Le retour de la corme cidrée

Thomas Courtoux et Marie Bourut, pionniers du renouveau de la corme. La Ferme du Manoir du Val à Mesnil-en-Ouche. (© Jean-Luc Péchinot)


Jean-Luc Péchinot

Extrait Patrimoine Normand n°125
Par Jean-Luc Péchinot.

 

Tout petit fruit, fragile et ramassé à la main en automne, après son blettissement, la corme demande un soin important pour en extraire la quintessence. (© Jean-Luc-Péchinot)
Tout petit fruit, fragile et ramassé à la main en automne, après son blettissement, la corme demande un soin important pour en extraire la quintessence. (© Jean-Luc-Péchinot)

La corme cidrée pétille à nouveau. Boisson traditionnelle des temps anciens, ce parfait assemblage de trois fruits – la corme, la pomme et la poire – est relancé par une ferme cidricole de l’Eure. On y prendrait vite goût !

Plus une seule bouteille à vendre ! Tout pour sa pomme ? Thomas Courtoux se montre formel : « Non non, je vous assure que sur nos 650 bouteilles de 2022, ne nous en reste que trois, qu’on garde pour en voir l’évolution. On a tout vendu, et on attend avril pour mettre en vente les 1 300 de notre troisième production. » Autant vous dire « qui faudra pas traîner » ce printemps, pour avoir le privilège de s’offrir – pour treize petits euros – ce produit rare par excellence qu’est la corme cidrée de la Ferme du Manoir du Val. Au cœur de la vallée de la Risle, à vingt minutes de la charmante ville de Bernay, elle serait la dernière en Normandie à commercialiser ce breuvage racé. La seule, en tout cas dans l’Eure, où subsistent çà et là de vénérables cormiers, car cet arbre rustique a quasiment disparu des paysages français.

« Nous nous y sommes intéressés par l’intermédiaire d’un Parisien curieux, Arnould Nazarian : sa mère habite le village du Cormier, près d’Évreux, et il emprunte une ligne de RER dont l’une des stations s’appelle Le Cormier. Il a voulu en savoir plus sur ce nom que l’on retrouve aussi dans pas mal de lieux-dits », raconte Marie Bourut, la cidricultrice. C’est ainsi que Marie et Thomas, en découvrant les petits fruits du cormier ramassés par Arnould, ont eu l’idée d’en tirer la quintessence, Jean-Pierre Lelay, un vieil agriculteur de Condé-sur-Iton, leur ayant donné la recette de son grand-père. « Il faisait macérer des cormes dans du cidre et du poiré, et il y ajoutait du sucre. Pour des raisons bactériologiques, nous avons corrigé sa re…

 

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Tour de la Suisse Normande – GR® préféré des Français

Le « profil humain », l’énigme de la Roche d’Oëtre qui domine la Rouvre de ses 118 m, Saint-Philbert-sur-Orne. (© © David Commenchal)


Mireille Thiesse

Extrait Patrimoine Normand n°125
Par Mireille Thiesse.

 

Le château des ducs d’Harcourt, à Thury-Harcourt- le Hom, départ du Tour de la Suisse Normande. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)
Le château des ducs d’Harcourt, à Thury-Harcourt- le Hom, départ du Tour de la Suisse Normande. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)

Réputée pour l’attractivité de ses paysages montueux et pour la variété des activités de plein air qu’elle offre, la Suisse normande est aussi une terre d’accueil riche de son passé historique et industriel, ainsi que de sa biodiversité. Depuis le XIXe siècle, ce territoire, situé au cœur des départements du Calvados et de l’Orne, doit son appellation de « Suisse » à son relief que viennent tourmenter l’Orne et ses affluents la Rouvre, la Vère, le Noireau, ou la Druance.

­Dans les méandres des chemins

Comment résister à l’appel du fleuve Orne et aux émotions, à la fois tranquilles et sportives, suscitées par les descentes en canoë-kayak ? Comment ne pas se laisser porter par ces ailes volantes qui survolent des à-pics vertigineux, ne pas éprouver le frisson de l’aventure et les sensations fortes que procurent l’escalade de ces reliefs tourmentés, les descentes en tyroliennes et l’accrobranche ? Au pays des poudingues et des cornéennes de granit, de grès ou de schiste, les sites remarquables, gorges et aplombs ont été façonnés par l’Orne et ses rivières affluentes, qui ont creusé leur lit dans les roches tendres. Ce fleuve, à l’allure de serpent, se love au pied des précipices. Les chemins qui bordent les crêtes en épousent les méandres, franchissent les vallons ou les ruisseaux. Compagnons du randonneur, ils invitent aussi à la pause, à l’observation ainsi qu’à l’admiration paisible de la nature et de l’héritage du passé. L’esprit curieux découvre ici une histoire locale et des récits fabuleux qui remontent au-delà du Mo…

 

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Tour de la Suisse Normande – GR préféré des Français

Le « profil humain », l’énigme de la Roche d’Oëtre qui domine la Rouvre de ses 118 m, Saint-Philbert-sur-Orne. (© © David Commenchal)


Mireille Thiesse

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Par Mireille Thiesse.

