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Le prieuré de Sainte-Gauburge

Prieuré de Sainte-Gauburge. La tour monumentale du logis des moines. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand).


Extrait Patrimoine Normand n°34.
Par Isabelle Audinet.

 

S’il était des lieux désertiques recherchés par les ermites au Moyen Âge, Sainte-Gauburge devait être de ceux-là, le site actuel étant encore assez retiré dans la campagne du Perche. Longtemps exploitation agricole, les bâtiments abritent depuis 1993 l’Écomusée du Perche, permettant alors leur restauration certaine, une renaissance pour un ensemble quasi unique dans le Perche.

LE PRIEURÉ, ENCLAVE DANS LE COMTÉ DU PERCHE
VIE ET MORT D’UNE COMMUNAUTÉ RELIGIEUSE

Dès la fondation de l’établissement en 1006 par Guillaume de Bellême, l’isolement des lieux, leur pauvreté, semblent avoir marqué du sceau de la fuite les communautés qui l’occupèrent. Ce fut d’abord Béranger, un moine de l’abbaye bénédictine de Saint-Florentin de Bonneval, qui, bien qu’en charge de ce « petit lieu » entre 1018 et 1033, le quitta volontairement pour retourner à Bonneval. Puis des chanoines installés entre 1052 et 1060 par l’abbé de Saint-Père de Chartres sur ordre de l’évêque de Sées (Yves de Bellême), chanoines qui partirent trois ans plus tard, en raison de la conduite scandaleuse de l’un des leurs, Déodat. Quelques années plus tard, avant 1124, le prieuré est donné à l’abbaye royale de Saint-Denis, et ne relève plus, dès lors, ni du comté ni de Bellême (il en est de même de la paroisse de Sainte-Gauburge élevée au rang de châtellenie). Ses possessions et revenus augmentent alors en raison des nombreuses donations, mais il ne semble pas que la communauté soit prospère puisque seuls quelques moines occupent les lieux (cinq ou six moines, trois en 1202). Là encore, l’isolement et la pauvreté les conduisent, sans doute bien malgré eux, à passer plus de temps au village qu’en leurs murs, et à adopter bien évidemment, une conduite scandaleuse ! Le XIIIe siècle et le début du XIVe siècle apparaissent cependant bien plus florissants que la seconde partie du XIVe siècle, puisque de nombreux travaux sont entrepris, qui marquent encore les bâtiments actuels du prieuré. Les affres de la pauvreté les frappent de nouveau lors de la Guerre de Cent Ans, l’établissement ne perce...

 

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Le Perche, terre de contrastes

Lormarin-en-Nocé. Situé au nord de Sainte-Gauburge, sur la commune de Nocé, Lormarin est un logis du XVIe-XVIIe siècle, flanqué de deux tours rondes sur la façade antérieure et d’une tour sur la façade postérieure. Une aile s’appuie sur la façade arrière. Les bâtiments de la ferme ont tous été remaniés. (Photo Isabelle Audinet © Patrimoine Normand).


Extrait Patrimoine Normand n°34.
Par Isabelle Audinet.

 

Partons à la découverte d’un édifice et d’une région de Normandie trop peu connus.

Difficile de définir le Perche sans le rapporter aux régions qui l’entourent. À la fois multiple (Perche Normand, Perche Gouet, Bas-Perche) et unique, c’est une zone de transition entre le Massif Armoricain et le Bassin Parisien, deux structures géologiques très différentes. Le Perche se distingue donc des régions limitrophes par son paysage, qui pourtant les rapproche ! Grâce à un micro-climat, qui favorise la flore, très riche, et aux nombreux cours d’eau, la région est une réserve d’eau importante de l’ouest de la France. Les bouleversements géologiques du Secondaire avec l’affaissement du Bassin Parisien ont d’ailleurs conduit à la création de deux bassins de déversement : l’Avre, l’Iton et l’Eure vers la Seine, la Sarthe, le Loir, la Braye et l’Huisne vers la Loire, le Perche marquant alors une rupture. Ces rivières définissent d’ailleurs géographiquement le Perche : la Sarthe, l’Avre et l’Iton au nord-ouest et nord, l’Eure et le Loir à l’est, la Braye et l’Huisne à l’ouest.

Le paysage est découpé par le bocage, dont les mailles encore visibles ont malheureusement été touchées par l’arrachage des haies dès avant le XXe siècle, puzzle de collines boisées, herbages et champs fertiles, et de nombreuses vallées, au milieu desquelles apparaissent les taches rouges et jaunes des villages. Patchwork de couleurs qui évoluent au fil des sai...

 

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La Normandie, une histoire européenne

Ludovic Cahagnier, professeur de lettres-histoire à l’Institut Lemonnier de Caen, instigateur du projet européen. (© Rodolphe Corbin)

Les trente élèves qui ont participé au projet, devant le Reichstag à Berlin. (© Ludovic Cahagnier)
Les trente élèves qui ont participé au projet, devant le Reichstag à Berlin. (© Ludovic Cahagnier)

Comment sensibiliser les nouvelles générations à l’héritage historique et les convaincre de la nécessité de préserver la mémoire, tout en s’ouvrant aux autres ?

À cette triple question, deux professeurs de lettres-histoire de l’Institut Lemonnier de Caen, Ludovic Cahagnier et Thierry Bogacki, ont répondu en concevant un projet original : réunir trente élèves de trois nationalités impliquées dans la bataille de Normandie (dix jeunes Polonais, dix Allemands et dix Français), pour une réflexion commune autour de la Seconde Guerre mondiale et sur l’importance de cette bataille dans la construction et l’identité européenne.
 

Regards croisés

Dès septembre 2018, chaque groupe d'élèves a commencé à travailler sur le projet afin de s’en approprier les objectifs et de permettre à chaque jeune d’en devenir acteur. Cela s’est matérialisé par des formations auprès d’historiens et de guides conférenciers, le but ultime étant de mener les visites sur sites en accueillant les élèves étrangers.

À partir de février 2019, chaque groupe a donc reçu les deux autres, les lycéens français et polonais prenant d’abord la direction de Stuttgart. Leurs camarades allemands les ont entraînés à la découverte des hauts lieux historiques de leur ville, comme le Höhenpark Killesberg, où étaient autrefois internés les Juifs de la région avant leur déportation vers les camps de la mort, ou encore le Stauffenberg Memorial, consacré aux frères Carl et Berthold von Stauffenberg, âmes de la Résistance allemande au nazisme et cerveaux du complot avorté visant à assassiner Hitler, le 20 juillet 1944.

Lors de leur séjour en Normandie, au moment du 75e anniversaire du Débarquement en juin 2019, Allemands et Polonais ont visité le Mémorial de Caen, rencontré témoins et spécialistes, appris les rôles joués par le commando Kieffer, les femmes et les hommes de la Résistance française, et les civils. Après un crochet par Bloody Omaha (Omaha la sanglante), ils ont pu se recueillir dans les cimetières de La Cambe (Allemagne) ou de Grainville-Langannerie (Pologne), ainsi qu’au Mémorial de Montormel, où les unités de la 1re DB polonaise fermèrent la poche de Falaise.

À Minsk Mazowiecki enfin, au mois d’octobre 2019, Allemands et Français ont exploré les conséquences du conflit sur le front de l’Est, en se rendant notamment au camp de concentration de Stutthof (65 000 victimes, dont 27 000 Juifs), avec sa chambre à gaz et ses fours crématoires, sur les débris du mur cernant le ghetto de Varsovie, ou encore sur la Westerplatte de Gdansk, là où le cuirassé Schleswig- Holstein tira les premiers coups de canons de la Seconde Guerre mondiale, le 1er septembre 1939.

L’ensemble de ces rencontres et de ces voyages a donné lieu à la réalisation d’un documentaire remarquable, intitulé Normandie, une histoire européenne, qui devrait être projeté dans divers lieux publics cette année, en fonction de l’évolution de la situation sanitaire bien sûr. Il est cependant d’ores et déjà disponible gratuitement sur la plateforme Youtube. Une ode à la paix qu’un jeune allemand résume simplement ainsi : « Cette expérience concrète nous a mieux fait comprendre à quel point la guerre est une chose inconcevable. » De quoi donner à réfléchir, en cette époque incertaine où les hurlements, les insultes, voire les coups, remplacent la réflexion, la mesure et l’acceptation de l’altérité…

Documentaire La Normandie, une histoire européenne.

