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Journal des luttes de l’Ouest #01

La Confluence des luttes de l'ouest s'élargit : Le village du peuple de Donges

Après un we nantais de retrouvailles, un petit convoi s'est rendu en visite de soutien à La Petite Lande de Donges, au Village du peuple.

Dans ce lieu réquisitionné il y a plus d'une année, à la suite de l'Assemblée des assemblées à la maison du peuple Nazairienne, nous avons trouvé un accueil chaleureux plein de surprises.

Un écrin de verdure niché entre 9 sites seveso où une dizaine d'habitants résistent encore et toujours à l'envahisseur : une enième ZAC (zone d'aménagement concerté). Ici, iels essaient de préserver pas moins de 50 hectares abritant des zones humides, des menhirs, blockaus, arbres remarquables etc.

On y trouve une petite ferme pédagogique, un pressoir, un ancien four à pain, une grande maison collective et un lieu d'accueil pour les soutiens de passage.

La CARENE, (société privée) porte ce projet destructeur, un agrandissement des industries gigantesques déjà présentes sous le nom d'éco park. Donges est déjà une zone industrielle très polluante où le taux de cancers est nettement supérieur à la moyenne nationale. Il est urgent de s'opposer à ce rajout de vapeurs toxiques.

Les habitant.es invitent celles et ceux qui entendent préserver la vie et empêcher la bétonisation chaque mercredi à 18h pour les réunions ouvertes.

Iels souhaitent faire de cet endroit un lieu de vie et d'entraide, de production vivrière et d'accueil.

Ce 8 juillet, le tribunal d'instance de Saint-Nazaire a tranché et l'expulsion a été décidée pour octobre 2020. Préparons nous à les soutenir !

Tenez vous au courant via leur site internet : levillagedupeuple.noblogs.org

Le projet de surf park en suspens ?

Entre Nantes et Saint-Nazaire, à Saint-Père-en-Retz, des investisseurs ont le projet de construire un surf park à 10 km de l'océan depuis 2018.

Les chiffres font tourner la tête : piscine de 200m de long sur 85 de large, coût estimé à 15 millions d'euros, 400kWh de consommation énergétique soit l'équivalent en une heure de la consommation d'un foyer moyen en un mois, 50 000 m3 d'eau potable pour remplir le bassin, 9 hectares de terres agricoles bétonnisées, etc...

Face à l'absurdité écologique du projet, l'opposition s'est vite organisée. Le collectif ZAP la vague appelle en juillet 2019 à une semaine d'occupation. Les militant.es se retrouvent attaqué.es par des fachos sans que les gendarmes réagissent et doivent changer de lieu. Cela n'a pas empêché le collectif de rappeler à un week-end de convergence des luttes en Septembre 2019 qui inspirera les week-end de confluence des luttes du collectif Laisse Béton.

Après une semaine de chantiers organisée en octobre 2019, les opposant.es apprennent que le projet est repoussé d'un an : prévu initialement en 2020, il est repoussé alors en 2021. L'occupation n'est plus nécessaire et les modalités d'action changent. A Nantes, des marches pour le climat passent devant le cabinet d'un promoteur du projet en décembre et janvier.

Depuis, le Covid-19 est passé par là et le projet est repoussé à 2022 et les promoteurs se font discrets. Surtout après que le département et le préfet ont demandé des précisions sur un projet encore très flou. Le collectif nantais contre le surf park reste alerte en cas de nouvelles informations. N'hésitez pas à vous abonner à leur newsletter en envoyant un mail à zaplavague [at] protonmail.com.

Squat féministe à Strasbourg : la pigeonne

Mais on a pas dit que c'était les luttes de l'Ouest ? Strasbourg, on ne sait pas vraiment où c'est, certain.e.s la situent de l'autre côté du Rhin, cette frontière qui n'a rien de naturelle (spéciale dédicace aux biorégionalistes !). En fait non, c'est toujours dans ce qu'on appelle la France ou plutôt la fRance ! Peu importe, rien de tel que de créer des ponts géographiques et militants pour nous rendre encore plus fort.e.s ! C'est pourquoi des personnes du squat La Pigeonne de Strasbourg sont venues afin de nourrir les liens déjà existants entre nos luttes et de participer aux réflexions en cours.

A la Pigeonne, ce sont des femmes et personnes queers, féministes, précaires, exilées et marginalisées à plusieurs niveaux qui occupent un bâtiment délaissé depuis plusieurs années. Depuis le 27 février 2020, La Pigeonne est devenue un squat d'habitation et d'organisation en mixité choisie (sans hommes cisgenres, c'est-à-dire sans hommes dont le genre ressenti correspond au sexe assigné à sa naissance). En tant que femmes et personnes queers, nous sommes cibles de violences à la fois physiques, sexuelles, économiques, sociales et administratives. Nous subissons davantage la pauvreté et la précarité. Nous revendiquons notre droit inconditionnel à avoir un toit. Nous trouvons aberrant d'être à la rue, de manquer de soins ou de nourriture tandis que les possédants gaspillent et continuent de s'enrichir. La précarité n'a jamais été un choix pour personne. Elle est le résultat d'une volonté politique, organisée et réaffirmée des dominants pour entretenir une classe exploitable. Ni les institutions ni les patrons ne veulent notre autonomie. Au contraire ils participent quotidiennement à notre précarisation.

Dès lors, nos priorités sont de nous mettre à l'abri, de construire des solidarités entre nous, de dénoncer ensemble une société patriarcale et un système économique qui sacrifie les plus vulnérables. Pour une transformation sociale et l'émancipation de toutes les femmes et personnes queers, nous privilégions des initiatives faites par nous et pour nous.

Face à l'incompétence de l'État, la violence de ses institutions, et sa répression policière sexiste, queerphobe et raciste de plus en plus violente et systématique, nous nous organisons. Nous occupons l'espace qu'on nous refuse.

Sur les ZAD aussi, nous arrachons aux puissants des espaces qu'ils veulent s'approprier et détruire pour leur unique profit. Sur les ZAD et dans les squats, nous combattons concrètement le principe de propriété privée. Nous reprenons les richesses qu'on nous vole et qui sont nécessaires à notre survie. La vie collective et solidaire s'y organise dans une perspective d'autonomie.

Le capitalisme exploite les femmes et minorités de genre, les personnes racisées, les pauvres et la nature pour le profit de qui ? toujours les mêmes : des hommes cis blancs riches. Sur une ZAD, on lutte contre un projet d'aménagement ET son monde raciste, sexiste, homophobe, transphobe, classiste, validiste, spéciste... On constate néanmoins que même dans ces milieux, les oppressions de tous types perdurent. Les exemples ne manquent pas, des agressions au racisme ordinaire... On peut entendre que les femmes ne devraient pas ouvrir de squat ou participer aux actions et ça passe ! Un mec cis blanc peut prendre l'accent africain et ça passe ! Un mec cis blanc peut agresser une personne trans ou une femme et ça passe ! Sans parler de comportements beaucoup plus « ordinaires » comme ne pas participer aux tâches quotidiennes, prendre beaucoup la parole en réunion et ainsi invisibiliser d'autres personnes et leurs idées ou encore remettre la faute sur les personnes oppressées qui n'ont « qu'à prendre la place »... Beaucoup d'entre nous se disent anarchistes.

L'anarchisme c'est lutter contre tout rapport de domination en fait, c'est pas « juste » ni dieu ni maître. Autant conscientiser les rapports de domination qui se jouent quoiqu'il arrive même au sein de nos milieux et travailler à les combattre. « Pour avoir des privilèges, pas besoin de faire l'aumône, tu nais avec ou sans même si t'es anarcho-autonome » comme dirait le groupe de rap Mosca.

Parce que nous ne détruirons pas le capitalisme sans détruire le racisme, le classisme et le patriarcat, nous continuerons de travailler à créer des ponts entre nos luttes, à décortiquer tous les schémas d'oppression et à se battre contre eux, même si c'est parfois douloureux. L'avenir des luttes est dans la convergence.

Anti Capitalisme Anti Patriarcat
ACAB cependant
ZAD et squats partout

Pierre prend des vacances, pas nos camarades !

Le dernier week end de confluence nous a permis de rencontrer des camarades de la ZAD de Roybon en Isère. Pour les remercier, un petit état des lieux de leur lutte s'impose, particulièrement dans le contexte qui est le leur aujourd'hui !

Cette Zone A Défendre, dont l'occupation physique va fêter son sixième anniversaire en Novembre-Décembre prochains est née et vit dans la forêt de Chambaran depuis 2014. Elle résiste à l'implantation du sixième Center Parcs Français, dont André Vallini, à l'époque président du Conseil général de l'Isère, avait appuyé le projet porté par le groupe « Pierre et Vacances » : Modernité & Développement oblige.

J'suis dans mon Jacuzzi, t'es dans l'autonomie

C'était donc 200 hectares de forêt qui devaient être impactés par un projet détruisant, retournant, creusant, bétonnant la terre sur 123 hectares pour y construire de superbes petits cottages, un bowling, des restaurants ,des commerces et une zone aquatique protégée par une énorme bulle géante maintenue à 29° toute l'année.
On aurait pu bientôt se laisser glisser sur les superbes tobogans-jaccuzis-hydrobétonnés-à-impulsions-électroluminécentes, le tout naturellement à « impact écologique positif » pourrait-on dire aujourd'hui [1]. Bref, l'allégorie de la bulle libérale autocentrée et autosuffisante (type Mall américain), bulle d'asphalte dystopique coulée au milieu d'une forêt classée en tant que Parc Naturel et Zone Naturelle d'Intérêt Ecologique, Faunistique et Floristique (ZNIEFF). Rien que ça, et le tout pour la modique somme de 390 millions d'euros payés par la collectivité.

Prise de terres

Ce bijou d'industrie touristique aurait pu voir le jour si le 30 novembre 2014 de dangereux anarcho-autonomes tout rouges, mangeant des couteaux et tenant des enfants entre leurs dents (ou l'inverse) n'avaient pas eu l'idée de pénétrer illégalement sur les lieux, prenant en plus « La Marquise » (bonjour la symbolique !), maison forestière en dur renommé « La Maquizad » pour l'occasion.

La semaine suivante, les opposant.es empêchèrent la poursuite des travaux et les entreprises retirèrent leurs engins de chantier. Malheur, 40 hectares de forêt avaient été préalablement massacrés.

Rappelons quand même que si les tenants de l'action directe parviennent comme souvent à une efficacité certaine, le contexte d'une bataille légaliste depuis 2007 leur à aussi permis de s'ancrer sur les lieux : la PCSCP [2], association locale émettant des recours contre lesautorisations administratives de la préfecture depuis 2010. La conjonction d'une diversité de tactiques était en vigueur, légales comme illégales [3].

Coté juridique : la fin d'un énième GPII, l'abandon d'un projet destructeur est il une victoire ?

S'en est alors suivi une longue traversée du désert juridique pour les porteur.euses de ce Grand Projet Inutile voulant s'Imposer (GPII), baladé.e.s de tribunaux en tribunaux, essuyant les refus, jusqu'à ce que mercredi dernier, on puisse observer avec admiration le dernier jeté d'éponge de Pierre et vacances, tant la longueur des recours juridiques mêlée à la ténacité des copaines Zadien.e.s était décourageante ! Conséquence ? La lutte acharnée finit par payer : bravo les copaines et ZAD PARTOUT !

Mais l'abandon d'un projet est il suffisant pour crier victoire lorsque l'on tente en même temps d'inventer nos vies hors du système ultra-capitaliste, dont l'impérialisme exige en permanence de transformer chaque parcelle de nature et d'humanité en planche a billets ? Pas si simple : pour certain.e.s Zadien.e.s une victoire ressemblerait plus à l'autonomisation écologique définitive de cette zone occupée, plutôt qu'a un départ immédiat conséquent à l'abandon d'un projet ridicule, départ qui laisserait en plan cinq années d'approfondissements et d'inventions d'une vie expérimentale avec, et à l'intérieur de la nature dans la forêt des Chambaran.

Continuités de la lutte et appel à soutien.ne.s

Si jusqu'au 8 juillet 2020, date de la rédaction de cet article, aucune procédure d'expulsion n'était connue des Zadien.ne.s vivant sur les lieux et que les rapports avec la gendarmerie locale étaient relativement inexistants, il est logiquement à attendre que pour les copaines sur zone, les choses risquent de se corser sous peu : une procédure d'expulsion est à attendre, et dans quelques semaines voir jours, l'intervention des bleus à craindre.

Malgré cela et vous l'aurez compris, l'idée d'une zone d'autonomie définitive trotte depuis quelques temps dans leur tête, et de jolies inventions en cours ne demandent qu'a se poursuivre : pour exemple, le potager en permaculture ne souhaite pas autre chose que de continuer à donner ses légumes, les ateliers en tout genre à être tenus, et les cabanes à être construites (d'ailleurs un appel est passé pour la construction en mixité choisie d'une cabane non mixte !). L'idée c'est donc déjà de continuer d'œuvrer à la construction d'une zone propre énergétiquement, dans un confort de vie pas négligeable, à la fraîche entre les grands pins protecteurs.

Alors viendez nombreux.ses pour soutenir les copaines sur zones le plus tôt, et le plus longtemps possible !

ZAD PARTOUT.ES !

Des nouvelles de la ZAD de la Dune au 30/07/2020

Un mégalo, une ZAD, un jardin

Le 6 octobre 2019, après une belle manifestation ayant déambulé dans les rues de Bretignolles-sur-mer en Vendée, ayant rassemblé environ 2500 personnes, des participant.e.s décident de rester sur les lieux après une assemblée de quelques minutes seulement. L'occupation d'un terrain privé voué à l'expropriation ne durera pas moins de six mois, et s'auto-baptisera la « ZAD de la Dune ».

Contexte

Ce projet contre lequel habitant.e.s et Zadien.ne.s se sont battu.e.s, était celui d'un port de plaisance, comprendre : la construction d'une marina de 900 anneaux réservée naturellement, à une élite locale et vacancière. Un port en pleine terre dont la construction allait « artificialiser » une zone naturelle « remarquable » classée ZNIEFF II [4] et loi littoral de 15 hectares. Concrètement, cette « artificialisation » (l'autre mot pour dire saccage environnemental) allait consister à ouvrir une dune en deux sur 600 mètres de long vers les terres, 150 de large et jusqu'à 15 mètres de profondeur. Le tout pourquoi pas à la dynamite [5], et dont les gravas devaient être jetés dans une ancienne carrière remplie naturellement d'eau douce et pleine de vie, à quelques centaines de mètres de la dune. Simple, basique.

Et en plus, entre autres joyeusetés – comme une accélération de l'érosion sédimentaire – un risque assuré de salinisation des nappes phréatiques, dans un département en zone sécheresse un an sur deux, voir en « état de catastrophe naturelle » pour les mêmes raisons...

Mais comme souvent, (sauf depuis l'annonce du gouvernement de 78 Zones A Détruire « Clés en mains » pour l'implantation de gros projets industriels dans toutes les campagnes françaises), l'idée de construire un port de plaisance entre deux communes en possédant déjà un [6], n'est pas qu'une fantaisie du maire de Brétignolles, Christophe Chabot.

Il s'agissait en fait d'un projet de longue date contre lequel des associations comme Surfrider Fondation ou la Vigie, association locale dont le président sait se mettre à l'abri comme il faut, se battent depuis une vingtaine d'années en formulant des recours juridiques auprès du tribunal administratif de Nantes. Recours dits « non suspensifs » n'empêchent en aucun cas l'avancée des travaux.

Si, comme il est nécessaire de le rappeler, la conjonction de plusieurs modes d'action dans une lutte augmente considérablement les chances de victoire [7], la tendance des légalistes et du militantisme « citoyenniste » à monnayer la lutte via une longue culture du compromis [8], peut porter préjudice aux militant.e.s plus radicaux dans les contextes tendus. Cependant, la longueur procédurale générée par les recours de Surf Rider Foundation, a ouvert un espace d'action permettant le lancement d'une occupation physique et déterminée par les copaines de la Dune.

Et justement ! Le 23 septembre 2019, pris d'une frénésie destructrice sans doute très virile, et sous couvert de la communauté de communes dont il était président, le maire de Bretignolles connu pour ses coups foireux et pressions officieuses sur le voisinage, décide de lancer les travaux préparatoires. La dune est ravagée : 9000 m³ de sable sont arasés, et des centaines d'arbres sont arrachés, broyés et laissés en tas comme des trophées le long des routes avoisinantes. On admirera la taille des biceps du bonhomme, ayant outrepassé fièrement le cadre préfectoral pour aller jouer dans une dune avec les pelleteuses de ses potes…

Très mauvais plan cependant : les locaux et activistes sont en rage et leur détermination redouble d'intensité.

Naissance de la ZAD

Le 6 octobre des appels sont lancés pour passer à l'action. Le lendemain, après la manifestation dont est née l'occupation d'un terrain attenant à la dune, quelques motivé.e.s bloquent à 5h30 les engins de chantier. Il leur suffira de s'asseoir sur la route devant l'arrivée des bulldozers pour que, après quelques chamailleries avec les flics, le chantier soit arrêté pour la journée.

Le surlendemain le jeu est à peine différent quoiqu'un peu plus corsé, la mairie ayant pris soin d'embaucher une compagnie de sécurité (Actilium Sécurité, type pseudo-gros bras vidant des boites de nuit), le chantier illégal et « non sécurisé » ne permettant pas aux gendarmes pourtant en nombre d'y pénétrer. Ces derniers se contentant de traîner les opposant.e.s (aussi plus nombreux.ses) par les cheveux, le long de la route menant à la dune à protéger..

D'une dizaine de personnes le premier jour, on passe à 60 le deuxième. Soixante personnes qui deviendront le double, le triple, jusqu'au millier et plus lors des premières portes ouvertes. Effervescence vigoureuse, fourmillement d'âmes rassurant, des locaux et des locales venant apporter nombre de soutiens matériel et logistique. Les cabanes collectives ou individuelles fleurissent avec d'autres structures : Chienville, 8'6, Chatoto, l'ACABaboum, la cuizine, la salle comm(d)une et le PhareOuest,se dressant contre vents et marées, le tout en moins d'un mois.

Bientôt les bâtiments en dur attenant au terrain sont pris à l'abordage et renommés. D'abord l'HP (Haut Potentiel), puis Fuck You, en réponse à l'ancien QG des pros-ports réapproprié par les Zadien.ne.s, Le Porchenil… Plus tard les bâtiments d'une colonie de vacances entière située à quelques centaines de mètres du terrain, cette dernière ayant provoqué la panique de la mairie qui n'attendra pas longtemps avant d'ordonner son évacuation et sa destruction, là aussi à coup de pelleteuse, spécialité locale apparemment.

Précision, les bâtiments avaient été préalablement vidés par les Zadiennes, laissant Chabot et sa clique crier victoire sur un tas de gravas, après avoir expulsé des fantômes. On s'apercevra que dans son empressement, la mairie avait laissé les carottages, échantillons de terre ayant été nécessaire à une étude géologique prise très au sérieux, vu l'endroit où ils se trouvaient stockés.

Ici encore la ténacité et l'acharnement des copaines Zadien.ne.s ayant passé l'hiver dans la boue, sous les tempêtes et les pluies, à payé. C'est bien encore grâce à elleux, à l'occupation nuit et jour de cette zone que les travaux tant rêvés par Chabot et quelques bourges (ou bougres) locaux, ont été laissés en plan.

Expulsion : (Voir la belle tribune de la ZAD de la Dune pour plus d'infos)}}

La ZAD trouvera même des copaines qui y resteront durant la période de confinement, jusqu'à ce que le 8 avril, la mairie main dans la main avec la préfecture de Vendée, prétextent une altercation ayant eu lieu le matin entre deux copains et deux touristes roulant sur une route interdite à proximité de la zone, pour évacuer tout le monde.
200 Gendarmes, un hélico, des drones pour une vingtaine de camarades présent.e.s, des milliers d'euros d'argent publique dépensés, et la stratégie de la vérification d'identité générale imposée à tou.te.s les occupant.e.s et la laissant vide, fut bien appliquée.

« Main dans la main avec la préfecture », parce que cette pseudo vérification d'identité à permis aux flics d'éloigner les quelques personnes pouvant potentiellement s'opposer à sa destruction, destruction perpétrée et officieusement programmée par la maire : environ 70 locaux se rassemblèrent à son appel pour brûler les cabanes, défoncer les camions des Zadien.ne.s et s'emparer de leurs animaux pour en tuer certains par la suite, tous et toutes munies d'une attestation dérogatoire formulée par cette dernière en tant que « Participation à l'intérêt général sur demande de l'autorité administrative ».Méthodes de fachos, donc, motivées par Chabot, sous l'autorité bienveillante de la préfecture.