 

Le château des ducs d’Harcourt, à Thury-Harcourt- le Hom, départ du Tour de la Suisse Normande. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)
Le château des ducs d’Harcourt, à Thury-Harcourt- le Hom, départ du Tour de la Suisse Normande. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)

Réputée pour l’attractivité de ses paysages montueux et pour la variété des activités de plein air qu’elle offre, la Suisse normande est aussi une terre d’accueil riche de son passé historique et industriel, ainsi que de sa biodiversité. Depuis le XIXe siècle, ce territoire, situé au cœur des départements du Calvados et de l’Orne, doit son appellation de « Suisse » à son relief que viennent tourmenter l’Orne et ses affluents la Rouvre, la Vère, le Noireau, ou la Druance.

­Dans les méandres des chemins

Comment résister à l’appel du fleuve Orne et aux émotions, à la fois tranquilles et sportives, suscitées par les descentes en canoë-kayak ? Comment ne pas se laisser porter par ces ailes volantes qui survolent des à-pics vertigineux, ne pas éprouver le frisson de l’aventure et les sensations fortes que procurent l’escalade de ces reliefs tourmentés, les descentes en tyroliennes et l’accrobranche ? Au pays des poudingues et des cornéennes de granit, de grès ou de schiste, les sites remarquables, gorges et aplombs ont été façonnés par l’Orne et ses rivières affluentes, qui ont creusé leur lit dans les roches tendres. Ce fleuve, à l’allure de serpent, se love au pied des précipices. Les chemins qui bordent les crêtes en épousent les méandres, franchissent les vallons ou les ruisseaux. Compagnons du randonneur, ils invitent aussi à la pause, à l’observation ainsi qu’à l’admiration paisible de la nature et de l’héritage du passé. L’esprit curieux découvre ici une histoire locale et des récits fabuleux qui remontent au-delà du Mo…

 

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Charpente et patrimoine, un savoir-faire qui se perpétue

Charpente restituée de chapelle, à Sahurs, réalisée au sein des ateliers Desmonts. (© Joseph Brihez)


Virginie Michelland

Extrait Patrimoine Normand n°125
Par Virginie Michelland.

 

Loïc Desmonts procède à la finition d’une pièce de bois à l’aide d’une doloire. Il reprendra sous peu le flambeau. (© Guillaume Tampier)
Loïc Desmonts procède à la finition d’une pièce de bois à l’aide d’une doloire. Il reprendra sous peu le flambeau. (© Guillaume Tampier)

Conscients de la fragilité des savoir-faire dont ils héritent, des charpentiers perpétuent les techniques de taille manuelle et les transmettent aux générations suivantes. Découvrons leur métier aux côtés de l’entreprise Desmonts et de ses artisans passionnés.

Dans la continuité

Installée depuis 2007 à Nassandres-sur-Risle dans l’Eure, l’entreprise de charpente Desmonts restaure aussi bien le petit patrimoine normand en pans de bois que les églises et châteaux classés Monuments historiques. Elle œuvre, ce faisant, à prolonger la vie de ces édifices dans la continuité du travail des artisans qui l’ont précédée. L’entreprise accorde aux techniques manuelles, plus particulièrement à l’équarrissage à la hache, une importance qui constitue sa spécificité. Ce savoir-faire, employé presque systématiquement au Moyen Âge pour façonner une poutre dans un arbre abattu, avait pourtant disparu du territoire français au siècle dernier, supplanté par la généralisation du sciage. Réapparu à force de recherches, d’enquêtes et de démonstrations par l’association Charpentiers sans Frontières (CsF), il est aujourd’hui détenu par une poignée d’artisans. Après la découverte de ces techniques lors d’un chantier de CsF, il y a quinze ans, Rémy Desmonts, convaincu, décide de les intégrer au travail de son entreprise.

Autour de lui et de son fils Loïc, qui reprendra sous peu le flambeau, une équipe d’une dizaine de collaborateurs s’active. Initiés à leur tour à l’équarrissage, ils ont en commun le respect de la matière et le plaisir à tailler manuellement le bois vert. Ils savent manier la hache comme la machine, et peuvent choisir la technique appropriée dans une démarche de qualité. Les générations se côtoient dans une ambiance propice à la trans…

 

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Le Jardin des Plumes à Giverny – Cocorico !

Cocorico ! À 34 ans, David Gallienne dirige une quarantaine de salariés et s’apprête à conquérir Paris et Hanoï. (© Jean-Luc Péchinot)


Jean-Luc Péchinot

Extrait Patrimoine Normand n°125
Par Jean-Luc Péchinot.

 

Déclinaison de bulots. D’une tradition revisitée pour certains plats, d’une convaincante contemporanéité pour d’autres, une cuisine au « toque-niveau » qui sublime sa Normandie nourricière. (© Jean-Luc-Péchinot)
Déclinaison de bulots. D’une tradition revisitée pour certains plats, d’une convaincante contemporanéité pour d’autres, une cuisine au « toque-niveau » qui sublime sa Normandie nourricière. (© Jean-Luc-Péchinot)

Tout feu tout flamme, ce cuisinier s’épanouit à Giverny. Seul vainqueur étoilé de « Top Chef », David Gallienne y fait recette(s) avec son enchanteur « Jardin des Plumes ». Ou quand l’Eure se fait gourmande !

