette solide et élancé, et une nervosité de bon aloi. Enfin, la proximité avec Versailles favorise les allées et venues des chevaux et de leurs palefreniers. Une trentaine de poulains nés au haras rejoi…

 

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Pont-de-l’Arche et le fort d’Alizay-Igoville – Fortifications de la Seine normande

Aquarelle de Jean-Claude Golvin évoquant le système mis en place au-dessus de la Seine entre Igoville (à gauche) et Pont-de-l’Arche (à droite) au IXe siècle. (© Jean-Claude Golvin)


Cyril Marcigny

Extrait Patrimoine Normand n°132
Par Cyril Marcigny.

 

Bien connu des spécialistes de l’âge viking, le fort carolingien d’Igoville constitue un site majeur du patrimoine national français, même si sa renommée y est demeurée bien plus modeste qu’outre-Manche. Situé sur le cours de la Seine, il constitue avec Pont-de-l’Arche un système défensif associé à un pont qui barrait le cours du fleuve.

De nouvelles études sur un site d’exception

Faisant suite à une analyse approfondie des sources écrites carolingiennes relatives à sa construction par l’historien et numismate britannique Simon Coupland, un récent article de Jacques Le Maho, historien et archéologue spécialiste de Rouen et du val de Seine au haut Moyen Âge, a dernièrement contribué à remettre en lumière ce site exceptionnellement conservé qui n’a fait l’objet, jusqu’alors, que d’interventions archéologiques très limitées, essentiellement sous forme de sondages ouverts dans les années 1980 par l’archéologue Brian Dearden, de l’université de Manchester.

En 2010-2011, une nouvelle intervention archéologique a été conduite par l’Inrap sur une trentaine d’hectares en berge de Seine, à Alizay et Igoville, face à Pont-de-l’Arche, dans l’Eure. La longue séquence d’occupation inaugurée à la préhistoire, il y a 11 000 ans, se conclut à l’époque carolingienne par la construction d’un pont fortifié et de fortifications gar…

 

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Le Coupe Gorge – La micro-brasserie du Cinglais

La popularité croissante des bières locales et artisanales a revigoré le marché des bières en bouteille, qui ne sont pas soumises à des accords d’exclusivité. Celles de Max Boullan s’inscrivent dans ce créneau porteur. (© Jean-Luc Péchinot)


Jean-Luc Péchinot

Extrait Patrimoine Normand n°132
Par Jean-Luc Péchinot.

 

Cette bière-là ne nous reste jamais en travers de la gorge. À Saint-Laurent-de-Condel, en pays de Cinglais, on se pinte avec des houblons qui ont tout bon. Ceux de la brasserie Coupe Gorge !

La mousse pour la bière. Devenue la boisson la plus populaire au monde, avec un marché estimé à près de 300 millions de dollars, le plus ancien breuvage fermenté n’a plus aucune raison d’envier le vin, même en France où, en 2023, le chiffre d’affaires de la bière dans les hypermarchés a surpassé celui du vin. Le paysage brassicole français a dès lors connu une croissance spectaculaire. Ainsi, alors qu’en 2006 la France comptait seulement 246 brasseurs, ce nombre s’est élevé à 1600 en 2018 et a culminé à 2300 en 2023, quadruplant quasiment en à peine douze ans.

Dans le même temps, le nombre de micro-brasseries a lui aussi triplé, l’une des plus singulières en Normandie étant celle dont on retient le mieux le curieux nom, Coupe Gorge, référence à la rivièrette qui coule dans le village de Saint-Laurent-de-Condel, niché en Suisse normande, entre les forêts de Grimbosq et de Cin…

 

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Le Cinglais – Cœur historique de la Suisse normande

Le donjon des barons de Tournebu (XIIIe et XVIIe siècles). La tour résiste, mais elle est fragilisée par les souterrains et l’effondrement de l’escalier. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)


Mireille Thiesse

Extrait Patrimoine Normand n°132
Par Virginie Michelland.

 

En lisière de la forêt de Cinglais. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)
En lisière de la forêt de Cinglais. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)

Au cœur de la Suisse normande se cache un pays dont l’origine remonte bien avant l’an mil. Alors que les ducs normands étendent leur emprise territoriale vers l’Orne, ils fieffent une partie de leur domaine du Cinglais à des seigneurs de confiance, les Tesson, les Marmion, les de La Pommeraye ou les de Tournebu. Outre d’imposantes fortifications, ceux-ci fondent des abbayes qui contribuent au rôle économique et au rayonnement spirituel du Cinglais.