Des Vikings aux Normands

Ludovic Cahagnier a décidé de renouveler l’expérience en 2020-2024, accompagné cette fois-ci de sa collègue Élodie Lechevallier, également professeure de lettres-histoire. La thématique choisie ramènera loin dans le passé, puisqu’il s’agît d’évoquer l’importance de la Normandie dans la constitution de l’identité de notre continent. Ils ont ainsi nommé leur projet Normandie, carrefour culturel et historique européen, des Vikings au royaume normand de Sicile.

En d’autres termes, on entend ici mettre l’accent sur le rôle que notre province, fondée il y a onze siècles par les Scandinaves, joua sur la scène européenne, allant jusqu’à conquérir l’Angleterre et même fonder un royaume au sud de l’Italie. Il faut pour cela nouer des liens avec des établissements de trois pays : le Danemark, dans la région de Copenhague ; la Norvège, près de Bergen ou d’Ålesund (dans les parages du comté de Møre, d’où était originaire Rollon selon les sagas islandaises) ; l'Italie, à Palerme (Sicile). Sur les traces des Vikings donc, mais aussi des frères de Hauteville et de tant d’autres figures hautes en couleur.

Les éléves de l’Institut Lemonier sur le chantier de construction d’une chapelle du Xe siècle, dans le parc Ornavik. (© Rodolphe Corbin)

Les éléves de l’Institut Lemonier sur le chantier de construction d’une chapelle du Xe siècle, dans le parc Ornavik. (© Rodolphe Corbin)

Les éléves de l’Institut Lemonier sur le chantier de construction d’une chapelle du Xe siècle, dans le parc Ornavik. (© Rodolphe Corbin) Au parc Ornavik, le hangar est prêt à accueillir son bâteau viking ! (© Rodolphe Corbin)

Photo de droite : Au parc Ornavik, le hangar est prêt à accueillir son bâteau viking ! (© Rodolphe Corbin)

Le parc Ornavik, que nos lecteurs assidus connaissent bien et que nous avions présenté dans notre hors-série consacré aux Vikings, est partenaire de ce projet valorisant. Ce partenariat a d’ailleurs déjà commencé, avec la réalisation de dix boucliers par les élèves de l’école de production ossature bois de l’Institut Lemonnier, et leur professeur, Julien Villain. Ils orneront un vaisseau viking commandé au chantier naval d’Ålesund, en Norvège. Tout au long de l’année scolaire, une quinzaine d’élèves du lycée professionnel participent à un chantier d’archéologie expérimentale, en construisant une chapelle du Xe siècle. Un message de respect mutuel et de tolérance religieuse qui, en ces temps de radicalisation et de haines tonitruantes, a de quoi mettre un peu d’humanisme au cœur de cette jeunesse, dans la sphère de pensée de François de Malherbe, de Christiern Pedersen, de Jens Nilssøn et d’Antonio Beccadelli.

Article publié dans Patrimoine Normand n°116, par Stéphane William Gondoin.

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Moulin à vent de Saint-Vaast-la-Hougue

Dans les années 1980, le moulin a fait l’objet d’une première restauration. Son propriétaire d'alors, Jacques Groult, a entrepris des recherches qui ont permis de reconstruire à l’identique le mécanisme, la charpente et sa couverture, les quatre ailes et la queue. La tour, bien conservée, n'a nécessité que très peu de remise en état. (© Jacques Groult)


Extrait Patrimoine Normand n°116.
Par la Fondation du patrimoine.

 

Le patrimoine de Saint-Vaast-la-Hougue ne se limite pas aux deux tours de Vauban ou à la chapelle des marins. La preuve : situé en bordure de mer dans l’anse du Cul-de-Loup, un moulin à vent construit dans les années 1850 reste un rare témoin du passé industriel de la cité. Pour réparer les outrages du temps, les propriétaires - la famille Groult – ont décidé de se lancer dans une restauration à l’identique. Un projet qui a reçu un avis favorable pour obtenir le label de la Fondation du patrimoine. Découverte d’un étonnant bâtiment.

onstruit vers 1855 en bordure de mer dans l'anse du Cul-de-Loup, le moulin à vent de Saint-Vaast-la- Hougue a servi durant la seconde moitié du XIXe siècle à commander une scierie à bois installée dans un atelier voisin. Sa tour en granit et ses ailes sont visibles de la baie de Morsalines et du fort de La Hougue, où se trouve l'une des deux tours de Vauban inscri...

 

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Livet-sur-Authou – Ou Les Bucoliques

Jolie chaumière, dont on se félicite qu'elle soit encore debout. (© Virginie Michelland)


Extrait Patrimoine Normand n°116.
Par Virginie Michelland.

 

Arthur Rimbaud aurait pu offrir à son célèbre Dormeur du Val les frais ombrages de Livet-sur-Authou pour sépulture. L'atmosphère paisible et lumineuse de ce « trou de verdure où chante une rivière / Accrochant follement aux herbes des haillons d'argent », se retrouve bel et bien dans ce havre de paix eurois, où nous avons suivi Michel Leseur et son épouse, dominique.

première approche

Au sortir de Brétigny, à quelques kilomètres de Brionne, ce beau village apparaît au détour d'un virage. Ce ne sont que quelques maisons au milieu d'un océan de verdure, où la forêt forme un écrin de 145 hectares. Le centre de la commune présente d'autres nuances de vert, plus tendres : le vert de la prairie centrale et des herbages voisins.

L'amoureux de nature sait qu'il est au bon endroit pour une halte régénérante. Dès l'entrée du bourg, un panneau indicateur précise que Livet est un site naturel classé. Une distinction qui concerne aussi, dans son ensemble, le vallon de l'Authou, ce cours d'eau affluent de la Risle, et même la vallée de la Risle tout entière, inventoriée au titre des Zones naturelles d'Intérêt écologique faunistique et floristique (ZNIEFF). Que de distinctions pour un village préservé de l'urba...

 

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Quand Napoléon Bonaparte visitait la Normandie

La statue équestre de l'empereur à Rouen, réalisée en 1865 par Vital Gabriel Dubray. (© Stéphane William Gondoin)


Extrait Patrimoine Normand n°116.
Par Serge Van Den Broucke.

 

Napoléon Bonaparte est l'une des plus imposantes figures de l'histoire de France. La disparition provisoire de sa grande statue équestre à Rouen pour cause de restauration, nous donne l'occasion de rappeler que ses séjours en Normandie ont révélé un souverain attentif au développement de notre région.

Depuis le 2 juillet 2020, la place du Général-de-Gaulle, à Rouen – le vaste parvis situé devant l'hôtel de ville, jouxtant la grande abbatiale Saint-Ouen – est bien vide : l'imposante statue équestre haute de cinq mètres de l'empereur Napoléon Ier a disparu, laissant un socle nu. Cette statue, réalisée en 1865 par le sculpteur Vital Gabriel Dubray et inaugurée le 15 août de la même année, souffrait de désordres fragilisant sa structure et mettant en péril sa stabilité. Reposant sur les trois appuis que constituent les deux pattes arrière et la queue, l'ensemble - dont le bronze provient des canons de la bataille d'Austerlitz - avait développé au cours du temps une fissure évolutive au niveau de l'un des membres postérieurs du cheval, présentant ainsi un risque sérieux si rien n'avait été fait. Elle est donc actuellement en cours de restau...

 

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L’abbaye de Saint-Évroult – De Saint-Pierre à Notre-Dame

L’abbaye de Saint-Évroult. (© Stéphane William Gondoin)


Extrait Patrimoine Normand n°116.
Par Stéphane William Gondoin.

 

Nichée au cœur de ce pays d’Ouche si cher à Jean de La Varende, à mi-chemin entre Gacé et L’Aigle, l’ancienne abbaye Notre-Dame fut l’un des grands centres intellectuels normands de l’époque ducale. Malgré une destruction systématique de ses bâtiments dans le sillage de la Révolution, il en demeure des vestiges imposants plantés au milieu d’un cadre verdoyant en bordure d’un étang.