Nostalgie, ça rime avec mamie. Mamie Marcelle, qui lui a donné le goût de cuisiner, avec ses plats de ménage, pour certains sublimés à sa carte, de poule au pot en teurgoule. Trônant dans une vitrine de la salle à manger, l’inoxydable cocotte-minute de mamie a valeur de totem. Son plat préféré ? « Le poulet vallée d’Auge : crème et pommes flambées au calvados : la Normandie ! »

Une Normandie chérie que ce Sarthois n’a plus quittée depuis ses 2 ans et où il a fait ses classes gourmandes, dès l’âge de 14 ans, au CFA d’Alençon, avant de mettre la main à la pâte comme commis chez l’étoilé de Bagnoles-de-l’Orne, Franck Quinton, dont il deviendra le second en 2012. Huit ans avant sa médiatique consécration, sa victoire de l’émission « Top Chef », diffusée sur M6, en ayant fait le premier lauréat étoilé du concours. Une étoile Michelin qu’il a su conserver dans ce « Jardin des Plumes » dont il est devenu le chef éxécutif en 2018, avant d’en être le propriétaire en 2020. Une année semi-confinée d’autant plus historique pour le cuisinier que le président Macron et Madame, en visite officielle à Giverny, se seront régalés à sa ta…

 

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La forêt des Andaines & le souffle des légendes

En lisière de la forêt des Andaines, par un après-midi d’automne. (© Stéphane William Gondoin)


Stéphane William Gondoin

Extrait Patrimoine Normand n°125
Par Stéphane William Gondoin.

 

L’abbaye de Lonlay, fondée par Guillaume de Bellême, se vit concéder de multiples droits sur la forêt des Andaines. (© Stéphane William Gondoin)
L’abbaye de Lonlay, fondée par Guillaume de Bellême, se vit concéder de multiples droits sur la forêt des Andaines. (© Stéphane William Gondoin)

Si « Paris, Rouen et Le Havre sont une même ville dont la Seine est la rue », comme l’affirmait Napoléon Bonaparte, Domfront, La Ferté-Macé et Bagnoles-de-l’Orne sont reliées par une véritable coulée verte : la forêt des Andaines. Au-delà de sa haute valeur écologique, à la lisière nord du parc naturel régional Normandie-Maine, cette sylve multiséculaire recèle bien des curiosités et bruisse tout entière d’Histoire, d’histoires et de légendes.

Entre 1015 et 1025, Guillaume de Bellême, « seigneur de la province », fonde dans ses états un monastère bénédictin in loco qui dicitur Longiledum, « au lieu que l’on appelle Lonlay » (aujourd’hui Lonlay-l’Abbaye, dans l’Orne). Comme souvent les grands personnages de ce temps, il avoue se sentir « accablé sous le pesant fardeau de mes vices, gémissant d’autant plus douloureusement sous le poids de mes fautes que mes richesses temporelles sont grandes ». En d’autres termes, tiraillé entre ses instincts féodaux et la peur du châtiment éternel, il entend consacrer une part de ses immenses possessions à entretenir « un abbé, avec des moines sous son autorité qui, s’occupant nuit et jour de la prière, intéresseront la miséricorde divine en notre faveur et en celle de nos ancêtres ».

 

Des multiples usages d’une forêt médiévale

Pour que cette pieuse communauté se consacre pleinement à sa lourde mission – sauver l’âme d’un membre de la famille de Bellême, tous plus ou moins seigneurs brigands par excellence, est un labeur de titan –, elle doit disposer de ressources financières conséquentes lui permettant d’assurer son quotidien. Guillaume assortit donc la naissance de l’établissement de dons substantiels : dîmes et autres revenus de la baillie du château de Domfront, moulins à Condé-sur-Noireau, paroisses de Saint-Pierre-du-Regard ou de La Haute-Chapelle, droits de pêche à l’Assomption, la Nativité et la Pentecôte dans la Varenne et l’Égrenne… Dans cette liste figu…

 

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Abbaye de Jumièges – « La plus belle ruine de France »

Le parc à l’anglaise, d’une quinzaine d’hectares avec ses arbres remarquables, ainsi que les terrasses mauristes, servent aujourd’hui d’écrin aux ruines de l’abbaye de Jumièges. (© Érik Follain)


Érik Follain

Extrait Patrimoine Normand n°125
Par Érik Follain.
 
 
Aquarelle, ruine de l’abbatiale vue depuis l’est, extrait de la collection Louis Deglatigny, dessin d’Eustache Bérat (1792-1884). (© Bibliothèque municipale de Rouen. Est. T. Degl 133)
Aquarelle, ruine de l’abbatiale vue depuis l’est, extrait de la collection Louis Deglatigny, dessin d’Eustache Bérat (1792-1884). (© Bibliothèque municipale de Rouen. Est. T. Degl 133)

En manquant de faire disparaître l’abbaye de Jumièges, la Révolution française et les destructions qui l’on suivie en ont fait, comme on l’affirme souvent, « la plus belle ruine de France ». C’est dans un vaste parc arboré, hérité du XIXe siècle, que se dressent ses tours culminant à près de cinquante mètres. Tel un phare, elles attirent les visiteurs depuis la forêt Brotonne, la Seine et les communes environnantes.

