Jour : 23 septembre 2024

La Reconstruction, une architecture à préserver

Le Havre : intérieur de l’église Saint-Joseph. Inaugurée en 1957, elle est un symbole de la modernité voulue par le célèbre architecte Auguste Perret. (© Fred Romerro – CC BY-SA 2.0 – Wikimedia commons­)


Michel Levron.

Extrait Patrimoine Normand n°131
Par Michel Levron.

 

C’est un patrimoine dont on parle peu : la reconstruction faite après la Seconde Guerre mondiale. Bien sûr, le temps pressait, parfois au détriment de la qualité architecturale. Mais cette période a également été l’occasion de « refabriquer » la ville et d’innover. À l’occasion du 80e anniversaire du Débarquement, et pour contribuer à protéger ce patrimoine, la Fondation du patrimoine a tenu à faire de la « Reconstruction » le thème de son premier « Trophée du patrimoine normand ».

À l’issue de la Seconde Guerre mondiale, près de 25 % du parc immobilier est détruit. Contrairement à la guerre 14-18, l’ampleur des destructions est inédite. Par sa position stratégique, la Normandie est durement frappée. Certains centres-villes sont anéantis. De très nombreuses villes devront être reconstruites, parfois presqu’en totalité. Ce fut par exemple le cas de Saint-Lô, « capitale des ruines », mais aussi de Caen, Rouen, Évreux, Lisieux, Le Havre dont le centre, reconstruit par Auguste Perret, est inscrit en 2005 au patrimoine mon…

 

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Le parc-jardin de la sente des Rivières à Montivilliers

L’entrée occidentale du parc-jardin de la sente des Rivières. (© Stéphane William Gondoin.)


Stéphane William Gondoin

Extrait Patrimoine Normand n°131
Par Stéphane William Gondoin.

 

Au pied du clocher roman de l’antique abbaye de Montivilliers, (re)fondée il y a presque mille ans par le duc de Normandie Robert le Libéral (1027-1035), coule la Lézarde. Longue de 14,5 kilomètres, cette modeste rivière était autrefois le dernier affluent de la Seine qu’elle rejoignait naturellement après la traversée d’Harfleur1. Les aménagements récents du parc-jardin de la sente des Rivières permettent de comprendre son histoire et les écosystèmes qu’abrite son cours.

Ne vous fiez pas aux apparences : malgré son air paisible et son nom qui fleure bon les longues siestes estivales, la Lézarde reste un cours d’eau aux colères redoutables. Le 5 décembre 2023, elle est ainsi sortie de son lit pour la troisième fois en un quart de siècle, causant l’inondation du centre-ville de la commune avec, à la clef, la reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle. En cause, toujours les mêmes facteurs : des pluies torrentielles, mais aussi l’activité humaine, notamment l’artificialisation des sols.

 

Un projet d’ampleur

C’est précisément afin de pallier – au moins partiellement – ce genre de risque, qu’il convient de favoriser la renaturation des zones potentielles de débordement de nos cours d’eau en amont des agglomérations. Tel est le cas de ce « parc-jardin de la sente des Rivières », inauguré le 25 mai 2024. D’une superficie d’en…

 

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Le moulin d’Andé – À la source de l’inspiration

Le moulin d’Andé est un lieu de plénitude, témoin d’une belle effervescence culturelle. (© Moulin d’Andé)


Virginie Michelland

Extrait Patrimoine Normand n°131
Par Virginie Michelland.

 

Le moulin d’Andé constitue un « témoignage technique insigne » sur le système de roue pendante, autrement dit, ajustable à la hauteur de l’eau. (© Chantal de Crombrugghe)
Le moulin d’Andé constitue un « témoignage technique insigne » sur le système de roue pendante, autrement dit, ajustable à la hauteur de l’eau. (© Chantal de Crombrugghe)

Blotti dans une boucle de la Seine, le moulin d’Andé est un lieu de plénitude où le bruissement des feuillages et le murmure de l’eau portent l’écho de notes de musique et de conversations passionnées.

Un moulin unique en son genre

Si nombre de « moulins à eau faisant blé et farine » ont maillé la Seine, celui d’Andé résulte d’un système rare et ingénieux de roue pendante. Immergée dans le lit du fleuve, elle est ajustable au niveau de l’eau grâce à un système de tiges de relevée, reposant sur huit vis de levage. Aujourd’hui fixés en position haute, les mécanismes pourraient aisément reprendre du service.

