Les Dieppois et l’Afrique – Aux origines de la tradition de l’ivoire ?

Le château et l’entrée du port de Dieppe. « J’y viendrais en pèlerinage comme les musulmans vont à la Mecque. C’est ici la patrie des premiers navigateurs de l’Europe. » (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)


Stéphane William Gondoin

Extrait Patrimoine Normand n°125
Par Stéphane William Gondoin.

 

Les œuvres en ivoire des artisans dieppois sont aujourd’hui réparties dans les plus grands musées de la planète, comme ici au Met Museum de New York. Couteau avec sa gaine, début du XIXe siècle. (Don de John Pierpont Morgan, 1917. © The Metropolitan Museum of Art – Domaine public – metmuseum.org)
Les œuvres en ivoire des artisans dieppois sont aujourd’hui réparties dans les plus grands musées de la planète, comme ici au Met Museum de New York. Couteau avec sa gaine, début du XIXe siècle. (Don de John Pierpont Morgan, 1917. © The Metropolitan Museum of Art – Domaine public – metmuseum.org)

De nos jours, le château-musée de Dieppe abrite une collection d’environ 2000 objets en ivoire, fabriqués principalement aux XVIIe et XVIIIe siècles, quand la ville cauchoise atteignit l’apogée de sa prospérité économique. Alors dotée d’un port actif, elle abritait de très nombreux ateliers d’artisans spécialisés dans le travail de cet « or blanc ». Une tradition qui semble puiser ses origines loin dans le temps, au XIVe siècle.

Dans les années 1830, par une belle matinée d’automne, l’écrivain Louis « Ludovic » Vitet (1802-1873), futur membre de l’Académie française, s’installe tranquillement sur le banc de bois situé à l’extrémité de l’une des jetées encadrant l’entrée du port de Dieppe. Il est absorbé par le spectacle de la marée montante et l’approche d’un voilier, quand un quidam s’assoit auprès de lui : il a l’aspect d’un quaker et « son pays était écrit sur sa physionomie : il était Anglais ; […] il tenait sous le bras deux ou trois volumes, dans une main des cartes marines, dans l’autre une longue lunette. Cette lunette, qu’il me prêta avec obligeance, fut cause que je liai conversation avec lui. » Infatigable globe-trotter, l’homme avait parcouru de nombreuses contrées et il entreprend le récit de ses voyages. L’une de ses remarques pique au vif la curiosité du savant français : « Vous ne savez pas, monsieur, combien cette petite ville me touche. Voilà trois fois que je reviens du continent [nda : américain], et toujours je veux passer par ce port de Dieppe. J’y viendrais en pèlerinage comme les musulmans vont à la Mecque. C’est ici la patrie des premiers navigateurs de l’Europe. »

Surpris, Vitet interroge son interlocuteur du regard. Et celui-ci de poursuivre : « Oui, monsieur, n’en déplaise aux Portugais et à tous ces méridionaux. […] Vous, Français, comment laissez-vous depuis si longtemps ces gens-là vous dépouiller d’une gloire qui vous appartient ? J’ai la conviction que vos compatriotes, et surtout ceux de ce petit port, ont fait, sinon les plus belles, au moins les premières découvertes, et qu’ils naviguaient sur les côtes de Guinée […] trente ou quarante ans1 avant qu’un vaisseau portugais eût osé fran…

 

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1) Les Portugais ont commencé à s’aventurer dans ces parages au milieu du XVe siècle.



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Réunion sur le RLPI le 28 mars

Illustration pour la Réunion Publique sur le RLPi qui représente plusieurs maisons et des enseignes ou panneaux d'affichages

L’Agglomération Fécamp Caux Littoral élabore actuellement son Règlement Local de Publicité Intercommunal (RLPI). Le RLPI régit et encadre l’installation des publicités, des enseignes et des pré-enseignes à l’échelle du territoire intercommunal (article L.581-3 du Code de l’Environnement) : Enseigne : « toute inscription, forme ou image apposée sur un immeuble et relative à une activité […]

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Derrière « Le Rideau cramoisi » de Jules Barbey d’Aurevilly

Jules Barbey d’Aurevilly (1808-1889), lui-même un dandy. Portrait anonyme. (© Paris musées – Musée Carnavalet – www.parismusees.paris.fr – Domaine public)


Stéphane William Gondoin

Extrait Patrimoine Normand n°125
Par Stéphane William Gondoin.

 

Le Rideau cramoisi. Gravure de Félicien Victor Joseph Rops (1833-1898) pour Les Diaboliques, Belgique, 1886. (© The Los Angeles County Museum of Art – Domaine public – https://collections.lacma.org)
Le Rideau cramoisi. Gravure de Félicien Victor Joseph Rops (1833-1898) pour Les Diaboliques, Belgique, 1886. (© The Los Angeles County Museum of Art – Domaine public – https://collections.lacma.org)

Le Rideau cramoisi ouvre le recueil de nouvelles intitulé Les Diaboliques et nous plonge d’emblée au cœur de l’univers aurevillien. Dans l’atmosphère feutrée d’une diligence, deux connaissances se croisent après quelques années de séparation. Épisodique durant la première partie du trajet, leur conversation prend un tour inattendu lorsque, par une nuit sombre, la voiture s’arrête sous une fenêtre fermée d’un épais rideau rouge vif, derrière lequel on devine la faible lumière d’une chandelle.

Un huis-clos d’abord jovial, voire drôlatique, évoluant petit à petit en drame : ainsi pourrions-nous résumer en quelques mots ce Rideau cramoisi. Le narrateur de l’histoire s’en va « chasser le gibier d’eau dans les marais de l’Ouest », que l’on assimile volontiers à ceux du Cotentin, tant l’œuvre de Barbey est intimement liée à sa terre natale. Dans le coupé1 de la diligence assurant la liaison Versailles-Évreux, il retrouve une vieille relation, un personnage haut en couleur dont il préserve le relatif anonymat en l’appelant le « vicomte de Brassard ».
 

Portrait d’un dandy

La description physique et morale que Barbey nous offre de son vicomte de Brassard est un morceau d’anthologie de la littérature, à la fois drôle et féroce. Adepte du dandysme, ce courant arrivé d’Angleterre au début du XIXe siècle dans les bagages de George Brummell, de Brassard est également militaire de ca…

 

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1) Certaines diligences des messageries du XIXe siècle étaient composées de plusieurs parties : le coupé, à l’avant ; la berline, au centre ; la rotonde, à l’arrière. Des voyageurs prenaient aussi place sur l’impériale, l’étage supérieur.



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