Après la dispersion en 1790 de la dernière poignée de moines, l’abbaye devient bien national. La Constituante prévoit de garder une « maison » pour la retraite des religieux dans chaque département. D’abord candidate, Jumièges est écartée faute d’abriter un effectif suffisant d’occupants. De son côté, la commune fait, en pure perte, en 1792, une demande pour que l’abbatiale devienne église paroissiale.

 

De la carrière de pierre à la ruine romantique

Le monastère est donc vendu en 1795 et tombe entre les mains de son premier acquéreur, Pierre Lescuyer, gérant de biens. Le nouveau propriétaire s’empresse de démolir le cloître du XVIe siècle, le grand dortoir du XVIIIe siècle, et met les toitures en adjudication. Les démolitions reprennent de plus belle lorsqu’un marchand de bois de Canteleu, Jean-Baptiste Lefort, achète les deux églises. Triste personnage, qui ira jusqu’à faire exploser à la mine le chœur de l’abbatiale Notre-Dame et trois pans de sa tour-lanterne… Les matériaux partent alors pour la construction de maisons à Jumièges, ou d’immeubles à Rouen et à Duclair. Cette activité fort dommageable se poursuit jusqu’en 1824 et n’épargnera pas les plates-tombes ni les tom…

 

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DOSSIER « Abbaye de Jumièges » (16 pages) :



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Abbbaye de Jumièges – « La plus belle ruine de France »

Le parc à l’anglaise, d’une quinzaine d’hectares avec ses arbres remarquables, ainsi que les terrasses mauristes, servent aujourd’hui d’écrin aux ruines de l’abbaye de Jumièges. (© Érik Follain)


Érik Follain

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Aquarelle, ruine de l’abbatiale vue depuis l’est, extrait de la collection Louis Deglatigny, dessin d’Eustache Bérat (1792-1884). (© Bibliothèque municipale de Rouen. Est. T. Degl 133)
Aquarelle, ruine de l’abbatiale vue depuis l’est, extrait de la collection Louis Deglatigny, dessin d’Eustache Bérat (1792-1884). (© Bibliothèque municipale de Rouen. Est. T. Degl 133)

En manquant de faire disparaître l’abbaye de Jumièges, la Révolution française et les destructions qui l’on suivie en ont fait, comme on l’affirme souvent, « la plus belle ruine de France ». C’est dans un vaste parc arboré, hérité du XIXe siècle, que se dressent ses tours culminant à près de cinquante mètres. Tel un phare, elles attirent les visiteurs depuis la forêt Brotonne, la Seine et les communes environnantes.

Après la dispersion en 1790 de la dernière poignée de moines, l’abbaye devient bien national. La Constituante prévoit de garder une « maison » pour la retraite des religieux dans chaque département. D’abord candidate, Jumièges est écartée faute d’abriter un effectif suffisant d’occupants. De son côté, la commune fait, en pure perte, en 1792, une demande pour que l’abbatiale devienne église paroissiale.

 

De la carrière de pierre à la ruine romantique

Le monastère est donc vendu en 1795 et tombe entre les mains de son premier acquéreur, Pierre Lescuyer, gérant de biens. Le nouveau propriétaire s’empresse de démolir le cloître du XVIe siècle, le grand dortoir du XVIIIe siècle, et met les toitures en adjudication. Les démolitions reprennent de plus belle lorsqu’un marchand de bois de Canteleu, Jean-Baptiste Lefort, achète les deux églises. Triste personnage, qui ira jusqu’à faire exploser à la mine le chœur de l’abbatiale Notre-Dame et trois pans de sa tour-lanterne… Les matériaux partent alors pour la construction de maisons à Jumièges, ou d’immeubles à Rouen et à Duclair. Cette activité fort dommageable se poursuit jusqu’en 1824 et n’épargnera pas les plates-tombes ni les tom…

 

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De la guerre de Cent Ans à la Révolution – Jumièges au temps des crises

Abbaye de Jumièges. De la guerre de Cent Ans à la Révolution Jumièges au temps des crises. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)


Érik Follain

Extrait Patrimoine Normand n°125
Par Érik Follain.
 
 
Gisant d’Agnès Sorel, collégiale Saint-Ours de Loches. (© Stéphane William Gondoin)
Gisant d’Agnès Sorel, collégiale Saint-Ours de Loches. (© Stéphane William Gondoin)

La période qui s’ouvre au milieu du XIVe siècle sera nettement moins glorieuse et prospère pour l’abbaye de Jumièges. Outre un déclin certain, elle connaîtra de dramatiques pillages liés d’abord au conflit entre Valois et Plantagenêts, aux guerres de Religion ensuite. Seule la réforme mauriste lui permettra, de manière très relative, de renouer partiellement avec son lustre d’antan.