Outre Dom Lenoir, dont nous venons d’éclairer le travail discret sur les documents émanant de la Chambre des comptes, le monastère de Saint-Évroult-Notre-Dame-du-Bois est également réputé pour avoir abrité un autre bénédictin célèbre sa vie durant : Orderic Vital (1075- v. 1141), premier véritable historien de la Normandie, auteur d’une monumentale Historia Ecclesiastica (Histoire de l’Église). Sans ce personnage, nous ne saurions rien - ou presque - de la fin du règne Conquérant, ainsi que des dissensions qui oppo...

 

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Dom Lenoir et les archives de la Chambre des comptes

Moine lisant. Gravure de Ferdinand Bol, XVIIIe siècle, 11.4 × 7.4 cm. (Achat en 1885 - © Rijksmuseum d’Amsterdam - Domaine public - www.rijksmuseum.nl)


Extrait Patrimoine Normand n°116.
Par Bertrand Pâris.

 

Au cours des siècles, de nombreuses pièces historiques relatives à l’histoire de la Normandie ont disparu, victimes de destructions volontaires ou involontaires, de vols ou de pertes… Fort heureusement pour nous, un moine normand entreprit au XVIIIe siècle de recopier et de répertorier quantité de documents très divers. Son travail colossal nous permet aujourd’hui d’éclairer des pans entiers du passé de notre région.

la chambre des comptes

Intervenant en tant que gardienne de la bonne exécution de toute entrée ou sortie du trésor royal, la Chambre des comptes avait avant la Révolution une compétence très large, que ce soit en matière de salaires ou de revenus fonciers. Ses archives présentaient également un remarquable intérêt au plan généalogique.

De très nombreux fiefs normands relevant directement de la Couronne, le roi de France, en sa qualité de suzerain direct, se trouvait théoriquement en relation avec la plupart des seigneurs du duché, y compris les plus petits. Cette relation impliquant des opérations financières, la Chambre des comptes interve...

 

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Le plateau du Roumois – Un territoire, des traditions, une identité

Le Roumois, c’est une identité rurale forte,et une harmonie qui charme le regard. (© Alain Joubert)


Extrait Patrimoine Normand n°116.
Par Virginie Michelland.

 

Un territoire, c’est d’abord une identité. Le Roumois revendique ainsi une personnalité forte et riche, que l’association Roumois, Terres vivantes en Normandie n’a de cesse de préserver, valoriser et transmettre.

un fleuve, une forêt, des terres

Entre les « prairies mouilleuses » du Marais-Vernier, le plateau argileux du Lieuvin et les vastes étendues de la plaine du Neubourg, le Roumois forme un plateau crayeux qui domine la Seine. Le fleuve y étire ses méandres, conférant à ce pays de Normandie toute sa place au sein du parc naturel régional des Boucles de la Seine normande. Un territoire aux multiples visages, protégé dès 1974 sous le nom de parc naturel régional de Brotonne, du nom d’une forêt envoûtante de 7 400 hectares, autre élément mar...

 

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Flaubert-Maupassant – C’était écrit…

Soirée émouvante au Croisset, chez Flaubert. Au crépuscule de son existence, le vieux maître demanda la présence de Maupassant pour ne pas avoir à brûler seul ses correspondances, ombres de sa vie passée. (© Guillaume Néel)


Extrait Patrimoine Normand n°116.
Par Stéphane William Gondoin.

 

Gustave Flaubert occupe une place à part dans la galaxie Guy de Maupassant, au moins aussi importante que celle de sa mère, quoique bien sûr différente : à la fois conseil en écriture, guide dans le cercle fermé et élitiste des auteurs de ce temps, il devient au fil des ans un véritable père spirituel pour le jeune homme.

À y regarder de plus près, la rencontre entre ces deux monuments de notre héritage culturel était sans doute inscrite quelque part, en lettres d’or, au firmament des dieux de la littérature, tant elle s’impose comme une évidence aux observateurs ultérieurs. Disons-le tout net : sans Flaubert, point de Maupassant. Ou du moins, pas de Maupassant tel que nous le connaissons.
 

Oncle absent, ami perdu

Nous avons brièvement évoqué la relation unissant depuis l’enfance Laure de Maupassant et Flaubert, leur correspondance attestant de la persistance d’un lien fort par-delà le temps et les aléas de l’existence, jusqu’à la mort de Gustave en 1880. Mais celui-ci était surtout, à l’origine, le meilleur ami du frère aîné de Laure, Alfred Le Poittevin (1816-1848), poète émérite décédé prématurément pour avoir, selon l’expression consacrée, « brûlé la chandelle par les deux bouts. » Voilà d’ailleurs qui ne manque pas d’annoncer la destinée tragique de Guy… À un autre de ses grands amis, le magistrat Ernest Che…

 

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Dossier « Maupassant » (14 pages) :




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Guy de Maupassant – Naissance d’un « Bel Ami »

Canotage à Gennevilliers, en 1874. C’est le loisir favori de Maupassant dès qu’il en a les moyens et l’occasion. Huile sur toile d’Édouard Manet, 130.2 × 97.2 cm. (Collection H. O. Havemeyer, legs de Mme H. O. Havemeyer, 1929 - © The Metropolitan Museum of Art - Domaine public – metmuseum.org)


Extrait Patrimoine Normand n°116.
Par Stéphane William Gondoin.

 
La « belle Ernestine » vers 1900. Elle avait alors autour de soixante ans et n’était donc plus la fraîche jeune fille qu’avait si bien connue Maupassant. Elle continuait toutefois de régaler tous ses visiteurs. Les murs de son auberge étaient tapissés d’autographes et de dessins de célébrités passées par sa table. (© Coll. Stéphane William Gondoin)
La « belle Ernestine » vers 1900. Elle avait alors autour de soixante ans et n’était donc plus la fraîche jeune fille qu’avait si bien connue Maupassant. Elle continuait toutefois de régaler tous ses visiteurs. Les murs de son auberge étaient tapissés d’autographes et de dessins de célébrités passées par sa table. (© Coll. Stéphane William Gondoin)

Voici donc le jeune Guy mis à la porte de son institution yvetotaise. Pas question cependant de le laisser déscolarisé, alors que pointe à l’horizon la perspective du baccalauréat. Sa mère l’inscrit donc incontinent au lycée Impérial de Rouen, aujourd’hui le très réputé lycée Pierre-Corneille.

Dans la métropole normande, comme il s’essaye à la poésie, Maupassant fait la connaissance du poète Louis Bouilhet (1821-1869), une célébrité à l’époque, qui le reçoit avec gentillesse et le prend en amitié. À propos de ce premier mentor, il écrira en 1882 : « Son œil large et bon, infiniment bon et perçant, s’allumait d’une petite lueur moqueuse et bienveillante. On y voyait distinctement cette ironie toujours en éveil, toujours aiguë, mais paternelle. » La disparition brutale de cet érudit de haut vol, professeur de lettres et conservateur à la bibliothèque de Rouen, met un terme prématuré à une relation s’annonçant prometteuse. On prête à Laure de Maupassant ces mots : « Si Bouilhet eût vécu, il eût fait de mon fils un poète. C’est Flaubert qui voulut en faire un romancier. »
 

premiers ébats

De retour à Étretat pour les vacances estivales de 1868, Guy profite des joies du bord de mer qu’il affectionne tellement. Et puis, de temps à autre, il y a ces repas dominicaux pris à l’auberge Aubourg, dans la commune voisine de Saint-Jouin, où l’on se rend à pied en jouant à saute-falaise et saute-valleuse. Et là, sur le pas de la porte de sa demeure normande, la belle Ernestine attend les cli...

 

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Dossier « Maupassant » (14 pages) :




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Guy de Maupassant – Le « poulain échappé »

Vue d’Étretat et de son littoral, au temps de la jeunesse de Maupassant. Paysage marin près de la côte, de Willem Antonie van Deventer, entre 1845 et 1880. Huile sur panneau, 45.5 × 34.5 cm. (M.N.T. Weddik-Lublink, legs Weddik - Arnhem - © Rijksmuseum d’Amsterdam - Domaine public -www.rijksmuseum.nl)


Extrait Patrimoine Normand n°116.
Par Stéphane William Gondoin.