Le Cinglais, une mosaïque de paysages

Mottes castrales, églises romanes, vestiges de donjons et d’abbayes subsistent de cette époque médiévale. De nombreux toponymes (communes, hameaux, forêt) conservent la mémoire de l’histoire féodale du Cinglais. L’empreinte des familles nobles comme celles de Saint-Germain, d’Oilliamson, d’Harcourt se manifeste par l’édification de châteaux Renaissance ou classiques imposants, ou de simples demeures de plaisance. La forêt domaniale de Cinglais, malgré les défrichements, couvre encore une grande partie du territoire en arc de cercle autour de Boulon. La forêt de Grimbosq, le bois d’Alençon au nord qui s’étend jusqu’à Bretteville, les bois d’Outrelaise et de la vallée de la Laize à l’est, les bois de Saint-Clair ou de Saint-Germain-Langot au sud constituaient un même domaine forestier. Les cours d’eau et leurs moulins gardent la trace d’une intense activité artisanale. Dans le bocage ou la plaine, entre hameaux et bourgs s’étendent les terres agricoles et les prairies. Rochers de schistes et de grès affleurent sur le plateau et le versant des vallées couvert de landes et de broussailles. Au nord-est, en bordure de la vallée de la Laize, le calcaire de Caen connaît une forte exploitation ainsi que le minerai de fer. Les façades des maisons, fermes ou châteaux expriment la diversité du sous-sol et confèrent aux paysages du Cin…

 

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Potager de Beaumesnil – Des graines qui traversent les âges

Le Potager conservatoire de Beaumesnil produit depuis de nombreuses années des variétés anciennes de légumes. (© Virginie Michelland)


Virginie Michelland

Extrait Patrimoine Normand n°132
Par Virginie Michelland.

 

Luc Devaux, artisan semencier, est l’une des chevilles ouvrières du Plan Végétal normand. (© Virginie Michelland)
Luc Devaux, artisan semencier, est l’une des chevilles ouvrières du Plan Végétal normand. (© Virginie Michelland)

Parmi les projets qui fleurissent en faveur de l’environnement, le Plan Végétal normand, soutenu par la Région, concilie patrimoine, gastronomie et développement durable. Luc Devaux, artisan semencier, présente la démarche.

Une démarche patrimoniale ­

Le Plan Végétal exauce le vœu de l’association Montviette Nature en pays d’Auge de sauvegarder le patrimoine immatériel de la Normandie rurale. Avec l’aide des adhérents et de nombreux partenaires, Christiane Dorléans, sa fondatrice, étudie et valorise, depuis 1990, la biodiversité discrète de son territoire.

Tout en l’inventoriant, elle a mis au point une méthode d’enquête autour des savoirs et savoir-faire traditionnels, basée notamment sur la prospection auprès des anciens. Certains d’entre eux conservent encore des semences de légumes et la mémoire de leur mode de culture et de leur utilisation. Chaque variété constituant une composante d’une civilisation paysanne et de ses caractéristiques locales, la passionnée se fait fort de l’identifier avec l’aide des paysans d’hier. Rien ne vaut ensuite de semer et multiplier les graines encore disponibles, pour faire vivre ce patrimoine et régaler les gourmets.

Sensibles aux enjeux d’une relocalisation de la production de légumes dans une optique de souveraineté alimentaire, les élus lancent, en mars 2022, un appel à la valorisation des semences normandes. Un véritable Plan Végétal est patiemment éla…

 

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La Sainte-Trinité de Fécamp – Taille cathédrale !

Face sud récemment restaurée de l’abbatiale de la Sainte-Trinité. (© Ville de Fécamp)


Stéphane William Gondoin

Extrait Patrimoine Normand n°132
Par Stéphane William Gondoin.

 

L’abbaye fécampoise tient une place à part dans l’histoire de la Normandie. D’abord, parce qu’elle est l’une des plus anciennes, avec une naissance située aux alentours de 658. Mais surtout, c’est d’elle que partit, peu après l’an mille, l’impulsion nécessaire à la restauration d’un tissu monastique dense, après les dévastations causées par les Vikings.

L’épopée de ce monastère prestigieux débute au viie siècle. Après avoir fondé l’abbaye de Fontenelle, en 649, saint Wandrille pousse un certain Waninge, aristocrate de haut rang, à installer une communauté religieuse pour femmes en un lieu appelé « Fiscamnus », dont l’étymologie reste obscure. Sa première abbesse se nomme Childemarque (ou Hildemarque), « vierge d’une très grande sainteté », qui semble d’origine bordelaise. Pour s’être trop mêlé de politique, saint Léger, évêque d’Autun, se retrouve exilé à Fécamp vers 676 et confié à la garde de Waninge et des nonnes. C’est à peu près tout ce que l’on sait du passé lointain de cet établissement, qui disparaît au cours du IXe siècle sous les assauts vikings.

 

Sous la protection des ducs

Après la fondation de la Normandie en 911, Fécamp est l’une des résidences favorites des ducs au moins depuis le principat de Guillaume Longue-Épée (v. 927-942). Pour ces descendants de Vikings, la proximité de la mer n’est sans doute pas étrangère à ce choix, de même que la présence d’une vaste et giboyeuse forêt, quand la chasse constitue le principal loisir de la haute noblesse de l’époque. Richard Ier (942-996), successeur de Gui…

 

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Fours à chaux de Cavigny – Préserver patrimoine industriel et biodiversit&eacute

Le site des fours à chaux s’étend sur 26 hectares dont 11 sont la propriété du Département de la Manche. (© Fondation du patrimoine


Michel Levron.

Extrait Patrimoine Normand n°132
Par Michel Levron.

