Auteur/autrice : Patrimoine normand

Le Pont-l’Évêque – Un carré d’histoire normande

La fromagerie Martin, à Bourgeauville (Calvados), est l’une des cinq dernières exploitations à produire du Pont-l’Évêque fermier. (© Damien Bouet)


Damien Bouet

Extrait Patrimoine Normand n°135
Par Damien Bouet.

 

Le Pont-l’Évêque, fromage à pâte molle et croûte lavée, est l’un des plus anciens fromages de Normandie. Son histoire est profondément enracinée dans les traditions rurales et monastiques de la région. Il constitue aujourd’hui un témoin matériel de l’histoire normande et des traditions fromagères françaises.

Des abbayes à la paysannerie ­

Dès le XIIe siècle, les abbayes cisterciennes à l’ouest de Caen produisent un fromage appelé angelot, considéré comme l’ancêtre direct du Pont-l’Évêque. Les moines jouent alors un rôle central dans le perfectionnement des techniques de fabrication, en combinant savoirs empiriques et gestion rigoureuse. L’angelot se distingue des autres fromages par sa pâte molle et son affinage humide, typique des régions à forte hygrométrie. Vers 1230, Guillaume de Lorris écrit : « Les bonnes tables étaient toujours garnies au dessert de fromages angelots ». Progressivement, les fermes locales vont s’approprier la recette. Ce fromage s’échangera sur les marchés locaux et participera à l’économie locale.

Largement apprécié par les Parisiens au XVIe siècle, les mentions du fromage « de la ville de Pont-l’Évêque » se multiplient au XVIIe siècle. En 1622, l’écrivain normand Hélie le Cordier lui dédie un poème : « […] Tout le monde également l’aime car il est fait avec tant d’art que, jeune ou vieux, il n’est que crème. » Progressivement, le fromage va se standardiser. La forme carrée est adoptée pour le distinguer des autres productions locales. L’affinage est réalisé en cave humide, ce qui favorise le développement d’une croûte lavée à la flore bactérienne spé…

 

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Le domaine de Champeaux – Un écosystème unique et inclusif

Le manoir de Moïr correspond à l’actuel manoir situé au cœur du domaine de Champeaux. (© Viriginie Michelland)


Virginie Michelland

Extrait Patrimoine Normand n°135
Par Virginie Michelland.

 

Devenue propriétaire en juillet 2020 du domaine de Champeaux, un site de neuf hectares aux portes de Bernay, l’association Accés veille sur un « écosystème unique, durable et inclusif » unique en son genre. Découverte…

Un peu d’histoire

L’association Accés souhaite restituer à ce vaste domaine agricole son aspect de ferme traditionnelle du XIXe siècle. Un hommage à la Normandie ancestrale, inscrit dans une histoire entamée au XVIe siècle par la famille de Malleville. Trois entités se distinguent : la terre de Champeaux et son manoir, le manoir des Bruyères, et celui de Moïr – pièce-maîtresse de l’actuel domaine – bâti en 1622.

En juin 1742, au décès Charles-Hector de Malleville, leur père, Anne de la Bardouillère et sa sœur cadette, Françoise de Nollent, se partagent les trois manoirs. L’aînée se réserve celui de Moïr, vendu en 1745 à Jean Boivin, marchand bernayen, qui complète un peu plus tard son acquisition avec le manoir de la terre de Champeaux. La famille Boivin, devenue Boivin-Champeaux sous le Second Empire, embellit et agrandit l’ensemble. Jean-Charles Boivin fait ainsi surélever le manoir et planter des bois. Son fils Charles (1796-1875) acquiert de nouvelles parcelles et fait passer le domaine de douze à cent hectares en y inté…

 

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La mémoire du fer – Terres rouges entre Laize et Laizon

Saint-Germain-le-Vasson. Le carreau de Soumont, abandonné par la Société des mines de Soumont à la fin des années 1980, est aujourd’hui reconverti en musée de la Mine. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)


Mireille Thiesse

Extrait Patrimoine Normand n°135
Par Mireille Thiesse.

 

L’aventure minière du bassin de Saint-Germain-le-Vasson à Soumont-Saint-Quentin, entre la rivière Laize et le Laizon, est une aventure géologique, technique et humaine qui dure environ un siècle. De concessions privées en sociétés qui fusionnent, avec l’aide de capitaux d’outre-Rhin et une main-d’œuvre en majorité polonaise, la vie locale bouleversée sépare « les gens du fer des gens de la terre ».