Roue et rouages, arbre vertical et vérins à vis, sans oublier le mobilier (meules dormante et tournante, coffre en bois contenant la mouture, aussi appelé « archure ») constituent, selon Patrick Sorel, un « témoignage technique insigne » sur le fonctionnement d’un moulin. Quant à la maison du meunier, elle a traversé les siècles en conservant ses lucarnes et des graffiti toujours émouvants.

La préservation de cet ensemble, prolongé ultérieurement par une enfilade de bâtiments qui cultivent une unité de style et de matériaux par rapport aux autres constructions, est un défi relevé avec passion, avec le soutien de l’Agglomération Seine-Eure. Les deux piles et les éléments de la maison du meunier sont inscrits au titre des monuments historiques en 1995. Une protection renforcée la même année par un classement du moulin lui-même et de son méca…

 

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Pommes, cidre et cidriculture en Normandie

Fort en pommes : pommes, cidre et cidriculture en Normandie. (© Damien Bouet)


Damien Bouet

Extrait Patrimoine Normand n°131
Par Damien Bouet.

 

Les Normands embarquent un tonneau pour partir à la conquête de l’Angleterre. Le texte en latin indique « Ceux-ci portent des armes aux navires et ici ils tirent un chariot avec du vin ou des armes », le vin ici mentionné ne serait-il pas du vinum è pomis, du « vin de pommes », comme cité par Pline l’Ancien ? (Tapisserie de Bayeux © Bayeux Museum)
Les Normands embarquent un tonneau pour partir à la conquête de l’Angleterre. Le texte en latin indique « Ceux-ci portent des armes aux navires et ici ils tirent un chariot avec du vin ou des armes », le vin ici mentionné ne serait-il pas du vinum è pomis, du « vin de pommes », comme cité par Pline l’Ancien ? (Tapisserie de Bayeux © Bayeux Museum)

Tandis que les pommiers se déchargent tranquillement de leurs pommes, comme chaque année, on voit sur nos routes de campagne le drôle de ballet des presses ambulantes, succédant parfois à la bouillotte. Boisson du quotidien il y a encore vingt ans, le cidre abreuve les Normands depuis le Moyen Âge.

Aujourd’hui quelque peu exclu des habitudes de consommation des Français, le cidre reste un emblème de la gastronomie normande. La Normandie est d’ailleurs l’une des principales régions cidricoles de France et compte neuf AOC1. Nos pommeraies produisent chaque année entre 150 000 et 200 000 tonnes de pommes à cidre, soit 65 % de la production française.

 

Histoire du cidre en Normandie

Connue et consommée depuis la plus haute Antiquité, la pomme est appréciée à travers toute l’Europe depuis la nuit des temps. L’archéologie atteste que les pommes sauvages étaient consommées par les chasseurs-cueilleurs au Mésolithique, et on identifie des pépins de pommes dans des silos du Néolithique. Au Ier siècle, Plutarque explique que « […] la pomme lui paraissait être le seul parmi les fruits de ce genre à posséder la beauté résultant en fait de la réunion de toutes les qualités ». Pline l’Ancien parvient à en répertorier environ cent variétés. Symbole de pureté et de jeunesse, on la retrouve dans de nombreux mythes. Chez les Celtes, la pomme est le fruit de l’Autre Monde, qui donne accès à l’immortalité. Chez les Grecs, Hercule dérobe des pommes d’or dans le jardin des Hespérides. Dans la mythologie nordique, les pommes d’Iðunn, déesse de l’éternelle jeunesse, ont le pouvoir de rajeu...

 

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Abbaye Saint-Wandrille & l’héritage des siècles

Vue de l’ensemble des bâtiments conventuels et de l’église abbatiale. (© Abbaye Saint-Wandrille)


Stéphane William Gondoin

Extrait Patrimoine Normand n°131
Par Stéphane William Gondoin.

 

Vitrail représentant saint Wandrille, en léglise Notre-Dame de Caudebec-en-Caux. (Photo Rodolphe Corbin  Patrimoine Normand)
Vitrail représentant saint Wandrille, en l’église Notre-Dame de Caudebec-en-Caux. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)

Appelée à l’origine Fontenelle, du nom de la petite rivière qui l’alimente, l’abbaye Saint-Wandrille naît au cours de la grande vague de fondations monastiques du VIIer siècle en val de Seine. Désormais connue sous le nom de son fondateur, elle abrite encore de nos jours, malgré les vicissitudes de l’Histoire, une communauté vivante de moines bénédictins.