 

Au XIXe siècle spécialement, le développement de très nombreux sites industriels a souvent maltraité la nature et ses « habitants ». Ces sites, dont l’intérêt patrimonial est parfois bien réel, doivent être sauvegardés et visités tout en protégeant leur biodiversité. Pas facile… Les travaux récemment réalisés pour pouvoir visiter les fours à chaux de Cavigny, dans la Manche, tout en protégeant leur biodiversité sont, à cet égard, exemplaires. Ce projet a d’ailleurs été lauréat 2024 pour la Normandie du programme « Patrimoine naturel et biodiversité » de la Fondation du patrimoine.

Un site triplement patrimonial

Situés dans le parc naturel régional des Marais du Cotentin et du Bessin, les six fours à chaux de Cavigny construits à la fin du XIXe  siècle peuvent être qualifiés de trois fois patrimonial. Ils ont donc trois bonnes raisons d’être soutenus par la Fondation du patrimoine.

  • Production d’un matériau utilisé notamment dans la construction. Quand on évoque le patrimoine, on pense d’abord aux monuments parfois protégés. Les fours à chaux en sont si l’on peut dire « l’usine », puisqu’ils produisaient ce matériau, surtout utilisé dans la cons…
 

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Quand Louis-Philippe filait à l’anglaise…

Louis-Philippe, « roi des Français », par Pierre Roch Vigneron, portrait peint en 1831, peu après son accession au trône. (© Paris musées – Musée Carnavalet – www.parismusees.paris.fr)


Stéphane William Gondoin

Extrait Patrimoine Normand n°132
Par Stéphane William Gondoin.

 

Durant le long règne de Louis XIV (1643-1715), la France fut rarement en paix. Le Roi-Soleil mena en effet une politique d’expansion territoriale tous azimuts qui le conduisit à entrer en conflit avec la plupart de ses voisins. En 1688, débute la terrible guerre de la Ligue d’Augsbourg, au cours de laquelle la Normandie se retrouve en première ligne. Et c’est la cité de Dieppe qui paie le prix fort.

Voilà plusieurs années que la monarchie de Juillet suscite de très fortes oppositions. À l’origine, elle portait un projet plutôt libéral, garantissant par exemple la liberté totale de la presse. Dès l’origine, elle fut tiraillée entre les thèses d’Adolphe Thiers, à qui l’on attribue la formule fameuse « le roi règne et ne gouverne pas », et celles de François Guizot, « le trône n’est pas un fauteuil vide ». Elle ne cessa de prendre un tour autoritaire, faisant croître le mécontentement. Et tant pis pour les cassandres qui, tel le ministre de l’Instruction publique Salvandy, prophétisent : « Nous dansons sur un volcan. »

 

Fin de règne

Des insurrections éclatent dans la nuit du 22 au 23 février 1848, soutenues par les militants républicains. Bientôt, les légions de la garde nationale, principaux piliers du régime, se mutinent. Terrifié et apathique, Louis-Philippe sacrifie Guizot, ministre honni, en demandant sa dé…

 

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Le donjon de Bouillon Viéville – construction du XXe siecle

Le donjon de Didier Lobert à Saint-Germain-sur-Avre. Le donjon semble surgi du XIIe siècle ; il a en réalité été construit au XXe siècle. (© Virginie Michelland)


Virginie Michelland

Extrait Patrimoine Normand n°132
Par Virginie Michelland.

 

Didier Lobert de Bouillon Viéville, bâtisseur du donjon. (© Sylvaine Lobert)
Didier Lobert de Bouillon Viéville, bâtisseur du donjon. (© Sylvaine Lobert)

Dominant la vallée de l’Avre, surgit un donjon que l’on jurerait hérité du XIIIe siècle. Il est en réalité l’œuvre d’un attachant touche-à-tout du XXe siècle, Didier Lobert (1934-2021), dit « de Bouillon Viéville ».

Itinéraire d’un artiste

Derrière chaque homme se cache un enfant dont les rêves déterminent en partie la trajectoire suivie à l’âge adulte. Fils et petit-fils d’industriels, Didier, né à Dreux, souffre dans ses jeunes années de tuberculose. Astreint à des activités statiques, il se laisse emporter par la magie des livres. À la faveur de nombreuses visites de musées, le voyageur immobile, qui goûte par ailleurs le dessin et le bricolage, cultive dès son plus jeune âge l’évasion et la liberté.

La tradition familiale l’oriente vers l’entreprise de métallerie industrielle. Puis, il jette l’éponge pour se consacrer à la peinture. Il a déjà transformé son appartement parisien en un lieu hors du temps dont le décor Renaissance fascine sa fille, Sylvaine.

Rien de tel, toutefois, que de vivre à la campagne. Les parents de Didier possèdent depuis 1958 une petite maison à Saint-Germain-sur-Avre, dans le sud de l’Eure, où la branche ma…

 

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La « bombarderie » de 1694 – Dieppe rayée de la carte

La « bombarderie » de Dieppe, en 1694. Attaque de la ville vue depuis le large. Gravure anonyme, 1695. (© Rijksmuseum d’Amsterdam – www.rijksmuseum.nl


Stéphane William Gondoin

Extrait Patrimoine Normand n°132
Par Stéphane William Gondoin.