 
Guy de Maupassant enfant, avec sa mère. (© Wikimedia commons - DR)
Guy de Maupassant enfant, avec sa mère. (© Wikimedia commons - DR)

« Le génie n’est que l’enfance retrouvée à volonté » écrivait en 1863 Charles Baudelaire, dans un essai consacré au peintre Constantin Guys. Ces quelques mots s’appliquent à merveille à Guy de Maupassant qui, durant l’ensemble de sa carrière littéraire, puisa une bonne partie de son inspiration dans les souvenirs de ses années de jeunesse et de formation.

Le 5 août 1850, vers les six heures du soir, le sieur Gustave de Maupassant, élégant châtelain de Miromesnil, frappe à la porte de la mairie de Tourville-sur-Arques un nourrisson dans les bras. À l’officier d’état civil, il déclare que son épouse, Laure de Maupassant, née Le Poittevin, a accouché une dizaine d’heures plus tôt dudit bambin, « lequel a reçu les prénoms de Henri, René, Albert, Guy. »
 

LES JEUNES ANNÉES

Issus de milieux privilégiés, mariés à Rouen le 9 novembre 1846, les jeunes époux ont inauguré leur vie conjugale par un voyage en Italie, avant de s’installer à Paris. En 1849, ils décidèrent de louer le château de Miromesnil, afin de passer les étés au frais près des côtes de la Manche. Dans une lettre datant de 1894 adressée au savant normand Henri Gadeau de Kerville, Laure, alors très éprouvée par la récente per...

 

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Calvados Château du Breuil

Sous une robe allant de jaune paille à ambré foncé, de quoi vous mettre le nez… à la bouche ! Pour Didier Bédu, président de l’interprofession cidricole, « le calvados, c’est la quintessence de la pomme ». (© Jean-Luc Péchinot)


Extrait Patrimoine Normand n°116.
Par Jean-Luc Péchinot.

 

Noble signature du calvados pays d’auge, le Château du Breuil s’épanouit à plein palais en vous mettant la pomme à la bouche. La quintessence même d’une patrimoniale eau-de-vie, coulant d’une originale bouteille à talon, avec cordonnet et cachetée à la cire… et à la main !

De l’atmosphère… Datant du XVIIe, ce chai de vieillissement tient du tableau. Avec d’antiques foudres en chêne, sous une monumentale charpente en coque de bateau renversée, et juste ce qu’il faut de poussière et de toiles d’araignées, il est le point d’orgue de la visite du domaine Château du Breuil, ancré au Breuil-en-Auge (Calvados). À un quart d’heure de Deauville, près de 40 000 visiteurs le découvrent chaque année, le lieu ayant en effet un cachet touristique avec son beau bâtiment de briques et son charmant château de pierres roses, au sein d’un enchanteur parc aux arbres centenaires, le parcours se concluant forcément verre en main, dans l’ancien pressoir, où les divins élixirs du Breuil vous tapissent le palais avec modéra...

 

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La cathédrale de Rouen… Tel le phénix…

Extrait du spectacle Vikings de Cosmos AV projeté sur la façade de la cathédrale de Rouen en 2019. (© Érik Follain)


Extrait Patrimoine Normand n°116.
Par Érik Follain.

 

Si la cathédrale de Rouen a connu de nombreux incendies, des raids vikings aux destructions de la Seconde guerre mondiale, les Rouennais et les Normands n'ont eu de cesse de la réparer ou de la reconstruire. élément particulièrement exposé, la flèche de la tour-lanterne a ainsi été refaite trois fois, de la pierre à la fonte en passant par le bois.

Notre titre pourrait paraître quelque peu étrange. Pourtant, tout s’éclaire lorsque l’on considère la longue histoire de la cathédrale de Rouen. En effet, de nombreux incendies ont mis la primatiale de Normandie en péril, mais les hommes n’ont eu de cesse de la faire renaître de ses cendres. L’actualité, toute relative, de l’incendie de Notre- Dame de Paris et l’immense émotion internationale qu’il a soulevé, tout comme le sinistre récent du sanctuaire nantais, ont suscité de multiples comparaisons avec d’autres cathédrales.
 

incendies à répétition

Si l’on considère leurs histoires, du Moyen Âge à nos jours, on s’aperçoit que les incendies sont, au final, des événements courants pour ces grandes églises. Les causes de ces sinistres sont multiples. L’accident, lors de travaux divers, est fréquent : Chartres en 1020 ou encore Bayeux en 1676. Une cause extérieure est plus rare : Metz s’enflamme ainsi en 1877 à l’occasion d’un feu d’artifice. Parfois, l’incendie est criminel et lié à un projet dembelli...

 

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Saumon de France… mais bien normand !

Le saumon le plus frais du marché français… et le plus confidentiel : Saumon de France ne produit encore que 300 des 150 000 tonnes (dont un tiers en fumé) annuellement vendues en France. (© Jean-Luc Péchinot)


Extrait Patrimoine Normand n°116.
Par Jean-Luc Péchinot.

 

Produit phare des fêtes de fin d'année, le saumon fumé pèse lourd dans l'économie des produits de la mer. Si les deux tiers de la production vendue dans l'Hexagone y sont fumés, il n'en est qu'un, le « Saumon de France », à être élevé en Manche. En l'occurrence dans la rade de Cherbourg. Un saumon premium, normand par excellence.

Trois cents tonnes seulement : autant dire une goutte d'eau… salée, dans une vague nordique qui, depuis des lustres, n'en finit pas de déferler sur un Hexagone qui consomme annuellement dans les 150 000 tonnes du poisson préféré des Français. Norvège, Écosse, Irlande, Islande et Alaska n'ont dès lors pas de quoi s'inquiéter de cette niche qu'est le « Saumon de France », dont le groupe de production aquacole AMP (du groupe L'Occitane) a fait sa spécialité, son président, Pascal Goumain, se disant fier de ce saumon artisanal de qualité premium, élevé sur le domaine public maritime, à l'intérieur de la grande rade de Cherbourg : « Créée en 1991, notre ferme marine a été construite sous une serre de 80 m2, à 2,5 km au large, derrière la digue du Large, la plus lon...

 

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Gatteville-le-Phare – Lueur dans l’Oceano nox

Le phare de Gatteville. Ambiance magique à la nuit tombée. (© Stéphane William Gondoin)


Extrait Patrimoine Normand n°116.
Par Stéphane William Gondoin.

 

Il était une fois un phare de granit planté sur un rocher du bout du monde, lancé à l’assaut du ciel par le génie des hommes. Depuis près de deux siècles, du crépuscule à l’aube, brille au sommet de cet imperturbable cyclope un oeil balayant l’horizon à des miles nautiques à la ronde. « Combien de marins, combien de capitaines », pour reprendre le premier vers du célèbre poème de Victor Hugo, croisant au large du dangereux raz de Barfleur, ont cherché son faisceau lumineux du regard en quête d’un cap à suivre pour parvenir à bon port ?

La nuit, encore, mais celle des temps cette fois-ci. Si aucune source écrite ne nous renseigne sur l’histoire de Gatteville avant le XIIe siècle, l’archéologie vient à la rescousse et éclaire - timidement - notre chemin dans un manteau de ténèbres. On a notamment mis au jour, tout près de l’anse de Roubary, un gisement lithique datant du Paléolithique inférieur. Les outils découverts, pointes, perçoirs, racloirs et autres couteaux de silex, sont rattachés par les préhistoriens au faciès industriel (façon dont les pièces sont travaillées) nommé Évenosien, remontant à environ 350 000-400 000 ans. Témoin d’une présence humaine plus récente, un dépôt contenant une trentaine de haches de l’âge du bronze (de 2300 à 800 av. J.-C.) a été exhumé par l’archéologue de l’INRAP Cyril Marcigny, au lieu-dit la Saline. Notons enfin que des sépultures chrétiennes d’époque mérovingienne, datant des VIe et VIIe siècles, trou...

 

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Henri Ier Beauclerc – L’ombre de Guillaume le Conquérant

Henri Beauclerc, roi d’Angleterre et duc de Normandie, en majesté. Il tient dans sa main droite l’une des abbayes qu’il a fondées, peut-être celle de Reading, où il repose. Historia Anglorum de Matthieu Paris. (Royal Ms 14 C VII, fol. 8v – Angleterre, Saint-Albans, 1250-1259 – © The British Library - Domaine public - www.bl.uk)


Extrait Patrimoine Normand n°116.
Par Thierry Georges Leprévost.