C’est à la cour de Dagobert Ier (623-639) qu’un certain Audoenus fait la connaissance de Wandregisilus1 et de Philibertus. Ces trois personnages appartiennent à la haute aristocratie franque et occupent des postes importants dans l’administration du roi mérovingien. Mais ils partagent surtout une foi inébranlable et éprouvent un attrait pour le monachisme, alors revitalisé par l’Irlandais Colomban, dont le souffle déferle sur toute la Gaule. Audoenus (saint Ouen) devient archevêque de Rouen en 640 ; les deux autres le rejoignent quelque temps plus tard. Philibert2 fonde les monastères de Jumièges (v. 654) pour les hommes, Pavilly et Montivilliers pour les femmes (respectivement v. 660 et v. 684). Wandrille fonde l’abbaye de Fontenelle (649), puis celle de Logium (Caudebec-en-Caux) pour les femmes. Vers 662, il pousse un autre aristocrate, Waninge, à implanter une communauté de femmes à Fécamp.

 

La première fondation

Fontenelle se développe sur un fisc royal concédé par le souverain mérovingien Clovis II (639-657), fils et successeur de Dagobert en Neustrie. Wandrille y établit rapidement plusieurs sanctuaires dédiés aux saints Pierre, Paul et Laurent ainsi qu’un oratoire consacré à saint Amans, répu…

 

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La Mora – Un projet fou en Normandie

Sur le chantier naval à Honfleur. Équarrissage d’une grume de chêne à la hache pour réaliser la quille de la Mora(© Club Photo de Honfleur)


Damien Bouet

Extrait Patrimoine Normand n°131
Par Damien Bouet.

 

« Ici, le duc Guillaume, dans une grande navigation, franchit la mer et vint à Pevensey. » La Tapisserie de Bayeux expose l’unique représentation iconographique de la Mora, reconnaissable à son fanal en tête de mât. (© Bayeux Museum)
« Ici, le duc Guillaume, dans une grande navigation, franchit la mer et vint à Pevensey. » La Tapisserie de Bayeux expose l’unique représentation iconographique de la Mora, reconnaissable à son fanal en tête de mât. (© Bayeux Museum)

La Mora, navire amiral du duc Guillaume lors de la conquête de l’Angleterre, est uniquement connue par les textes médiévaux et la Tapisserie de Bayeux. Cependant, à Honfleur, l’association du même nom a lancé le projet fou de construire ce bateau mythique. S’il ne s’agit pas d’une réplique, puisqu’aucune trace du navire ne nous est parvenue, cela reste un projet d’une ampleur gigantesque qui permettra à chacun de mieux comprendre l’ingéniosité des charpentiers de marine du XIe siècle. Après dix-huit mois de travaux de réhabilitation, le site de construction du navire est ouvert au public depuis le 23 mars 2024.

La Mora historique

La Mora est connue par la Tapisserie de Bayeux, cependant seul le Catalogus suppeditantium naves ad expeditionem Willelmi comitis in Angliam donne le nom du navire et son commanditaire : « Mathilde qui fut ensuite reine, l’épouse du même duc, fit construire pour la gloire du duc un navire qu’on appelait Mora dans lequel le duc lui-même fit la traversée. »

De même, c’est Orderic Vital qui nous livre l’origine de son esturman. Il narre la rencontre à Barfleur entre le duc-roi Henri Ier et un riche personnage nommé Thomas, lequel aurait dit : « Étienne, fils d’Airard, fut mon père. Toute sa vie, il servit le vôtre sur la mer. C’est lui-même qui conduisit son vaisseau voguant vers la conquête de l’Angleterre. » Le capitaine serait donc un Barfleurais. Il aurait d’ailleurs été récompensé de sa fidélité par le duc Guillaume, puisque l’on retrouve un Stephanus Eirardi Filius dans le Domesday Book, fieffé de plusieurs domaines dans le Berkshire. La tradition locale estime que le navire, tout comme son pilote, viendrait de Barfleur. Cependant, si l’origine du capitaine semble vérifiée, celle du bateau ne l’est pas, car aucune source ne men…

 

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L’épopée des Normands d’Italie : de l’ascension au crépuscule

Roger II, roi de Sicile, couronné par le Christ en personne. Une nouvelle monarchie de droit divin… (© Pixelfehler – Domaine public – Wikimedia commons)


Stéphane William Gondoin

Extrait Patrimoine Normand n°131
Par Stéphane William Gondoin.
 