 

Durant le long règne de Louis XIV (1643-1715), la France fut rarement en paix. Le Roi-Soleil mena en effet une politique d’expansion territoriale tous azimuts qui le conduisit à entrer en conflit avec la plupart de ses voisins. En 1688, débute la terrible guerre de la Ligue d’Augsbourg, au cours de laquelle la Normandie se retrouve en première ligne. Et c’est la cité de Dieppe qui paie le prix fort.

Parmi les belligérants hostiles à la France figure l’incontournable Royaume-Uni, cette fois-ci allié aux Pays-Bas. À eux deux, ces États disposent d’une flotte gigantesque. En un scénario maintes fois rencontré au cours de l’Histoire, les Français envisagent d’abord de porter le fer et le feu outre-Manche. Philippe VI de Valois (1328-1350), en son temps obnubilé par cet objectif, perdit sa flotte à la bataille de l’Écluse, le 24 juin 1340 ; Napoléon Ier verra pour sa part la sienne anéantie à Trafalgar, le 21 octobre 1805 ; quant à Louis XIV, le désastre de la Hougue, survenu sur les côtes du Cotentin du 29 mai au 3 juin 1692, sonne le glas de ses espérances. Hitler ne fera pas mieux, avec sa chimérique opération Seelöwe ou Lion de Mer. Pour rappel, personne, depuis Guillaume le Conquérant, n’a réussi à s’em…

 

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Le bonheur est dans Les Prés

Une maison au bord de l’eau. Chambres et salons s’ouvrent sur un vaste parc arboré d’espèces centenaires, bercé par la rivière de l’Hoëne en contrebas. (© Franck Schmitt)


Jean-Luc Péchinot

Extrait Patrimoine Normand n°132
Par Jean-Luc Péchinot.

 

De la douce campagne, un maison de patrimoine revisitée, une table pour locavores : à quelques vallonnements de Mortagne-au-Perche, dans l’Orne, l’hôtel Les Prés se révèle un intimiste nid de sérénité.

Pour vivre heureux vivons… perchés ! Ces deux-là pourraient faire leur cette expression revisitée, tant leur douillette cachette du Perche les éclaire de bonheur. « Oui, c’est aussi fort que ce dont nous avions rêvé », résument d’une seule voix Stéphane et Éric qui, deux ans après s’être lancés dans leur nouvelle vie, se disent « épanouis ». Et déjà acclimatés à merveille à cet enchanteur ailleurs qu’est ce coin de France où le temps semble couler plus doucement.

Fait de vallons couverts de grasses prairies, de forêts de chênes séculaires, de petites villes, villages et hameaux de carte postale, ce Perche relève du tableau grandeur nature. Les routes y prennent encore le temps de tourner, de monter et de descendre, sous des ciels changeants et dans d’infinies nuances de vert et marron. La nature et la pierre s’y asso…

 

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Céramiste – un savoir-faire, une passion, un métier

Léa Croison dans son atelier à Calleville, dans l’Eure. Le façonnage est la première étape du processus. (© Virginie Michelland)


Virginie Michelland

Extrait Patrimoine Normand n°132
Par Virginie Michelland.

 

Installée depuis trois ans à Calleville, petite commune de l’Eure proche de Bernay, Léa Croison n’aurait pu mieux tomber en y posant ses valises… Céramiste comme elle, sa prédécesseure avait aménagé un atelier derrière la maison. Une aubaine pour la jeune femme, désireuse de se consacrer pleinement, elle aussi, à ce métier-passion…

Naissance d’une vocation

Lorsqu’elle s’est engagée dans des études d’art, comprenant une mise à niveau en arts appliqués et un BTS design de produits, Léa ne se destinait pas particulièrement à la céramique. Le plateau technique de son établissement, situé dans sa Lorraine natale, comprenait toutefois un atelier, avec son matériel en accès libre pour développer sa créativité en autonomie.

Pour Léa, la manipulation de la terre et sa transformation en objets solidifiés grâce à un séchage patient et à une cuisson bien menée, est une révélation qui pousse l’étudiante à consulter blogs et manuels. Cette démarche la détermine plus encore à obtenir un diplôme des métiers d’art en céramique artisanale. Débute une période intensive de deux ans, à laquelle s’ajoutent six mois de stage à Paris. Léa y rejoint un atelier collectif ; un choix enrichissant, pour progresser sous le regard bienveillant et avec la complicité d’aut…

 

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Millénaire de Caen, le programme se précise !

L’église Saint-Pierre de Caen. (© Stéphane William Gondoin)

Voici déjà plusieurs mois que nous vous en parlons : la préfecture du Calvados célébrera en 2025 le millénaire de sa naissance. Ou, plus exactement, le millénaire de sa première mention, dans une charte du duc de Normandie Richard II en faveur de l’abbaye Saint-Père de Chartres. Des fâcheux objecteront sans doute que ce document n’est pas exactement daté puisque sa rédaction se situe entre 1021 et 1025. Mais le Covid-19 a perturbé le calendrier, et il faut bien choisir un moment de commémoration, voire de communion, entre les Caennais et plus globalement tous les Normands.

