Archive dans 3 décembre 2020

La dentelle d’Argentan, quand la tradition revit

Rare dentelle en point d’Argentan (fin XIXe siècle, début du XXe siècle), Manufacture Lefébure, dont le thème n’est pas floral mais des personnages. Intitulé « Mariage princier ». (Photo Éric Bruneval © Patrimoine Normand.)


Extrait Patrimoine Normand n°31.
Par Isabelle Audinet.

 
Les motifs sont reproduits sur du parchemin doublé de deux épaisseurs de tissu. La zone découverte est faible, puisque la dentellière cache presque entièrement son ouvrage pour éviter de le salir et de se déconcentrer. Le fil utilisé, extrêmement fin est en coton d’Égypte. (Photo Éric Bruneval © Patrimoine Normand.)
Les motifs sont reproduits sur du parchemin doublé de deux épaisseurs de tissu. La zone découverte est faible, puisque la dentellière cache presque entièrement son ouvrage pour éviter de le salir et de se déconcentrer. Le fil utilisé, extrêmement fin est en coton d’Égypte. (Photo Éric Bruneval © Patrimoine Normand.)

Autrefois grande région dentellière, la Normandie a malheureusement vu s’éteindre les différentes traditions (à l’aiguille, aux fuseaux et filets), surtout en raison de la Révolution. Depuis quelques années cependant, la dentelle apparaît comme un atout économique et social pour les diverses villes où furent créés les points. Des conservatoires de la dentelle et des centres de formation, dont la structure d’Argentan, ont donc été mis en place, ayant pour objet de faire renaître sous les doigts de fées des dentellières les belles dentelles regrettées.

Petit historique de la dentelle

Si l’on en croit la légende, la dentelle d’Argentan puiserait son origine dans le Moyen Âge. On raconte en effet qu’un fils de prévôt des marchands de Paris, Jacques Gautier Dumontel, vint à Argentan en 1378 pour acheter des dentelles. Une autre légende veut que ce soit la Vierge qui ait réalisé de magnifiques ouvrages pour une pauvre orpheline dentellière, endormie sur son travail.

En fait, quelle que soit l’ancienneté de la dentelle d’Argentan, il est incontestable que sa renommée fit que la ville accueillit une manufacture de dentelle de France au XVIIe siècle sur ordre de Colbert.

La dentelle est le fruit de l’évolution des passements, entre-deux à fils tirés utilisés sur les vêtements des courtisans de la cour. Il est possible que, tout comme à Alençon, certains points comme le point-coupé soient travaillés à l’aiguille. Il ne s’agit pas de dentelle puisque les motifs sont réalisés à partir de bandes de tissu dont on a tiré les fils. La véritable dentelle n’apparaît qu’avec le gros-point de Venise, qualifié de « Grand-Mère » de la dentelle. Ici, tout est réalisé à l’aide d’une aiguille. Composé de motifs liés entre eux par des « brides utilitaires », la dentelle en gros point de Venise acquiert une très forte renommée à travers les cours d’Europe. Les nobles s’arrachent les dentelles et sont prêts à dépenser des fortunes pour suivre la mode, d’où une fuite de capitaux vers les pays producteurs de dentelle. Pour répondre à cette demande frénétique, Louis XIV crée en 1665 les Manufactures royales de dentelle, faisant venir des dentellières des Flandres et de Venise. Elles sont installées dans plusieurs ville de France, dont Alençon et Argentan, avec pour objectif l’enseignement des points à la mode aux dentellières de la région. Parallèlement, Louis XIV interdit l’achat des dentelles à l’étranger, et demande aux dentellières des manufactures d’inventer un point spécifique à la France. Il entend ainsi endiguer la fuite des capitaux.

De la réflexion conjointe des différents artistes (Le Brun, Bonnemer…) apparaît une nouvelle dentelle, le Point de France. Les décors, très présents, y sont liés entre eux par un réseau, maillage très fin, qui devient la caractéristique de la dentelle. Dentelle à l’aiguille, très belle, mais aussi très longue à fabriquer, et donc chère, elle n’en devient pas moins la plus recherchée d’Europe. Au XVIIIe siècle, un certain Guyard, membre d’une famille de dentelliers et négociants en dentelle à Argentan, possède une Manufacture royale de Point de France et fournit la cour de France en dentelles.

Le Point de France va évoluer avec les modes, mais aussi parce que son coût élevé a fait rechercher des dentelles plus légères. La solution pour réaliser une quantité de dentelle plus grande en un temps moins long, fut de développer le réseau, c’est-à-dire le maillage entre les motifs, et de simplifier ces motifs. La dentelle d’Argentan est l’une de ces évo...

 

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Témoignage du passé industriel d’yvetot

Le Parc naturel régional et la Ville d’Yvetot s’associent pour travailler sur l’histoire industrielle et l’urbanisation d’Yvetot, de 1847 aux années 2000.
Travailler sur son histoire, c’est s’offrir la possibilité de mieux construire son avenir.