Abandon

Le 10 juillet 2020, au lendemain d'une réunion de la communauté de communes du pays de Saint Gilles les mairies ont enfin fait leur choix : Christophe Chabot, le petit maire de Bretignolles, à la fois feu président de la com'com' et glorieux entrepreneur d'entreprises de vérandas en plastique et autres spécialités ès béton armé, s'est enfin pris un aller-retour en bonne et due forme : son ambition de cumuler à la présidence de la communauté de communes est stoppée net de même que ses lubies urbanistiques, et les 40 millions d'euros d'argent publique insuffisants à la construction du projet serviront à autre chose.

Un moratoire est prévu par le nouveau président de la communauté de communes, avec éventuellement un référendum. On connaît le vide de sens qui fait le terreau de la novlangue politicienne ainsi que l'obsolescence de leurs outils dits « démocratiques » : François Blanchet ne s'est évidemment pas prononcé clairement contre la construction d'un port à Brétignolles, et le référendum est une vieille technique dont nous ne sommes pas dupes. Quant au moratoire, il pourrait tout aussi bien permettre de temporiser jusqu'à la révision un peu plus capitalo-verte-compatible d'un projet du même type et tout aussi absurde.

Cette novlangue via laquelle on tronçonne le sens des mots et les réalités qu'ils décrivent, comme on tronçonne les arbres centenaires sans aucune considération. Un licenciement massif pour faire du fric s'appelle désormais « un plan social », le « mensonge » n'est plus qu'une « contre-vérité » lorsqu'il concerne des velléités politicardes, une énième histoire de corruption devient une « affaire » comme celles nombreuses des Balkany, et le saccage d'une zone naturelle à la dynamite permettra l'instauration d'un port « sans aucun impact environnemental » (canard 18/09/19).

Non, Chabot et fac-similés, votre logique de compensation écologique est une mascarade, planter des arbres par dessus l'asphalte ne suffit pas pour faire une forêt !

Lignes de fuites : En cendres, tout devient po(u)ssible

Fuir le capitalisme et sa société autophage [9] dans laquelle on nous plonge à grand coups de matraques et autres stratégie du choc, c'est commencer par exemple à (re)construire nos liens avec « la Nature », aussi bien qu' avec – ou entre – nous tout.e.s,et ce très concrètement,contre la logique violente de séparation (d'autres diraient « prédation" ou "dépossession") de ce qui nous fait Humain.e.s et nous force à tendre vers les limbes dématérialisées de l'utopie libérale.

Quelques exemples entre mille : séparation entre nous et la production de notre nourriture, dépossession de nos corps au profit de schémas physiques créés par le monde de l'entreprise, dépossession de l'attention et du soin que nous devons porter à celleux qui nous ressemblent, (responsabilité accaparée par un Etat raciste, sexiste, spéciste...), qu'iels viennent de l'autre bout du monde, du trottoir d'en face, ou de l'abattoir BIO du coin...

En somme une logique qui nous sépare la réalité, de Notre réalité, au profit d'une imagede celle-ci, à la fois spectaculaire et absurde : le monde n'est pas une publicité d'entreprise qui nous propose-impose des « expériences » dans un cadre marchand obligé, narcissique et mortifère.

Bref. Contre le spectacle et son monde, nos mains, nos vies, nos émotions, nos corps, et la mama Tierra ! Enfin… Pour en revenir à Bretignolles, si l'avenir d'une Zad expulsée, brûlée en plein confinement par des imbéciles fascisés à coup de BFM et Zemmour, légitimés par l'appel officieux du maire, le tout sous le regard bienveillant et l'aide matérielle de la préfecture de Vendée devait être quelque chose, ce serait par exemple cela :

Une légende raconte qu'un beau jour de mai, la fin du confinement permettant à nouveau de légaliser au près des flics notre liberté fondamentale de déplacement, un habitant nostalgique serait revenu voir les cendres des cabanes, voir la couleur jaune ocrede cette terre séchée par un printemps presque caniculaire, voir si quelques traces d'une vie grouillante durant les jours d'hiver persisteraient encore : il découvrit avec stupeur que rien de tout cela n'était visible !

Sur la terre déshabillée par des mois de piétinements vivaces, de légumes passés et jetés aux poules, de graines mal digérées par EliZADeth (la truie libérée d'un élevage qui n'hésitait pas une seconde à pratiquer l'auto-réduction animale dans les réserves et les plats des Zadien.nes) de graines encore d'herbes aromatiques à légaliser, tombées des mains de celleux roulant leurs pétards, ou mêmes de quelques pépins échappés subtilement des toilettes sèches, de tout cela était né un jardin. Un jardin ayant poussé de lui même, sauvage et autonome. Comme nous.

Et puis, en quelques semaines, les Brétignollais.es et Bremois.es n'ayant pas perdu de temps, des enchevêtrements de cucurbitacées et de potirons d'un mètre de circonférence, sont nés des pieds de tomates et autres légumes. Et sur les cendres mêmes des cabanes qui avaient elles aussi poussées comme des champignons, un un potager collectif et gratuitest né. (Et Toc !)

Si l'on vient, on pourra se rendre compte des liens et amitiés tissés entre des voisin.e.s qui ne se connaissaient même pas quelques mois auparavant, certain.es s'investissant dans le jardin alors qu'iels n'avaient jamais osé mettre un pied sur la ZAD, on pourra filer deux trois coups de pattes et repartir avec force légumes,on pourra aussi se rappeler des soirées autour du feu à guetter les fafs en refaisant le monde, des après midis passées à jeter de la boue sur les voitures de flics faisant les kékés pendant les phases de ré/pression policières, on pourra discuter manif, radis, patates et autonomie politique...Sortie du capitalisme en fait.

Alors, sous ces conditions, on peut s'autoriser à crier victoire. On se satisfait de l'abandon d'un autre projet ridicule, et on se rappelle qu'on emmerde le vieux monde et ses angoisses d'exponentialité futile, ainsi que tous les irresponsables qui tentent encore de le faire tenir avec leurs mains mégalomaniaques à grand concours de bite, alors qu'il s'effrite et fuit de partout.
Qu'iels se rappellent qu'on arrêtera jamais le printemps avec quelques pelleteuses. Surtout pas le nôtre. « Tierra y Libertad » comme disent les Zapatistes !

ZAD PARTOUT.E.S

Post-scriptum :

Le journal des luttes a été écrit par des personnes ayant participé au week-end de confluence des luttes des 26-27 juin 2020.

La confluence des luttes de l'Ouest regroupe de nombreux collectifs comme la ZAD de la Dune, Terres Communes, Nantes Contre le Surf Park, Métropole en Lutte, Extinction Rebellion, ZAD Mobile, XR Nantes, réunis le 11 Décembre à la Maison du Peuple de Nantes, etc.

Pour plus d'informations sur la confluence, consultez son site web laissebeton.org et/ou abonnez vous à la liste de diffusion laissebeton[at]lists.riseup.net ici


[2] association Pour les Chambaran sans Center Parcs

[3] Voir Peter Gelderloos, Comment la non-violence protège l'état, Editions Libre

[4] Zone Naturelle d'Intérêt Écologique, Faunistique et Floristique de type II, qui « intègre des ensembles naturels fonctionnels et paysagers, possédant une cohésion élevée et plus riche que les milieux alentours » (site de l'INPN)

[5] Deux bancs de roche primaire très denses empêchant l'entrée des bateaux sur le tracé devaient être dynamités, puis remplacés par des récifs artificiels pour créer un chenal, permettant aux voiliers pas trop gros de rentrer à contre courant, lorsqu'il n'y a pas trop de vent et pas trop de coefficient, sans racler le fond. Enfin pas trop...

[6] Saint-Gilles-Croix-de-Vie et les Sables d'Olonnes

[7] Peter Gelderloos, Comment la non-violence protège l'état, éditions libre

[8] Des positionnements anarchistes divers et critiquables mais qui tentent de s'émanciper de la posture citoyenne (du « citoyennisme ») : on peut lire une brochure sur infokiosques, ou des articles ici et .

[9] Qui se mange (ou consomme - consume) elle même. Pour les curieux.ses voir Anselme Jappe, La société autophage. Capitalisme, démesure et autodestruction, La découverte, 2017
et/ou pour le connecté.e.

Enquêter et agir contre l’intoxication de Rouen (et du monde)

En soutien à la mobilisation nationale pour une Auto-défense populaire face aux dangers industriels, l'équipe de la revue Z et ses invités seront à Rouen le 26 septembre un an après le gigantesque incendie qui a ravagé l'usine chimique Lubrizol et les entrepôts de Normandie Logistique.

« L'événement a eu lieu à Rouen, le 26 septembre 2019, et il y avait de la fumée noire. Est-ce un accident grave ? Pas sûr. A-t-il pollué l'eau et les terres ? Les études le diront. A-t-il intoxiqué les Rouennais·es ? Cela reste à prouver. L'industriel en est-il responsable ? En tout cas, il s'excuse pour le désagrément. »
Voilà comment nous résumions la situation il y a un an, en amorce de notre enquête à Rouen. Aujourd'hui, alors que la catastrophe de Beyrouth commence déjà à passer à l'arrière-plan, on voit se répéter les mêmes mécanismes pour nous faire accepter l'inacceptable. Un an jour pour jour après l'incendie de l'usine Lubrizol, l'équipe de Z, revue annuelle d'enquête et de critique sociale, revient à la rencontre des Rouennais·es pour présenter son enquête. Des zones industrielles de Haute-Normandie arpentées de long en large, du récit, du dessin, de la cartographie pour explorer les rouages de l'industrie pétrochimique et son impunité, décrypter la gestion gouvernementale de la catastrophe, et donner la parole à celles et ceux qui luttent, syndicalistes, gilets jaunes, médecins, habitant·es de l'aire d'accueil, paysann·es et riverain·es.
Que révèle Lubrizol de l'emprise de la pétrochimie sur nos vies ? Qui protège réellement le droit environnemental ? Que nous apprennent les luttes menées par des habitant·es de la Seine-Saint-Denis et de Fos-sur-Mer ? En réponse à l'appel à une mobilisation nationale d'auto-défense populaire contre les risques technologiques, nous vous proposons d'explorer les manières d'établir des savoirs populaires et de tisser des liens entre différents combats contre l'impunité industrielle et l'intoxication du monde. Avec l'équipe de Z, ainsi que Philippe Chamaret, président de l'Institut écocitoyen de Fos-sur-Mer qui mène ses propres enquêtes sanitaires et tente de mettre en place une expertise indépendante, et Thomas le Roux, historien des pollutions industrielles et du droit environnemental.

Au programme : retour sur le numéro 13 de Z : « Fumées noires et gilets jaunes », discussion, table de presse et buffet convivial
Lieu : 26 septembre à 19h, Salle Ostermeyer, 11 avenue Pasteur (à côté de la préfecture), Rouen

© visuel : Maud Martin

Pour découvrir et commander le dernier numéro : http://www.zite.fr/parutions/z13-rouenfumees-noires-et-gilets-jaunes/
Le site de l'Institut écocitoyen de Fos-sur-Mer : https://www.institut-ecocitoyen.fr/
L'appel « Lubrizol : Notre maison brûle et nous ne regarderons plus ailleurs ! »
https://blogs.mediapart.fr/jean-marc-b/blog/090920/appel-notre-maison-brule-et-nous-ne-regarderons-plus-ailleurs

Projection de « Nation.s » à Rouen le 8/09

Un film de Florent Tillon et Hélène Magne.
La projection aura lieu en présence de Florent Tillon.

Florent Tillon et Hélène Magne ont tourné ce film pendant la campagne du referendum pour l'indépendance de 2018 en Nouvelle Calédonie. Il s'agit d'une des dernières grande colonie française, où sont opprimés les peuples Kanak depuis près de deux siècles.
À un mois du second referendum du 4 octobre, le mois de septembre 2020 sera l'occasion de faire une tournée du film avec les Kanak militants vivant en France.
Les débats ouvriront sur les formes de vie que nous désirons pour un avenir soutenable de notre monde. La critique de ce film ne porte pas seulement sur la politique française, mais contient bien une remise en cause radicale de l'Esprit Français lui-même ainsi que de la quasi intégralité de sa forme de vie. Un film décolonial et écologique.

NATION.S - BANDE ANNONCE from florent tillon on Vimeo.

La projection débutera à 19h30 à La Conjuration des Fourneaux (149 rue Saint-Hilaire à Rouen) et sera suivie d'un repas à prix libre.

Contournement autoroutier de Strasbourg : Brochures de la ZAD du Moulin

Voici des brochures rédigées par des personnes impliquées dans la lutte contre l'autoroute GCO près de Strasbourg. On s'est servi de la théorie développée par Aric Mcbay dans son ouvrage Full Spectrum Resistance afin d'analyser ce qu'on a vécu sur la ZAD du Moulin. En fait, cet ouvrage traite de différents aspects des mouvements de résistance tels que la communication, la répression, le contre-espionnage, les stratégies, les alliances etc. Ces brochures rassemblent donc des éléments théoriques mis en perspective avec la pratique que nous avons eue d'une lutte contre un projet absurde, écologiquement aberrant et ne servant que les intérêts d'une multinationale et d'élus corrompus ! Cette ZAD n'existe plus pour différentes raisons (manque de mobilisation locale principalement) et les travaux du GCO battent leur plein. Il s'agit du plus grand chantier de France à l'heure actuelle. Face à cet échec, nous espérons donner des pistes pour penser les luttes de territoires à venir et agir. En effet, les erreurs nous apprennent beaucoup ! Et il est important d'en garder une trace si l'on veut pouvoir les dépasser...
Bonne lecture à toutes et tous !

Brochures de la ZAD du Moulin

Voici des brochures rédigées par des personnes impliquées dans la lutte contre l'autoroute GCO près de Strasbourg. On s'est servi de la théorie développée par Aric Mcbay dans son ouvrage Full Spectrum Resistance afin d'analyser ce qu'on a vécu sur la ZAD du Moulin. En fait, cet ouvrage traite de différents aspects des mouvements de résistance tels que la communication, la répression, le contre-espionnage, les stratégies, les alliances etc. Ces brochures rassemblent donc des éléments théoriques mis en perspective avec la pratique que nous avons eue d'une lutte contre un projet absurde, écologiquement aberrant et ne servant que les intérêts d'une multinationale et d'élus corrompus ! Cette ZAD n'existe plus pour différentes raisons (manque de mobilisation locale principalement) et les travaux du GCO battent leur plein. Il s'agit du plus grand chantier de France à l'heure actuelle. Face à cet échec, nous espérons donner des pistes pour penser les luttes de territoires à venir et agir. En effet, les erreurs nous apprennent beaucoup ! Et il est important d'en garder une trace si l'on veut pouvoir les dépasser...
Bonne lecture à toutes et tous !

Thechangebook

Au mois de janvier dernier, nous décidions de signer et de relayer l'appel contre la cession du « point Org »[1]. C'est à cette occasion que nous avions été encouragé.e.s[] à parler de Thechangebook. Et c'est vrai qu'il fallait le faire. Alors on a mis le temps, mais voilà, on revient enfin présenter ce réseau social finalement assez unique en son genre. Un exercice qui aurait pu être facile, si nous ne croulions pas déjà sous les textes de présentation de Tcb ! Qu'est ce qui était urgent à dire, quoi réadapter, quoi zapper... De quoi s'arracher littéralement les cheveux ! Et puis on est tombé sur cette interview de Foutou'Art...

Cette interview que Foutou'Art nous avait infligée en 2016, à laquelle on avait travaillé collectivement, on la retrouve avec émotion en reconnaissant à travers les lignes les personnes qui les avait façonnées et qui, parfois, nous ont quitté.e.s.
Alors on a choisi de vous en mettre quelques extraits ci-après, vous pouvez en lire l'intégralité sur Foutou'Art. Depuis, en effet, le réseau reste fidèle à lui même, droit dans ses bottes.
Avec, en plus :

  • le peertube, qui, lui, permet de contourner un tant soit peu Ytbe,
  • la webradio , et plein de projets sympa auxquels se joindre , ou à relancer , (commeles éphémérides anarchistes qui nécessitent plus de monde). Elle se dote notamment d'une nouvelle émission, une « criée publique » qui sera diffusée à partir du vendredi 3 juillet à 17H, émission quinzomadaire (toutes les deux semaines), et pour laquelle chaque personne qui le souhaite peut envoyer ses textes à crier, ou ses enregistrements, à Radiolutte-Tcb , ou participer comme elle le souhaite.

Interview des bénévoles du réseau social alternatif « TheChangeBook » (Extraits)

Pourquoi avoir créé TheChangeBook ?

(cf détail points communs & différences avec Facebook sur le site de Foutou'Art

L'objectif était de créer un réseau militant, une plate-forme commune inter-mouvements de résistances sociales, économiques, politiques et écologiques.
TheChangeBook ressemble à un réseau social, en a toutes les fonctionnalités, mais à l'inverse de FB, il est non marchand, et sans exploitation des données personnelles (géolocalisation, email, profession, hobbies, préférences) à des fins d'exploitation commerciale.
(...)
Tcb est [...] une webzad, une zone internet à défendre, puisque fragilisée par sa résistance au modèle dominant.
Il permet par ailleurs de s'exercer à la gestion collective, à son échelle, pour, peut-être, participer à la faciliter ailleurs.
(...)
Nous défendons des valeurs humanistes de partage et non de compétition, de solidarité et non de concurrence, d'aide et non d'exploitation, de coopération et non d'individualisme, d'échange et non de monétisation, des valeurs anti-capitalistes, anti-libérales, anti-financières. Notre but est de remettre l'humain au centre de l'intérêt général, et non le profit au centre de l'intérêt particulier.

Un réseau social c'est quoi en fait ?!

Un lieu imaginaire où rencontrer des gens qu'on n'aurait peut-être jamais pu croiser sans lui ?
Plus prosaïquement, le réseau social tel qu'on l'entend aujourd'hui, est un lieu où l'on partage tout et n'importe quoi. Dans ce cas « social » est dénué de sens politique ou éthique. C'est un outil commercial gratuit. Quand c'est gratuit généralement c'est que VOUS êtes le produit à vendre par le biais de vos informations personnelles qui intéressent les industries diverses, du restaurant à la multinationale.
Dans notre cas, nous parlerons d'un réseau militant, ou d'un réseau de militant-e-s. Nous échangeons des informations politiques, économiques, artistiques, nous relayons des informations qui ne sont pas relayées par les médias mainstream ainsi que des actions ou manifestations militantes locales et alternatives au système consumériste et financier.

On sait que Facebook censure certaines images ou propos (…), y-a-t-il également une censure sur TheChangeBook ?

(résumé actualisé)
La charte de Tcb, acceptée lors de l'inscription, est exigeante. Ainsi les propagandes d'extrême droite, homophobe, sexiste, raciste, en un mot xénophobe, n'y ont pas leur place. En raison de son mur unique, la charte se rapproche en quelque sorte d'une charte éditoriale. Les membres de Tcb investi-e-s d'une conscience politique n'envisageraient pas, avant même leur arrivée sur le réseau, de publier quelque chose dont ils n'ont pas vérifié les sources, leurs intérêts, leurs réseaux. Néanmoins, Tcb n'est pas fermé aux personnes qui n'ont pas de formation et/ou de sensibilité politique, et les discussions sont ouvertes. Quand aux liens, vidéos ou images qui entrent potentiellement en contradiction avec la charte, elles sont soit soumises à l'appréciation des autres membres par des échanges publics, soit signalés à l'équipe de modération qui tranche et informe le posteur. Le cas échéant, celui-ci peut décider de supprimer son lien, son image ou son post, ou s'en remettre à la modération.

Pensez-vous que les réseaux sociaux tels que Twitter ou Facebook puissent être dangereux pour nos libertés individuelles ?

A part la géolocalisation et le ciblage personnel de vos publicités, le problème vient d'ailleurs.
Le Net, par l'interaction de tous ses intervenants commerciaux, industriels, politiques, policiers, financiers et administratifs, arrive, en recoupant et agrégeant toutes les informations vous concernant, à restructurer toutes vos informations. C'est le Big Data. On sait tout sur tout de vous. Vos lectures, les musiques que vous téléchargez, les manifs auxquelles vous participez, ce que vous téléchargez ….. tout de tout.
En plus, à l'aide de logiciels spécifiques de repérage de mots clés dans les écrits divers (mails, posts, tchat, SMS, MMS….) on arrive à catégoriser les internautes selon des critères qui nous échappent.
C'est là le vrai danger, qui devrait imposer des technologies telles Tor, VPN ou Proxy, utilisées conjointement d'ailleurs. (+ supprimer tout ce qu'on utilise pas, jeter son smartphone... Mais rien n'est suffisant, en réalité)
Nous ne sommes plus du tout anonymes sur le Web, et notre vie est mise à nu pour qui veut bien la payer pour de multiples raisons.

Comment expliquez-vous aujourd'hui l'essor des réseaux sociaux ? N'y a-t-il pas un risque d'enfermement de ses utilisateurs ? Ou bien est-ce plutôt une incroyable ouverture sur le monde ?