Épargnée par les premiers événements de la guerre de Cent Ans, l’abbaye est pillée en 1358 par les partisans de Charles le Mauvais, roi de Navarre et comte d’Évreux. Les moines se sont alors, pour la plupart, réfugiés en leur manoir de Rouen, une habitude qu’ils conserveront longtemps…

Peu après cet épisode, soucieux que les tours de l’abbaye ne puissent servir au guet, le régent Charles (futur Charles V, fils de Jean II le Bon) fait détruire leurs escaliers. Comme beaucoup d’autres sites de la vallée de la Seine, l’abbaye est fortifiée et seuls quelques moines y demeurent encore.

Après la prise d’Harfleur par les Anglais en 1415, les religieux se réfugient de nouveau à Rouen. Une petite communauté revient un peu plus tard sur place, se contentant de vivoter entre les vieux murs. L’un des abbés, Nicolas Leroux, participe à charge au procès de Jeanne d’Arc. En 1434, à la suite d’intempéries et de mauvaises récoltes, la population locale pille les granges, et les moines te…

 

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Abbaye de Jumièges – La renaissance et l’âge d’or

Abbaye de Jumièges. La renaissance et l’âge d’or – Du XIe siècle au XIVe siècle. Façade occidentale de l’abbatiale. Avant-corps en saillie abritant une tribune à l’étage, entre deux tours d’escaliers. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)


Érik Follain

Extrait Patrimoine Normand n°125
Par Érik Follain.
 
 
Tête dite de Guillaume Longue-épée, XIVe siècle, conservée au logis abbatial de l’abbaye de Jumièges. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)
Tête dite de Guillaume Longue-épée, XIVe siècle, conservée au logis abbatial de l’abbaye de Jumièges. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)

L’abbaye de Jumièges sort doucement de son sommeil à partir des années 950, mais il faut attendre le XIe siècle pour la voir reprendre vie et recouvrer son faste d’antan. Elle devient alors l’un des plus puissants monastères d’Europe occidentale, matérialisant sa richesse par la construction de bâtiments grandioses.

Une première tentative de restauration a donc lieu sous l’égide du duc Guillaume Longue-Épée, d’abord par la volonté de deux moines du prieuré d’Haspres (Pas-de-Calais), où s’étaient réfugiés les religieux de Jumièges au IXe siècle, avec ensuite l’aide d’une douzaine de bénédictins venus du monastère Saint-Cyprien de Poitiers. L’assassinat de Guillaume en 942 sonne le glas de cette éphémère résurrection.

Le roi de France Louis IV d’Outremer (936-954) profite en effet de la minorité de Richard Ier (942-996) pour s’accaparer la Normandie et la mettre en coupe réglée. Son sénéchal, Raoul Torta, procède même à des démolitions de maçonneries à Jumièges, afin d’alimenter la réfection des remparts de Rouen. Des abbés dont on ne sait pratiquement rien, Roderic († 1000) et Robert Ier Ospac († 1015), sont mentionnés au tournant du millénaire.

 

L’irrésistible essor

L’impulsion indispensable est donnée par l’Italien Guillaume de Volpiano (1015-1017), abbé de Saint-Bénigne de Dijon, intellectuel de haut vol et réformateur religieux, puis par son disciple, l’abbé Thierry (1017-1027). Mais c’est surtout à l’abbé Robert II, dit Champart (1037-1045), que l’on doit la véritable renaissance du monastère, avec la mise en chantier d’une nouvelle abbatiale. L’œuvre se poursuit sous les abbés Geoffroy (1045-1048) et Robert III (1048-1079). Le 1er juillet 1067, en présence de Guillaume le Conquérant, l’archevêque de Rouen Maurille consacre l’édifice en l’honneur de Notre-Dame. Fraîchement couronné roi d’Angleterre, Guillaume comble l’abbaye de largesses en lui octro…

 

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Aux origines de l’abbaye de Jumièges – Naissance et première extinction

L’abbaye de Jumièges. (© ImageBROKER / Alamy)


Érik Follain

Extrait Patrimoine Normand n°125
Par Érik Follain.
 
 
Réprésentation de saint Philibert. Clef de voûte de la chapelle Saint-Martin, conservée au logis abbatial de l’abbaye de Jumièges. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)
Réprésentation de saint Philibert. Clef de voûte de la chapelle Saint-Martin, conservée au logis abbatial de l’abbaye de Jumièges. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)

Au VIIe siècle, sous l’épiscopat de saint Ouen à Rouen (641-684), un puissant mouvement de fondations monastiques parcourt la basse vallée de la Seine. Si saint Wandrille implante une abbaye à Fontenelle, qui porte aujourd’hui son nom, le personnage le plus actif est sans conteste saint Philibert, à qui l’on doit Pavilly, Montivilliers, et surtout Jumièges.

L­­­­a fondation de Jumièges tient beaucoup à la forte personnalité de ce moine issu de l’aristocratie mérovingienne. Né vers 616 à Éauze (Gers), il renonce aux futilités de la cour de Dagobert Ier : avec l’accord du souverain, il entre dans les ordres au monastère de Rebais (Seine-et-Marne), dont il devient ensuite abbé, et où s’applique la règle de saint Colomban. Quittant sa communauté, il effectue un long périple d’étude à travers l’Europe, séjournant notamment à Luxeuil (Vosges) et à Bobbio (Italie).