­­Un siècle d’exploitation minière

Du Couchant au Levant, entre les failles de la Laize et du Laizon, au sud de Caen, le synclinal d’Urville – dont les plissements en creux de l’époque hercynienne, il y a 300 millions d’années, sont orientés de l’ouest-nord-ouest vers l’est-sud-est – comporte une alternance de couches schisteuses et de grès armoricains. Ces roches apparaissent lors de l’érosion des anticlinaux, puis sont recouvertes à l’ère secondaire de couches calcaires. Le synclinal a la forme d’une « cuillère longue de quinze kilomètres d’est en ouest » et s’étale sur une largeur de sept kilomètres, au nord de Potigny. En surface, les couches d’hématite, concentrées en oxyde de fer, sont le plus accessibles aux extrémités du synclinal d’Urville et affleurent notamment à Barbery où des traces d’extraction de l’époque gallo-romaine subsistent. Leur exploitation industrielle débute à l’aube du XXe siècle. Entre les schistes noirs à caly…

 

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La Licorne royale à Lyons-la-Forêt

Étoilé depuis 2014, Christophe Poirier joue les terroirs normands par excellence. (© Jean-Luc Péchinot)


Jean-Luc Péchinot

Extrait Patrimoine Normand n°135
Par Jean-Luc Péchinot.

 

« La plus belle hêtraie de France »… dans « l’un des plus beaux villages de France » : le décor est planté. À Lyons-la-Forêt, aux portes du Vexin normand, La Licorne royale se révèle impériale tant tout n’est là que « luxe, calme et volupté ».

Onze mille hectares d’hêtres heureux. Pour certains, d’une hauteur vertigineuse. Cette verte cathédrale, jadis royale, serait la plus belle hêtraie de France, voire d’Europe. Une, en tout cas « plus grande forêt de Normandie » qui tient de l’écrin pour ce nid de pierres précieuses qu’est la petite cité de Lyons-la-Forêt, « fleur d’or des villes et villages fleuris ». On est là à trente-cinq kilomètres à l’est de Rouen, dans l’un des plus beaux villages de France sous le charme duquel sont tombés, bien après Guillaume le Conquérant, saint Louis et d’autres grands noms des royaumes de France et d’Angleterre, maintes grandes signatures, de Jules Michelet à Jean Renoir, et de Maurice Ravel à Claude Chabrol. Comment ne pas s’extasier sur la splendeur des maisons de briques et colombages de ce lieu de villégiature dont les imposantes halles du XVIIIe siècle à charpente de bois sont un so…

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Cany-Barville – Au pays de Louis Bouilhet

Le château de Cany-Barville, superbe bâtisse de style Louis-XIII. (© Stéphane William Gondoin)


Stéphane William Gondoin

Extrait Patrimoine Normand n°135
Par Stéphane William Gondoin.

 

Il était une fois une commune rurale nichée au fond de la vallée verdoyante de la Durdent, l’un de ces minuscules fleuves côtiers cauchois entaillant profondément le socle du plateau calcaire entre Fécamp et Dieppe. Née en 1827 de la réunion des deux anciennes paroisses éponymes, elle a hérité de leurs histoires respectives et peut s’enorgueillir de la célébrité de l’un de ses enfants.

De nombreuses découvertes archéologiques réalisées aux XVIIIe et XIXe siècles semblent attester de l’existence d’un centre de peuplement secondaire à l’époque gallo-romaine, à l’emplacement actuel du cœur du bourg. Il s’agissait peut-être d’un vicus routier et commercial – selon une intuition de l’abbé Cochet (1812-1875), pionnier de l’archéologie en Normandie –, établi au carrefour d’une voie menant de Grainville-la-Teinturière à la mer et d’une autre partant de Fécamp pour rejoindre le nord de la Gaule

 