 

Devenu maître de la Normandie au lendemain de la bataille de Tinchebray, Henri vient de réaliser son rêve : réunir l’empire de son père. Pourtant, sa légitimité est mal partagée. Né à Selby fin 1068 ou début 1069, seul de sa fratrie à voir le jour en terre anglaise, il est vite accepté par ses sujets. Il n’en va pas de même dans le duché, où vingt ans de luttes intestines ont contribué à façonner des clans et des alliances extérieures.

Tout semble bien commencer. Une fois son frère arrêté, Henri se rend à Rouen, où il maintient les coutumes et les lois normandes édictées par son père, et accepte l’hommage des barons présents. Il ne revendique pas encore le titre de duc, même s’il en exerce toutes les fonctions et gouverne la Normandie. Son frère emprisonné n’a aucune chance de revenir au pouvoir, mais Robert a un héritier, qui vit à Arques.
 

un environnement hostile

Guillaume Cliton est né le 25 octobre 1102. Henri ne peut éliminer cet enfant de quatre ans sans s’aliéner l’Église, ses barons et toutes les têtes couronnées d’Europe. Ce serait une mauvaise entrée en matière ! En conçoit-il même la tentation ? Il a un fils du même âge, prénommé lui aussi Guillaume, dit Adelin. « De crainte qu’il ne se présentât quelque motif de calomnie, si l’enfant venait à éprouver quelque malheur en ses mains », comme l’écrit le moine-historien Orderic Vital, il laisse donc son neveu partir avec un fidèle de Courteheuse, Hélie de Saint-Saëns, qui l’emmène sur-le-champ en lieu sûr. À quelques exceptions près, Henri libère vite les partisans de son frère capturés à Tinchebray. Pardonné, le bouillant Robert de Bellême, du reste peu actif à Tinche...

 

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Les jardins du Domaine Albizia

Parallèle à la longue perspective du mixed border, l’allée de l’arbre nous plonge dans un univers résolument contemporain, en direction de la maison de maître. L’œuvre métallique, qui évoque une ramure, répond à la silhouette du grand frêne qui tapis se la scène. (© Domaine Albizia)


Extrait Patrimoine Normand n°116.
Par Thierry Georges Leprévost.

 
 Frédéric Tinard au cœur de sa création. (© Domaine Albizia)
Frédéric Tinard au cœur de sa création. (© Domaine Albizia)

Comme un phare, le bien-nommé Caumont-l’Éventé pousse vers le ciel la colline qui domine la plaine côtière du Bessin, montant la garde du haut de ses 247 mètres, face aux mers déchues du Jurassique. Les lisières du Massif armoricain lancent leurs tentacules schisteux sur le plateau calcaire du Secondaire, jetées sinueuses entre lesquelles s’immisce le flot calcaire avant de buter sur les murailles précambriennes, comme la marée sur une digue éternelle. C’est ici, adossé aux contreforts du bocage virois, qu’au nord de Livry se niche l’un des plus récents jardins remarquables de Normandie : le Domaine Albizia.

un environnement tourmenté

À proximité, les ardoisières de Caumont témoignent du choc tectonique qui a compressé les schistes pour en faire des promesses de toitures. Un peu plus au sud, le mont Pinçon reflète la morgue du sire Grimoult, baron félon du XIe siècle qui y avait adossé son château du Plessis, le repaire d’où il défiait l’autorité ducale. Le Bessin initial débordait le cadre du plateau bajocien ; il incluait Vire, allant de la rivière du même nom jusqu’au cours de l’Orne. L’Histoire millénaire et la géologie ont imprimé leur empreinte au caractère de ses habitants, jusqu’à la toute proche Suisse normande ; l’étroitesse et la sinuosité des routes, la forte déclivité des collines, l’isolement des fermes ont marqué l’esprit du lieu. Le hameau de la Vitardière abrite l’une de ces fermes, à l’écart de l’axe qui unit...

 

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Gustave Caillebotte – L’âme normande

Paysage à Argenteuil a rejoint les collect ions du MHBA au début de l’année 2020. (© RMN Grand Palais – Thierry Ollivier)


Extrait Patrimoine Normand n°116.
Par Stéphane William Gondoin.

 

Déjà riche d’une œuvre de ce grand maître de l’impressionnisme, le musée d’Art et d’Histoire Baron-Gérard (MAHB) de Bayeux a récemment eu le privilège d’en recevoir une seconde : Paysage à Argenteuil côtoie dorénavant sur les cimaises Portraits à la campagne, témoignant de l’attachement de Caillebotte pour sa famille normande.

On sait tout, ou presque, du rôle fondamental que joue Gustave Caillebotte (1848-1894) dans l’éclosion du mouvement impressionniste. Héritier de la confortable fortune paternelle, il soutient un courant violemment décrié à ses débuts, qui peine longtemps avant d’obtenir la reconnaissance. Il fait d’abord office de mécène éclairé, achetant des toiles de Paul Cézanne, d’Edgar Degas, de Claude Monet et autres Camille Pissarro, quand ceux-ci se trouvent dans la gène. Il est également lui-même un artiste accompli, capable de produire des chefs-d’œuvre incomparables promis à une notoriété planétaire, à l’image des Raboteurs de parquet (1875) ou de Place de l’Europe, temps de pluie (1877). Par sa générosité posthume enfin, il est à l’origine des collections du prestigieux musée d’Orsay, grâce au legs à l’État des tableaux acquis auprès de ses amis. Pour la petite histoire, son exécuteur testamentaire n’est autre qu’un cer...

 

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Le bois des Moutiers – Varengeville-sur-Mer

Le bois des Moutiers - Varengeville-sur-Mer (Photo Éric Bruneval © Patrimoine Normand).


Extrait Patrimoine Normand n°32.
Par Isabelle Audinet.

 
La maison face au parc. (Photo Éric Bruneval © Patrimoine Normand).
La maison face au parc. (Photo Éric Bruneval © Patrimoine Normand).

Nous partons ici à la découverte d’une autre merveille de Varengeville, le parc floral des Moutiers, qui ne ressemble à aucun autre parc floral, et sa maison unique de style anglais Arts & Crafts.

Le parc des Moutiers est né de la passion d’un visionnaire de génie, esthète dont les convictions le rapprochaient de courants de pensées artistiques en vogue alors en Grande-Bretagne. La toute fin du XIXe siècle constitue, pour la côte située autour de Dieppe, une période d’effervescence. Dieppe est en effet devenue une ville balnéaire très à la mode, mais fréquentée par des artistes de nos jours de renom (et de leur entourage), inspirés par la beauté du littoral. Varengeville est notamment peint, de nombreuses fois, par Monet. Au cours de ses séjours dans la région, Guillaume Mallet tombe amoureux du site des Moutiers, celui-ci lui rappelant des paysages d’enfance. De plus, découvrant en ce lieu des poches de terre acide, il comprend très vite quel parti il peut tirer des lieux. Il acquiert donc le domaine en 1898, et sa rapide rencontre, peut-être sur un bateau le ramenant d’Angleterre, avec le jeune mais talentueux architecte Edwyn Lutyens, conduit à la réalisation du parc que l’on peut admirer de nos jours. À l’origine simple herbage d’une valleuse descendant vers la mer, au sol humide et acide, sur lequel une maison sans intérêt était construite, la conjugaison de trois talents en a fait un parc magnifique, autour d’une maison unique. L’ensemble fut inscrit à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques en 1978 et les récentes tempêtes ont eu la bonne idée de l’épar...

 

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Le manoir d’Ango – bijou de la Renaissance

Entrée est du manoir, sur laquelle on débouche en arrivant de par l’allée arborée. Les deux tourelles sont probablement antérieures au XVIe siècle. (Photo Éric Bruneval © Patrimoine Normand).


Extrait Patrimoine Normand n°32.
Par Isabelle Audinet.

 
Le pigeonnier construit en 1535, un des plus beaux de la région. (Photo Éric Bruneval © Patrimoine Normand).
Le pigeonnier construit en 1535, un des plus beaux de la région. (Photo Éric Bruneval © Patrimoine Normand).