 

Le bâtisseur

Animé par la volonté de mettre en pratique la conception du monachisme qu’il a élaborée lors de ce voyage, avec l’appui de la reine Bathilde († 680), épouse de Clovis II (639-657), il fonde vers 654 l’abbaye de Jumièges sur des terres concédées par le couple royal, et en est le premier abbé. Dans le même temps, il installe des moniales à Pavilly, sous l’autorité de sainte Austreberthe. Adepte d’une interprétation austère de la règle de saint Colomban, il se partage au sein d’une vaste communauté entre l’accueil des pauvres et des pèlerins et le rachat des captifs de Bretagne insulaire. Son aura et son autorité morale et intellectuelle sont alors immenses dans le royaume de Neustrie (nord-ouest de l’actuelle France). Mais en conflit avec Ébroïn († v. 680), maire du pa…

 

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Une unité d’élite dans l’horreur d’Omaha Beach

La rampe du LCVP vient de s’ouvrir. Les soldats américains foulent le sol de France alors que les combats font rage tout le long de la côte. (© US National Archives).


Hubert Groult

Extrait Patrimoine Normand n°125
Par Hubert Groult.

 

Transfusion de plasma pour des soldats blessés sur Omaha Beach. Tout comme ces hommes du secteur Fox Green, non loin des secteurs Charlie et Dog Green du 5th Ranger Battalion, on pratique des transfusions d’urgence pour sauver un maximum de vies. Cette photographie a été prise le 12 juin. (© Normandy Invasion, June 1944, SC 192575, National Archives)
Transfusion de plasma pour des soldats blessés sur Omaha Beach. Tout comme ces hommes du secteur Fox Green, non loin des secteurs Charlie et Dog Green du 5th Ranger Battalion, on pratique des transfusions d’urgence pour sauver un maximum de vies. Cette photographie a été prise le 12 juin. (© Normandy Invasion, June 1944, SC 192575, National Archives)

Le 6 juin 1944, les Alliés doivent s’emparer de la pointe du Hoc, la plus redoutable des positions allemandes1. L’attaque initiale est confiée au 2nd Rangers Battalion, commandé par le lieutenant colonel James Rudder, auquel il est prévu d’envoyer des renforts pour faire face aux contre-attaques ennemies. Les deux groupements de soutien arrivent malheureusement au pire endroit de la plage et mènent des combats d’une violence absolue.

Pour les opérations du D-Day, la côte normande est délimitée en secteurs désignés par un nom de code. Les Anglais, les Canadiens et les 177 Français du commando Kieffer doivent débarquer sur les plages codées, d’est en ouest, Sword, Juno et Gold, tandis que les Américains se chargent d’Omaha et d’Utah. Chaque plage est ensuite à nouveau découpée en secteurs portant leur propre nom de code. On en compte huit sur Omaha Beach : Fox Red, Fox Green, Easy Red, Easy Green, Dog Red, Dog White, Dog Green et Charlie.

 

Au secours des Rangers de la pointe du Hoc

La Task Force A, composée des 225 hommes de Rudder, a pour mission d’escalader les falaises escarpées de la pointe du Hoc ; les Task Force B et C, respectivement commandées par le captain Ralph E. Goranson et le lieutenant colonel Max F. Schneider, sont censées arriver au plus vite en soutien. Dans le plan américain, si Rudder annonce que ses combattants ont réussi leur ascension, la Task Force C le rejoindra trente minutes plus tard. Sans nouvelles de sa part en revanche, les renforts se porte…

 

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1) Voir La pointe du Hoc : l’incroyable exploit des Rangers, in Patrimoine Normand n° 121.



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Une unité d’élite dans l’horreur d’Omaha Beach – « Range

La rampe du LCVP vient de s’ouvrir. Les soldats américains foulent le sol de France alors que les combats font rage tout le long de la côte. (© US National Archives).


Hubert Groult

Extrait Patrimoine Normand n°125
Par Hubert Groult.

 

Transfusion de plasma pour des soldats blessés sur Omaha Beach. Tout comme ces hommes du secteur Fox Green, non loin des secteurs Charlie et Dog Green du 5th Ranger Battalion, on pratique des transfusions d’urgence pour sauver un maximum de vies. Cette photographie a été prise le 12 juin. (© Normandy Invasion, June 1944, SC 192575, National Archives)
Transfusion de plasma pour des soldats blessés sur Omaha Beach. Tout comme ces hommes du secteur Fox Green, non loin des secteurs Charlie et Dog Green du 5th Ranger Battalion, on pratique des transfusions d’urgence pour sauver un maximum de vies. Cette photographie a été prise le 12 juin. (© Normandy Invasion, June 1944, SC 192575, National Archives)

Le 6 juin 1944, les Alliés doivent s’emparer de la pointe du Hoc, la plus redoutable des positions allemandes1. L’attaque initiale est confiée au 2nd Rangers Battalion, commandé par le lieutenant colonel James Rudder, auquel il est prévu d’envoyer des renforts pour faire face aux contre-attaques ennemies. Les deux groupements de soutien arrivent malheureusement au pire endroit de la plage et mènent des combats d’une violence absolue.