Les deux sont possibles. Si l'utilisation des réseaux sociaux ne se traduit pas dans la vie réelle par des actions militantes ou politiques, le Net seul ne peut pas tout. Il faut associer l'action à la communication via le Net. L'action seule peut rester locale, mais par le biais des outils issus du monde du Libre, elle peut se propager, agréger d'autres luttes et se répandre.
C'est ainsi que le Net peut s'avérer un complément indispensable, à condition de savoir s'en servir et se protéger des yeux et des oreilles indésirables, au moins un minimum.

Sur TheChangeBook on retrouve beaucoup d'informations militantes, en quoi ce « réseau social » peut apporter de nouvelles choses dans les luttes progressives et sociales ?

TheChangeBook permet effectivement à chacun-e de trouver, diffuser et/ou relayer une information militante absente des médias de masse (ou contraints à l'auto-censure par la nature de leurs annonceurs)
Mais plus encore, au sein de la famille des outils alternatifs, que TheChangeBook a rejointe voilà quatre années, il offre les moyens de s'organiser pour mener des actions de terrain quels qu'en soient leurs thèmes ou leur ampleur.

C'est le cadre social et ouvert dans lequel l'utilisation mutualisée d'outils externes tels que Framapad, framadates et de fonctions intégrées comme les salles de conférences virtuelles (Mumble), permettent ou permettront à terme de construire – à grande distance entre les intervenant-e-s – textes, réunions communes, rencontres interactives et autres A.G. décentralisées, et peuvent engendrer des actions de masse communes. Les interactions annexes rendues possibles dans cet environnement, les échanges, notamment autour de documents consultés collectivement, y font aussi progresser les idées, les remettent en question, les peaufinent, les précisent, et les exportent ensuite sur le net.

Par ailleurs, nos combats, qui pourtant se heurtent à un adversaire commun, souffrent beaucoup de leurs divisions systématiques. Sur Thechangebook, pour peu qu'on veuille bien faire l'effort de laisser le prosélytisme, nos idées fixes et notre agressivité au vestiaire, on a une chance d'y réapprendre à se parler, et à se découvrir complémentaires dans notre diversité. Et c'est le résultat auquel on a pu parvenir entre les personnes qui se sont engouffrées dans la gestion collective du réseau.
C'est cela l'enjeu aujourd'hui, sans quoi rien n'est possible : démonter les mécanismes qui nous font perdre énergies et munitions les uns contre les autres, pour les optimiser contre un adversaire dont nous savons tous qu'il nous est commun. Et c'est dans le « faire » que ça devient possible.
Lire l'intégralité de l'interview sur Foutou'Art

Récapitulatif des outils de Thechangebook

  • un serveur vocal permettant les réunions décentralisées,
  • des outils collaboratifs (pads, tableurs partagés, mindmaps…)
  • un tchat individuel et des salons de discussion privés ou publics
  • des profils individuels
  • un mur commun unique à partager en bonne intelligence
  • un agenda regroupant les événements postés par chacun-e des membres du réseau
  • une architecture centrale de forum pour les besoins du réseau
  • des pages et/ou groupes disposant chacune de leur propre agenda, albums photos, tchat, album musical, et surtout de leur propre forum de discussion.

Notes :

[1] ça s'est bien terminé pour le point org, il n'a pas été privatisé :)
[2] Sur Paris-Luttes , ou nous avons initialement publié le présent l'article.

Audionomie #3 – Fin(s) du monde

Dans ce troisième épisode d'Audionomie, nous allons nous intéresser à la notion omniprésente d'effondrement. En développant certaines critiques que soulève cette notion, nous essayons de montrer que le combat écologiste doit être résolument collectif, féministe, antiraciste et anticapitaliste.

Dans ce troisième épisode d'Audionomie, nous allons nous intéresser à la notion omniprésente d'effondrement. En développant certaines critiques que soulève cette notion, nous essayons de montrer que le combat écologiste doit être résolument collectif, féministe, antiraciste et anticapitaliste.
Introduction :

La crise du Coronavirus, amenant la mort et la peur du futur, a illustré une nouvelle fois que notre société pouvait drastiquement se transformer en très peu de temps. Nous ne sommes pas à l'abri d'une catastrophe. Bien sûr, cette vérité n'est pas une découverte pour la plupart des habitants et habitantes de cette planète. Rien que les vingt dernières années, il y a eu Katrina, la canicule européenne, les feux de forêts en Russie, le tsunami dans l'océan indien et les différentes crises financières, etc. En France aussi l'idée d'une catastrophe revient dans les consciences. Le Comité invisible, dans le livre « A nos amis », écrivait que « l'horizon de la catastrophe est ce à partir de quoi nous sommes présentement gouvernés. » En fait, l'idée de la catastrophe est devenue ces dernières années tellement présente qu'on peut acheter des best-sellers sur l'effondrement à Carrefour pour une quinzaine d'euros. Mais malheureusement la prise de conscience de l'effondrement et de la catastrophe, bien qu'elle puisse pousser à l'action politique, ne propose pas de voie vers l'émancipation. Au contraire, certains livres grands publics invitent plutôt à un repli sur soi, une acceptation et, plus généralement, une dépolitisation de la question écologique. Pire encore, cette dépolitisation est parfois justifiée par le fait qu'il serait trop tard pour agir…
Certaines personnes voudraient faire de la collapsologie et du concept d'effondrement quelque chose de neutre mais cela ne doit pas être le cas si on désire une transformation sociale se dirigeant vers l'action concrète, l'égalité et la liberté. Le but de cet épisode est donc de repolitiser la question de l'effondrement en critiquant certaines hypothèses de la collapsologie et en proposant, à la place, une analyse articulant les luttes contre différentes oppressions.

Les épisodes sont aussi disponible en écoute directe et en téléchargement sur le siteaudionomie.net.

Sur le bannissement par Facebook de pages anarchistes et antifascistes et la censure digitale qui vient

Aujourd'hui Facebook a supprimé différentes pages de Qanon et de milices d'extrême-droite en même temps que des pages d'antifascistes et d'anarchistes, dont It's going down etCrimethInc. Ce qui suit est une déclaration commune.

Facebook (FB) a supprimé plusieurs pages qu'ils croient être connectées à crimethinc.com et itsgoingdown.org, parmi d'autres pages anarchistes et antifascistes, officiellement parce qu'elles « soutiennent la violence ». Cela n'a rien à voir avec stopper la violence mais tout avec la répression des mouvements sociaux et des moyens de tout un chacun de s'organiser localement.

FB s'est toujours vendu comme un moyen d'aider les gens à créer des réseaux pour répondre à leurs besoins. Des représentants de FB ont fièrement parlé de leur rôle dans le soulèvement égyptien. Leur décision de bannir les mouvements sociaux montre qu'ils sont tout-à-fait prêts à s'engager pour que les seules formes d'activisme qui émergent soient celles qui bénéficient au pouvoir en place. Donald Trump a demandé pendant des mois ce coup de bâton dans une série de posts sur les réseaux sociaux qui accusaient explicitement les anarchistes et les antifas lors du mouvement national de protestation cristallisé par la violence policière endémique aux US.

La définition de la violence n'est pas neutre. Dans la définition de FB, il est légitime pour la police de tuer un millier de personnes par an tout en en expulsant, kidnappant et emprisonnant des millions — il est légitime de bombarder des civils, tant que l'agresseur est un gouvernement établi — mais c'est « violent » d'empêcher un suprémaciste blanc d'attaquer une foule ou de renvoyer une cartouche de lacrymo aux flics qui l'ont lancée. Baillonner les voix de celleux qui cherchent à protéger leurs communautés de la violence blanche et institutionnelle est une décision nette de normaliser la violence tant que ceux qui l'utilisent sont un pouvoir établi.

Mettre les anarchistes et les antifas dans le même sac que les milices d'extrême-droite qui soutiennent explicitement l'État est un mouvement stratégique pour brouiller les pistes. C'est la même opération qu'avait menée William Barr [1] en créant un groupe de travail au département de la Justice sur les « extrémistes anti-gouvernement » de toutes sortes. Dans le cas de la Justice, ça leur permet de montrer du doigt les attaques de milices d'extrême-droite pour demander des ressources pour attaquer celleux qui sont en première ligne pour défendre les communautés de ce genre d'attaques. Ils essayent de faire la même chose aux gens de Black Lives Matter, en les associant aux néos-nazis et aux nationalistes blancs dans la case « extrémistes raciaux ».

Après qu'un fasciste ait tué Heather Heyer pendant le mouvement « Union de la droite » à Charlottesville, une énorme pression populaire est montée pour virer les fascistes et les suprémacistes des réseaux sociaux. Cette fois-ci, l'impulsion vient d'en haut, à un moment où les mouvements sociaux ont été essentiels pour l'ouverture à l'échelle nationale des discussions à propos de l'oppression et de la violence d'État. C'est une contre-attaque des gens au pouvoir contre les sites qui ont publié les idées de celleux qui se sont mobilisé·e·s contre le fascisme à Charlottesville. Ce n'est pas une coïncidence que ça arrive peu après que Trump ait déployé les troupes fédérales à Portland, Oregon, provoquant des semaines d'émeutes. Pendant que l'extrême-droite continue à s'organiser sur FB et que millions de gens répandent des mensonges dangereux à propos du Covid, FB coopère activement avec l'administration Trump pour réprimer les voix dissidentes.

Ne nous y trompons pas, si ceci passe sans réaction, ça ne s'arrêtera pas là. Plus il devient banal que les gouvernements puissent décider de quelles voix peuvent s'exprimer sur les réseaux sociaux, plus la censure va s'infiltrer profondément dans la société et plus elle va façonner ce qu'il est possible de penser, d'imaginer.

Si vous vous sentez concerné·e·s, s'il vous plaît utilisez tous les moyens à votre disposition pour diffuser ce message. FB ne devrait pas pouvoir décider pour vous de ce qui est un discours sensé. Ensemble, solidairement, nous pouvons créer un monde meilleur, dans lequel personne de sensé n'a à craindre que les fascistes, les gouvernements ou des compagnies multi-milliardaires ne puissent supprimer sa liberté d'expression.

Note

Ndt : It's going down etCrimethInc sont deux importants médias anarchistes aux États-Unis. D'autres pages reliées à des groupes anarchistes ou antifascistes ont également été supprimées ; c'est le cas de celles de The Base, Revolutionnary Abolitionist Movementou PNW Youth Liberation Front.

Audionomie #1 et #2 – Le confusionnisme

Lancement d'Audionomie : un podcast qui explore différentes idées qui traversent la gauche autonome et, plus généralement, les mouvements qui agissent pour une transformation radicale de la société. Venez écouter les deux premiers épisodes sur le confusionnisme !
Présentation rapide

Audionomie est un outil de vulgarisation théorique et de réflexion qui s'adresse à toute personne intéressée par les pratiques et les théories pour l'émancipation sociale. Son but est le développement d'armes intellectuelles et politiques pour les luttes en cours et à venir. Pour l'instant, le podcast est composé essentiellement de l'écriture et de la lecture de textes, mais il devrait prendre aussi la forme d'interviews et d'enquêtes.

Dans le dernier épisode, nous avions décortiqué une interview de Chouard qui illustrait les trois premières techniques rhétoriques du confusionnisme : la redéfinition de concepts, la défense non-critique de la liberté de débat et la hiérarchisation des luttes. Dans ce deuxième épisode consacré au confusionnisme, nous allons considérer quelques exemples supplémentaires. Puis, nous proposerons, à la fin de cet épisode, une définition systématique du confusionnisme et quelques outils d'auto-défense intellectuels.

Les épisodes sont aussi disponible en écoute directe et en téléchargement sur le siteaudionomie.net.

Rouen, la métropole smart, sous contrôle

Des haut-parleurs sont installés aux arrêts de Bus par la métropole : une expérimentation de 3 ans afin de « lutter contre le harcèlement ». A terme, le dispositif sera pourvu de « détecteur automatique de mouvement » et d'une « retransmission instantanée au poste de commandement centralisé ».

Par ailleurs, « dans les véhicules à proprement parler, des outils technologiques permettront d'identifier rapidement les situations anormales », comme un « capteur d'incivilité » qui « lancera une alerte si le niveau sonore est trop élevé » ou des « boutons de demande d'arrêt pourront être actionnés en cas de situation de détresse.

Enfin, « une caméra intelligente détectera les objets abandonnés et le conducteur du bus aura lui aussi les moyens de lancer l'alerte si besoin ».

Adopté le 22 juillet 2020 par le nouveau maire de Rouen, le dispositif débutera en octobre et complètera les dispositifs existants déjà comme ces haut-parleurs présents dans les arrêts de Teor et métro qui diffusent les messages liés aux possibles contraventions en cas d'absence de masque.
Le coût estimé du dispositif est de 250 000 euros.

On n'a jamais vu de dispositif policier mettre fin au harcèlement, empêcher un viol, changer les comportements d'oppression. Ils sont plutôt garant d'un pouvoir toujours au-dessus des autres.

Ces projets, présentés comme bienveillants et attentifs aux autres, font en réalité partie d'un ensemble d'expérimentaions de mise sous surveillance totale de l'espace urbain à des fins policières. De Rouen à Marseille partout la ville n'est qu'un laboratoire du contrôle de demain.

« Résister à la surveillance totale de nos villes et de nos vies » Ainsi se présente dans le manifeste le projet du site Technopolice qui recensse les projets de surveillance technologique sur le territoire.

À Toulouse, Valenciennes ou Paris, on expérimente la vidéosurveillance réputée « intelligente » car fondée sur le traitement automatisé des flux vidéos pour imposer la reconnaissance faciale.

À Saint-Étienne, une startup s'allie avec la mairie pour déployer des micros dans l'espace urbain afin d'alerter la police en cas de bruit suspect.

À Marseille ou Nice, des industriels voraces comme Thalès ou Engie avancent main dans la main avec les élus pour pousser leurs projets de « Safe City », sorte de couteau-suisse sécuritaire qui va de la reconnaissance des émotions dans l'espace public urbain à l'interconnexion massive de bases de données à des fins de police prédictive, en passant par la surveillance des réseaux sociaux.

Les nouvelles technologies informatiques comme le Big Data et l'Intelligence Artificielle sont la clé de voûte de ces différents projets. Ce sont elles qui doivent permettre de faire sens de toutes les données que l'on saura produire ou collecter, établir des corrélations, faire des recoupages statistiques, tracer des individus ou administrer des lieux.

Vous pouvez participez au projet et connaître differentes mise en place de dispositifs technologiques en allant sur le site de Technopolice.

Appel à soutien contre le Carnage au Carnet (44)

L'Estuaire de la Loire est menacé par un nouveau carnage !

Le Grand Port Maritime Nantes Saint-Nazaire prévoit d'implanter une nouvelle zone industrielle de 110ha sur la rive sud de la Loire, sur le site naturel du Carnet près de Paimboeuf (44) et de commencer les travaux de destruction dès l'automne 2020 (51ha de zones humides concernées).

Une grande mobilisation inter-luttes est prévue les 29 et 30 août prochains pour implanter la résistance au Carnet.

La Confluence des Luttes de l'Ouest et le collectif Stop Carnet font appel à votre soutien pour lutter contre ce projet destructeur !

COMMENT NOUS SOUTENIR

  • Nous sommes à la recherche de structures type barnums, chapiteaux ainsi que de palettes et de bois pour divers types de construction afin d'accueillir le Village des Luttes et les concerts au programme du week-end des 29-30 août.
  • Si vous ne pouvez pas venir au week-end des 29 et 30 août prochains mais souhaitez soutenir la lutte depuis votre localité, n'hésitez pas à nous contacter sur : stopcarnet@retzien.fr ou à rejoindre la Confluence des Luttes !

LA LUTTE AU CARNET

Le Carnet, c'est 395 ha de zone naturelle et sauvage en bord sud de Loire.
Le Carnet, c'est 63% de zones humides précieuses, qui participent à la fertilisation des sols, atténuent les crues, protègent les littoraux.
Le Carnet abrite pas moins de 116 espèces protégées .
Le Carnet c'est aussi l'un des derniers corridors migratoires sur l'estuaire de la Loire, protégé des nuisances de l'activité humaine et industrielle.
Le Carnet, c'est une lutte populaire historique et acharnée contre un projet de centrale nucléaire (abandonné en 1997), l'une des plus grandes victoires écologiques de ces 30 dernières années !

Ce projet industriel au Carnet est emblématique de tout ce qu'on ne veut plus pour notre avenir :

Le Grand Port Maritime de Nantes Saint Nazaire, projette de bétonner quelques 110 ha de zone naturelle, pour y aménager un parc « éco-technologique ». Les travaux de destruction des zones humides sont attendus cet automne-hiver 2020 pour permettre le remblaiement du site l'an prochain ! #ZeroArtificialisationNette

Le Carnet fait de plus partie des premiers sites livrés « clés en mains » par Macron aux industriels, symbole d'une France « Territoire d'industrie », prête à tout pour accueillir le moindre investisseur dans l'espoir de relancer la machine infernale de la croissance économique .. Mais à quel prix ?!

Alors qu'on est face à une extinction massive des espèces, au dérèglement climatique, alors qu'on est conscient de l'impact de l'artificialisation des sols, Macron et le Grand Port Maritime persistent et signent : ils condamnent à mort l'estuaire de la Loire.

Le Carnet est donc surtout symbolique de l'enfumage des politiques néo-libérales qui verdissent leurs discours médiatiques tout en répandant le chaos climatique et social partout dans le monde, en toute impunité.
C'est un crime que de sacrifier des trésors de biodiversité pour une nouvelle implantation industrielle, lorsqu'on a l'avenir des générations futures entre les mains.

Alors aujourd'hui, c'est tout ce monde sauvage au Carnet qui a de nouveau besoin de nous pour le préserver, alors même qu'on a désespérément besoin de lui pour survivre !

LASISTANCE EST FERTILE EN LOIRE-ATLANTIQUE :

Nous appelons aussi à soutenir Le Village du Peuple à Donges ! Situé quasiment en face du site du projet industriel du Carnet, de l'autre côté de la Loire, une zone naturelle et agricole de près de 50ha est menacée par un autre projet d'extension des activités industrielles du Grand Port Maritime Nantes Saint-Nazaire !
Les habitant-e-s du Village du Peuple, qui occupent la ferme et prairies menacées d'expulsion, vous invitent à participer à des chantiers collectifs tout au long de l'été.

Du 24 au 28 août a aussi lieu sur la Zad de Notre-Dame-des-Landes une semaine de rencontres intergalactiques sur les soulèvements internationaux de ces derniers mois ainsi que le rassemblement ZadEnvies du 28 au 30 août, consacré entre autres, aux possibilités de « Composer des mondes face aux désastre environnemental ».

Du Village du Peuple de Donges à la fête Inter-Luttes au Carnet, des Rencontres Intergalactiques à ZadEnvies, il y aura cet été un front déter' dans le 44 pour lutter contre leur monde mortifère !

En comptant sur votre soutien et/ou présence.

NOUS SOMMES LA LOIRE QUI SEFEND !

Bigeard déboulonné à Dreux

Dans la ville de Dreux, le jour de la fête nationale, un groupe a déboulonné un panneau honorant un criminel de masse : le général Bigeard.

La ville de Dreux a choisi d'honorer un assassin de masse, Marcel Bigeard, en baptisant une rue à son nom. C'était le 18 octobre 2019 en présence du maire de la commune et de 200 parachutistes nostalgiques du temps des colonies et de la guerre contre-révolutionnaire, en Indochine, en Algérie ou encore à Madagascar.

Nous n'avons pas oublié que Bigeard, c'est la systématisation des enlèvements, de la torture, des disparitions et assassinats de milliers d'Algériens. Bigeard, c'est les « crevettes Bigeard », cette pratique consistant a éliminer les résistant-e-s en les jetant dans la mer Méditerranée depuis des hélicoptères, les pieds lestés de ciment.

Il est temps pour nous d'enterrer le gaullisme. Il est temps pour nous de faire disparaître tous les relents du colonialisme. A l'heure où le monde fait tomber partout les statues des ordures qui ont participé à l'esclavage et à la colonisation, nous avons choisi de déboulonner les plaques de la rue Bigeard à Dreux.

En ce 14 juillet 2020, journée de la barbouzerie nationale, de la guerre et de l'impérialisme, nous avons voulu rappeler que nous ne sommes toujours pas débarrassés de leur vieux monde.

Contre le colonialisme et les violences d'Etat, ni oubli, ni pardon.

Groupe Henri Curiel.

PS - De nombreuses communes ont choisi d'honorer Bigeard en lui donnant des noms de rues, et pas simplement dans le 54, en Meurthe-et-Moselle (il est né à Toul)... A vos clés anglaises !

14 juillet 1953, la police tire : 7 morts, 50 blessés

Alors que le 14 juillet 2020 a été marqué par différentes protestations de la part des gilets jaunes, des soignants et syndicats, et par une banderole volante qui a nargué Macron dans des Champs Elysées devenus bunker interdit au public. Une action qui mena à l'arrestation de deux soignants.
Il nous a semblé important de revenir sur le 14 juillet 1953, une histoire peu connue qui illustre bien la réelle fonction de la police encore aujourd'hui.