Situé un peu à l’écart du village de Varengeville, le manoir d’Ango ne se dévoile que très peu, ne laissant apparaître de l’extérieur que des murs sobres. Il s’agit pourtant d’un petit bijou de la Renaissance en Normandie, qui cache en son sein des richesses ornementales, malheureusement dispersées pour la plupart depuis la Révolution.

Le manoir occupe un site dégagé en arrière du village et de la zone côtière boisée. Construit dans la première moitié du XVIe siècle, il est l’un des derniers témoins de l’architecture italienne apportée en Normandie de cette taille, trop d’autres édifices ayant été transformés dans les périodes ultérieures. Il est certes remarquable par la qualité de l’édifice, mais surtout par l’importance du commanditaire, Jean Ango.


Jean Ango, armateur et mécène
 

Sa naissance (en 1480), dans une riche famille d’armateurs dieppois destine Jean Ango à parcourir les mers et à y lancer ses navires. Mais ceci devient sans doute une vocation, encouragée par la période (fin XVe - milieu XVIe siècle), riche en expéditions maritimes et en découvertes de terres nouvelles. (Christophe Colomb, Vasco de Gama... et des Normands comme Jean Cousin - Dieppois - qui aurait touché en 1488, le Brésil et pénétré l’Océan Indien, ce qui n’avait jamais été réalisé auparavant. Mais cet exploit ne fut jamais homologué, les Normands n’ayant pas de cartographe parmi eux pour dessiner les lieux.) Il semble que Jean Ango, avant d’être armateur, embarque pour de longues expéditions, dirigées par Jean Cousin. Excellent meneur d’hommes et commerçant, Ango arme avec succès ses propres navires pour des destinations lointaines : les « Indes », les côtes d’Afrique... Les richesses rapportées par les explorateurs portugais et espagnols avaient ouvert de nombreux appétits, qui ne purent malheureusement être satisfaits en raison d’une bulle papale de 1493, interdisant aux navigateurs autres que portugais ou espagnol de péné...

 

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Varengeville-sur-Mer

Varengeville-sur-Mer. l'église paroissiale de Varengeville, avec son cimetière dominant la mer. (Photo Éric Bruneval © Patrimoine Normand).


Extrait Patrimoine Normand n°32.
Par Isabelle Audinet.

 

Ce petit coin de côte, aux portes de Dieppe, revêt tous les aspects d’un paradis sur terre, village perdu dans les bois, château précieux, parc enchanteur.

À l’abri des hauts talus plantés de hêtres, entre lesquels serpentent « cavées » et rues, se cachent les maisons de Varengeville. Loin de leur église qui les patronne, il a bien fallu trouver une autre pro­tection ! Paysage mystérieux à la verdure luxuriante qui se laisse découvrir par tronçons. Varengeville borde la mer, ses hautes falaises blanches creusées de valleuses plongeant dans une eau aux teintes de turquoise ; mais seule l’église, découverte sur son promontoire, affronte les éléments, le village se trouvant séparé du littoral par une bande forestière (Bois de Vastérival, Morville, Bois des Moutiers, Bois de l’Aunay, Bois des Saules) auxquels se mêlent les teintes rosées et violacées des rhododendrons géants. Varengeville est d’ailleurs l’une des très rares communes de la côte à posséder cette particularité. De l’histoire de Varengeville, on connaît très peu. Quelques restes anciens signalent une occupation humaine, mais rien n’atteste d’une présence à grande éche...

 

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La Couture-Boussey – Berceau des instruments à vent

Au musée de la Couture-Boussey, un atelier d’ouvriers finisseurs. (Photo Éric Bruneval © Patrimoine Normand).


Extrait Patrimoine Normand n°32.
Par Isabelle Audinet.

 
Musée de la Couture-Boussey. Variations de clarinettes. (Photo Éric Bruneval © Patrimoine Normand).
Musée de la Couture-Boussey. Variations de clarinettes. (Photo Éric Bruneval © Patrimoine Normand).

Qui de nos jours en Normandie connaît la Couture-Boussey, village des confins de l’Eure et dont les habitants revendiquent leur « normandité » ? Inconnue en France, reconnue dans le monde entier, car unique, depuis quatre siècles déjà. Quatre siècles que le vent des forêts de buis a insufflé aux habitants la passion des instruments à vent, flûtes, hautbois, musettes...

Quand la légende rejoint la réalité

La Couture-Boussey entre dans l’histoire à la fin du XVIe siècle début du XVIIe siècle. Village coincé entre la Normandie et l’Île de France, rien ne le prédisposait à devenir ce qu’il fut. Et pourtant, un faisceau d’événements l’y ont conduit. Le site tout d’abord, entouré de forêts qui, semble-t-il, possédaient beaucoup de buis utilisé par les artisans tourneurs dès avant le XVIe siècle ; la proximité d’Anet, château de Diane de Poitiers, où se réunissait la cour qui joua un rôle d’émulation dans la région ; l’histoire avec la bataille d’Ivry près de la Couture, en 1590, au cours de laquelle les troupes d’Henri IV furent victorieuses de celles du duc de Mayenne, et qui laissa aux habitants de la région les fifres qui accompagnaient les batailles à cette époque ; une légende enfin, celle d’un homme venu de nulle part, mais qui savait travailler le bois et l’aurait transmis aux habitants des lieux. Un homme surnommé « Hotte Terre »... Tous les acteurs sont là pour que s’ouvre le bal, pour que se joue la pièce qui, souhaitons-le, ne s’arrêtera pas. Que dire de l’inconnu, ce « Hotte Terre » ? S’il exista, il peut être fier de ceux qui portèrent son nom. Quant au reste, il est vraisemblable en effet que les habitants des villages de la plaine avaient développé un artisanat du bois et que, inspirés par les fifres laissés sur le champ de bataille, ils se lancèrent dans la facture d’instruments à vent. C’est l’apparition des premières mentions de facteurs d’instruments suivant de près la bataille qui laisse à le penser. Enfin, la cour très proche à Anet, entraîna certains par sa forte demande en instruments à se lancer dans ce domaine. À l’origine fabricants d’instruments traditionnels, ils se spécialisent très vite, à la fin du XVIIe siècle, dans les instruments destinés à la noblesse pour les orchestres de musiques savantes, écrites. Cette spécialisation entraînera malheureusement la perte de traditions, comme celle de la musette, ou de la musique non-écrite que l’on ne jouait plus, attiré par plus brillant. L’artisanat en tout cas se développa dans un rayon limité autour de la Couture-Boussey, avec l’installation de nombreux ateliers, certains donnant naissance à des dynasties de facteurs célèbres. Au XIXe siècle est petit à petit amenée l’indus...

 

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Le C.H.E.N.E. – Centre d’Hébergement Etude Nature Environnement

Une fois guéris, les oiseaux sont relâchés en mer. (Photo Éric Bruneval © Patrimoine Normand).


Extrait Patrimoine Normand n°32.
Par Isabelle Audinet.

 
Réception des oiseaux mazoutés en cartons à l’annexe temporaire du C.H.E.N.E. à Yvetot. (Photo Éric Bruneval © Patrimoine Normand).
Réception des oiseaux mazoutés en cartons à l’annexe temporaire du C.H.E.N.E. à Yvetot. (Photo Éric Bruneval © Patrimoine Normand).

Le Centre d’Hébergement et de l’Etude de l’Environnement se bat en permanence par sauver des animaux en péril et mieux faire connaître et préserver la nature.