Pour les opérations du D-Day, la côte normande est délimitée en secteurs désignés par un nom de code. Les Anglais, les Canadiens et les 177 Français du commando Kieffer doivent débarquer sur les plages codées, d’est en ouest, Sword, Juno et Gold, tandis que les Américains se chargent d’Omaha et d’Utah. Chaque plage est ensuite à nouveau découpée en secteurs portant leur propre nom de code. On en compte huit sur Omaha Beach : Fox Red, Fox Green, Easy Red, Easy Green, Dog Red, Dog White, Dog Green et Charlie.

 

Au secours des Rangers de la pointe du Hoc

La Task Force A, composée des 225 hommes de Rudder, a pour mission d’escalader les falaises escarpées de la pointe du Hoc ; les Task Force B et C, respectivement commandées par le captain Ralph E. Goranson et le lieutenant colonel Max F. Schneider, sont censées arriver au plus vite en soutien. Dans le plan américain, si Rudder annonce que ses combattants ont réussi leur ascension, la Task Force C le rejoindra trente minutes plus tard. Sans nouvelles de sa part en revanche, les renforts se porte…

 

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1) Voir La pointe du Hoc : l’incroyable exploit des Rangers, in Patrimoine Normand n° 121.



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Bernard Le Bouyer de Fontenelle

Bernard Le Bouyer de Fontenelle. 1657–1757 (© Guillaume Néel)


Extrait Patrimoine Normand N°125.
Caricature de
Guillaume Néel.
Par Stéphane William Gondoin.

 

Lui aura échoué à être centenaire à… un mois près ! Né un 11 février, il passe de vie à trépas quelque 99 ans, dix mois et une poignée de jours plus tard. C’est ballot… Neveu des deux Corneille, excusez du peu, il montre des dispositions dans à peu près tous les domaines de la littérature, poésie, tragédie, comédie et même philosophie. Du jus de cervelle made in Normandie que l’on peut lire, par exemple, dans les Dialogues des morts, les Entretiens sur la pluralité des Mondes, la Digression sur les anciens et les modernes… Élu à l’Académie française en 1691, il s’assoit confortablement pour un bon bout de temps dans le fauteuil n° 27. Il n’a pourtant pas que des amis en son temps, pour avoir participé à la querelle dite « des Anciens et des Modernes » aux côtés des seconds. On lui connaît notamment pour adversaires irréductibles Boileau, Racine, La Bruyère… Tous étaient ou seront membres de l’Académie. On imagine volontiers une ambiance très sympa sous la Coupole, entre toutes ces têtes perruquées et soigneusement poudrées ferraillant à coups de bons mots, de vers vachards et autres proses assassines. Rouennais d’origine, Fontenelle ferme les yeux à Paris. Voltaire dira de lui : « On peut le regarder comme l’esprit le plus universel que le siècle de Louis XIV ait produit. » Parole de connaisseur !
 



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Nathalie Baye

Nathalie Baye. Née en 1948. (© Guillaume Néel)


Extrait Patrimoine Normand N°125.
Caricature de Guillaume Néel.
Par Stéphane William Gondoin.

 

Connaissez-vous le village de Mainneville, dans l’Eure ? Son église paroissiale, placée sous le patronage des saints Pierre et Paul, abrite un trésor du XIVe siècle, une statue de toute beauté représentant le roi saint Louis. Mais la commune du Vexin peut aussi s’enorgueillir d’être le lieu de naissance de l’une de nos plus grandes actrices françaises. On la retrouve dès les années 1970 aux côtés de l’inoubliable Lino Ventura dans La gifle, de Claude Pinoteau. En 1982, elle endosse le costume de Bertrande de Rols et nous entraîne en pleine Renaissance dans Le retour de Martin Guerre, avec Gérard Depardieu. Au fil des décennies, elle s’impose comme l’une des actrices majeures du cinéma français, éclaboussant de sa classe naturelle les plateaux de tournage de Ne le dis à personne ou de L’affaire SK1. On la retrouve même à l’international, donnant la réplique à Leonardo DiCaprio dans Arrête-moi si tu peux, ou jouant le rôle de Mme de Montmirail – rien à voir avec une certaine Béatrice incarnée par Valérie Lemercier, une autre normande ! – dans Downton Abbey 2 : Une nouvelle ère. Une « french touch » outre-Manche ou une Normande à la conquête de l’Angleterre ? C’est amusant, ça nous rappelle quelqu’un… Alors « Long live the [Norman] Queen ».
 



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Le port de Carentan – Au cœur des marais du Cotentin

Vue générale du port de Carentan et de son long chenal vers la baie des Veys. (© Cédric Lemonnier)


Damien Bouet

Extrait Patrimoine Normand n°125
Par Damien Bouet.

 

L’industrie beurrière à Carentan. (© Par Pascal Radigue – CC BY-SA 4.0 – commons.wikimedia.org)
L’industrie beurrière à Carentan. (© Par Pascal Radigue – CC BY-SA 4.0 – commons.wikimedia.org)

Bien des visiteurs du Cotentin ignorent, encore aujourd’hui, l’existence d’un port à Carentan. Il est vrai que l’ancienne cité médiévale est enclavée dans les marais, relativement loin du littoral. Pourtant, dès le Moyen âge, un port est attesté à Carentan. Du fait du caractère particulier de ce coin de Normandie, le transport maritime et fluvial s’imposera très tôt pour permettre de rallier facilement les différentes bourgades des marais. En effet, jusqu’à la politique d’assèchement des marais, les voies terrestres sont impraticables une partie de l’année. Le bateau reste alors le meilleur moyen de transport pour les voyageurs et les marchandises.