Et l’on en sait plus sur certains événements. À partir du 20 mars d’abord, un spectacle immersif retracera les dix siècles d’histoire de la ville à travers plusieurs tableaux ; rendez-vous à la salle de l’Échiquier du château. Du 21 au 28 mars ensuite, les Journées de l’Histoire proposeront des conférences, des panels, ou des tables rondes autour de quatre thématiques : Caen, échanges culturels et économiques intra-européens ; Caen, ville intellectuelle ; Caen, les sociétés caennaises ; Caen, son environnement. Le 9 mai 2025, une grande parade festive traversera la ville pendant plusieurs heures, et le week-end du 27 au 29 juin sera consacré à la mer et au littoral. Enfin, au mois d’octobre, trois solistes de renommée internationale donneront un concert. Le tout sur fond d’œuvres d’art et de manifestations diverses proposées dans toute la cité. Quant à nous, nous ne manquerons pas de vous proposer un dossier complet dans l’un de nos prochains numéros !

 

Tous renseignements sur le site Internet www.millenairecaen2025.fr
 
Article publié dans Patrimoine Normand n°131 (octobre-novembre-décembre 2024), par Stéphane William GondoinStéphane William Gondoin

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L’hôpital Mémorial France – États-Unis de Saint-Lô

Exposition « L’hôpital Mémorial France – États-Unis de Saint-Lô un hôpital pour la vie » au musée d’art et d’histoire de Saint-Lô. Paul Nelson devant la maquette de l’hôpital lors de l’inauguration, le 10 mai 1956. (© Archives du centre hospitalier Mémorial France – États-Unis, Saint-Lô)


DATE
Du 19 octobre 2024 au 5 janvier 2025.
LOCALISATION :
SAINT-LÔ (50).

 

 

Plongez dans l’histoire du plus moderne des hôpitaux d’après-guerre ! Du 19 octobre 2024 au 5 janvier 2025, découvrez l’exposition dédiée à l’hôpital Mémorial France-États-Unis de Saint-Lô et aux innovations visionnaires de son architecte Paul Nelson.

Le « plus intéressant projet d’après-guerre », « l’hôpital le plus moderne de France, voire d’Europe », les superlatifs ne manquent pas pour décrire le nouvel hôpital de Saint-Lô, reconstruit avec l’aide financière américaine.

Inauguré en 1956, cet établissement hospitalier se veut la synthèse des recherches contemporaines sur l’amélioration des conditions de travail du personnel de santé, des innovations technologiques et de la built-in colour therapy. La polychromie, que l’on doit à Fernand Léger, et l’intégration des arts dans cet hôpital sont effectivement l’une des avancées majeures du projet.

Première exposition entièrement consacrée à l’établissement saint-lois, celle-ci présente, après une brève remise en contexte, ces innovations technologiques et ces partis pris artistiques par le biais d’archives inédites ainsi qu’à des reconstitutions d’ensembles mobiliers (salle d’attente, chambre d’enfant) rendues possibles grâce au partenariat exceptionnel du centre hospitalier Mémorial France – États-Unis.

 

Musée d’art et d’histoire de Saint-Lô. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand) 

Musée d’art et d’histoire de Saint-Lô. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)

INFORMATIONS PRATIQUES :
 
Exposition « L’hôpital Mémorial France – États-Unis de Saint-Lô un hôpital pour la vie»
Jusqu’au 5 janvier 2025
> Du mardi au dimanche de 14h à 18h
Musée d’art et d’histoire
La Source
Place du Champ de Mars
50000 SAINT-LÔ
Tél.?: 02 33 72 52 55
www.saint-lo.fr

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Exposition « André Mare – Visions équines » à Argentan

Exposition « André Mare – Visions équines ». Ophélie Gélu, médiatrice culturelle au musée Fernand-Léger – André-Mare. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)


DATE
Jusqu’au 3 novembre 2024.
LOCALISATION :
Argentan (61).

 

 

Découvrez l’univers passionnant d’André Mare et son lien profond avec le cheval à travers l’exposition « Vision Équine », visible jusqu’au 3 novembre à Argentan. Un rendez-vous incontournable pour les amateurs d’art et de nature !

L’exposition explore la relation profonde entre André Mare et le cheval, un thème récurrent dans son œuvre. On retrouve cet animal dans ses premiers croquis, objet d’une véritable passion de Mare, qu’il exprimera tout au long de sa carrière à travers différents styles et supports.

Les visiteurs pourront découvrir comment l’artiste saisit avec finesse la force et le mouvement du cheval, qu’il soit au repos ou en pleine action. Ils auront également l’occasion d’admirer des œuvres cubistes où Mare déconstruit les formes du cheval, dévoilant des aspects plus abstraits et modernistes. En lien avec sa région, l’exposition évoque aussi le haras national du Pin, un lieu que Mare a souvent fréquenté. Inscrit à l’école du Parfait cavalier par son père, il a régulièrement représenté ce site emblématique dans ses œuvres. Un autre volet de l’exposition examine la relation entre l’homme, le cheval et le sport à travers des scènes telles que le polo, où Mare illustre l’harmonie entre le cavalier et sa monture.
 