Sous l’Ancien Régime

Les premières mentions connues de Cany comme de Barville remontent à la seconde moitié du XIIe siècle, sous le principat en Normandie d’Henri II Plantagenêt (1150-1189). Une dame « Addelicie de Caneio » (Alix de Cany) apparaît vers 1150 dans des actes en faveur de l’abbaye de Jumièges et du prieuré Sainte-Foy de Longueville-sur-Scie. On trouve par ailleurs un « Hugo de Barrevilla » et un « Willelmus de Barrevilla » en 1170, dans la liste des témoins d’une donation du sieur Richard de Canville (à une quinzaine de kilomètres à l’est), en faveur de la même abbaye de Jumièges. Au fil de la docu…

 

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Les Deux Amis – La renaissance d’un cordier cherbourgeois

Les Deux Amis, actuellement en restauration à Port-en-Bessin. (© Damien Bouet)


Damien Bouet

Extrait Patrimoine Normand n°135
Par Damien Bouet.

 

Depuis 2020, le cordier Les Deux Amis, ex Grandcopaise, est restauré dans les ateliers du Chantier Naval Bernard de Port-en-Bessin. Ce rare témoin de la pêche normande et de la charpenterie navale traditionnelle constitue un élément emblématique du patrimoine maritime normand.

De Cherbourg à Grandcamp

Pour faire face à la demande nouvelle et à la redynamisation du port, les chantiers cherbourgeois Barbanchon & Doucet lancent la construction d’un nouveau cordier pour Charles Doucet et Jules Houtteville, pêcheurs barfleurais. Le bateau est mis à l’eau en 1949, immatriculé comme « Dundee à voile et moteur » sous le matricule CH 3896 et baptisé Les Deux Amis. Il jauge au neuvage près de 21 tonnes, mesure 14,65 mètres de long et 4,66 mètres de large pour un tirant d’eau de 2,60 mètres. Il est équipé d’un moteur Baudouin de 65 ch.

Le bateau est construit pour la pêche aux cordes. Initialement basé à Cherbourg, l’équipage pêche en baie de Seine, mais aussi au large du Devon, dans la baie de Torbay, au sud-est de l’Angleterre. Dans les années 1970, le navire part à Grandcamp et il est modifié pour la pêche au chalut latéral et la drague, activité importante de ce port. Il est renommé Franck-Yannick et prend le matricule CN 169300. L’équipage, composé de trois ou quatre marins, alterne pêche au chalut et à la co…

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Étienne Fossey, dernier pêcheur à la corde de Cherbourg

Étienne Fossey à bord de son nouveau bateau de pêche Résilience, spécialement aménagé pour la pêche à la corde. (© Damien Bouet)


Damien Bouet

Extrait Patrimoine Normand n°135
Par Damien Bouet.

 

À contre-courant des pratiques industrielles, Étienne Fossey maintient la pêche à la corde à Cherbourg. Avec son catamaran Résilience, il incarne une pêche exigeante, sélective et fidèle à l’héritage des anciens cordiers.

À 29 ans, Étienne Fossey s’inscrit dans la longue tradition des cordiers cherbourgeois et perpétue la pêche à la palangre. Patron du dernier bateau de la rade à pratiquer cette technique tout au long de l’année, il reste fidèle à un savoir-faire développé dans le nord-Cotentin par les anciens pêcheurs. « Il n’y a jamais eu d’autres ports qui ont fait les cordes telles que nous on les pratique, avec des grosses cordes de gros diamètre pour cibler certaines espèces. C’est propre à Cherbourg, Barfleur et Saint-Vaast », précise-t-il.

Issu d’une famille d’agri- culteurs, Étienne se tourne pourtant vers la mer, attiré par la liberté, mais aussi par une culture du travail où règnent solidarité et égalité à bord. Entré dans la profession comme simple matelot, il suit en…

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La pêche à Cherbourg – Entre tradition et enjeux actuels

Bateaux de pêche dans le port de Cherbourg. Aujourd’hui, 5000 tonnes de poisson transitent par la criée. La flotte de pêche comprend 7 unités hauturières et 50 navires de pêche côtière. (© Damien Bouet)


Damien Bouet

Extrait Patrimoine Normand n°135
Par Damien Bouet.