­Le port prendra surtout de l’ampleur au XIXe siècle et dynamisera l’activité industrielle locale. Carentan devient alors le plus gros exportateur de beurre de France. Ainsi, l’industrie beurrière bat son plein et fait la richesse des paysans de la région.

 

Aux origines du port de Carentan

Les premières mentions du port de Carentan concernent la fin de la période médiévale. Toutefois, il est certain que Carentan a toujours bénéficié d’installations portuaires, même spartiates. Au XIVe siècle, des officiers de l’amiral exercent à Carentan, leur juridiction. L’édit d’avril 1554 instaure un siège d’amirauté dans le port. Il exerce son autorité sur tous les ports des marais, jusqu’au ruisseau de Ravenoville, signe d’une certaine vitalité. Le port n’a cependant rien à voir avec les infrastructures actuelles. Au Moyen Âge, le port principal est situé au niveau de l’actuelle rue du Quai-à-Vin, sur la rivière des Gouffres, un affluent de la Taute aujourd’hui dévié en amont de la cité. Il jouxte alors les remparts de la ville. Vers 1650, les ports de Carentan et d’Isigny expor…

 

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Armada 2023 – Le retour des géants des mers

Édition 2013. Des quais noirs de monde à proximité du Belem. (© Stéphane William Gondoin)


Stéphane William Gondoin

Extrait Patrimoine Normand n°125
Par Stéphane William Gondoin.

 

Quand la Normandie ne va pas au monde, c’est le monde qui vient à la Normandie ! Devenu un rendez-vous majeur dans notre région depuis Les Voiles de la liberté de 1989, le rassemblement de « vieux gréements » rouennais aura lieu cette année du 8 au 18 juin.

Si vous avez toujours souhaité flâner le long des quais de Seine dans une ambiance tout droit sortie du XVIIIe ou du XIXe siècle, quand de grands voiliers marchands venus des quatre coins du globe y accostaient, cette nouvelle édition de l’Armada vous permettra assurément de réaliser ce rêve. Au moment où nous écrivons ces lignes, vingt-quatre superbes « étalons des vagues », comme les auraient sûrement appelés les Vikings, sont en effet d’ores et déjà attendus en juin prochain. Il convient de leur ajouter un bâtiment de la Marine nationale (la frégate de lutte anti-sous-marine baptisée… Normandie !), un autre appartenant aux douanes françaises (le patrouilleur garde-côtes Jacques Oudart Fourmentin) et deux de la composante marine belge (les chasseurs de mines Narcis et Crocus). Le vénérable Hydrograaf (1910) est un autre invité de marque qui servit, ainsi que son nom l’indique, de navire hydrographique durant un demi-siècle à la Marine royale néerlandaise. Racheté par un particulier en 1985, ce musée flottant est aujourd’hui reconverti en bateau d’excursion depuis Amsterdam, son port d’atta…

 

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Le parc du château du Champ-de-Bataille

Le parc du château du Champ-de-Bataille. Du jardin de Le Nôtre à celui des folies. (© ADTOUR-360)


Virginie Michelland

Extrait Patrimoine Normand n°125
Par Virginie Michelland.

 

En ressuscitant le parc du Champ-de-Bataille, Jacques Garcia a remporté son pari de rendre au domaine son faste et sa grandeur. (© Virginie Michelland)
En ressuscitant le parc du Champ-de-Bataille, Jacques Garcia a remporté son pari de rendre au domaine son faste et sa grandeur. (© Virginie Michelland)

Lorsque la main de l’homme sublime l’œuvre de la nature, un jardin cultive l’harmonie jusqu’à la perfection. La résurrection du parc du château du Champ-de-Bataille marque ainsi l’aboutissement du projet de son propriétaire, Jacques Garcia, de rendre au domaine son faste et sa grandeur.

Repartir à zéro

Les jardins sont à première vue strictement contemporains du fastueux château bâti au XVIIe siècle par Alexandre de Créqui. Pourtant, si Jacques Garcia a trouvé intacte, à son arrivée en 1992, l’enveloppe extérieure de l’édifice, les jardins d’origine n’existaient plus. Seules s’étendaient de mornes et insignifiantes pelouses, entourées de cent-dix hectares de bois replantés par le onzième duc d’Harcourt en 1950.

Une page blanche s’offrait pour un esprit créatif à la mesure de celui de Jacques Garcia. Entre goût du défi, aspiration à la grandeur et sens aigu de la beauté, ce dernier entame, avec la collaboration de son jardinier en chef, Patrick Pottier, la création d’un jardin de quarante-cinq hectares ; le plus vaste jardin privé d’Europe, labellisé depuis Jardin remarquable, et inscrit monument historique. Retournons aux sources de ce projet de longue haleine, dont nul ne regre…

 

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