Exposition « André Mare – Visions équines ». (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand) 

Exposition « André Mare – Visions équines ». (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)

INFORMATIONS PRATIQUES :
 
Exposition « André Mare – Visions équines »
Jusqu’au 3 novembre 2024
> Du mardi au dimanche de 13h30 à 17h
Musée Fernand-Léger – André-Mare
6, rue de l’Hôtel de Ville
61200 ARGENTAN
Tél. : 02 33 16 55 97
musees-argentan.fr
musees-argentan.fr

 

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La Reconstruction, une architecture à préserver

Le Havre : intérieur de l’église Saint-Joseph. Inaugurée en 1957, elle est un symbole de la modernité voulue par le célèbre architecte Auguste Perret. (© Fred Romerro – CC BY-SA 2.0 – Wikimedia commons­)


Michel Levron.

Extrait Patrimoine Normand n°131
Par Michel Levron.

 

C’est un patrimoine dont on parle peu : la reconstruction faite après la Seconde Guerre mondiale. Bien sûr, le temps pressait, parfois au détriment de la qualité architecturale. Mais cette période a également été l’occasion de « refabriquer » la ville et d’innover. À l’occasion du 80e anniversaire du Débarquement, et pour contribuer à protéger ce patrimoine, la Fondation du patrimoine a tenu à faire de la « Reconstruction » le thème de son premier « Trophée du patrimoine normand ».

À l’issue de la Seconde Guerre mondiale, près de 25 % du parc immobilier est détruit. Contrairement à la guerre 14-18, l’ampleur des destructions est inédite. Par sa position stratégique, la Normandie est durement frappée. Certains centres-villes sont anéantis. De très nombreuses villes devront être reconstruites, parfois presqu’en totalité. Ce fut par exemple le cas de Saint-Lô, « capitale des ruines », mais aussi de Caen, Rouen, Évreux, Lisieux, Le Havre dont le centre, reconstruit par Auguste Perret, est inscrit en 2005 au patrimoine mon…

 

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Le parc-jardin de la sente des Rivières à Montivilliers

L’entrée occidentale du parc-jardin de la sente des Rivières. (© Stéphane William Gondoin.)


Stéphane William Gondoin

Extrait Patrimoine Normand n°131
Par Stéphane William Gondoin.

 

Au pied du clocher roman de l’antique abbaye de Montivilliers, (re)fondée il y a presque mille ans par le duc de Normandie Robert le Libéral (1027-1035), coule la Lézarde. Longue de 14,5 kilomètres, cette modeste rivière était autrefois le dernier affluent de la Seine qu’elle rejoignait naturellement après la traversée d’Harfleur1. Les aménagements récents du parc-jardin de la sente des Rivières permettent de comprendre son histoire et les écosystèmes qu’abrite son cours.

Ne vous fiez pas aux apparences : malgré son air paisible et son nom qui fleure bon les longues siestes estivales, la Lézarde reste un cours d’eau aux colères redoutables. Le 5 décembre 2023, elle est ainsi sortie de son lit pour la troisième fois en un quart de siècle, causant l’inondation du centre-ville de la commune avec, à la clef, la reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle. En cause, toujours les mêmes facteurs : des pluies torrentielles, mais aussi l’activité humaine, notamment l’artificialisation des sols.

 

Un projet d’ampleur

C’est précisément afin de pallier – au moins partiellement – ce genre de risque, qu’il convient de favoriser la renaturation des zones potentielles de débordement de nos cours d’eau en amont des agglomérations. Tel est le cas de ce « parc-jardin de la sente des Rivières », inauguré le 25 mai 2024. D’une superficie d’en…

 

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Le moulin d’Andé – À la source de l’inspiration

Le moulin d’Andé est un lieu de plénitude, témoin d’une belle effervescence culturelle. (© Moulin d’Andé)


Virginie Michelland

Extrait Patrimoine Normand n°131
Par Virginie Michelland.

 

Le moulin d’Andé constitue un « témoignage technique insigne » sur le système de roue pendante, autrement dit, ajustable à la hauteur de l’eau. (© Chantal de Crombrugghe)
Le moulin d’Andé constitue un « témoignage technique insigne » sur le système de roue pendante, autrement dit, ajustable à la hauteur de l’eau. (© Chantal de Crombrugghe)

Blotti dans une boucle de la Seine, le moulin d’Andé est un lieu de plénitude où le bruissement des feuillages et le murmure de l’eau portent l’écho de notes de musique et de conversations passionnées.

Un moulin unique en son genre

Si nombre de « moulins à eau faisant blé et farine » ont maillé la Seine, celui d’Andé résulte d’un système rare et ingénieux de roue pendante. Immergée dans le lit du fleuve, elle est ajustable au niveau de l’eau grâce à un système de tiges de relevée, reposant sur huit vis de levage. Aujourd’hui fixés en position haute, les mécanismes pourraient aisément reprendre du service.

Roue et rouages, arbre vertical et vérins à vis, sans oublier le mobilier (meules dormante et tournante, coffre en bois contenant la mouture, aussi appelé « archure ») constituent, selon Patrick Sorel, un « témoignage technique insigne » sur le fonctionnement d’un moulin. Quant à la maison du meunier, elle a traversé les siècles en conservant ses lucarnes et des graffiti toujours émouvants.