 

Cherbourg apparaît aujourd’hui comme un port de pêche majeur en Normandie, une vocation pourtant récente à l’échelle de l’histoire de la cité cotentine…

Aux origines de la pêche à Cherbourg

Au Moyen Âge, la pêche est une activité marginale pratiquée par quelques locaux pour leur subsistance, comme en témoignent les quelques droits de pêche accordés au XVe siècle. La ville est alors avant tout une place forte, davantage tournée vers des ambitions militaires. En 1687, deux bateaux sont armés pour la chasse à la baleine, mais l’activité est fortement concurrencée par les équipages basques et disparaît à la fin du XVIIe siècle. La pêche tend à s’intensifier au XVIIIe siècle, notamment après la construction du bassin du Commerce. Barfleur reste néanmoins le principal port de pêche du Cotentin et concentre 255 pêcheurs, contre 123 à Cherbourg. L’activité est exclusivement côtière et se pratique avec des embarcations modestes.

Les armateurs cherbourgeois ne s’intéressent guère à la grande pêche, contrairement à Granville, Honfleur, et surtout Dieppe. En 1734, seuls trois bateaux sont armés pour pêcher la morue à Terre-Neuve, et le dernier terre-neuvier appa…

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La commanderie de Courval – À l’aube d’une renaissance

Commanderie de Courval. La chapelle date, pour ses parties les plus anciennes, de la seconde moitié du XIIe siècle. (© Stéphane William Gondoin)


Stéphane William Gondoin

Extrait Patrimoine Normand n°135
Par Stéphane William Gondoin.
 
 

Nichée au cœur du Bocage virois, l’ancienne commanderie templière de Courval s’apprête à entrer de plain-pied dans le troisième millénaire, après une longue période de sommeil et d’oubli. Guilleaume et Virginie Van Torhoudt l’ont achetée en novembre 2021 et entendent offrir une nouvelle vie à cette vieille dame qui a connu bien des vicissitudes.

« Les gens d’ici sont très attachés à ce site sans forcément bien connaître son histoire, explique Guilleaume Van Torhoudt. Ils savent qu’il s’agit de la plus ancienne ferme de ce secteur et ils en ressentent une certaine fierté. On venait là auparavant faire des photos pour les grands événements de l’existence, des mariages par exemple, et chacun a au moins un souvenir qui le relie à elle. Nous avons compris ce qu’elle représentait dans le cœur des habitants du Bocage lorsque nous l’avons ouverte pour la première fois au public en 2022, à l’occasion des Journées européennes du patrimoine : cinq cents visiteurs, curieux de nous rencontrer et d’en apprendre davantage sur notre projet. » Et quel projet !

 

Une chapelle comme point de repère

Mais avant de parler de l’avenir, évoquons le passé. Nous ignorons tout des conditions exactes de la fondation de la commanderie de Courval. On présume néanmoins que les seigneurs de Vassy n’y sont pas étrangers, dans la seconde moitié du XIIe siècle. Comme l’explique fort bien Michel Miguet, certains détails architecturaux de la chapelle permettent en effet d’établir une fourchette chronologique : « Les deux travées orientales, les plus an…

 

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Les Templiers – De l’histoire au mythe de Gisors

La motte castrale et le shell keep de Gisors, dominés par une haute tour maîtresse. (© Stéphane William Gondoin)


Stéphane William Gondoin

Extrait Patrimoine Normand n°135
Par Stéphane William Gondoin.
 
 

Octobre 1307. À l’aube de ce vendredi 13, jour depuis lors frappé du coin du malheur, Jean de Verretot, bailli de Caen, s’occupe en personne de la commanderie de Baugy. Des auxiliaires sûrs se présentent quant à eux à Bretteville-le-Rabet, Voismer, Courval et Louvigny, les autres commanderies de son ressort. Le premier acte d’un drame qui durera plus de six ans.

Les consignes sont claires : procéder à l’arrestation des templiers, chevaliers (nobles) ou sergents (non nobles), et recenser les biens de la commanderie. Dans le bailliage de Verretot, on interpelle un seul chevalier (Gautier de Bullens, à Voismer) et douze sergents, expédiés en prison à Caen. On dresse un inventaire complet de ce que l’on a saisi sur place. Adieu veaux, vaches, cochons, mais aussi moutons, chevaux, céréales des granges, tonneaux de vin, vaisselle, outils, draps…

 

Pour quels motifs ?