 
Chapelle palatine, à Palerme, au carrefour d’une multitude de cultures. (© Pistillo99 – Domaine public – Wikimedia commons)
Chapelle palatine, à Palerme, au carrefour d’une multitude de cultures. (© Pistillo99 – Domaine public – Wikimedia commons)

Les disparitions de Robert Guiscard et de Roger de Hauteville pourraient marquer un tournant fatal dans l’histoire des Normands d’Italie, tant ces deux personnages acquirent une dimension exceptionnelle et laissèrent un vide immense derrière eux. Il n’en fut cependant rien, avec une apogée encore à venir sous le principat de Roger II. Et puis vint l’heure du déclin et de la chute, sous les coups d’un « Cyclope sanguinaire ».

Quelle carrière pour les descendants de Tancrède de Hauteville, modeste seigneur du Cotentin, dont le souvenir aurait sombré dans la nuit des temps s’il n’avait engendré pareille descendance ! Partis de rien, ses fils s’illustrèrent et s’imposèrent contre des ennemis infiniment plus puissants qu’eux. Du moins en apparence… Ils surent jouer des antagonismes locaux entre princes lombards, sur l’impopularité des autorités byzantines et les divisions entre musulmans. Cela n’empêcha nullement les rivalités normandes internes, débouchant régulièrement sur des conflits armés qui auraient pu hypothéquer leur réussite. Néanmoins, comme en Normandie à la même époque, un pouvoir central fort amena une cohésion de groupe et développa une capacité à mener des entreprises collectives, même les plus har…

 

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Le triomphe des Hauteville – Le duc et le Grand Comte

Robert Guiscard et Roger de Hauteville. Image romantique, dans Les marins illustres de la France, Léon Guérin, Paris, 1861. (Collection particulière)


Stéphane William Gondoin

Extrait Patrimoine Normand n°131
Par Stéphane William Gondoin.
 
 

Du statut de simples pions à leur arrivée dans la péninsule Italique, les Normands sont passés à celui de maîtres de l’échiquier dans la plupart des territoires situés au sud de Rome. Reste maintenant à éliminer les dernières pièces ennemies et à mater l’ensemble de leurs adversaires, musulmans de Sicile inclus.

En 1057, Onfroi de Hauteville passe à son tour de vie à trépas et confie la régence à Robert, au nom d’Abélard, son jeune fils. Certes, Guiscard veille sur l’enfant, auquel il aurait fort bien pu arriver un malencontreux accident… Il profite néanmoins de l’opportunité pour revendiquer le titre comtal et la primauté sur les Normands de Pouille, au grand dam de Pierre de Trani qui entre une fois encore en rébellion. Une nouvelle confrontation armée sera nécessaire pour faire rentrer celui-ci dans le rang. Afin de mieux ancrer son autorité, sa légitimité, mais aussi préparer l’annexion de la dernière ville lombarde indépendante, Robert répudie sa première femme, une Normande nommée Auberée, qui lui avait donné un fils, Bohémond. En 1058, il épouse en secondes noces la sœur de Gisulf, fils et successeur de Guaimar IV à la tête de la principauté de Salerne. Voilà Robert, déjà en position hégémonique autant en Pouille qu’en Calabre, en bonne place pour s’accaparer Salerne. Ne lui manque que la reconnaissance de son statut par une autorité incontestable. Et c’est du Saint-Siège qu’elle va arriver.
 

Des débuts difficiles

Que faire de tous ces garçons, quand le modeste fief familial ne pourra revenir qu’à un seul d’entre eux ? Les aînés tranchent : ils partiront chercher fortune sous d’autres cieux, et Serlon héritera de la seigneurie paternelle de Hauteville.

Ce n’est pas Rainolf Drengot qu’ils servent d’abord, mais, comme la plupart de leurs prédécesseurs, un prince lombard, en l’occurrence celui de Capoue. En 1038, probablement à l’instigation de Guaimar IV de Salerne, sous les or…

 

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Les Hauteville – Du Cotentin à la Méditerranée

La famille de Hauteville au grand complet représentée sur la Broderie de Pirou, qui raconte l’épopée des Normands en Italie. (Fondation de la Lucerne d’Outremer)


Stéphane William Gondoin

Extrait Patrimoine Normand n°131
Par Stéphane William Gondoin.
 