La préservation de cet ensemble, prolongé ultérieurement par une enfilade de bâtiments qui cultivent une unité de style et de matériaux par rapport aux autres constructions, est un défi relevé avec passion, avec le soutien de l’Agglomération Seine-Eure. Les deux piles et les éléments de la maison du meunier sont inscrits au titre des monuments historiques en 1995. Une protection renforcée la même année par un classement du moulin lui-même et de son méca…

 

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Pommes, cidre et cidriculture en Normandie

Fort en pommes : pommes, cidre et cidriculture en Normandie. (© Damien Bouet)


Damien Bouet

Extrait Patrimoine Normand n°131
Par Damien Bouet.

 

Les Normands embarquent un tonneau pour partir à la conquête de l’Angleterre. Le texte en latin indique « Ceux-ci portent des armes aux navires et ici ils tirent un chariot avec du vin ou des armes », le vin ici mentionné ne serait-il pas du vinum è pomis, du « vin de pommes », comme cité par Pline l’Ancien ? (Tapisserie de Bayeux © Bayeux Museum)
Les Normands embarquent un tonneau pour partir à la conquête de l’Angleterre. Le texte en latin indique « Ceux-ci portent des armes aux navires et ici ils tirent un chariot avec du vin ou des armes », le vin ici mentionné ne serait-il pas du vinum è pomis, du « vin de pommes », comme cité par Pline l’Ancien ? (Tapisserie de Bayeux © Bayeux Museum)

Tandis que les pommiers se déchargent tranquillement de leurs pommes, comme chaque année, on voit sur nos routes de campagne le drôle de ballet des presses ambulantes, succédant parfois à la bouillotte. Boisson du quotidien il y a encore vingt ans, le cidre abreuve les Normands depuis le Moyen Âge.

Aujourd’hui quelque peu exclu des habitudes de consommation des Français, le cidre reste un emblème de la gastronomie normande. La Normandie est d’ailleurs l’une des principales régions cidricoles de France et compte neuf AOC1. Nos pommeraies produisent chaque année entre 150 000 et 200 000 tonnes de pommes à cidre, soit 65 % de la production française.

 

Histoire du cidre en Normandie

Connue et consommée depuis la plus haute Antiquité, la pomme est appréciée à travers toute l’Europe depuis la nuit des temps. L’archéologie atteste que les pommes sauvages étaient consommées par les chasseurs-cueilleurs au Mésolithique, et on identifie des pépins de pommes dans des silos du Néolithique. Au Ier siècle, Plutarque explique que « […] la pomme lui paraissait être le seul parmi les fruits de ce genre à posséder la beauté résultant en fait de la réunion de toutes les qualités ». Pline l’Ancien parvient à en répertorier environ cent variétés. Symbole de pureté et de jeunesse, on la retrouve dans de nombreux mythes. Chez les Celtes, la pomme est le fruit de l’Autre Monde, qui donne accès à l’immortalité. Chez les Grecs, Hercule dérobe des pommes d’or dans le jardin des Hespérides. Dans la mythologie nordique, les pommes d’Iðunn, déesse de l’éternelle jeunesse, ont le pouvoir de rajeu...

 

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Abbaye Saint-Wandrille & l’héritage des siècles

Vue de l’ensemble des bâtiments conventuels et de l’église abbatiale. (© Abbaye Saint-Wandrille)


Stéphane William Gondoin

Extrait Patrimoine Normand n°131
Par Stéphane William Gondoin.

 

Vitrail représentant saint Wandrille, en léglise Notre-Dame de Caudebec-en-Caux. (Photo Rodolphe Corbin  Patrimoine Normand)
Vitrail représentant saint Wandrille, en l’église Notre-Dame de Caudebec-en-Caux. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)

Appelée à l’origine Fontenelle, du nom de la petite rivière qui l’alimente, l’abbaye Saint-Wandrille naît au cours de la grande vague de fondations monastiques du VIIer siècle en val de Seine. Désormais connue sous le nom de son fondateur, elle abrite encore de nos jours, malgré les vicissitudes de l’Histoire, une communauté vivante de moines bénédictins.

C’est à la cour de Dagobert Ier (623-639) qu’un certain Audoenus fait la connaissance de Wandregisilus1 et de Philibertus. Ces trois personnages appartiennent à la haute aristocratie franque et occupent des postes importants dans l’administration du roi mérovingien. Mais ils partagent surtout une foi inébranlable et éprouvent un attrait pour le monachisme, alors revitalisé par l’Irlandais Colomban, dont le souffle déferle sur toute la Gaule. Audoenus (saint Ouen) devient archevêque de Rouen en 640 ; les deux autres le rejoignent quelque temps plus tard. Philibert2 fonde les monastères de Jumièges (v. 654) pour les hommes, Pavilly et Montivilliers pour les femmes (respectivement v. 660 et v. 684). Wandrille fonde l’abbaye de Fontenelle (649), puis celle de Logium (Caudebec-en-Caux) pour les femmes. Vers 662, il pousse un autre aristocrate, Waninge, à implanter une communauté de femmes à Fécamp.