Certains reprochent bien des choses, et depuis longtemps, aux membres de la – désormais – feue « armée de Dieu », à commencer par leur responsabilité dans la perte de la Terre sainte, sans rien faire – dit-on – pour tenter de la récupérer. On dénonce surtout leur insatiable cupidité, à l’image du troubadour Despol qui, excusez du peu, convoque Dieu en personne et place dans sa bouche cette condamnation : « les temples et hospitaulx [templiers et hospitaliers, confon…

 

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Les Templiers en Normandie – Histoire d’un grand mythe

Les Templiers en Normandie. (Éditions Spart © Patrimoine Normand­­­­)


Stéphane William Gondoin

Extrait Patrimoine Normand n°135
Par Stéphane William Gondoin.
 
 

Le 27 novembre 1095, le pape Urbain II exhorte à Clermont la noblesse occidentale à se mettre « en route sous la conduite du Seigneur », afin d’arracher la Terre sainte des mains des « infidèles ». Cet appel précipite, l’année suivante, des milliers de guerriers sur les chemins menant vers Jérusalem, à l’image du duc de Normandie Robert II Courteheuse (1087-1106). Le 14 juillet 1099, ces « croisés », comme on les appellera bien plus tard, s’emparent de la ville, se livrant au passage à un carnage.

Les pèlerins occidentaux affluent désormais en Terre sainte, persuadés d’aller marcher dans les pas du Christ en toute sécurité. Fausse sécurité… Jacques de Vitry, évêque de Saint-Jean-d’Acre (1216-1226), explique dans son Histoire orientale que des « brigands et des ravisseurs infestaient les routes publiques, tendaient des embûches aux voyageurs qui s’avançaient sans défiance, en dépouillaient un grand nombre et en massacraient aussi quelques-uns ». Vers 1120, en réaction à ces périls, neuf chevaliers, menés par Hugues de Payns et Godefroy de Saint-Omer, « renonçant au monde et se consacrant au service du Christ, s’astreignirent par une profession de foi et des vœux solennels, prêtés entre les mains du patriarche de Jérusalem, à défendre les pèlerins contre ces brigands et ces hommes de sang, à protéger les routes publiques, à combattre pour le souverain Roi, en vivant comme des chanoines réguliers dans l’obéissance, la chasteté et sans propriété ».

La société médiévale est traditionnellement divisée en trois ordres : d’abord, ceux qui combattent par les armes, ensuite, ceux qui prient et, enfin, ceux qui travaillent pour nourrir tous les autres. On assiste donc ici à une fusion des deux premiers, dans une paradoxale communauté de guerriers-religieux. « Comme ils n’avaient pas encore d’église qui leur appartint, ni de résidence fixe, ajoute Jacques de Vitry, le seigneur roi [N.D.A. : Baudouin II (1118-1131)] leur accorda pour un temps une petite habitation dans une partie de son palais, auprès du temple du Seigneur. […] Et comme ils eurent dé…

 

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DOSSIER « LEs Templiers en Normandie » (17 pages) :


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La Fabrique de patrimoines en Normandie

Restauration d’un tableau par l’une des spécialistes du Labo, reflet de la palette d’actions menées par la Fabrique de patrimoines en Normandie. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)


Damien Bouet

Extrait Patrimoine Normand n°135
Par Damien Bouet.

 

Créée en 2015, la Fabrique de patrimoines en Normandie s’est imposée comme un acteur incontournable de la conservation et de la transmission du patrimoine régional. Héritière de la fusion du CRéCET et de Normandie Patrimoine, elle se distingue en réunissant sous une même bannière un réseau de musées, un ethnopôle dédié à l’ethnologie en Normandie, et un laboratoire de conservation, restauration et imagerie scientifique.

Un service public culturel

Établissement public de coopération culturelle placé sous la co-tutelle de l’État et de la Région, la Fabrique – dirigée par Benjamin Findinier –s’adresse prioritairement aux institutions publiques et aux associations à but non lucratif, mais elle offre également son expertise au secteur privé et aux particuliers. Son champ d’intervention se concentre sur les biens mobiliers et le patrimoine immatériel ; elle n’intervient pas sur les édifices ou l’immobilier, dont le diagnostic reste du ressort des services des monuments historiques de l’État.

Ses missions vont du conseil en conservation préventive à l’appui scientifique et à la restauration d’œuvres. Par ailleurs, elle assure l’organisation d’un réseau de 140 musées normands, une meilleure connaissance des patrimoines ethnographiques et la diffusion de ces sa…

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