 

Les appels de Rainolf Drengot à ses compatriotes se répandent sûrement un peu partout en Normandie, mais c’est dans le Cotentin qu’ils vont avoir le plus de conséquences. Tombés dans les oreilles des aînés de la fratrie des Hauteville, ils déclenchent un exode massif des garçons de la famille, appelés à jouer un rôle décisif dans la fondation du puissant royaume de Sicile.

Douze ! C’est le nombre de fils engendrés par messire Tancrède, chevalier de Hauteville (aujourd’hui Hauteville-la-Guichard, Manche) et ses deux épouses, auquel s’ajoute au moins une fille. De sa première femme, Murielle, naquirent Guillaume, Drogon, Onfroi, Geoffroi et Serlon. Son second mariage avec Frésende s’avère encore plus fertile : viennent au monde Robert, Mauger, Guillaume, Alverède, Hubert, Tancrède et Roger.
 

Des débuts difficiles

Que faire de tous ces garçons, quand le modeste fief familial ne pourra revenir qu’à un seul d’entre eux ? Les aînés tranchent : ils partiront chercher fortune sous d’autres cieux, et Serlon héritera de la seigneurie paternelle de Hauteville.

Ce n’est pas Rainolf Drengot qu’ils servent d’abord, mais, comme la plupart de leurs prédécesseurs, un prince lombard, en l’occurrence celui de Capoue. En 1038, probablement à l’instigation de Guaimar IV de Salerne, sous les or…

 

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La conquête normande de l’Italie du Sud et de la Sicile

Ils étaient quarante… Les premiers Normands en Italie. (© Pixelfehler – Fondation de la Lucerne d’Outremer – DAO Patrimoine Normand­)


Stéphane William Gondoin

Extrait Patrimoine Normand n°131
Par Stéphane William Gondoin.
 
 
Le golfe de Salerne de nos jours. Selon le mythe des origines, c’est ici qu’aurait débuté l’épopée des Normands en Italie. (© Golfodisalerno – CC BY-SA 4.0 – Wikimedia commons)
Le golfe de Salerne de nos jours. Selon le mythe des origines, c’est ici qu’aurait débuté l’épopée des Normands en Italie. (© Golfodisalerno – CC BY-SA 4.0 – Wikimedia commons)

C’est l’autre grande conquête des Normands au XIe siècle. Il y a mille ans de cela, des guerriers, pour la plupart membres de la petite noblesse, ont abandonné les rives verdoyantes de la Manche pour s’en aller quérir fortune sous le chaud soleil méditerranéen. En un peu plus d’un siècle, ils fondèrent un royaume solide, à la croisée des mondes arabe, byzantin et lombard, y apportant leur touche d’originalité pour forger une civilisation brillante. Voici l’histoire de ces hommes descendus du Nord, sur fond d’aventures épiques !

Il existe une différence fondamentale entre la conquête de l’Angleterre et celle de l’Italie méridionale : la première fut menée par un chef d’État s’appuyant sur la puissance de son duché, fort de l’aide d’alliés assoiffés de richesses, tels les Flamands, les Bretons, ou les Français (au sens de l’Île-de-France) ; la seconde fut le fait de petits groupes isolés, arrivés au fil des décennies, qui n’avaient à l’origine d’autres atouts que leur science du combat, leurs bras vigoureux, une bonne épée et un bouclier. En territoire étranger, dont aucun ne parlait les différentes langues (grec, arabe, divers dialectes romans italiques), ils ont su s’adapter à un environnement constamment hostile et profiter des rivalités entre ethnies ou barons locaux. À l’origine acteurs mineurs, ils vont devenir les personnages centraux d’une épopée digne de celle de leurs lointains ancêtres scandinaves.
 

Une Normandie en plein essor

Après le long principat de Richard Ier (942-996), son fils Richard II (996-1026) lui a succédé sans encombre à la tête d’une Normandie qui sort de l’adolescence. Pleinement intégré au cercle restreint des grands féodaux, son maître n’est plus considéré comme le « duc des pirates », selon une formule dédaigneuse de Richer de Reims. Bien au contraire, le pouvoir noue des alliances et entend maintenant accélérer la restau…

 

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Argentan – Ville d’histoire et d’art

Histoire de la ville d’Argentan, du Moyen Âge à nos jours. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)


Michaël Herbulot

Extrait Patrimoine Normand n°131
Par Michaël Herbulot.