Ainsi, une manifestation anticolonialiste est organisée le 14 juillet 1953, appelée par les organisations pour l'indépendance de l'Algérie, La CGT et Le PCF. Du côté de la préfecture de police de Paris des consignes avait été données : Aucune banderole ou pancarte, dont l'inscription (en langue française ou étrangère) aurait un caractère injurieux tant à l'égard du gouvernement ou de ses représentants que d'un gouvernement étranger ou de ses représentants, ne pourra être portée par les manifestants.
Aucun cri ou aucun chant séditieux ne devront être prononcés
. Ou comment encadrer au maximum la contestation.

[…] Jusqu'à la place de la Nation, il n'y eut pas d'accrochages avec les forces de l'ordre, mais les manifestants furent attaqués par des parachutistes retour d'Indochine en permission à Paris. Ces derniers, après quelques escarmouches à l'entrée du faubourg Saint-Antoine avec des membres du PCF, avec qui ils se coltinèrent à nouveau en soirée, se heurtèrent aux militants du PPA-MTLD. La bagarre dura une vingtaine de minutes et tourna à l'avantage des Algériens. Six parachutistes ayant participé aux échauffourées furent emmenés dans les hôpitaux avoisinants. Les autres soldats impliqués furent reconduits à leur cantonnement de la porte de Versailles par des cars de police. […]

C'est à partir de 17 heures et sur la place de la Nation que la journée prit un tour dramatique. Les archives de police consultées laissent transparaître le caractère subit et imprévu de l'événement, ainsi que la volonté ultérieure d'en donner une interprétation qui dédouane les forces de l'ordre. Dès la dispersion définitive de la manifestation, les rapports des différents commissaires de police engagés dans ce maintien de l'ordre privilégièrent « l'interprétation émeutière délibérée ». Ils tentèrent d'accréditer la thèse de la légitime défense que tous les échelons hiérarchiques de la préfecture de police souhaitaient imposer. […]

Jusqu'à 17 h 30, sous une pluie battante qui contribua à augmenter la confusion, la place de la Nation, abandonnée par les organisateurs du défilé qui avaient quitté la tribune officielle, fut transformée en champ de bataille. Environ 2 000 Algériens, épaulés par quelques manifestants métropolitains – l'immense majorité d'entre eux s'étaient déjà dispersés ou avaient reflué –, prirent un temps le dessus sur les forces de l'ordre. Les barrières en bois installées place de la Nation à la demande des organisateurs furent brisées et servirent de projectiles ou de matraques, une vingtaine de véhicules de police furent endommagés dont au moins deux incendiés. Dans l'attente de renforts, les forces de l'ordre massées dans le cours de Vincennes se replièrent dans les rues adjacentes. Ces renforts arrivèrent principalement des boulevards de Charonne et de Bel Air. Ils prirent les manifestants à revers dans une manœuvre dont on peut imaginer la violence réciproque. Ils réussirent à traverser une place de la Nation jonchée de débris et de corps de manifestants tués ou blessés par des tirs qui furent particulièrement nombreux et nourris. À 17 h 30, le calme était revenu et à 18 heures, la place de la Nation était dégagée. Des groupes de gardiens continuaient cependant de poursuivre, notamment grâce aux informations de passants, les manifestants, souvent blessés, qui étaient allés se réfugier dans des immeubles des rues adjacentes.

Le bilan humain laisse peu de doute quant à l'usage différencié de la force par les deux groupes en présence : d'après le bilan officiel de Ia préfecture de police, au vu des blessures déclarées – 16 gardiens furent hospitalisés à la suite de la manifestation, une cinquantaine « cessèrent le service »– l'immense majorité des Algériens étaient armés des seules « armes par destination » que constituèrent les manches de banderoles et les barrières cassées. Entre trois et cinq gardiens furent cependant superficiellement blessés par des « objets tranchants », sans doute des couteaux. Si cette arme avait été aussi massivement employée que le suggèrent certains rapports, le bilan aurait été tout autre. […] Il reste qu'une dizaine de gardiens furent grièvement blessés – un fut trépané –, victimes de traumatismes crâniens et faciaux, occasionnés par la violence de coups répétés portés par les manifestants à l'aide d'objets les plus divers (morceaux de ciments, etc.).

Du côté des manifestants, le lourd bilan des blessés (50 dont 44 Algériens, d'après les états de la préfecture de police) est sans doute très largement sous-estimé : certains médecins hospitaliers étaient réticents à répondre aux injonctions de la préfecture de police et des blessés préférèrent ne pas se rendre dans les hôpitaux plutôt que de risquer d'y être arrêtés. Les sept morts et les 40 blessés par balles recensés témoignent cependant de l'usage massif des armes par les forces de l'ordre. […] [1]

« Si leurs yeux avaient été des mitraillettes, nous aurions été tués »

déclara le ministre de l'interieur, Léon Martinaud-Délplat quelques jours après la manifestation, lors d'une séance à l'assemblée, avouant ainsi que les manifestants n'étaient pas armés.

L'esprit colonial de la police est perceptible chaque jour dans les rues et dans les quartiers. Les morts racisés qui se comptent par dizaines ces dernières années montrent bien qu'il n'y a pas eu d'évolution parmi les forces de l'ordre. Ces dernières semaines ont été ponctuées par des rappels douloureux et violents de la situation : la mort de George Floyd qui fait écho à celle d'Adama Traoré notamment, et les sinistres enregistrements de la police de Rouen que vous pouvez écouter ici.


Radio renversée n°7 : renverser le féminisme – les afroféministes

Deuxième émission d'une série de trois sur le thème « Renverser le féminisme », avec des personnes et des collectifs qui font évoluer le féminisme, le questionnent, en déboulonnent les statues et le nourrissent de nouvelles pratiques, de nouvelles idées, de nouvelles énergies. La première ouvrait les micros à des féministes handi. La troisième accueillera des transféministes.

Aujourd'hui, grand entretien avec Fania Noël du collectif afroféministe Mwasi puis avec Amélie Koulanda du collectif Perspective, qui prend soin de la santé mentale des populations noires et non-blanches.

Télécharger l'émission entière (clic droit, enregistrer sous, licence CC by-nc) : mp3

L'écouter séquence par séquence (le déroulé précis est sous le lecteur) :

Lien de téléchargement des séquences sur l'Internet Archive : https://archive.org/details/radiorenversee07

Détail des séquences :

  1. AGF, « Unlistening White Feminism » (CTM Festival, 2017) + lancement + 1e partie de l'entretien avec Mwasi sur les racines de l'afroféminisme et la nécessité d'affronter le féminisme qui se dit universaliste. Avec évocation de textes de femmes mises en esclavage, du Black feminism, du Womanism, de l'Africana womanism, de la Coordination des femmes noires, du Groupe pour l'abolition des mutilations sexuelles et de l'essai Black feminist thought de Patricia Hill Collins (Hyman, 1990). Suivi de « Nemiz » de Pamela Z (A delay is better, 2004).
  2. 2e partie de l'entretien avec Mwasi autour de la non mixité, du mauvais usage de l'intersectionnalité conceptualisée par Kimberlé Crenshaw, de l'importance de la coopération entre collectifs militants, de la figure de l'intellectuel raciste et de la guerre idéologique menée par la France sur les questions raciales. Avec évocation du podcast de Fania Noël, « What's The F* », et de la revue AssiégéEs. Suivi de « iota mikro » d'Aurélie Nyirabikali Lierman (2012).
  3. 3e partie de l'entretien avec Mwasi, autour du travail sur l'histoire, de l'art comme outil d'éducation et des actions à venir du collectif (Afromfem Tour et Digital Bootcamp). Avec évocation du documentaire d'Amandine Gay, Ouvrir la voix (2016), du livre collectif Noire n'est pas mon métier initié par l'actrice française Aïssa Maïga (Seuil, 2018), de la série Little Fires Everywhere sur un roman de Celeste Ng, du livre Exterminez toutes ces brutes de Sven Lindqvist (réédition Les Arènes, 2014), de l'essai Ne suis-pas une femme ? de bell hooks (Cambourakis, 2015), du film Moonlight de Barry Jenkins et des manifestations en hommage à George Floyd et contre les violences policières. Suivi d'un condensé de la manifestation de Rouen le 5 juin 2020 (l'intempestive).
  4. 1e partie de l'entretien avec Perspective, sur les objectifs du collectif, la criminalisation dans l'accès au soin des populations noires et non blanches, l'importance du « community care ». Avec évocation de « "Race" et discrimination en matière de santé mentale en Occident » (Zinzin Zinzine, 2017), de l'article « De quoi souffrent et meurent les femmes noires ? » (Perspective, 2020), de la validation du fichier hopsyweb par le Conseil d'État et du rapport « Prison et troubles mentaux : Comment remédier aux dérives du système français ? » (Sénat, 2010). Suivi de Ain Bailey, « Five Car Train to Fremont » (2019).
  5. 2e partie de l'entretien avec Perspective, sur l'impact aggravé de la crise sanitaire sur les populations noires et non blanches, sur les violences policières et patriarcales, le trauma communautaire qu'elles engendrent et l'impératif de justice sociale. Avec évocation de l'appel à témoignages « Avez-vous été victime ou témoin de discriminations dans l'accès aux soins, depuis le début de la crise ? » et de la bibliothèque Pearltrees de Perspective. Suivi de schluppipuppie, « Broken music box thrown into grandpiano » (Freesound, 2012, Creative Commons by).
  6. Allez écouter une autre émission que la nôtre : Wi Watt'Heure 32 , « Voix Debout », par Carole Rieussec et Elena Biserna (Revue & corrigée, 2020), avec notamment une lecture de Paul B. Preciado, « Les leçons du virus » (Mediapart, 11 avril 2020). Suivi des remerciements et du son de fin : « Still I rise » de Maya Angelou (1978), avec une traduction de Mathilda & Samuel Légitimus du collectif James Baldwin.

Archives de l'émission : intempestive.net/radio-renversee
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Les soignants « lanceurs d’alerte » du Rouvray suspendus par la direction

Il avaient dénoncé le manque de masque en pleine crise de Covid-19, dénoncé leurs conditions de travail, en postant sur les réseaux sociaux une note de la direction de l'hôpital qui conseillait de laver des masques à usage unique et de ne pas en donner aux patients suspectés d'être malade.

La consigne de la direction est, en d'autres termes, une mise en danger de la vie d'autrui.
Deux personnes ont été « suspendues temporairement » dimanche 12 juillet par la direction de l'hôpital.
9 agents ont été concernés par ces procédures, dont la plupart ont eu un avertissment.

Vous pouvez retrouver ici les entretiens du rassemblement du 30 juin en soutien aux lanceurs d'alerte lors du conseil de disipline.

Les femmes et le soin dans l’histoire

Pendant la période de confinement liée à l'épidémie du COVID 19, le constat a été fait partout que non seulement les femmes étaient les premières à subir ce confinement à la maison (gestion des enfants, de la maison... en plus du télétravail, violences conjugales...) mais aussi au travail puisque les professions en « première ligne » étaient à majorité occupées par des femmes (caissières, soignantes...)
Il nous a semblé intéressant, alors, de revenir sur le rapport entre les femmes et la médecine au cours de l'histoire.

Au cours de l'histoire, la femme a été dépossédée du soin dont elle était la principale maîtresse pendant des siècles. Elle est devenue progressivement le « personnel auxiliaire » du médecin. Les histoires conventionnelles de la médecine entretiennent le mythe selon lequel les professionnels masculins l'auraient emporté par la force de leur technologie supérieure. D'après ces récits, la science (masculine) a remplacé plus ou moins automatiquement la superstition (féminine). Mais l'histoire contredit ces théories en montrant que les femmes ont été des guérisseuses autonomes, souvent les seules soignantes pour les femmes et les pauvres. Et leur médecine, bien loin de rituels mystiques présentés pour la discréditer était bien basée sur l'expérience transmise de génération en génération et donc relevait d'une approche bien plus humaine et empirique que celle des hommes basée sur la Science et des doctrines pas forcément éprouvées.
L'élimination des femmes des métiers de la santé et l'accession au pouvoir des professionnels masculins ne furent pas un processus « naturel », résultant automatiquement d'évolutions de la science médicale ; ils ne furent pas non plus le résultat d'une incapacité des femmes à prendre en charge le travail de soin. Il y eut une prise de contrôle active de la part des professionnels masculins. Et ce ne fut pas la science qui permit aux hommes de l'emporter : les batailles cruciales eurent lieu bien avant le développement de la technologie scientifique moderne.
Leurs enjeux étaient grands : la monopolisation politique et économique de la médecine signifiait le contrôle de ses organisations institutionnelles, de sa théorie et de sa pratique, de ses bénéfices et de son prestige. Et les enjeux sont encore plus grands aujourd'hui, alors que le contrôle total de la médecine signifie le pouvoir potentiel de déterminer qui doit vivre et qui doit mourir, qui est fertile et qui est stérile, qui est « fou » et qui est saint d'esprit.
La répression des femmes soignantes par l'institution médicale fut une lutte politique, d'abord parce qu'elle s'inscrit dans l'histoire de la guerre des sexes en général. Le statut des femmes soignantes s'est amélioré et a décliné parallèlement au statut des femmes. Lorsque les femmes soignantes étaient attaquées, elles l'étaient en tant que femmes ; lorsqu'elles se défendaient, elles se défendaient au nom de toutes les femmes.
Ce fut également une lutte politique qui s'inscrivit dans une lutte de classe. Les femmes soignantes étaient les médecins du peuple, et leur médecine faisait partie d'une sous-culture populaire. De tout temps et jusqu'à aujourd'hui, les pratiques médicales des femmes ont prospéré au sein des mouvements de révolte des classes populaires qui ont lutté pour s'affranchir des autorités en place. Sur l'autre bord, les professionnels masculins ont toujours servi la classe dirigeante - à la fois médicalement et politiquement. Leurs intérêts ont été promus par les universités, les fondations philanthropiques et la loi. Ils ne doivent leur victoire pas tant à leurs propres efforts qu'à l'intervention de la classe dirigeante qu'ils servaient. [1]

Le système de santé est un élément stratégique de l'oppression des femmes. La science médicale a été l'une des sources de l'idéologie sexiste les plus puissantes dans notre culture. Les justifications de la discrimination sexuelle — au sein de l'éducation, du monde du travail, de la vie publique — reposent en définitive sur l'unique différence entre les femmes et les hommes : leur corps. Les théories de la supériorité masculine se fondent sur la biologie.
La médecine se situe entre la biologie et la politique sociale, entre le monde « mystérieux » des laboratoires et la vie quotidienne. Elle donne des interprétations publiques des théories biologiques ; elle prodigue les bienfaits médicaux issus des avancées scientifiques. La biologie révèle l'existence des hormones ; les médecins en concluent publiquement à l'incapacité des femmes à exercer une fonction publique en raison de leurs « déséquilibres hormonaux ». Plus généralement, la biologie trace les origines de la maladie ; les médecins déterminent qui est malade et qui est en bonne santé.
La principale contribution de la médecine en faveur de l'idéologie sexiste a été de dépeindre les femmes comme des êtres fragiles, et potentiellement contagieuses pour les hommes.
La conception des femmes comme des êtres « fragiles » ou des doubles défectueux des hommes est ancienne. Dans la pensée occidentale, l'homme représente traditionnellement l'achèvement, la force et la santé. La femme est un « homme mal conçu », faible et inachevé. Depuis qu'Hippocrate a déploré les « infirmités continuelles » des femmes, la médecine n'a fait que perpétuer l'opinion masculine dominante : elle a traité la grossesse et la ménopause comme des maladies, la menstruation comme un trouble chronique, l'accouchement comme une procédure chirurgicale. En même temps, la « faiblesse » de la femme ne l'a jamais empêchée de surmonter des accouchements difficiles, et son « instabilité » ne l'a jamais disqualifiée pour être seule responsable de l'éducation des enfants.
Ce n'est donc pas un hasard si les divers mouvements de libération des femmes ont tant insisté sur les questions liées à la santé et au « corps ». Les femmes dépendent du système de santé pour le suivi le plus basique de leur propre fonction de reproduction. Parallèlement, leurs contacts avec le système médical les amènent à faire face au sexisme dans ce qui est indéniablement sa forme la plus grossière et insultante. [2]

De nos jours, les groupes ou influenceuses féministes se multiplient sur les réseaux sociaux. La plupart des thématiques abordées sont celles du corps : féminicides, tabou des règles à déconstruire, gratuité des protections hygiéniques, réappropriation de sa sexualité... Un livre est paru cette année aux éditions Hors d'atteintes qui va plus loin que tous ces comptes réunis : Notre corps, nous-mêmes.
Ce livre est une réédition retravaillée d'une première version parue en 1973 par le collectif de Boston pour la santé des femmes. Dans les années qui suivirent, des groupes similaires se formèrent dans une soixantaine de pays à travers le monde pour en rédiger des adaptations. Il parut notamment en France en 1977. En 2016, neuf femmes, agées de 20 à 70 ans l'ont repris pour l'adapter à notre monde contemporain. Le livre est principalement basé sur des témoignages et des expériences dans le but de donner aux femmes la possibilité de connaître et comprendre leur corps.


[1] Pour plus de détails, reportez-vous à l'ouvrage Sorcières, sages-femmes et infirmières, une histoirE des femmes soignantes, de Barbara Ehrenreich et Deirdre English, publié aux Etats-Unis en 1973 et paru en français aux éditions Cambourakis en 2014.

[2] Pour plus de détails, reportez-vous à l'ouvrage Fragiles ou contagieuses, le pouvoir médical et le corps des femmes, de Barbara Ehrenreich et Deirdre English, publié aux Etats-Unis en 1973 et paru en français aux éditions Cambourakis en 2016.

Rassemblement contre la déforestation et l’artificialisation des terres

Le 15 juillet, le conseil d'installation du nouvel exécutif de la Métropole de Rouen se réunit afin de voter pour élire le-la Président-e, les Vice-Président-e-s, et les Membres du bureau.

En février dernier, ce conseil Métropolitain a voté le nouveau PLUi, validant l'artificialisation de 1000 hectares de terre sur le territoire, dont plus de 60 hectares au niveau de la forêt du Madrillet.

Ce 15 juillet, rassemblons nous devant leur lieu de réunion, afin de montrer aux futurs élus du conseil de la Métropole que nous sommes contre l'artificialisation des terres et la déforestation, que l'on ne peut plus continuer comme ils le font depuis tant d'années !

Rendez-vous dès 15h au Madrillet (rue de la mare Sansoure, Petit-Couronne) puis à 16h30 devant le Zénith !

Rassemblement contre le remaniement gouvernemental

Des rassemblements pour manifester contre le remaniement gouvernemental ont lieu aujourd'hui un peu partout en France.

Il s'agit notamment de protester contre la nomination de Gérald Darmanin, poursuivi pour viol, au ministère de l'intérieur ainsi que celle d'Eric Dupont-Moretti, connu pour ses prises de position anti-féministes, au ministère de la Justice.
A Rouen, rendez-vous est donné par le collectif Droits des femmes ainsi que le groupe de colleuses Féministes de Rouen à 18h au palais de justice, avec recommandation d'être habillé en noir.

Echelle Inconnue : Programmation estivale

Depuis 1998, Echelle Inconnue met en place des travaux et expériences artistiques autour de la ville et du territoire. Ces expériences au long cours interrogent et associent les « exclus du plan » (sans-abris, Tziganes, immigrés...). Elles donnent lieu à des interventions dans l'espace public, expositions, sites Internet, vidéos, affiches, cartes, publications… Ce dont il est ici question, c'est de « l'invisible de nos villes ».

Identifié par le philosophe Paul Ardenne comme représentatif de « l'art contextuel », le travail d'Echelle Inconnue se trouve aussi parfois qualifié d' « artiviste » ou de « relationnel » selon les auteurs. Supportant difficilement les étiquettes, Echelle Inconnue tente d'assumer, du moins en partie, l'énonciation théorique de son travail en participant ou en organisant des conférences, des colloques avec des universitaires ou d'autres groupes, au croisement des questions de l'art, de la politique, de l'architecture et de la ville, ainsi qu'en collaborant à différentes revues et publications.

PROGRAMMATION ESTIVALE

14 COURTS-MÉTRAGES SUR LA VILLE MOBILE EN NORMANDIE ET RUSSIE

Chaque jeudi toutes les heures de 11h à 18h  :
Une sélection différente de films !
Le programme ici.

COUVERTE DE L'ÉDITION GRAPHIQUE

Vendredi 10 juillet entre 14h et 18h
Rencontre avec un infographiste, Gérard Alègre, installé dans la galerie d'Echelle Inconnue.
Après-midi découverte de l'édition d'une affiche-programme en risographie.
Ouvert à tous en accès libre (maximum 5 personnes simultanément) !