Présentation

Cette association de loi 1901 pour la protection de la nature va fêter ses vingt ans cette année. Créée par Jean-Pierre Jacques, elle fut et est toujours à la pointe en matière de protection et de valorisation. Elle est en effet affiliée à l’U.N.C.S. (Union Nationale des Centres de Sauvegarde), fondée après elle, et ses dirigeants sont à l’origine d’une machine et protocole de soins pour oiseaux mazoutés utilisés dans les autres centres. Huit salariés (dont le directeur), animent et organisent la vie quotidienne du C.H.E.N.E., formé de deux pôles : le musée de la Nature qui reçoit le public, et le centre d’accueil qui est interdit au public. En temps normal, l’activité du centre consiste à recueillir les animaux en détresse que leur amènent les particuliers et à leur dispenser des soins, sous les ordres du vétérinaire, afin de pouvoir les relâcher dès leur guérison. Quant au musée, il permet de faire de la prévention et d’informer, car l’on respecte mieux lorsqu’on connaît, non seulement par les vitrines, mais aussi par des sorties sur le terrain (mer, mares, forêt...), visites guidées et commentées pour des groupes, principalement des scolaires (6 000 à 7 000 par an). Pionnier en la matière, nombre des activités du C.H.E.N.E. ont été reprises par d’autres centres de la nature. Il fait œuvre aussi de conservation par la création d’une banque de greffons d’arbres en voie de disparition. Citons par ailleurs à son actif son intervention au sein des nombreuses commissions, son indépendance et ses arguments lui permettant, certes à titre consultatif, de tenir un rôle de conseiller et de surveillant (POS, travaux publics, certificat d’aptitu...

 

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Colombiers du pays d’Argentan

Les Rotours - Dans le Val d’Orne, seul témoin d’une époque plus ancienne ce petit colombier de granite se situe près du château des Rotours construit au XVIIIe siècle à l’emplacement du vieux manoir. (Photo Jeannine Rouch © Patrimoine Normand.)


Extrait Patrimoine Normand n°32.
Par Jeannine Rouch.

 
Saint-Christophe-le-Jajolet, Ferme du château de Sassy - Ce colombier original construit dans la seconde moitié du XIXe siècle se distingue des autres par un plan de construction hexagonal et un parement de briques à décor losangé. On remarquera les petites portes basses du rez-de-chaussée enfermant le poulailler. (Photo Jeannine Rouch © Patrimoine Normand).
Saint-Christophe-le-Jajolet, Ferme du château de Sassy - Ce colombier original construit dans la seconde moitié du XIXe siècle se distingue des autres par un plan de construction hexagonal et un parement de briques à décor losangé. On remarquera les petites portes basses du rez-de-chaussée enfermant le poulailler. (Photo Jeannine Rouch © Patrimoine Normand).

Édifices de la vie économique rurale depuis des siècles, les pigeonniers sont de nos jours à sauvegarder.

Dès l’Antiquité, au Moyen-Orient, les pigeons ont fait l’objet d’élevages importants, bien avant les conquêtes romaines.?Les légionnaires en ramenèrent l’idée du « colum­barium ». C’est donc pendant l’occupation romaine que le colombier fit son apparition en Gaule. Les propriétaires des « villae » utilisaient la précieuse fiente des pigeons comme excellente fumure de leurs terres. En outre leur chair délicate était réservée aux patriciens. Pline l’Ancien dans le « De Natura Rerum » pensait déjà que « le pigeon est un animal de gloire qui ne peut être que dans la maison de ceux dont la profession est d’acquérir la gloire ». Etat d’esprit que l’on retrouve à partir du XIIe siècle avec la répartition hiérarchique de la terre en fiefs, où les barons normands avaient délégué à leurs hommes de foi et compagnons d’armes une partie de leur droit féodal sur le territoire soumis à leur autorité. Ces derniers, soldats devenus agriculteurs, géraient leur domaine et devaient le rentabiliser. On vit alors réapparaître les colombiers fournisseurs de la précieuse « colombine ». Le droit d’en posséder devint un privilège seigneurial. L’importance de l’édifice, et par conséquent le nombre de couples de pigeons était en proportion directe de l’étendue des terres possédées (c’est-à-dire un trou de boulin pour un acre de terres). On limitait ainsi le nombre de volatiles afin qu’ils n’aillent pas picorer sur les terres du voi...

 

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Brétigny – Restauration de l’église Saint-Cyr-Sainte-Julitte

Bretigny (Eure). L'église Saint-Cyr-Sainte-Julitte et ses échafaudages, un paisible matin d'hiver. (© Virginie Michelland.)

Une aventure de longue haleine

Au cœur du Lieuvin, Brétigny est une commune rurale à laquelle nous souhaitions depuis longtemps tirer notre chapeau. L'église Saint-Cyr-Sainte-Julitte du XIe siècle, inscrite à l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques, en constitue le point de mire. Après un diagnostic réalisé par l'architecte Marie Caron, madame la maire, Marie-Christine Join-Lambert, et son conseil municipal, ont entamé en septembre 2018 la restauration complète, en trois tranches, de l'édifice. Un pari courageux pour une commune d'une centaine d'habitants qui a su frapper à toutes les portes pour obtenir des subventions et réaliser son rêve. Mme Join-Lambert a elle-même versé l'ensemble de ses indemnités d'élue depuis 2017.

Brétigny. Restauration de l'église Saint-Cyr-Sainte-Julitte. Un partenariat a été établi avec la Fondation du patrimoine. (© Virginie Michelland.)

Un partenariat a été établi avec la Fondation du patrimoine. (© Virginie Michelland.)

L'église Saint-Cyr-Sainte-Julitte, Bretigny (Eure). Le travail de restauration est loin d'être achevé en cet été 2019. (© Virginie Michelland.)

L'église Saint-Cyr-Sainte-Julitte, Bretigny (Eure). Le travail de restauration est loin d'être achevé en cet été 2019. (© Virginie Michelland.)

En cet automne 2020, la deuxième tranche vient de s'achever. Le 1er août, le coq lui-même était béni, avant de se retrouver un peu plus tard hissé sur la flèche en fer forgé. Tout un symbole !

L'édifice était en péril ; il est maintenant préservé, embelli et rajeuni. Couverte en tuiles anciennes, la toiture affrontera sans faillir les prochaines tempêtes. Il faut encore restaurer les enduits extérieurs, les contreforts et les vitraux de la nef, remettre en état la chambre de charité. Eu égard à la qualité du travail déjà réalisé, le résultat ne pourra qu'être remarquable.

Et chacun d'attendre avec impatience de découvrir, au printemps 2021, un édifice rendu à la beauté de ses jeunes années.

 

INFORMATIONS PRATIQUES :
 
Pour soutenir ce chantier, contacter la Fondation du patrimoine, 14, rue Georges-Charpak, BP 332 - 76 136 Mont-Saint-Aignan cedex, ou à l'adresse www.fondationpatrimoine.org
 
Article publié dans Patrimoine Normand n°115, par Virginie Michelland.

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Jean Teulé

Jean Teulé. Né en 1953 (© Guillaume Néel).


Extrait Patrimoine Normand N°115.
Caricature de Guillaume Néel.
Par Stéphane William Gondoin.

 

Eh oui, ce romancier à succès, qui a commencé sa carrière dans la bande dessinée, est bien né en Normandie, à Saint-Lô très exactement, où son père vint chercher du travail au moment de la reconstruction de la ville, victime de la « grande brulerie » selon le mot de Louis Beuve.

Parmi sa vingtaine de romans, généralement mélange d’humour (souvent noir), de récit historique et d’écriture au style percutant, nous retiendrons Charly 9, véritable plongée dans la folie du roi Charles IX, Je, François Villon, qui nous emmène dans les bas-fonds de Paris aux côtés du célèbre mauvais garçon auteur de la Ballade des pendus, ou encore Mangez-le si vous voulez, qui s’appuie sur un fait divers sordide survenu en 1870, au tout début de la guerre franco-prussienne. Une affaire que n’aurait sans doute pas reniée un certain Guy de Maupassant. Quant à nous, nous avons eu un vrai coup de cœur en lisant Le Montespan, l’histoire d’un cocu magnifique dont l’épouse fréquente assidûment le lit… de Louis XIV ! Drôle et cruel à la fois.
 




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L’abbé Cochet

L’abbé Cochet. 1812 - 1875 (© Guillaume Néel).


Extrait Patrimoine Normand N°115.
Caricature de Guillaume Néel.
Par Stéphane William Gondoin.