 

Vestiges du shell-keep ou donjon annulaire (xiie siècle). Différent d’un donjon tour, il s’agit d’une enceinte basse et resserrée. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)
Vestiges du shell-keep ou donjon annulaire (XIIe siècle). Différent d’un donjon tour, il s’agit d’une enceinte basse et resserrée. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)

Ville d’histoire, Argentan est une imposante place forte et le foyer d’une intense vie monastique au Moyen Âge. Ses anciennes tanneries et manufactures de dentelle, son essor grâce au chemin de fer, puis aux industries décentralisées forgent, au fil des siècles, son identité ouvrière. Ville d’art également, Argentan bénéficie d’une remarquable architecture caractéristique de la Reconstruction. Elle est aussi la ville de Fernand Léger, pionnier du cubisme, et d’André Mare, figure majeure de l’Art déco.

Située au cœur d’une vaste plaine, terre d’élevage de chevaux, Argentan est parcourue par les méandres de l’Orne et bordée par les forêts d’Écouves et de Gouffern. La petite ville conserve un riche patrimoine et offre, aux détours de ses rues, de belles rencontres avec l’architecture et l’art contemporains.

 

Les fortifications anglo-normandes

Au début du Moyen Âge, Argentan n’est qu’une petite bourgade du comté d’Hiémois. En 1027, le duc de Normandie, Robert le Magnifique, le donne à son compagnon d’armes Roger Ier de Montgommery. L’Hiémois est alors morcelé, et Argentan devient une vicomté. Le petit-fils de ce dernier, Robert II de Bellême, devient un puissant seigneur à la tête d’une trentaine de châteaux dans le Sud de la Normandie (Bellême, Alençon, Domfront, Argentan…). À cette époque, Argentan est protégée par une maison forte entourée d’un enclos et par une enceinte plus large entourant le bourg, mêlant probablement la pierre, la terre et le bois.

Henri Ier Beauclerc met au pas ce turbulent seigneur qui a multiplié les félonies. Il s’empare d’Argentan en 1112, et la ville tombe dans l’escarcelle directe des ducs de Norman…

 

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Caen – De la place Royale à la place de la République

Vue aérienne du chantier de fouilles archéologiques de la place de la République de Caen, en 2021. (© Arpanum / Arnaud Poirier ; montage photographique musée de Normandie – Ville de Caen / Claire Bénard)


Paul Chaffenet

Extrait Patrimoine Normand n°131
Par Paul Chaffenet.

 

Le vray pourtraict de la ville de Caen, estampe de 1575 par François de Belleforest. Les Petits Prés correspondent à l’encadré rouge. (© Caen, musée des Beaux-Arts, fonds Mancel, M. 398. 4)
Le vray pourtraict de la ville de Caen, estampe de 1575 par François de Belleforest. Les Petits Prés correspondent à l’encadré rouge. (© Caen, musée des Beaux-Arts, fonds Mancel, M. 398. 4)

À l’occasion des quatre-vingts ans de la Libération, une exposition est organisée depuis le 1er juin 2024 par le musée de Normandie et le service d’archéologie du Calvados. Installée dans les Salles du Rempart du château de Caen, elle présente de manière chronologique et interactive l’histoire méconnue de la place de la République (jadis place Royale).

Genèse d’une place caennaise

L’exposition présente les résultats de fouilles préventives réalisées en 2018, puis entre septembre et décembre 2021, dans le cadre d’un projet de construction de halles commerciales. Sous la direction de Vincent Hincker, les archéologues du département du Calvados ont été en mesure de restituer les étapes de l’évolution de la place depuis le XVIe siècle.

Les débuts de la visite nous plongent dans le Caen de l’Ancien Régime. Nous assistons à l’émergence d’une place promise à devenir un lieu phare de la cité.

Une estampe de 1575 nous fait découvrir les « Petits Prés » : marécageux et à l’extrémité orientale de la Prairie, ils sont hors des remparts, mais en un endroit stratégique (près du Châtelet ou pont Saint-Pierre démoli au XVIIIe siècle), entre Bourg-le-Roi au nord et l’île Saint-Jean au sud. Cet espace inhabité est aussi nommé « Pré des Ébats », car il sert aux promenades, aux pâturages, voire de lieu de déchar…

 

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