SOIRÉES NUMÉRIQUES

Lundi 31 août
Portes ouvertes du Hackerspace Ventres Mous pour tous dès 11 ans (réservation conseillée)
De 19h à 21h
Plus d'informations ici.

HACKERSPACE VENTRES MOUS

Tous les lundis, de 19h à 22h, de juillet à septembre
Ce laboratoire permet de se rencontrer pour échanger autour des pratiques numériques, de s'initier à la culture du libre, de bidouiller des machines, de comprendre le monde qui nous entoure et de se l'approprier...
En savoir plus ici !

SOIRÉE DE LANCEMENT DE L'ANNÉE

Jeudi 24 septembre à Rouen
19h Présentation du Programme 2020-2021 d'Echelle Inconnue
20h Projection extérieure du film "Blouma" de Stany Cambot en Camion-Cinéma
Apéro-dînatoire.
Informations ici.

Pour toutes les informations sur Echelle Inconnue, allez voir ici.

Radio renversée n°6 : renverser le féminisme – les féministes handi

Première émission d'une série de trois sur le thème « Renverser le féminisme », avec des personnes et des collectifs qui font évoluer le féminisme, le questionnent, en déboulonnent les statues et le nourrissent de nouvelles pratiques, de nouvelles idées, de nouvelles énergies.

(Logo de l'article trouvé sur le site d'arte radio pour le podcast Féminismes et handicaps : les corps indociles)

Aujourd'hui, grand entretien avec Céline Extenso et Charlotte Puiseux des Dévalideuses, « collectif féministe qui démonte les idées reçues sur le handicap », notamment via son compte @LesDevalideuses.

Télécharger l'émission entière (clic droit, enregistrer sous, licence CC by-nc) : mp3.

L'écouter séquence par séquence (le déroulé précis est en dessous du lecteur) :

Lien de téléchargement des séquences sur l'Internet Archive : https://archive.org/details/radiorenversee06

Détail des séquences :

  1. Daphne Oram, « Power Tools » (Oramics, CD de 2007, musiques de 1959-1977) + présentation de la série « Renverser le féminisme » + évocation de la Radio renversée n°3 sur le validisme + 1e partie de l'entretien avec les Dévalideuses à propos du collectif, du validisme et des actions menées contre + Marie Guérin, La mue sauvage (2015).
  2. 2e partie de l'entretien avec les Dévalideuses sur les violences subies par les femmes handicapées, le réseau d'entraide Handiparentalité et le festival Very Bad Mother + Gunther Dorksen, Old clock ticking (Freesound, 2015, Creative Commons by) + lectures de Rouge Pute de Perrine Le Querrec par Rim Battal, Katia Bouchoueva et Vanessa Bell (Les Imposteurs, 2020).
  3. 3e partie de l'entretien avec les Dévalideuses sur la culture crip avec évocation notamment du documentaire Crip Camp, a Disability Revolution et du Dictionnaire du crip de Charlotte Puiseux + Alayan, « Piano Reverse » (Freesound, 2017, Creative Commons 0)
  4. Brûler dedans - brûler dehors. De part et d'autre du travail de Voix de femmes avec le soutien de Zoé Suliko et les voix d'Alice, Annick, Anouck, Ans, Caroline, Christel, Delphine, Laura, Martine, Muriel, Nadine, Sophie, Valérie et Viga (2019).
  5. Allez écouter une autre émission que la nôtre : la lecture à 7 voix des Guérillères de Monique Wittig par Radio Canut (2020) + remerciements et annonce des nouvelles radios qui nous diffusent cet été (Radio d'ici, Radio Campus Paris, Radio Pikez, Onde courte, Radio Campus Tours) + Murmurel de Beatriz Ferreyra (création de 2003, sélection Heroines of Sound 2020).

Prochaines émissions :

Archives de l'émission : intempestive.net/radio-renversee

[Sons] Rassemblement en soutien aux lanceurs d’alerte de l’HP du Rouvray

Ce mardi 30 juin 2020 se tenait un rassemblement à l'hôpital psychiatrique du Rouvray afin de soutenir les deux soignants visés par un Conseil de discipline pour avoir dénoncé une note interne de la direction, en mars dernier, enjoignant le personnel à réutiliser des masques jetables et à ne pas en donner aux patient·es, mêmes atteint·es par le virus.

Le Conseil de discipline de Philippe a eu lieu le 24 juin, celui de Thomas ce 30 juin. Les délibérations ne sont pour l'instant pas connues. Les deux soignants risquent entre 3 mois et 2 ans de suspension sans solde. Pour un aperçu plus complet de la situation, lire par exemple « Non aux procédures-bâillons au Rouvray ! », un communiqué du comité de soutien aux personnels en lutte du Rouvray.

Entretiens et ambiances ce 30 juin sur le parvis de l'administration, alors que Thomas entre au Conseil de discipline.

Écouter les séquences (le déroulé précis est sous le lecteur) :

Lien de téléchargement sur l'Internet Archive : https://archive.org/details/Rouvray-30juin20

Déroulé des séquences :

  1. Ambiance : haie d'honneur pour Thomas et slogan « Masqué·es mais pas muselé·es ! »
  2. Entretien : Agathe, infirmière CGT au Rouvray et défenseuse de Philippe lors de son conseil de discipline, fait le point sur la situation et parle de comment se passe un conseil de discipline.
  3. Entretien : Nicolas, soignant et Blouse noire, lui-même convoqué à un entretien disciplinaire, évoque le Camping à la Ferme ta gueule organisé il y a deux semaines sur les pelouses du Rouvray.
  4. Entretien : Lionel, Yohan et Yann, trois « perchés du Havre », parlent de leur mobilisation d'il y a deux ans au sein de l'hôpital psyhciatrique Pierre Janet. Des soignants étaient restés 16 jour sur le toit pour demander des moyens pour le soin.
  5. Entretien : Delphine Glachant, psychiatre membre de l'Union syndicale de la psychiatrie (USP) et présidente du Printemps de la psychiatrie, revient sur le que ce dernier a fait paraître en soutien au Rouvray et sur le combat contre la psychiatrie maltraitante.
  6. Tribune : Pascal Diaz, de SUD et du Printemps de la psychiatrie, sur la grande mobilisation dans la psychiatrie en 2018 et sur la répression des soignant·es aujourd'hui en Seine-St-Denis et ailleurs.
  7. Tribune : Yohan de l'Hôpital Pierre Janet, sur la répression des « perchés » du Havre et le fait que les expert·es du sin sont les soignant·es + Agathe du Rouvray sur les constats d'huissiers que les directions multiplient non pas pour les soins mais pour la répression de la contestation.
  8. Tribune : Martin Pavelka, pédopsychiatre en Essonne et membre du collectif des 39 contre la nuit sécuritaire, lit un extrait du communiqué du Printemps de la psychiatrie, « Non à la dictature des directeurs », et dénonce l'incompétence des managers dans le soin.
  9. Tribune : Delphine Glachant sur le refus de son service psychiatrique d'appliquer les consignes sanitaires maltraitantes lors du confinement à l'hôpital Les Murets dans le Val de Marne.
  10. Tribune : Isabelle de SUD Santé Sociaux, sur la situation catastrophique de la psychiatrie actuellement, pour les patient·es comme les soignant·es.
  11. Tribune : Bruno, ancien gréviste de la faim du Rouvray, lit un billet d'humeur de Christophe Prudhomme, médecin urgentiste CGT, sur la répression dans les services hospitaliers aujourd'hui.

La police comme symbole de la masculinité en crise

ARTICLE INITIALEMENT PARU SUR TROU NOIR.ORG

Le véritable mensonge n'est pas celui que l'on fait aux autres, mais celui que l'on se fait à soi-même. C'est la façon dont nous piétinons quotidiennement nos propres perceptions. Si bien que tant qu'il ne sera pas question de vérité, il ne sera question de rien [1]. Voilà ce que Nicole Belloubet essaya d'enterrer par ses déclarations assurant qu'il n'existait pas de comparaison possible entre l'affaire George Floyd et celle d'Adama Traoré.
Le 25 mai 2020 à Minneapolis (Minnesota, États-Unis) George Floyd est interpellé par quatre policiers, plaqué au sol et immobilisé violemment, l'un des policiers exerçant une pression du genou sur son cou pendant neuf minutes. Son agonie et son décès sont filmés par des passants. Il déclare à plusieurs reprises qu'il ne peut plus respirer.
Cette scène se répète tristement et la liste est longue. Adama Traoré et Cédric Chouviat sont décédés récemment dans des circonstances analogues.
Les commentateurs français de la mort de George Floyd n'ont cessé de rappeler à quel point les États-Unis et la France étaient des pays différents, avec une société et une histoire différente. Soit.
Mais ces différences ne dissimulent pas le fait qu'il s'agit ici d'une unique situation politique. La « bavure » n'est pas un fait isolé ou une exception, mais ce qui caractérise le fonctionnement routinier de la police. Est-il encore possible de nier que les évènements que nous venons de citer sont inséparables de l'affaire des policiers de Rouen ou des révélations du site d'information streetpress.com concernant l'existence de groupes Facebook de milliers de membres, tous, issus des forces de l'ordre (policiers et gendarmes) et dont les messages et commentaires sont racistes et sexistes ?
Cette actualité funeste a pour mérite de mettre en lumière certains aspects systémiques de l'institution policière. Le racisme, la misogynie et le suprémacisme blanc sont des éléments communs aux différentes forces de police occidentale. Et parce qu'elle est une institution qui pour fonctionner doit bénéficier de la confiance de tout un chacun et jouir d'une réputation d'exemplarité et d'impartialité, la police est dorénavant exposée comme une institution en crise. C'est en analysant ses formes de discours (écrits et oraux) que l'on comprendra que non seulement il ne s'agit pas de situations éparses contenant des similitudes, mais qu'il s'agit bel et bien d'une même situation se prolongeant à l'infini, mais par ailleurs que la crise dont nous parlons est une crise de la masculinité dont la police est le symbole. Dès qu'il s'agit de regarder d'un peu plus près les idées, les représentations et le rapport au monde des policiers, c'est à chaque fois la dimension politique de la sexualité qui fait irruption dans le discours, le policier étant par excellence le garant de l'ordre symbolique masculin. Or, nous le verrons, ces discours ne sont pas réactifs. Ils sont construits, représentent des tendances et sont structurés par des idées politiques. Ils ont également une histoire et des ancêtres.
Notre étude de cette crise de la masculinité aura pour ambition de contribuer au formidable mouvement mondial contre le racisme et les crimes de la police dont Black Lives Matters s'est fait le relais, poursuivi en France par des collectifs comme Justice pour Adama.

QUESTION DE GENRE : LA MISOGYNIE

Décembre 2019. Alex, un policier noir de 43 ans, en poste à l'unité d'assistance administrative et judiciaire (UAAJ) de Rouen constate, sur le téléphone d'un collègue, que son nom est cité dans les messages d'un groupe WhatsApp composé d'une dizaine de policiers. En y regardant de plus près, il prend la mesure du racisme et de la misogynie des propos qui sont endémiques au sein de ce groupe. Le témoignage d'Alex est accessible ici.
Le discours des policiers à propos des femmes suit un schéma précis. D'abord, il s'agit d'une plainte. Chaque individu se plaignant des femmes. Femmes, toujours mentionnées au pluriel et toujours anonymes. Leur discours trahit une terrible envie de reconnaissance et une haine envers les femmes de ne pas percevoir leurs valeurs. Derrière les critiques, derrière le racisme plane cette question qui résonne en chacun de ses hommes : pourquoi pas moi ?
« Après, pour ce qui est des filles comme tu disais qui aiment bien les bâtards, parce qu'en fait, pour elles, c'est des mecs qui représentent la sécurité, tu vois, elles se sentent en sécurité avec des gros bâtards comme ça, parce que les mecs comme toi et moi qui sont trop gentils tu vois, qui ne sont pas des connards ou des cassos, elles les croient beaucoup trop faibles ».
Parlant de ses échanges avec ses collègues féminines, un des policiers avance que si les femmes de son unité prenaient connaissance de ses opinions politiques, plus aucune ne lui tournerait autour. Le policier se reprend et finit par dire : « ne m'adresserait plus la parole ».
Il faut donc comprendre que chaque interaction avec une femme est perçue comme un rapport sensuel en puissance.
« Tôt ou tard, elles vont finir par le payer quand il y aura l'effondrement économique ils ne sauront pas les protéger par exemple ».
En second lieu, il s'agit pour ces hommes de retrouver leur puissance perdue, leur masculinité. D'un côté, le besoin vital d'amoindrir les femmes, d'en faire des êtres à protéger, mais aussi à encadrer de par leur irrationalité. De l'autre, l'exaltation du groupe des hommes passant par le partage de pratiques communes, ici l'achat illégal d'armes à feu, phallus retrouvé, puissance reconquise.
« Moi par exemple, je suis un mec qu'elles trouvent beaucoup trop faible et beaucoup trop gentil. Méfie-toi de l'eau qui dort. Parce que moi, j'ai des armes par contre. Donc, avec des armes, je serais capable de pouvoir défendre, la défendre mieux que le gros bâtard qu'elle à choisi. Mieux que son singe ».
Un autre trait marquant de ces propos concerne l'irruption du sexuel dans le champ social dès l'apparition d'une femme. Le rapport désir/haine exprimé dans les propos virils vient doubler le discours sur le féminin, l'être à protéger devient l'être faible et vil.
« À la limite, ya que des pétasses comme X qui peuvent encore survivre parce que suivant quelle bite elles vont sucer, elles survivront. »
On retrouve ce même discours doublé lors de l'unique moment ou la catégorie « les femmes » acquiert une coloration politique :
« Ya les féministes, tu sais pas sur quelle fesse elles dansent ces grosses putes ».
Si les policiers parlent toujours des femmes, des choix des femmes ou du comportement des femmes, c'est que s'exprime en eux, l'impossibilité d'un rapport épanoui avec celles-ci.
Le désir qui transpire partout de ses discours haineux vient s'écraser sur le mur de la représentation sociale.
Parce qu'ils sont « trop gentils », ces hommes vivent leurs relations avec les femmes sous le poids du mépris ou du défaut de reconnaissance de celles-ci. Eux, les hommes bien, les gardiens des valeurs et du respect passent au second plan, mâles bêta, sous-hommes.
''Le subalterne [2] , c'est celui que ceux qui sont comptés, qui ont leur place dans la société, ne calculent pas. La subalternité sexuelle, c'est le fait de ne pas “compter” pour les autres, sous l'angle de la sexualité — de ne jamais être calculé quand la sexualité est en jeu dans les relations humaines'' [3].

INCELS

Les discours et attitudes des policiers dont il est question trouvent un écho particulièrement troublant dans les communautés incels [4].
La construction de ce genre de discours se retrouve partout en occident, particulièrement sur les réseaux sociaux. Les réseaux sociaux permettent un en-dehors qui se superpose à la réalité. Alors que les policiers sont en service, ils vivent un en-dehors paradoxal, sans filtre, total.
Plainte contre l'injustice de ne pas avoir accès aux femmes, d'être rejetés par celles-ci au profit d'hommes jugés inférieurs, besoin d'affirmation de sa virilité contre la « faiblesse » des femmes, tels sont les fondements de ces communautés virtuelles réunissant des dizaines de milliers d'hommes. Non seulement leurs idées à propos des femmes sont identiques, mais en outre l'articulation des idées, les constructions grammaticales, les expressions se confondent de manière terrifiante. Preuve d'une crise de la masculinité et de ses représentations. Crise profonde. Crise occidentale. Crise dont la visibilité se manifeste au travers de ses éléments les plus clivants. Le Southern Poverty Law Center, qui surveille les idéologies haineuses aux États-Unis, vient d'ajouter des groupes de « suprémaciste masculin », dont les Incels, dans sa cartographie.
Elliot Rodger, étudiant californien métis issu d'une famille bourgeoise d'Hollywood, se fit tristement connaître par l'assassinat de cinq personnes. Il en blessa quatorze autres avant de se donner la mort. Dans le récit posthume de sa vie, My Twisted World : the story of Elliot Rodger, celui-ci expose son mal-être et sa solitude provoqués par le rejet des femmes.
« Comment un garçon noir, inférieur et laid pouvait-il avoir une fille blanche et pas moi ? Je suis beau et je suis à moitié blanc moi-même. Je descends de l'aristocratie britannique. Il descend d'esclaves. Je le mérite plus. »
« Il n'y avait plus aucun intérêt à ma vie. Je n'allais jamais perdre ma virginité. Je n'allais jamais avoir de petite amie. Parce que les filles sont repoussées par mon apparence, je n'allais jamais avoir d'enfants et transmettre mes gènes. La seule façon dont j'aurais pu être assez digne de belles filles, c'est si je devenais riche à un jeune âge, et la foi en cette possibilité s'était évanouie. Il n'y avait plus d'espoir. Je n'aurais jamais de relation sexuelle, jamais d'amour, jamais d'enfants. Je ne serai jamais un créateur, mais je pourrais être un destructeur. La vie a été cruelle avec moi. L'espèce humaine m'a rejeté toute ma vie, malgré le fait que je sois un gentleman idéal et magnifique. »
« Le mal ultime derrière la sexualité est la femelle humaine. Elles sont les principales instigatrices du sexe. Elles contrôlent quels hommes l'obtiennent et lesquels n'y ont pas droit. Les femmes sont des créatures imparfaites. Elles pensent comme des bêtes et en vérité, elles sont des bêtes. Les femmes sont incapables d'avoir une morale ou de penser rationnellement. Elles sont complètement contrôlées par leurs émotions dépravées et leurs impulsions sexuelles viles. Pour cette raison, les hommes qui expérimentent les plaisirs du sexe et le privilège de se reproduire sont les hommes qui attirent sexuellement les femmes… des hommes stupides, dégénérés et odieux. J'ai observé cela toute ma vie. La plus belle des femmes choisit de s'accoupler avec le plus brutal des hommes, au lieu de magnifiques messieurs comme moi. Les femmes ne devraient pas avoir le droit de choisir avec qui s'accoupler et se reproduire. Cette décision devrait être prise par des hommes intelligents et rationnels. »
Nous exposons ici ces longs extraits, car Elliot Rodger est devenu une icône de nombreux incels, et son discours est emblématique de la misogynie contemporaine cherchant à colmater les escarres de la masculinité.
Comme le soulignent brillamment Alain Naze et Alain Brossat dans Ordo Sexualis, le fétichisme du « choix individuel », le fait d'être choisi comme partenaire par une femme, de sortir du lot, d'être élu, repose largement sur un mensonge. C'est d'ailleurs pour cette raison que les hommes dont il est question ici conçoivent le féminin uniquement au pluriel. « Les femmes ne me comprennent pas ». « Les femmes ne m'ont pas choisi ». « Pourquoi n'ai-je pas été choisi ? ». Le choix serait ainsi une sorte de code secret entre VÉNUS et MARS. Or, on voit bien comment l'énoncé du choix individuel va se mettre à « fuir en flots saumâtres lorsque le sujet individuel qui énonce ses préférences, le fera dans des formes comme : “Moi, je ne coucherai(s) jamais avec un Arabe !” ou, aussi bien, inversement : « Moi, je ne baise qu'avec des Noirs, jeunes de préférence ! », etc. Que les choses s'énoncent ou se pratiquent dans l'horizon d'une catégorisation implicite ou explicite des partenaires sexuels éventuels, dans des termes positifs (le désirable) ou négatifs (le non désirable) — c'est chaque fois la dimension politique de la sexualité qui revient au galop [5].