 

La première fondation

Fontenelle se développe sur un fisc royal concédé par le souverain mérovingien Clovis II (639-657), fils et successeur de Dagobert en Neustrie. Wandrille y établit rapidement plusieurs sanctuaires dédiés aux saints Pierre, Paul et Laurent ainsi qu’un oratoire consacré à saint Amans, répu…

 

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La Mora – Un projet fou en Normandie

Sur le chantier naval à Honfleur. Équarrissage d’une grume de chêne à la hache pour réaliser la quille de la Mora(© Club Photo de Honfleur)


Damien Bouet

Extrait Patrimoine Normand n°131
Par Damien Bouet.

 

« Ici, le duc Guillaume, dans une grande navigation, franchit la mer et vint à Pevensey. » La Tapisserie de Bayeux expose l’unique représentation iconographique de la Mora, reconnaissable à son fanal en tête de mât. (© Bayeux Museum)
« Ici, le duc Guillaume, dans une grande navigation, franchit la mer et vint à Pevensey. » La Tapisserie de Bayeux expose l’unique représentation iconographique de la Mora, reconnaissable à son fanal en tête de mât. (© Bayeux Museum)

La Mora, navire amiral du duc Guillaume lors de la conquête de l’Angleterre, est uniquement connue par les textes médiévaux et la Tapisserie de Bayeux. Cependant, à Honfleur, l’association du même nom a lancé le projet fou de construire ce bateau mythique. S’il ne s’agit pas d’une réplique, puisqu’aucune trace du navire ne nous est parvenue, cela reste un projet d’une ampleur gigantesque qui permettra à chacun de mieux comprendre l’ingéniosité des charpentiers de marine du XIe siècle. Après dix-huit mois de travaux de réhabilitation, le site de construction du navire est ouvert au public depuis le 23 mars 2024.

La Mora historique

La Mora est connue par la Tapisserie de Bayeux, cependant seul le Catalogus suppeditantium naves ad expeditionem Willelmi comitis in Angliam donne le nom du navire et son commanditaire : « Mathilde qui fut ensuite reine, l’épouse du même duc, fit construire pour la gloire du duc un navire qu’on appelait Mora dans lequel le duc lui-même fit la traversée. »

De même, c’est Orderic Vital qui nous livre l’origine de son esturman. Il narre la rencontre à Barfleur entre le duc-roi Henri Ier et un riche personnage nommé Thomas, lequel aurait dit : « Étienne, fils d’Airard, fut mon père. Toute sa vie, il servit le vôtre sur la mer. C’est lui-même qui conduisit son vaisseau voguant vers la conquête de l’Angleterre. » Le capitaine serait donc un Barfleurais. Il aurait d’ailleurs été récompensé de sa fidélité par le duc Guillaume, puisque l’on retrouve un Stephanus Eirardi Filius dans le Domesday Book, fieffé de plusieurs domaines dans le Berkshire. La tradition locale estime que le navire, tout comme son pilote, viendrait de Barfleur. Cependant, si l’origine du capitaine semble vérifiée, celle du bateau ne l’est pas, car aucune source ne men…

 

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L’épopée des Normands d’Italie : de l’ascension au crépuscule

Roger II, roi de Sicile, couronné par le Christ en personne. Une nouvelle monarchie de droit divin… (© Pixelfehler – Domaine public – Wikimedia commons)


Stéphane William Gondoin

Extrait Patrimoine Normand n°131
Par Stéphane William Gondoin.
 
 
Chapelle palatine, à Palerme, au carrefour d’une multitude de cultures. (© Pistillo99 – Domaine public – Wikimedia commons)
Chapelle palatine, à Palerme, au carrefour d’une multitude de cultures. (© Pistillo99 – Domaine public – Wikimedia commons)

Les disparitions de Robert Guiscard et de Roger de Hauteville pourraient marquer un tournant fatal dans l’histoire des Normands d’Italie, tant ces deux personnages acquirent une dimension exceptionnelle et laissèrent un vide immense derrière eux. Il n’en fut cependant rien, avec une apogée encore à venir sous le principat de Roger II. Et puis vint l’heure du déclin et de la chute, sous les coups d’un « Cyclope sanguinaire ».

Quelle carrière pour les descendants de Tancrède de Hauteville, modeste seigneur du Cotentin, dont le souvenir aurait sombré dans la nuit des temps s’il n’avait engendré pareille descendance ! Partis de rien, ses fils s’illustrèrent et s’imposèrent contre des ennemis infiniment plus puissants qu’eux. Du moins en apparence… Ils surent jouer des antagonismes locaux entre princes lombards, sur l’impopularité des autorités byzantines et les divisions entre musulmans. Cela n’empêcha nullement les rivalités normandes internes, débouchant régulièrement sur des conflits armés qui auraient pu hypothéquer leur réussite. Néanmoins, comme en Normandie à la même époque, un pouvoir central fort amena une cohésion de groupe et développa une capacité à mener des entreprises collectives, même les plus har…

 

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DOSSIER « conquête normande de l’Italie du Sud et de la Sicile » (16 pages) :


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