 

Jean Benoît Désiré de ses petits noms, naît sur la commune de Sanvic, aujourd’hui rattachée au Havre, alors qu’un certain petit Corse coiffé d’un bicorne, empereur de sa profession, se prépare à prendre la route de Moscou. Il passe l’essentiel de son enfance à Étretat, où l’on découvre en 1830 les vestiges d’une villa gallo-romaine. Voilà qui déclenche chez le jeune homme la passion d’une vie. Même s’il rentre au séminaire, ce qui normalement devrait l’inciter à tourner son regard vers le ciel, lui préfère fouiner le sol, avec pelles et pinceaux. Notre abbé Cochet devient ainsi l’un des pionniers de l’archéologie en France et pose, avec quelques autres, les bases de l’investigation scientifique. Certains de ses travaux, comme La Normandie souterraine ou notices sur des cimetières romains et des cimetières francs explorés en Normandie (1854) ou La Seine-Inférieure historique et archéologique (1864), sont encore sur les tables de chevet de tout chercheur qui se respecte ! L’abbé Cochet s’éteint à son domicile rouennais le 1er juin 1875.
 




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Balade fromagère en pays d’Auge

Balade fromagère en pays d’Auge. (Photo Éric Bruneval © Patrimoine Normand.)


Extrait Patrimoine Normand n°32.
Par Isabelle Audinet.

 
L’américain Joseph Knirim, convaincu que le camembert possède des vertus thérapeutiques contre les maux d’estomac, décide d’en faire fabriquer aux Etats-Unis. Le fromage remporte un tel succès outre Atlantique, qu’il souhaite rendre hommage à Marie Harel. En 1926, il offre à la ville de Vimoutiers cette statue qui sera inaugurée en 1928 par le président Millerand. C’est en juin 1944 lors du débarquement qu’elle perd sa tête. (Photo Éric Bruneval © Patrimoine Normand.
L’américain Joseph Knirim, convaincu que le camembert possède des vertus thérapeutiques contre les maux d’estomac, décide d’en faire fabriquer aux Etats-Unis. Le fromage remporte un tel succès outre Atlantique, qu’il souhaite rendre hommage à Marie Harel. En 1926, il offre à la ville de Vimoutiers cette statue qui sera inaugurée en 1928 par le président Millerand. C’est en juin 1944 lors du débarquement qu’elle perd sa tête. (Photo Éric Bruneval © Patrimoine Normand.

« Honni soit qui sans fromage prétend à bonne table rendre hommage »
Devise de la Confrérie des chevaliers des taste-fromages de France

La Normandie est le pays du fromage et ce n’est pas la petite ville de Camembert qui dira le contraire tant le fromage qui porte son nom est célèbre. Depuis plus d’un siècle, ses boîtes rondes, hautes en couleurs, voyagent à travers le monde et ont fait de cette bonne pâte plus qu’une spécialité, un symbole national. Mais la région normande ne se limite pas à Camembert ; le pont l’évêque et le livarot appartiennent également à la mémoire collective et leurs qualités gustatives sont évoquées quotidiennement par un grand nombre d’amateurs. En Normandie, il n’est pas de grande table ou de bon repas qui ne se termine traditionnellement par un plateau varié. Et, bien que le patrimoine gastronomique normand possède, encore aujourd’hui, un large éventail d’appellations, les menus font généralement appel à ces trois fromages du pays d’Auge pour ouvrir le temps consacré au dessert. Les connaisseurs sont convaincus que la saveur de leur pâte doit beaucoup à leur origine qui participe indirectement à leur notoriété. Car à travers le goût, c’est toute l’histoire d’une région et les particularités de son terroir qui s’expriment.

Camembert, livarot, pont-l’évêque et d’autres, autant de goûts normands à protéger. (Photo Éric Bruneval © Patrimoine Normand.)

Camembert, livarot, pont-l’évêque et d’autres, autant de goûts normands à protéger. (Photo Éric Bruneval © Patrimoine Normand.)

Le camembert : un petit fromage qui a fait du chemin

Sur l’origine du camembert, il est difficile d’affirmer quoi que ce soit puisque, avant la toute fin du XVIIIe siècle, il n’est fait nulle mention de son aspect ou de son procédé de fabrication. Ainsi, lorsque Thomas Corneille écrit, en 1708, dans le Dictionnaire universel géographique et historique, « qu’il se tient à Vimoutiers tous les lundis, un gros marché où l’on apporte les excellents fromages du païs de Camembert » (cité par Olivier Courtois dans son site), rien ne prouve qu’il s’agit de la pâte molle à croûte fleurie appelée camembert et non d’une autre spécialité fromagère. Aucun récit de l’époque ne peut réellement attester de l’existence de la recette du camembert. C’est donc à Marie Harel que revient le mérite de sa création. La petite histoire veut qu’en 1791 cette jeune femme de trente ans ait été la première à commercialiser un fromage original qu’elle avait élaboré à partir d’une recette locale et qu’elle imposa sous l’appellation de camembert. Pendant cette période révolutionnaire, elle abritait dans sa ferme de Beaumoncel un prêtre réfractaire, l’abbé Gobert, qui lui aurait appris à fabriquer le fromage de Brie et elle s’en serait servie pour concevoir ses camemberts. Ils eurent un tel succès au marché de Vimoutiers que, dès 1795, ils étaient égale...

 

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De Darnétal à la place Saint-Pierre de Caen

L’église Saint-Pierre vue du chevet. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand.)


Extrait Patrimoine Normand n°32.
Par Isabelle Audinet.

 
Thomas Shotter Boys, « Vue du chevet de l’église Saint-Pierre à Caen », 1865. On aperçoit tout contre l’église la tour Leroy. (Musée des Beaux Arts de Caen, Martine SEYVE, photographe.)
Thomas Shotter Boys, « Vue du chevet de l’église Saint-Pierre à Caen », 1865. On aperçoit tout contre l’église la tour Leroy. (Musée des Beaux Arts de Caen, Martine SEYVE, photographe.)

Du village de Darnétal à la place Saint-Pierre, l’histoire du centre politique, civil et religieux de Caen.

Quelle qu’ait été sa forme, ou son nom, le site de la place Saint-Pierre a toujours été le centre de Caen, le noyau vital. L’origine de ce quartier semble remonter assez loin dans le temps, puisque les traces d’une église, d’un habitat et d’un artisanat associé des VIIe-VIIIe siècles, implantés au bord d’un bras de l’Orne, en bordure des marais, furent retrouvés lors de fouilles. Quelle était l’importance de l’église à cette période ? La tradition veut qu’elle ait été fondée par saint Regnobert, évêque de Bayeux au VIIe siècle. Etait-elle église d’évangélisation des campagnes (Caen à cette époque n’existe pas) ou bien avait-elle un rôle déjà de type paroissial pour les habitants des villages alentour ? Bien que retrouvée par les fouilles et datée du VIIe siècle, Saint-Pierre, l’église romane n’est, elle, mentionnée qu’en 1083.
 

Le quartier Darnétal, du xie au xiiie siècle

Caen n’apparaît qu’au XIe siècle, après 1050, de la création par Guillaume, encore « le Bâtard », et Mathilde, du château et de deux bourgs, Bourg-l’Abbé et Bourg-l’Abbesse, autour de deux abbayes (Abbaye-aux-Hommes et Abbaye-aux-Dames). Darnétal devient le Bourg-le-Duc, puis Bourg-le-Roi lorsque Guillaume devient roi d’Angleterre en 1066. Bourg-le-Duc est enclos, Bourg-l’Abbé et Bourg-l’Abbesse le seront plus tard. L’église Saint-Pierre se retrouve coincée entre le château et le port sur la Petite-Orne. Un pont fortifié au sud-ouest de l’édifice permet à la fois de garder l’entrée des murs de Bourg-le-Roi et de relier ce bourg à l’Ile Saint-Jean, quartier malheureusement très peu défendable. Le cimetière Saint-Pierre est implanté à l’est de l’église, entouré par un mur dont le périmètre comprend l’église. Il ouvre par un portail sur une rue longeant le mur. Il sera utilisé jusqu’au XVe siècle. Devant l’église se croisent deux voies est-ouest (rues Saint-Pierre et Montoir-Poissonnière) et nord-sud (actuelles rues de Geôle et Saint-Jean, axe qui est peut-être une ancienne voie gallo-romaine). L’aspect du parvis de Saint-Pierre est alors totalement différent de maintenant, puis-qu’une rue bordée de maisons lui fait face et qu’aucune place n’est dégagée. Partant de ce parvis, une voie relie le quartier au château, rue Montoir du Château (connue au XIIe siècle). Elle s’élar...

 

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