DISCRIMINATION SOCIALE

Qu'il soit question des hommes « gentils » ou « protecteurs » de la police de Rouen ou de l'archétype du gentleman affirmé par Elliot Rodger contre les Chads [6], la question sociale, celles des statuts des symboles et des valeurs, prend une importance particulière. Car la volonté de rétablir l'ordre, la volonté de retrouver la place symbolique de l'homme, s'exprime non seulement par la misogynie, mais également par la domination de ses hommes sur d'autres par leurs statuts, leurs emplois, leur naissance ou leur prestige.
« Moi, je vous le dis, c'est officiel, avec ce que je viens d'entendre, c'est une pute à nègre. C'est même sûr. Le problème, c'est que de la part d'une fille de prof, à la limite, je comprends, pour moi c'était logique. Mais son père est CRS putain ».
Ici, le prestige et le respect associé à une fonction, à une fonction « de la maison », à une fonction familière, sont placés au-dessus des rapports humains entretenus avec la femme dont il est question. Le sous-texte de cet extrait est évidemment celui qui consiste à dire que les professeurs, en plus de ne faire que discourir en opposition au policier qui est garant de l'action, ne sont que des agents du désordre, des gauchistes qui entretiennent les idées reçues et la mauvaise image de la police. Le glissement vers le registre politique permet de marquer une rupture symbolique dans le rôle des professions respectives. Pour les policiers, la fonction de « gardien », de « protecteur » de l'ordre social et de ses valeurs est incompatible avec des fonctions et des métiers qui favoriseraient la dissidence, l'esprit critique ou le désordre.
La fonction de « protection » dans la police est particulièrement importante, c'est elle qui réalise l'opération métonymique par laquelle le policier devient l'homme en général. Protéger prend un sens double ici. Protéger physiquement devient protéger financièrement. Le salaire jouant comme critère de virilité, de fiabilité, de constance.
« Tôt ou tard, elles vont finir par le payer quand il y aura l'effondrement économique, ils ne sauront pas les protéger par exemple ».
« Ce que ces putes n'ont pas compris, c'est que ça a beau être des racailles, des cassos… ».
Le mot « cassos » est charnière puisque sans définition précise, il permet de définir deux camps irréconciliables. Celui des hommes « bien », des bons pères, des bons agents. Avec des valeurs, une stabilité et un rôle social. Et de l'autre, celui des gens de peu de moyens bénéficiant d'aides pour réussir à vivre, cachant en réalité pêle-mêle les banlieusards, les pauvres, les non-blancs, les marginaux et tout ce que la gauche extra-parlementaire compte de militants et d'irréductibles.
Le discrédit lié aux moyens financiers est une manière d'affirmer une masculinité contre une autre.
Celle de l'honnête salaire, contre celle du trafic illégal.
Le 4 juin dernier, StreetPress publiait une enquête de Ronan Maël révélant que des milliers de fonctionnaires de police (plus de 8000 membres) partageaient des messages et des montages racistes et sexiste au sein d'un groupe Facebook privé.
À la suite de la publication d'un article sur ce groupe s'intitulant : “Assa Traoré (Justice pour Adama) lance un appel à soutenir Camélia Jordana sur les réseaux sociaux”, un déferlement de propos haineux est immédiatement venu le commenter.
« Cela doit être dur financièrement… maintenant que son frère à rejoint le commun des mortels, elle ne peut plus jouir des recettes du trafic de stupéfiants de ce dernier… ah mince »
« Elle le fait gerber avec sa tête de raclure et ses idées de Cassos »
Le discours des policiers opère une marginalisation voire une pathologisation de la condition sociale. C'est l'homme sain, le géniteur, le père qui sépare le bon grain de l'ivraie, l'avenir (de ceux qui le méritent) du parasitisme.

RACISMESUPREMACISME BLANC

La binarité du monde qui s'exprime entre deux types d'hommes, les bons et les mauvais, trouve sa clé de voûte dans le racisme (dans le choix des mots, des injures, des oppositions) et le suprémacisme blanc (en ce qui concerne l'idéologie, largement construite et véhiculée par l'extrême droite). C'est ainsi que l'idée d'une guerre civile raciale imminente semble une évidence partagée pour les policiers de Rouen :
« Moi, ce qui m'étonne le plus, ce sont les pompiers qui essaient d'éteindre un feu et les fils de putes de la gauche de merde les en empêchent. Non, balle dans la tête en fait, parce que t'es une merde. T'es une merde de gauche, tu mérites de mourir. »
« Donc, vivement la guerre civile, vivement l'effondrement. Et moi je pense qu'il n'y a pas que la diversité qui va prendre cher, je pense que la gauche aussi, il va vraiment falloir éliminer ces fils de putes ».
« Il reste quelques années avant l'effondrement, de toute façon la guerre raciale est inévitable, ça, c'est clair et net. C'est juste une question de temps ».
« J'attends qu'une chose, c'est que tous ces gens crèvent. Voilà, je n'ai plus envie de sauver les gens. Je me dis que tous ces gens doivent crever. Ça régénérera l'espèce humaine et surtout la race blanche. Voilà, quand les gonzesses s'offrent à des nègres ou à des bougnoules je m'en bas les couilles si après elles se font démonter la gueule, buter, tout ce que tu veux. T'as voulu la couleur ? Maintenant il faut que tu paies la redevance ».

Le racisme est central dans les constructions mentales qui s'expriment ici. Les policiers utilisent le critère racial pour séparer deux types d'hommes. L'étranger, l'immigré, le racisé, le coloré et ainsi de suite se retrouvent magnétiser dans un archétype masculin qui incarne tous les problèmes sociaux dans les rapports entre les hommes et les femmes. Qui incarne également tous les problèmes sociaux dans le rapport des hommes à la France.
La forme même des échanges vient accentuer le phénomène. Ainsi, l'article de StreetPress sur les échanges racistes de la police expose des commentaires à propos du rassemblement contre les violences policières, organisé par Assa Traoré le 2 juin à Paris :
« Paris ? J'ai un doute qu'on soit encore en France. »
« C'est noir de monde ! »
« Non, c'est noir de merde ! »
« C'est un peu comme le naufrage d'un pétrolier ? »
“Les KFC vont se gaver ce soir…... »

Le groupe Facebook dont il est question ici fonctionne en relayant puis commentant des articles d'actualité mettant en jeu une dimension de sécurité publique. Or, ce qui est permis par un tel fonctionnement, est la superposition, sur la réalité de chacun, d'un discours et d'une manière de penser permise uniquement par son absence de matérialité et son anonymat (les groupes sont privés, et personne n'affronte le regard des autres dans ces échanges. La dimension sociale qui consiste à assumer un discours est ici soustraite). De ce fait, le racisme qui pourtant est central dans le façonnage sensible du monde tel qu'exposé dans nos exemples est simplement perçu comme un choix individuel et privé n'affectant pas sa vie sociale. Les évidences sensibles interfèrent dans les choix individuels, quand ils ne les prédéterminent pas. La masculinité en crise dont nous traitons, avance des éléments qui ont trait à l'ethnicité, au genre, à la condition sociale, aux caractéristiques physiques ou à la religion pour former une grille de lecture intelligible du monde dans lequel chaque mâle serait au centre et débarrassé de la concurrence dont la virilité ou les attributs étaient purs injustice. Toutefois, la crise de la masculinité n'est pas un phénomène nouveau. C'est une récurrence qui possède une histoire et dont l'exploration sommaire permettra de mieux appréhender le présent.

MASCULINITÉ EN CRISE : L'HOMME DE LACOLONISATION

“Le vice a tenu sans doute encore plus de place que le pétrole dans ce qui s'est terminé par la capitulation d'Évian.”
C'est par ces mots que le pamphlétaire André Figueras décrivit la crise que traversait la France au début des années 60. Après la guerre, la société française fut transformée de fond en comble : la France qui était encore un pays catholique foncièrement rural et impérialiste se mua en un pays urbanisé, pleinement industrialisé et privé de ses colonies. Les Français eurent tendance à décrire ces changements intervenus dans leur mode de vie en termes de “brutale transformation”. La rapidité avec laquelle fut menée l'entreprise atteste que ces éléments, sans lesquels n'eût pu s'effectuer la modernisation, firent irruption, avec toute la force, l'excitation, la violence et l'horreur de l'authentique nouveauté. Dans Rouler plus vite, laver plus blanc, modernisation de la France et décolonisation au tournant des années 60, Kristin Ross soutien qu'une étude approfondie du discours produit à l'époque montre qu'en fait, l'adjectif “nouveau” fut le plus fréquemment accolé à un autre terme : celui d'homme. Au cours de cette décennie, l'apparition de l'“homme nouveau” et l'émergence d'une nouvelle conception de la subjectivité masculine ou virile furent proclamées, célébrées, analysées et débattues de toutes parts [7].
L'extrême droite joua un rôle décisif dans ces débats. Après 1962, elle imposa un discours dialectique dans lequel le ciblage de la masculinité des Arabes était décrit comme déviante. Des expressions telles que “appétits masculins brutaux”, “hypervirilité aberrante” ou “besoins sexuels incontrôlables” provoquaient à la fois la haine contre des hommes représentant une menace (menace guerrière, mais également menace pour l'intégrité de la France métropolitaine et pour les femmes françaises), mais également la jalousie face a la puissance de la virilité algérienne. D'autre part, l'efféminement décadent du Français l'avait rendu incapable de se battre. Il était symboliquement l'émasculé. Todd Shepard, dans le premier chapitre de Mâle décolonisation intitulé : L'extrême droite et le renouveau de l'orientalisme sexuel dans la France de l'après-décolonisation, souligne que la circulation permanente d'images et de récits d'émasculations, de violences sexuelles ou de mutilations génitales censées avoir été subies par l'armée française déstabilisa les Français dans leur regard sur la masculinité.
Dans les années 60, la principale tactique adoptée par les auteurs et militants d'extrême droite consista à mettre en scène la guerre d'Algérie comme théâtre d'une guerre de la virilité. En outre, comme le souligne l'historien Kevin Passmore, la France, dans ces discours, était considérée comme corrompue, assimilée à une “putain” livrée à la luxure, aux pulsions et aux fantasmes.
Enfin, Todd Shepard souligne que pour l'extrême droite, la libération sexuelle était le dernier péril en date à venir menacer la race blanche. Un article de la revue extrémiste Révolution européenne, en 1965, montre à quel point, dans ce milieu, l'inquiétude régnait : “Homosexualité, érotisme : il s'agit là d'une arme utilisée contre les peuples blancs”.
Kristin Ross montre que le tournant des années 60 ne peut être appréhendé qu'en maintenant le parallèle entre deux histoires, celle de la modernisation et celle de la décolonisation. Celles d'un pays dominant/dominé, exploitant des populations coloniales au moment même où il se trouve amené à collaborer ou fusionner avec le capitalisme américain. Le colonialisme extérieur se convertit alors en “colonisation de la vie quotidienne”.
C'est toujours sur fond de crise que viennent se greffer et se développer des antagonismes comme la masculinité que nous examinons aujourd'hui. Les discours d'extrême droite façonnent des représentations du masculin, opposant le Français et l'Algérien à un moment où les archétypes du masculin étaient en mutation. La crise ne provoque pas un vide ou un chaos dont bénéficiaient par opportunisme les éléments extrêmes. Au contraire, c'est la production d'un discours qui va venir traduire le réel, qualifiant celui-ci de crise.

CONCLUSION

Notre exemple sur la construction discursive de la masculinité par l'extrême droite dans les années 60 nous amène à percevoir la masculinité comme une somme de discours, de concepts, de perceptions qui échappent à la réalité sociale et affective des individus. En ce sens, elle se rapproche d'une idéologie puisqu'elle vient travailler le réel, la vie des gens, les liens tout en leur étant extérieur. En un sens, la police en est un certain reflet. Dans La naissance de la police moderne, Paolo Napoli relate la manière dont cette institution est construite hors de la règle commune, de la communauté et du droit : “la police, à ses débuts, n'est pas une entité juridique, mais un pouvoir de fait. Si son histoire est aussi celle de sa progressive inclusion dans le monde du droit, sa matrice, elle, est liée aux pratiques concrètes de la communauté dans laquelle elle a vu le jour, précédant toute forme d'élaboration savante. Aucune lecture sociale, institutionnelle ou historico-juridique ne peut ignorer cette naissance ambiguë de la police, qui la situe dans un espace indifférencié entre le droit et le fait. En ce sens, on peut parler d'une institution-limite : ni tout à fait dans, ni tout à fait hors du périmètre du droit.”
L'idéologie masculine trouve un terrain fertile pour son épanouissement dans les crises. Elle trouve sa source dans des éléments et facteurs de catégorisation. Il suffit de porter son regard sur les applications de rencontres amoureuses. Ce qui est perçu et vécu comme un choix individuel d'élire une personne est en réalité le fruit d'un système de catégories dont la fonction est uniquement discriminatoire.
Lorsque les policiers, sur Facebook, se défendent des attaques qui leur sont portées en invoquant l'humour pour qualifier leurs propos, ils repoussent le racisme hors de leur vie expliquant qu'ils connaissent bien le racisme en raison de leur fonction et qu'il ne s'agit pas de cela ici. Chaque individu choisit de se présenter comme tel. Réalité cruelle, il est incontestable que les catégories discriminantes formant le racisme déterminent complètement la vie sociale de ces policiers.
Comprendre les déterminations qui sont à la base de nos discours, tel est l'enjeu politique. Et seule la maîtrise de ceux-ci peut permettre une affirmation, une construction qui s'oppose pan par pan à la virilité de la police, pièce maîtresse de l'échiquier symbolique de notre temps.

DIVA pour TROUNOIR.org


[1] Maintenant du Comité invisible p.11 éditions la fabrique 2017

[2] Si la subalternité était assumée, alors elle pourrait ouvrir à des rapports construits sous de nouvelles augures, brisant les chaînes des catégories. Bien évidemment il n'en est rien, la subalternité est refoulée. Les mâles bêta haïssent et rêvent d'être des mâles alpha. Conjurant leurs conditions, ils s'accrochent à ce qui devrait leur être dû, à un droit-de-nature, à un fantasme.

[3] Ordo sexualis — Réflexions sur l'ordre [et le désordre] sexuel. Alain Brossat/Alain Naze éditions eterotopia france/rhizome 2019

[4] Incels pour célibataires involontaires désigne des communautés en ligne misogynes dont les membres se définissent comme étant incapables de trouver un partenaire amoureux ou sexuel, état qu'ils décrivent comme célibat involontaire ou inceldom. Ceux qui se proclament incels sont presque exclusivement de sexe masculin.

[5] Ordo sexualis — Réflexions sur l'ordre [et le désordre] sexuel. Alain Brossat/Alain Naze éditions eterotopia france/rhizome 2019 chapitre 4 : D'un prétendu droit de baiser

[6] Un chad est un homme considéré comme un prince charmant. Il suscite l'attention et les faveurs sexuelles des femmes. Ses attributs sont ceux de la beauté et de la virilité.

[7] Kristin Ross. Rouler plus vite laver plus blanc. Modernisation de la France et décolonisation au tournant des années 60. Éditions Flammarion, 2006.

RASSEMBLEMENT CONTRE L’ANNEXION DES COLONIES ISRAELIENNES DE CISJORDANIE

NON A L'ANNEXION DES TERRITOIRES PALESTINIENS !
Du Plan TRUMP à une « extension de souveraineté »
En Janvier dernier le feu vert en a été donné par le « plan de paix » de TRUMP.
Il consacre et élargit l'occupation israélienne de la Cisjordanie.
Il prévoit ainsi la création d'un pseudo- état Palestinien sur un territoire résiduel, sans la continuité ni les prérogatives d'un véritable état.
Nethanayu, soucieux de garantir son impunité, a placé la question de l'annexion au cœur de la campagne électorale consolidant ainsi son alliance avec l'extrême-droite israélienne prépare.
Il prépare l'annexion unilatérale des colonies juives (dont la( mise en œuvre est annoncée pour le premier 1er juillet) même si elle cela ne sera sans doute pas qualifiée officiellement d'annexion.
Un véritable apartheid
Les palestiniens ont déjà subi la discrimination organisée par la loi État-Nation du peuple Juif en Israël, l'éclatement du peuple es palestinien en de multiples statuts et l'attribution de territoires mités par la colonisation israélienne.
Cette annexion qui s'inscrit dans la logique du plan Trump sera la touche finale de la mise en place d'un réel régime d'apartheid sur l'ancien territoire de la Palestine.
Des sanctions indispensables
Israël ne pliera que sous la contrainte.
Des sanctions internationales sont indispensables.
L'union Européenne doit suspendre ses accords de coopération économique avec Israël, interdire les produits des colonies et reconnaître la Palestine comme état.

Souvenirs … Souvenirs … de mai 68 à l’HP de Sotteville (devenu C.H. du Rouvray)

Un gréviste de l'HP en mai 1968 nous raconte (il avait alors 20 ans)

Vous vous étiez mis en grève pour quoi ?

Depuis plusieurs mois, un malaise grandissait, et puis ce qui se passe à Paris - déjà la journée des barricades le 6 mai au Quartier Latin puis surtout la nuit des barricades du 10 mai - a mis le feu aux poudres, ça bouillait dans la marmite, à ce point que dans une réunion du Conseil Syndical CGT, les mecs du PC qui le dirigeaient ont dit : « Il faut appeler à la grève dès maintenant pour le 13 mai parce que de toutes façons elle va avoir lieu ! » ... Comme chacun sait, c'est allé beaucoup plus loin que le seul 13 mai : dès le 14, Sud Aviation à Nantes est occupée avec séquestration du directeur, et dès le 15 les jeunes prolos de Renault à Cléon y lancent la grève en commençant à occuper l'usine eux-aussi et en y enferment les directeurs. Puis ça a été comme une traînée de poudre un peu partout !

Quelle était l'ambiance pendant la grève ?
Nous n'avons pas eu à enfermer le directeur ... ces mois-là il n'y en avait pas (c'était un psychiatre assez âgé et paraissant plutôt ouvert à tout ce qu'il se passait qui faisait l'intérim !).

A l'HP, il y avait au moins dix services psychiatriques adultes, avec les hommes à Quatre Mares (avec des hommes et des femmes comme personnel infirmier), et avec les femmes à Saint-Yon (avec uniquement des infirmières). C'était pour le moins asilaire. Et tout ça était très compartimenté.

Alors les Assemblées Générales de Grève étaient à chaque fois des occasions de décloisonnement, des occasions appréciées pour connaître des gens d'autres services, et c'était une joie pour tous et toutes de tous âges de pouvoir se rencontrer. C'était un sacrément bon bol d'air aussi pour la plupart de la centaine de jeunes, garçons et filles, à être entrés « d'un seul coup » au fil des mois en 1967 et 1968. A l'époque, nous avions d'abord un examen d'entrée qui nous faisaient élèves-infirmiers payés, nous travaillions dans les pavillons psychiatriques avec les autres salariés ; nous subissions une « formation théorique » de deux heures par semaine, en dehors des services, assurée par des psychiatres-chefs de service.

Cette « formation » apparaissait à beaucoup d'entre nous comme très déconnectée de ce que nous vivions et observions très réellement au contact des personnes enfermées-entassées au sein des services ; ça poussait à la critique, et en plus nos conditions d' « enseignés » étaient tellement dégueulasses et autoritaires qu'il arrivait que ces cours soient quelque peu chahutés ! Pour la plupart d'entre nous, nous étions d'origine prolo ou employés, continuant à travailler beaucoup en même temps que petitement « formés » ou ... déformés ! Qu'on soit homme ou femme, on gagnait la même chose.

En 68, dès que la grève a été votée en AG, d'abord pour le 13 mai, la plupart de ces « nouveaux » arrivés étions à fond dedans, dans les dix services la grève s'est poursuivie ! Ce qui veut dire qu'on allait quand même dans les pavillons, bien sûr, s'occuper des gens enfermés, mais on s'en allait dès que possible, en roulement discuté entre infirmiers, au piquet de grève. La plupart des nuits, on était là, c'était un sacré bavardage, toutes sortes de sujets étaient discutés entre gens de tous âges !

Qu'est-ce qui fait que tu es allé à la fac de lettres en mai 68 ?

Il y avait eu, de la part des étudiants grévistes qui occupaient la fac et qui faisaient des manifs pleines d'allant dans Rouen, un appel à ce que toutes les personnes qui avaient envie de se battre viennent les y rejoindre pour discuter, partager, agir.
Des ouvriers d'un peu partout, jeunes en général mais pas seulement, venaient, aussi bien des cheminots, des postiers, des jeunes de diverses industries (dont Renault), quelques jeunes de l'HP de Sotteville aussi.
Je me souviens : chaque fois que nous y appelions, en A.G., à « descendre en ville », il nous fallait nous coltiner les inévitables dénigrements et tentatives d'intimidation publiques de la part de quelques chefs syndicaux et PCF (pas tous !), alliés dans leurs menaces avec un infâme médecin-chef (encore respecté !) qui tentait de se prévaloir d'être un ancien dirigeant UNEF pour - croyait-il - nous museler ... A chaque fois, ils étaient vivement remis à leur triste place puis nous allions où nous voulions !

Que faisaient les gens dans l'occupation de la fac ?

Je me rappelle de grandes discussions dans un grand amphi, où on discutait pouvoir ouvrier, prendre le contrôle de notre vie, la contraception, on avait une aspiration à changer la vie.

Toi, tu y as dormi à la fac ?

On ne faisait pas qu'y dormir ... c'était joyeux et bordélique mais c'était pas spécialement des fêtes.
Surtout des discussions, même parfois très pratiques, concrètes, entre des gens venus d'un peu partout. Comme on avait vent qu'il pouvait y avoir des attaques de la part de la police mais aussi par les fachos - en 67, au Restaurant Universitaire, un commando d'Occident était venu agresser violemment des gens qui se mobilisaient contre la guerre du Vietnam - il a été décidé que toutes les personnes volontaires pour l'auto-défense se relaient - il n'y avait pas que des étudiants ! - pour monter sur les toits de la fac de Lettres avec tout ce qu'il fallait : il y avait des barres de fer, des pavés, on avait des boucliers, on était casqués.

Comment s'est passée l'attaque ?

Je ne sais plus trop si c'était la nuit ou plutôt au petit matin, on a vu un groupe de mecs arriver pour tenter de déloger la fac occupée ! Alerte générale ! Et, depuis le toit, on leur a balancé tout ce qu'on avait sous la main pour stopper l'assaut. Au bout d'un moment, ils ont bien dû se tirer, et les flics se sont ramenés après. Ils voulaient choper tous les gens qui étaient sur le toit. Nous refusions d'en descendre sans la garantie absolue que personne ne se fasse prendre. On a discuté un bon moment avec le reste des occupants de la fac et on s'est tous mis d'accord : nous ne descendrons du toit que sous des couvertures sous lesquelles chacun pourra se démasquer pour s'évanouir parmi tous les autres ocupants, afin d'être ni reconnus ni appréhendés.

La grève de l'HP de Sotteville continue jusqu'à quand ? Elle se finit comment ?

On a continué tard la grève. Malgré que la CGT et le PC voulaient faire reprendre, ça n'a pas été si simple, on n'est pas retourné au boulot comme ça. Je crois qu'on a dû retourner « à la normale » (un comble dans un HP !) peu de temps après qu' il y a eu ce truc des élections qu'ont installé les partis,
ça a bien plombé l'ambiance ! c'est sûr que c'était le meilleur moyen d'arrêter la grève !
A l'HP, le PC - artiste en mensonges - s'employait à répandre « La grève s'arrête partout ». Et il faisait ça en même temps partout ailleurs aussi, on l'apprenait vite mais ça plombait. Cependant nous étions quelques-uns à crier « Elections-piège à cons ! » (même ceux en « âge de raison » pour aller aux urnes !).

Je crois que nous gagnons sur le temps de turbin - déjà, de 48h on passe aux 45h ! - on a une augmentation de salaire sur le coup conséquente, on gagne aussi en congés annuels et en droits.

Et après ?

Après ? Eh bien, il y a tous ces liens plaisants tissés pendant les moments de grève. Ce qui perdure, c'est notre insolence vis-à-vis de la hiérarchie, c'est notre refus d'être « comme avant », nos blouses qui se déboutonnent et parfois même sont ôtées (ce qui signifie quelque chose alors !), des filles viennent en pantalon (ce qui n'est pas rien non plus à l'époque, incroyable, non ?), c'est les cheveux des garçons qui commencent à pousser, c'est les partages sur la vie sexuelle et sur la contraception, c'est notre refus de se plier à des pratiques à l'égard des enfermés qui nous blessent. Tout ça bouscule l'ambiance ...

On est alors un bon nombre à se rendre compte qu'être infirmier c'est aussi beaucoup être maton, que ce qu'on nous demande en fait c'est de « faire du mal pour leur bien » aux gens, et ça on ne veut pas, et marre des clés, marre de cet univers que nous percevons comme concentrationnaire où les bousillés-enfermés sous médocs doivent se plier à toute cette organisation qui leur est imposée depuis le lever jusqu'au coucher ... Mais quoi faire et comment faire ? Beaucoup de réflexions naissent qui produiront parfois, dans les années qui suivront, de belles choses ... notamment sur la question très concrète de la violation des droits fondamentaux des personnes qui arrivent et restent à l'HP.

Qu'est-ce que la grève de mai-juin 68 a changé par rapport aux luttes dans l'HP ?

Au cours et à la faveur de ce mois complet de grève, ce qui a été bien bouleversé, ce sont les rapports hiérarchiques en général, les rapports hommes/femmes (bien des couples ont explosé au cours de la grève). Enfin, si avant les staliniens y faisaient (beaucoup) la pluie et (pas beaucoup) le beau temps, là ce n'était pas fini mais ... ça leur devenait bien plus difficile (même s'ils bénificiaient toujours du prestige du psychiatre non-asilaire Bonnafé qui avait été voici quelques années chef d'un service à l'H.P.). C'était possible de remettre en cause les chefs publiquement et pratiquement. Y avait moins de casquettes qui se levaient devant le chef !

Ce qui se maintient aussi ce sont les relations plus amicales entre les salariés des services psychiatriques et ceux de tous les services techniques (cuisiniers. lingers, électriciens, plombiers, jardiniers, etc ...).

Cela dit, même si cette ambiance différente a duré plusieurs années, ce rouleau compresseur qu'est l'institution psychiatrique a produit son laminage infernal, et pas mal de jeunes prêts à s'acoquiner finirent quelques années plus tard par partir de l'HP - à mon grand regret affectif d'une part, et aussi,
d'autre part, parce que ça affaiblissait carrément notre force de vie en ce lieu délétère - afin de se sauvegarder (je présume) de l'aplatissage !

Par contre, il persistera toujours une trop grande absence, à mon goût, quant à se battre, pendant les grèves, contre l'institution psychiatrique elle-même et contre le mythe de la « maladie mentale ».

Et quelle ironie : cinquante ans plus tard, Christine Gardel, pitoyable directrice de l'Agence Régionale de Santé, voulant sans doute faire devenir « raisonnables » (!) les grévistes actuels ... par la force ou l'autorité, sait se permettre de pérorer le 6 juin 2018 :

Il faut que la raison reprenne !

Cette « raison » dont la « passion » est attachement à laminer et détruire la vie !

Révolution noire ! #3 Casey et la condition d’une noire indigène dans les banlieues françaises.

Il aurait été bête de se limiter à uniquement des textes classiques et anciens pour penser la condition noire, surtout vu l'acuité qu'a pu avoir certain.e.s rappeur.euses pour décrire leur quotidien. Casey en fait partie. Rappeuse anti-conformiste, noire, femme leader d'un crew, Anfalsh, constitué d'hommes, lesbienne, et aux textes très critiques.

Elle a toujours tenu à son indépendance dans l'industrie musicale, à la manière de La Rumeur ou des différents rappeurs avec qui elle a constitué l'Asocial Club. Aujourd'hui, elle mêle rap et rock, revendiquant les racines noires du rock n' roll, elle a également monté un projet de lectures de textes sous fond de rock avec Virginie Despentes et Béatrice Dalle et mis en scène par David Bobée. Dans « Le fusil dans l'étui » elle décrit comme elle en a l'habitude, une réalité sombre, crue, de manière pessimiste et sans compromis. Ici, c'est l'histoire d'une jeune femme noire (même si elle n'insiste pas sur son genre) qui se sent comme étrangère de sa propre vie, cloîtrée dans un monde déserté où on aurait du mal à dire qu'elle y habite, disons plutôt qu'elle le hante. Sa présence dans ce monde est limitée par le fait que ce territoire est occupé (de manière concrète par la police mais aussi de manière mentale), que dans ce quartier comme dans ce pays elle ne sent pas chez elle et même pire se sent en territoire hostile d'où une sensation de vide, de creux. Elle décrit une forme de détresse existentielle qui pousse à être toujours sur le qui vive, prête à dégainer, exploser pour un rien.

Le fusil dans l'étui
Issu du CD Ennemi de l'ordre sorti en 2006.

Je marche sous les voûtes et les arches
Galère sous les porches, (riii peuh !) crache sur les marches
Les mains dans les poches, cannette dans la manche
Je rêve de revanche en semaine et l'dimanche
Je traîne en zone franche,ou l'indigène flanche
Ou le système se penche sur les peaux blanches
Lèche les plus riches,prêche les backchiches
Le vol,la triche,les vices qui aguichent
Ma vie c'est le vide,le creux,le bide
Les coins sordides,les blagues morbides
Le décors du nord et puis des caïds
Sans remord, aucun et que la fièvre de l'or guide
Des frères sous acide,des porcs qui décident
D'infliger la mort sans risquer l'homicide
Des tonnes de suicides et moi qui dilapide
Avant d'avoir des rides,ma santé et mon liquide
J'éprouve pour ce bled une rage qui m'obsède
Quand ils projettent de mettre en place l'appartheid
Quand ma tête a l'écart est la cause qu'ils plaident
Quand ils nous privent nous rejettent et puis nous dépossèdent
Et mes tours sont laides,mon parcours est raide
J'suis à bout abîmée nomade et sans remède
J'ai d'la haine en trop refuse l'entre-aide
Je n'demande ni aumône,ni offrande,ni aide
[Refrain]
La haine me suit,là où je suis
J'ai du mal à garder le fusil dans l'étui
J'ai rempli le canon et puis
Il se peut qu'un beau jour pour un rien j'appuie
La chance me fuit,là où je suis
J'ai du mal à garder le fusil dans l'étui
J'ai rempli le canon et puis
Il se peut qu'un beau jour pour un rien j'appuie

[Couplet 2]
Tous les jours je gère et endure
Insultes,luttes,chutes,échecs et injures
Ignore la nature,le sommeil et l'azur
Et les couchers d'soleil et les bouffées d'air pur
Je n'vois que misère, grisaille et bulldozer
Et pas mal de mes frères moisir sans loisirs
Choisir au hasard un boulot a saisir
Et s'retrouver précaire et sans aucun plaisir
Alors moi je sors et m'emmerde a mort
Je vis sans horaires,je dors a l'aurore
J'adore l'univers de la nuits et ses abords
Et le doux réconfort d'un grand verre d'alcool fort
Les pauvres qui perforent de riches coffres-fort
Sans efforts se sauvent avant les renforts
La casse et le del-bor,ma race et mon folklore
La crasse qui détériore leur emblème tricolore
Derrière les barrières se trouve ma carrière
Aujourd'hui l'brouillard et demain la fourrière
Que veux tu qu'j'espère d'faire du son,du sport
La photo est trop foncée sur mon passeport
J'suis aigrie,amère le coeur sous armure
Même que la rancoeur,le hardcore et le rap dur
Me tape sur les murs,me tape du futur
Joue ma vie au baltrap jusqu'à ma sépulture
[Refrain]
La haine me suit,là où je suis
J'ai du mal à garder le fusil dans l'étui
J'ai rempli le canon et puis
Il se peut qu'un beau jour pour un rien j'appuie
La chance me fuit,là où je suis
J'ai du mal à garder le fusil dans l'étui
J'ai rempli le canon et puis
Il se peut qu'un beau jour pour un rien j'appuie

[Couplet 3]
Je suis noire,désinvolte et en révolte
Il en résulte mes raisons d'prendre le colt
Aux vues d'ce qu'j'récolte la crise et la honte
La haine qui me hante,la tension qui monte
Le glaive sur ma tête et puis sur ma route
Sirènes,descentes,doutes et déroutes
Une sale vie d'alutes que seul le sang exhale
Et qui souvent exulte quand il coule sur l'asphalte
Et ça suinte,la crainte,les pleurs et les plaintes
Les rues et les feintes,les caves que j'emprunte
Les caves que j'arpente l'ennui et l'attente
L'achat et la vente et les rêves qu'on s'invente
Les flics qu'on évite,souvent qu'on évoque
Quand tribunaux et grandes instances nous convoquent
Et je suis ce produit qu'on a réduit
A marcher jour et nuit le fusil dans l'étui
[Refrain]
La haine me suit,là où je suis
J'ai du mal à garder le fusil dans l'étui
J'ai rempli le canon et puis
Il se peut qu'un beau jour pour un rien j'appuie
La chance me fuit,là où je suis
J'ai du mal à garder le fusil dans l'étui
J'ai rempli le canon et puis
Il se peut qu'un beau jour pour un rien j'appuie

Casey commence par planter le décor. La vie en « zone franche » c'est une vie où, quand on est indigène, on se terre : on se cache sous les porches, on cache sa canette dans sa poche, on marche sous des voûtes. Certains décident de gagner leur argent par le banditisme, d'autres se perdent dans la drogue et d'autres errent tout simplement comme des zombies. Le décor joue également : le béton des grands espaces urbains est une autre forme de dépossession, la structure même de l'environnement est vide de beauté, hostile. On se sent non seulement étranger et ciblé dans ce lieu colonisé, en proie à la police raciste, pas à sa place, mais également étranger à soi-même, aliéné. D'où une sensation presque de « nausée » qui peut faire penser à cette détresse existentielle constitutive de l'Homme moderne telle que Jean-Paul Sartre l'a dépeint. Mais c'est plus que ça, c'est la couleur de la peau qui détermine aussi son destin, trace une frontière, au-delà des frontières déjà existantes. Casey est antillaise, française de naissance, c'est là que la condition de noire intervient. Parce qu'une « couleur trop foncée » sur un passeport limite les chances. La conséquence de cette détresse existentielle est un sentiment de révolte d'où la métaphore au centre du morceau elle est contrainte de marcher « un fusil dans l'étui ». Casey raconte bien les mécanismes de la rage, tellement forte qu'elle est prête à prendre n'importe qui ou n'importe quoi pour cible. On pense à Fanon qui dans « les Damnés de la terre » dit que la société coloniale et sa violence produit des « nègres qui se bouffent entre eux ». La colère est tellement forte qu'on ne sait pas toujours vers qui on pourrait la diriger et même si on veut la laisser éclater. On aimerait l'azur mais c'est impossible. La société, si elle existe, produit son propre envers : des asociaux et des asociales prêt.e.s à tout faire exploser. C'est encore dans la question de l'aliénation qu'il faut y voir un écho avec la condition noire, on erre, dans des quartiers conçus par d'autres, dans d'autres logiques. On subit son existence ou l'existence que d'autres semblent avoir dessiné pour nous. Fanon dans les Damnés de la terre, décrit le monde colonial comme un monde de statues, des statues de conquérants, un monde où on se sent entouré par une présence étrangère. C'est ce que semble également décrire Casey dans son morceau, Mathieu Rigouste ou d'autres écrivains ont insisté sur une certaine continuité entre gestion des banlieues et gestion des quartiers populaires habités majoritairement par des racisé.e.s. On pourrait penser également aux réserves des indiens, le monde blanc, occidental et capitaliste, celui qui a inventé le béton et le barbelé est un monde d'enclos, de case, qui enferme.

Soirée Décaméron 2020

Bonjour à toustes !

Le Décaméron, pour celles et ceux qui n'étaient pas dans le groupe (bienvenue !), est un projet collectif d'écriture et de pratiques artistiques (dessins, photographies) lancée pendant le confinement. Pendant cette période particulière, nous avons écrit / produit chaque jour pendant 20 journées. Une vingtaine de personnes a participé, et de nombreuses autres nous ont suivi, en lisant de manière active ce que nous faisions ou en suivant de loin. De nombreuses productions ont été proposées, dans tous les styles : autobiographie, poésies, textes libres, nouvelles, réflexions, photographies, dessins, peinture.

Le nom vient du Décaméron, recueil de nouvelles de Bocacce qui met en scène un groupe de jeunes femmes et hommes qui s'isolent pendant dix jours pour échapper à l'épidémie de Peste Noire. Chaque jour un thème est décidé et les participant.e.s devaient faire un texte en rapport avec ce dernier.

Nous avons tenu plus de dix jours et sommes un groupe, bien motivé.e.s par cette expérience collective, à avoir décidé d'éditer ce que nous avons produit pendant cette expérience de vingt journées.

Pour financer cette édition mais aussi surtout pour se réunir et faire partager ce que nous avons fait, nous proposons une soirée le Vendredi 26 Juin où tout le monde est plus que le bienvenu !

On pourra boire ensemble et nous proposerons également différentes initiatives à partir de ce que nous avons fait :

  • Mise en voix, en musique ou en chanson des textes...
  • Lectures de textes en parallèle d'improvisations musicales.
  • Productions artistiques, collages, en lien avec le projet.
  • Des surprises en plus que tu verras si tu viens !

Toutes les énergies sont les bienvenu.e.s si vous avez une idée, une motivation, une envie de vous greffer au projet ! Même si ce n'est pas le cas, viens passer la soirée avec nous, si la curiosité t'en prend !

En espérant vous retrouver ! N'hésitez pas à inviter vos ami.e.s, à faire tourner l'événement, à vous joindre à nous...

On donnera plus de détails par la suite !

Pas de PAF.

19H
La conjuration des fourneaux 149 rue saint Hilaire Rouen

Eloge de la servilité ou le langage de la colonisation

La mort de George Floyd a de nouveau ouvert une brèche dans le monde lissé et bien portant qu'on nous vend en permanence. Et amène à se poser encore les questions historiques de l'existence du racisme, de la colonialisation, de ce qui a permis qu'à un moment la domination de peuples sur d'autres soit acceptée par le plus grand nombre.
Nous reproduisons ici un extrait d'un texte publié aux Antilles en 2007, quelques mois avant le mouvement de grève et de blocage général de la Guadeloupe et dans une moindre mesure de la Martinique, en février et mars 2008.
Il est issu du premier numéro d'une revue intitulée LaKouZémi, initiée par le poète Monchoachi.

« L'idée ici est donc d'œuvrer à la manifestation d'un lakou, lieu dont le dessein est d'accueillir, d'éprouver et de prolonger toute exploration originale et féconde de notre parole, tout réexamen de nos discours en ce qu'ils élaborent, orientent, supportent, rythment et occultent notre relation au monde. En somme, il s'agit d'œuvrer à reconsidérer, dans tous les domaines sans restriction, les approches les plus admises. Retour amont la parole pour locher les discours. »

En septembre 2016, l'équipe de Lundimatin s'était entretenue avec Monchoachi, entretien qu'il est intéressant de lire également.
Au début de cet entretien, ils rappellent que « Lakouzémi n'est pas non plus une simple revue politique mais une tentative politique et poétique qui, de 2007 à 2009, s'est articulée autour des trois journées-rencontres annuelles où l'on se retrouvait, dans des arènes traditionnelles de combats de coq (pitts), pour palabrer, danser, déclamer, partager. »

L'extrait que nous avons choisi ici parle de la colonisation dans le langage et de ce qu'habiter signifie pour le colonisé et pour le colon.

NHA CAÉRA, RÉTÉ , HABITER

[...]

Dans le paysage des Antilles, habiter appartient en propre au colon, il est l'habitant, celui qui vient habituer, revêtir. Habiter vient du latin habere, habitare, et signifie posséder, occuper. De fait, le colon aménage son habitation et pourvoit à sa sécurité. Dans son habitation et sa sécurité, résident tout ensemble, son monde et sa liberté. En langue créole, le colon est nommé béké, dénomination pour le moins mystérieuse, sauf à être éclairée par la dénonciation, en langue caraïbe, des envahisseurs et accapareurs : Chebekétae nhanha n'hacaera nhaoria ; traduction : « ils nous ont enlevé nos terres, envahis ».

En revanche, l'habité créole se dit rété, dans la filiation apparente de rester, lui-même venu de ester qui signifie : être debout, se tenir debout, resister, survivre. Nous songeons dans ces conditions au nègre esclave acculé à un vigoureux combat pour l'existence, tenu de résister pour survivre face à ce qu'il endure. Nous comprenons que sa demeure, la i k rété, sinon un abri à proprement parlé au vue de sa continuelle exposition, se présente plutôt comme un caser, une case pour poser son corps avec la perspective de pouvoir y rétablir force physique et mentale pour durer, se conserver, continuer à tenir debout, à resister, à survivre. La case quant à elle, en créole martiniquais tout au moins (mais aussi haïtien), se nomme caye, mot qui serait un dérivé de caraïbe, Kaïri, lequel désignerait la terre, le pays. Mais caye et rété pourraient aussi bien venir de l'expression caraïbe, naretacayem, voulant dire « je me retire », et indiquer ainsi le retrait, soit par corrélation, le lieu où l'on se retire, naretacayem, je me retire dans ma caye, ka rété kay'mwen, ce qui nous renverrait alors à l'opposé de la notion, évidemment par trop figée, d'ester, rester, et pourrait alors faire signe vers une toute autre modalité de l'habiter.

Quoiqu'il en soit, la mise en perspective de l'habiter occidental civilisé (et par suite de ses projections du monde et de la liberté) à partir du rété sauvage, pourrait nous conduire, selon le mot de Wittgenstein [1], à lever ou à abaisser notre regard de façon fort intéressante et fort inattendue.

CARTOGRAPHIE EUROPÉENNE ET CARTOPOÉTIQUE CARAΪBE

La cartographie et la cartopoétique ont ceci de différent que l'une est une écriture des lieux par les hommes et au regard des hommes, quand l'autre est une écoute par les hommes de la parole des lieux, qui se confond souvent avec la parole des dieux. L'une est une prescription, l'autre un entretien (en créole palé ba'y, à la fois parler avec et parler pour). La cartographie apparaît par conséquent souvent comme un oubli des lieux et le monde qu'elle met en place, à bien des égards, un subterfuge, une dis-position (placer en séparant, mise en ordre), une image superposée du discours humain plutôt qu'une composition, quand la cartopoétique est toute entière requise par le proche et le très-proche. L'une traduit et trahit une hantise de l'appropriation, de la délimitation, du bornage, de l'aménagement, toutes choses supposées garantir à la fois la sécurité, la conservation et la « mise en valeur », quand l'autre appelle les lieux dans sa parole pour les écouter chanter.

S'ensuit une comparaison – à lire ! – entre « les cartes européennes dressées après l'occupation à peu près complète de la Caraïbe au XVIIe, début du XVIIIe siècle au vue de leurs indications, avec la toponymie caraïbe » qui démontre que les noms donnés par les colons aux îles des Caraïbes, ce « long chapelet théologique chrétien » occulte « par là même la présence et l'esprit des lieux » et qu'ils ramènent ainsi les habitants « à une existence résiduelle ».

« Le poème/ne l'engloutis pas dans de profonds platanes/nourris le avec la terre et le rocher que tu as. »
Georges Seféris
Le symbole Lakouzémi, reproduit en frontispice de nos publications, représente une calebasse remplie de graines avec, en son mitan, un lélé, pour signifier cette mise en criculation d'une parole vibrante, la calebasse secouée pour écouter bruire le vent dans les feuillages, car c'est cette présence du monde qui nous densifie, c'est grâce à elle et à son saisissement que nous réveillons notre disposition à l'épiphanique.


[1] Quelque part dans ses « Leçons sur l'esthétique », Ludwig Wittgenstein imagine quelqu'un qui dirait : « Je classe les œuvres d'art de la façon suivante : celles sur lesquelles je lève mon regard et celles sur lesquelles je l'abaisse. » Et Wittgenstein de prétendre qu'un tel procédé de classification pourrait être « intéressant » : « Nous pourrions découvrir toutes sortes de relations entre lever ou abaisser son regard sur des œuvres d'art, et le faire sur d'autres choses. Si nous trouvions, qui sait, que déguster une glace à la vanille nous fait lever le regard... ». LaKouZémi, Eloge de la servilité, Monchoachi, 2007 p. 11

Rassemblement de soutien au CHR du Rouvray #nousnelafermeronspas !

Mardi 16 juin, des hospitaliers du Rouvray ont commencé à camper sur place en soutien à leurs collègues menacés par des mesures disciplinaires pour avoir alerté sur les manquements de l'administration pendant la crise du COVID.

Le campement a malheureusement été suspendu pour cause de recrudescence du Covid.
L'administration, non contente d'être pointée du doigt et ridiculisée pour ses poursuites abusives, a dépêché un huissier sur place pour vérifier que les gestes barrières étaient correctement respectés.

Le premier conseil de discipline a donc lieu ce mercredi 24 juin, et un rassemblement en soutien est organisé ce jour-là à 8h devant le CHR du Rouvray.
#nousnelafermeronspas

Pour plus d'infos, vous pouvez lire, chronologiquement : Non aux procédures-bâillons au Rouvray ! puis Occupation du CH du Rouvray ce soir.

Un extrait de Micrurus : contre la médecine et son monde

Ce mardi 16 mai, des manifestations ont eu lieu partout en France en soutien aux soignants et contre un système de soin démantelé et donc de plus en plus défaillant. Une occasion aussi pour penser et agir autour de la santé, de la médecine et du corps, dans une perspective autonome.
Nous partageons ici un extrait de la revue Micrurus, contre la médecine et son monde, du Collectif Médecine Libertaire, composé d'individu.e.s qui ont tenté de définir des bases communes pour à la fois penser et lutter contre les travers sinistres du système médical actuel.
« Ceci passa aussi par la mise en oeuvre de pratiques collectives, libératrices et autonomes, afin de se réapproprier nos corps et nos vies. »

La brochure Micrurus, contre la médecine et son monde, rassemble des textes libertaires de sensibilités différentes sur et autour de la médecine.
Nous proposons ci-dessous la traduction d'un texte d'Alex Bradshaw, ainsi qu'un lien vers la brochure intégrale.

Préfiguration d'un véritable système de soin universel

1. Occuper les hôpitaux, les laboratoires médicaux, les usines de fournitures médicales et de médicaments, et rétablir les hôpitaux comme cliniques communautaires libres et gratuites

Si les communautés et les personnels soignants n'appellent pas à ce que ces institutions changent leur pratique, elles ne le feront tout simplement pas. Des collectifs de défense ad hoc, bien entraînés dans l'art de la défense – pas de la force – doivent être dressés comme force de dissuasion aux forces externes afin que ces communautés puissent occuper les hôpitaux de la manière qui leur convienne. Cela requiert qu'une majorité des hôpitaux tombent sous le contrôle des travaill·eurs/euses et que les communautés travaillent en tandem avec elleux. Bien que ces dernier·es doivent avoir leur autonomie, ils font avant tout partie d'une communauté ; car pour qu'une telle occupation soit un succès et demeure libertaire, communauté et travaill·eurs/euses doivent être sur la même longueur d'onde.
Les usines de fournitures médicales aux États-Unis et les labos que les hôpitaux utilisent doivent être occupés par leurs communautés qui s'y rattachent, tomber sous le contrôle des travaill·eurs/euses, et également comporter des collectifs de défense pour garantir le succès d'une telle opération. Le principal objectif sera de maintenir en activité ces organisations afin qu'elles servent librement et gratuitement les membres de la communauté.

2. les compagnies d'assurances privées doivent être expropriées

Les communautés et leurs collectifs de défense doivent non seulement occuper les bâtiments et les sièges sociaux des compagnies d'assurance, mais également s'assurer de la cessation de leurs activités. De plus, une majorité de citoyen·nes doivent arrêter de payer leurs primes d'assurance. Les communautés peuvent alors décider ce qu'elles vont faire des bâtiments après que les employé·es aient rejoint ou non la lutte. Elles peuvent par exemple transformer le bâtiment en clinique de soin, en faire un abri ou une soupe populaire pour les sans-abris, etc. Il faut insister sur le fait que cette étape n'a de sens que si les les hôpitaux sont occupés et fonctionnent avec succès en tant que cliniques de santé libres et gratuites.

3. Destruction du monopole sur le savoir médical

Les étudiant·e·s de tous les États-Unis ont un rôle à jouer. Pour qu'une telle transformation du système et, en fait, de la société se réalise, nous devons viser la source d'information des praticien·nes médic·ales/aux. Les étudiant·e·s doivent occuper les écoles de médecine, les écoles de soins infirmiers, les programmes d'ergo-physio-psycho-thérapie, etc., et s'assurer que tous les établissements aient la même qualité d'enseignement. En d'autres termes, les soidisant « meilleurs » établissements doivent être au même niveau que tous les autres. Il s'agit de rendre infime la ligne de partage entre les établissements d'enseignement et les cliniques communautaires libres et gratuites. Alors tous les établissements d'enseignement et d'apprentissage pourraient avoir accès aux mêmes technologies, informations, et fonctions en tant que cliniques servant la communauté.

4. Décentraliser la bureaucratie médicale

Infirmier·es, médecins, thérapeutes, psychologues, et autres personnels de santé, s'ils sont compétent·es, devraient recevoir la connaissance et le savoir-faire pour devenir praticien·nes des premiers soins. Cela ouvrirait un plus large accès aux communautés et permettrait également la disparition de la bureaucratie et de la hiérarchie dans la médecine. Le système actuel, bien trop spécialisé et divisé, place les médecins en tant que princip·aux/ales décid·eurs/euses des établissements médicaux. Cette situation accentue à la fois le rôle du/de la médecin et le sentiment de subordination du reste du personnel. Dans un système de santé plus égalitaire, un pouvoir décisionnel égal devrait être accordé aux personnels compétents et volontaires (willing). Le système pourrait être plus démocratique et participatif ; la mise en œuvre d'une plus forte coopération permettant ainsi de prévenir beaucoup d'erreurs médicales.
La division du travail lui-même est une des cibles de la critique dont découle la préfiguration d'une nouvelle société. Je pense que cela doit être appliqué aux services de santé. Les professionnel·es formé·es devraient travailler comme infirmi·er/ère ou thérapeute le lundi et comme médecin le mardi s'illes le choisissent et y sont convenablement formé·es.

5. Implanter des installations médicales de pointe dans toutes les communautés

Nous avons besoin de reconsidérer l'espace et la manière dont nous l'utilisons. Au final, si les points de préfiguration mentionnés ci-dessus sont réalisés avec succès, la société pourrait sans doute commencer à se restructurer d'elle-même selon des principes plus démocratiques et antiautoritaires. Avec le succès des services de santé tombés sous le contrôle des travaill·eurs/euses et de la communauté, il est peu probable que ces communautés toléreraient la domination dans les autres sphères de leur vie. Il est donc très peu probable que, dans une telle société, la planification urbaine soit ce qu'elle est actuellement.
L'idée que les bâtiments soient construits à petite échelle et que les surfaces les séparant soit cultivées pour la nourriture de la communauté, que la régulation du transport public se fasse par la communauté, que soit prohibée la fabrication de voitures (mis à part les ambulances et les bus communautaires), et que les routes soient beaucoup moins nombreuses, tout cela devrait devenir banal dans certaines régions.
Avoir des installations de pointe à tous les coins de chaque communauté à la place des actuelles stations-service, restaurants rapides, ou magasins de vins et spiritueux rendrait la vie beaucoup plus profitable. Il n'y a aucune raison pour que les installations de pointe en neurologie, en cancérologie, ou celles émergentes concernant les interventions cardiologiques soient centralisées dans d'immenses bâtiments à forte empreinte écologique. Toutes les communautés auront besoin de ces traitements spécialisés et d'urgence. Ces communautés devraient être conçues de manière à être écologiquement soutenables et de façon à ce que chaque communauté ait des installations de premier ordre.

6. Plus de praticien·nes, moins d'heures

Il est évident de dire qu'une société libre et volontaire est celle dans laquelle le capitalisme est une relique du passé. Dans une telle société, repenser le principe de division du travail semble aller de soi. Le principal objectif de la division des tâches est de gagner en efficacité pour augmenter la maximisation du profit. Or, il est peu probable que dans une société qui se concentre sur les besoins et désirs humains – qui ne semblent certainement pas être de travailler 40 heures ou plus par semaine – une personne ait à faire la même tâche 8 heures ou plus par jour, 5 à 6 jours par semaine, durant 40 ans. Une société qui se concentre sur le bien-être de tou·te·s et basée sur des principes socialistes et libertaires devrait à tout prix éviter cela.
À la place de la division du travail, on peut imaginer une personne suivant ses propres envies durant la majeure partie de la journée tout en s'occupant, a minima, des besoins communautaires tels que la nourriture, l'eau, l'énergie, les soins de santé, la recherche scientifique, etc.
Il n'y a aucune raison pour que les communautés ne puissent être équipées d'installations ne demandant la participation de chaque praticien·nes que 2 ou 3 heures par jour si le nombre de ces dernier·es augmente de manière très importante. Ce point est trop souvent absent des débats : nous devons prendre en considération la qualité de vie des praticien·nes. De mon point de vue, il est tout à fait probable qu'un certain nombre de personnes qui, à cause de la société de classe et du capitalisme, n'ont pas eu l'opportunité de devenir praticien·nes ou simplement de sortir de la pauvreté, seraient probablement intéressé·es par devenir praticien·nes de santé Et je crois qu'assez de gens recevraient une formation pour que les installations soient dotées en personnel 24 heures sur 24 tout en maintenant les normes d'heures de travail minimales des membres de la communauté. Par exemple, si un·e praticien·ne de soins de santé travaille 10-12 heures par semaine, soit par exemple deux ou trois heures par jour, le système pourrait prospérer. Les praticien·nes pourraient avoir aussi l'opportunité de se former dans divers domaines de soins, ceci afin d'empêcher la division du travail de se réétablir.
Je suggère que s'efforcer de réduire au maximum le temps de travail hebdomadaire et remettre en question l'existence d'une grande partie du travail que nous accomplissons devrait faire partie de la nouvelle société.

7. Faire des crimes avec violence un problème de santé : personnel de service de santé et abolition des prisons

La prison, dans une société de classe dominée par un modèle économique virulent (capitalisme), a subit un double échec : (1) elles n'enrayent pas la criminalité, et (2) elles ne réhabilitent pas. Bien sûr, c'est bien trop simpliste : beaucoup croient qu'un grand nombre de détenu·es étasunien·nes ont été emprisonné·s du fait de la couleur de leur peau. Les quartiers blancs – d'après mon expérience d'homme blanc de classe moyenne – sont autant le théâtre
d'actes « criminels » (comme le vol, l'usage et le deal de drogue) que les quartiers black et brown. Mais, alors que les agents de police ne se trouvent commodément jamais dans nos quartiers, les quartiers black et brown en sont surpeuplés.
La drogue est un problème qui peut largement être pris en charge par les personnels des services médicaux : les psychiatres, psychologues, ergothérapeutes, infirmi·er/ères, et d'autres, ont tou·tes reçu une formation adéquate dans l'aide aux personnes ayant des problèmes d'addiction. On peut douter que ce serait par choix que beaucoup de personnes vendent de la drogue dans les communautés black et brown. Le « crime » sans victime est commis par désespoir dans une société basée sur le profit et dans laquelle l'individu vendant
de la drogue est souvent exclu de l'abondance du monde blanc. La plupart des usager·es de drogue n'en prendraient sans doute plus dans une société libre. D'ailleurs, peut-être que sans capitalisme l'usage de drogue lui-même diminuerait spectaculairement.
Quoi qu'il en soit, c'est un problème de santé. Un autre problème que les personnels de santé peuvent aborder est celui de celleux qui commettent des crimes violents ou des viols. Les mêmes praticien·nes susmentionné·es sont équipé·es pour aborder les questions comportementales ainsi que la maladie mentale. J'extrapolerai alors que, même si la plupart des crimes cesseraient dans un société antiautoritaire, il y aurait toujours des anomalies. Celles-ci pourraient être traitées par les personnels de soins médicaux et non par des cellules de prison qui ne font qu'aliéner encore plus celleux n'ayant pas commis de crime grave ou souffrant de maladie mentale.
De la même manière que des problèmes de santé tels qu'un accident vasculaire cérébral ou la pose d'une prothèse de hanche demandent une rééducation très importante, les personnes qui commettent des actes sadiques devraient être traitées comme des personnes atteintes de troubles mentaux et être sujettes à rééducation. Les structures de santé mentale devraient remplacer les prisons qui sont largement occupées par des toxicomanes, des gens de couleur et des personnes atteintes de maladie mentale. Il est certain que la crise des systèmes de santé s'étend à la population carcérale.

8. Éliminer le rationnement

S'il est vrai que les deux modèles de services de soins rationnent, le programme privé le fait tout autant, si ce n'est plus, que le public. Ce système qui exclut beaucoup de personnes des soins de santé – un besoin basique – sera supprimé par les fédérations de communautés libres. Il y a une solution simple à cela : s'il n'y a pas de système de soin disponible dans une communauté, l'individu sera pris en charge dans une autre. Néanmoins, mettre en place des installations de pointe et augmenter le nombre de praticien·nes formé·es et compétent·es dans toutes les communautés, tout en étant certainement faisable, limiterait en grande partie le rationnement. Les procédures émergentes de services médicaux et celles qui améliorent la qualité de la vie devraient être traitées de la même manière que la nourriture ou l'eau qui, du fait de leur nécessité vitale, ne devraient jamais être rationnés.
Cela implique un besoin en fédéralisme médical à travers la nation mais aussi à travers le monde. Un système de santé décentralisé serait sûrement quelque chose qui lutte pour un établissement à l'échelle internationale. Partant de là, un service de santé au Chiapas devrait être à cet égard de la même qualité que celui de l'État de New York ou en Éthiopie. Toutes les structures de soins de santé devraient avoir une politique d'ouverture à tout le peuple et pas seulement aux membres de la communauté dans laquelle elles se situent.
Des réseaux et des communications gardant en contact constant les structures de soin des différentes communautés et zones géographiques devraient alors se mettre en place.

9. Recherche régulée par la communauté

Les scientifiques dans le domaine médical et celleux qui contribuent à la recherche médicale devraient être contrôlé·es par la communauté. Même si celleux qui contribuent à la recherche médicale devraient être autonomes, s'ils gaspillent des ressources pour des choses que la communauté à laquelle els sont affilié·es trouve superflues, cela devrait être rigoureusement débattu, et la décision finale n'appartiendrait pas seulement aux scientifiques du domaine médical, mais aussi à toute la communauté concernée. Par exemple, si du temps et des ressources sont gaspillés en un développement poussé de la chirurgie esthétique telle que les implants mammaires ou le lifting facial, une communauté pourrait décider que cela est inutile quand une communauté voisine, ou la leur, est victime d'un virus épidémique qui tue les enfants et les personnes âgées. Et ceci ne devrait pas être régulé par la seule communauté médicale mais par la communauté dans son ensemble, tout particulièrement si la recherche n'est pas consacrée à des questions affectant la communauté.

10. Utilisation démocratique de la technologie et des ressources

Enfin, les communautés devraient, main dans la main avec les travaill·eurs/euses du secteur médical, décider quelle technologie utiliser ou non. Si quelque chose comme, disons, un certain usage de rayon X a une corrélation avec le cancer, cet usage devrait être examiné et déterminé par tou·te·s celleux qui en ont recours ou en sont affecté·es.
De plus, une grande partie de la technologie qui pourrait être utilisée par tou·tes dans la communauté ne l'est pas à cause des marges bénéficiaires. Pour prendre un exemple, un physicien m'a dit il y a quelques années que GE (General Electrics) a des rayons X pouvant montrer immédiatement si l'individu est séropositif ou s'il a d'autres virus dans le sang. Il expliquait que les médecins n'ont pas les moyens financiers d'avoir une telle technologie dans leur clinique. Certaines technologies devraient être accessibles à la plupart des communautés dans un endroit libre et gratuit afin de pouvoir l'utiliser au lieu d'attendre inutilement pendant des mois et d'aller d'un spécialiste à un autre.
La technologie peut aussi bien être intrinsèquement mauvaise que vitale. Un hôpital fait beaucoup de bonnes choses pour les êtres humains, mais c'est aussi une structure gaspillant beaucoup et coûteuse en terme écologique. Ces établissements sont souvent extrêmement grands, n'utilisent jamais d'énergies renouvelables et sont ouverts 24 heures sur 24. En outre, le plastique – matière issue de combustible fossile – est utilisé pour des milliers de produits hospitaliers, des couvercles de gobelet aux seringues. Cela doit être supervisé par les conseils communautaires et strictement régulé. Sachant que la dégradation de l'environnement peut avoir des effets catastrophiques sur la santé des individus (toxines dans le lait maternel, mercure dans le poisson, émanation des combustions de charbon et d'autres combustibles fossiles, maladies pulmonaires dues aux gaz d'échappement, virus devenant pandémiques à cause des changements climatiques), il devrait être logique que les structures de soins de santé ne perpétuent pas ces pratiques. Il serait de même logique que soit pris en compte dans ces installations les émanations de dioxyde de carbone et de toxines provoquées par l'usage d'électricité issue de combustion de charbon.

La force de la préfiguration

Préfigurer ou prévoir une société très différente a ses avantages. Cela peut nous apporter de l'optimisme dans une ère très tumultueuse. Et si nous pouvons préfigurer le nouveau monde, il est probable que nous puissions le construire, même au sein du vieux monde aux traits déliquescents. Les centres communautaires peuvent accueillirent des travaill·eurs/euses de santé volontaires fournissant des soins de santé gratuits, créant une troisième façon de recevoir des soins médicaux qui ne soient ni privée ni gouvernementale. Le nouveau monde peut être créé par un vaste réseau de petits espaces libérés. Des services de santé révolutionnaires ne devraient certainement pas être une exception : ces services de santé de guérilla peuvent offrir une petite lueur vacillante d'espoir et se dresser comme un exemple qu'une résistance active face à la charge mortifère du capitalisme.
Pourtant le problème doit être abordé de manière conflictuelle pour mettre en œuvre un véritable changement. Peu importe que nous soyons libér·aux/ales, progressistes ou radic·ales/aux, les décid·eurs/euses étasunien·nes n'agissent, cela n'a rien d'étonnant, que dans l'intérêt des grandes entreprises et non dans celui de la population. Ainsi, tandis que la création des cliniques libres à but non lucratif est un geste symbolique et un infime aperçu de ce que les services médicaux devraient être, si nous n'affrontons pas nos oppress·eurs/euses que sont les tyrannies privées soutenues par l'État et perpétuant l'application de logiques commerciales aux services médicaux, le statu quo sinistre continuera.
Mon optimisme réside dans le potentiel des masses organisées des communautés. La Commune de Paris, la révolution espagnole, le mouvement zapatiste, et la campagne pour les droits civiques ici aux États-Unis sont tous des rappels que des choses miraculeuses peuvent être accomplies dans un monde dominé par des statu quo menaçants quand les communautés s'unissent contre la domination. Tandis qu'aucun des scénarios mentionnés ci-dessus n'a apporté une nouvelle société, ils ont tous préfiguré des circonstances radicalement différentes. C'est en cela que leurs actions ont été déterminantes. Peut-être la population étasunienne, dans ces circonstances agitées au regard de la crise actuelle dans les services de soins, devrait prendre exemple sur ces gens.

La brochure est téléchargeable ici. Ce premier volume date de 2014, un deuxième volume, paru en janvier 2018, est disponible en version papier à La Conjuration des Fourneaux, au 149 rue Saint-Hilaire à Rouen. Il traite davantage du soin psychiatrique.

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