Pour compléter le travail scientifique effectué actuellement, le Parc et la Ville souhaitent effectuer une collecte de la mémoire orale et en savoir davantage sur les conditions de travail en entreprise et sur la vie Yvetotaise.

 

Si vous êtes un ancien salarié d’une entreprise Yvetotaise et que vous souhaitez partager votre expérience, votre histoire, contactez le Parc (02 35 37 23 16) ou la mairie d’Yvetot (02 32 70 59 14)

Elections CNRACL

La Caisse nationale de retraites des agents de collectivités territoriales procèdera au renouvellement de son conseil d’administration du 1er au 15 mars 2021.

Cette élection se fera dans le cadre d’un vote par internet sur un site sécurisé ou par correspondance.

 

La liste électorale est consultable en mairie.

Merci de vous rapprocher de Madame Bellemère au 02 32 70 59 12

 

Pour plus de renseignements :
– Site internet : https://www.cnracl.retraites.fr/nous-connaitre/elections-cnracl-2021

– Téléphone : 05 57 57 91 00

 

PATRIMOINE NORMAND EN PERIL/16 Sauvons, ensemble! l’église Notre-Dame de Ménerval (Pays-de-Bray)

Et notre pèlerinage dans les misères du pourtant fabuleux patrimoine historique et architectural de Normandie doit se poursuivre avec une nouvelle alerte que nous relayons sans tarder sur l'Etoile de Normandie:

Nous sommes en plein coeur du Pays-de-Bray et Ménerval, un village fier d'être Normand, se mobilise totalement pour sauver de la ruine son joyau d'art, d'histoire et de spiritualité, à savoir son église paroissiale dédiée à Notre-Dame depuis plus de mille ans.

C'est un édifice plutôt vaste avec des éléments architecturaux datés, pour les plus anciens de la fin du Xème siècle: nous sommes donc en présence d'un édifice quasi contemporain de la fondation de notre Normandie.

Comme d'habitude, des années de manque d'entretien faute d'en avoir les moyens financiers associées à l'incurie coupable d'une DRAC munichoise en matière de patrimoine historique ou monumental, explique le désastre actuel: l'église normande millénaire prend l'eau, la charpente du XVe siècle est en train de pourrir, la stabilité générale de l'édifice est atteinte...

Doit-on le préciser?

L'église de Ménerval est classée... Monument Historique!

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L'église Notre-Dame de Ménerval: encore un monument historique normand tombé dans le... panneau de la DRAC!

Comme d'habitude, cette petite commune rurale normande et l'intercommunalité dont elle est membre ont affronté un mur de chicaneries administratives diverses pour monter le début du commencement d'un financement qui n'est, bien évidemment, pas suffisant pour couvrir la totalité de la dépense nécessaire pour faire ne serait-ce que les premiers travaux d'urgence...

Comme d'habitude, les vieilles pierres rurales n'étant pas assez à la mode dans les bureaux urbains bien-pensants, on se tournera vers la société civile et ses associations loi 1901 pour trouver une solution!

NORMANDES NORMANDS soutenons les citoyens de la commune normande et brayonne de Ménerval pour le sauvetage de leur église Notre-Dame!


 

https://actu.fr/normandie/menerval_76423/un-appel-aux-dons-est-lance-pour-sauver-l-eglise-notre-dame-de-menerval_37877417.html

Un appel aux dons est lancé pour sauver l'église Notre Dame de Ménerval

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L'église du village est en danger. L'état général de l'édifice, un des plus grands du Pays de Bray, fait même craindre un effondrement. Un appel à la générosité est lancé.

L’église Notre Dame de Ménerval est en péril. C’est pourquoi un appel aux dons a été lancé ces derniers jours, par le biais notamment d’une vidéo. Une vidéo qui permet de se rendre compte de l’état de l’édifice ravagé par le temps qui passe.

Le maire, Alain Beaufils, ne peut que constater les dégâts :

J'ai été obligé de la fermer au mois de juin, c'était devenu trop dangereux. Mais les choses vont vite depuis et l'ensemble des habitants nous soutient. Beaucoup s'y sont mariés, y ont été baptisés ou y ont fait leur communion. C'est un lieu important pour un village comme le nôtre.

Alain Beaufils

L’église de ce village de 200 âmes est l’une des plus grandes du Pays de Bray. Ce joyau de l’architecture menace en effet de s’effondrer si rien n’est fait.

La charpente est couverte de champignons et se désagrège. La toiture est également en très mauvais état. C’est pourquoi une souscription est lancée pour financer l’important chantier à venir.

À lire aussi

« C’est un véritable désastre »

Afin de faire cet appel aux dons, Marie-Françoise Chevallier Le Page, présidente de la jeune association « Sauvons Notre Dame de Ménerval », a décidé de prendre les rênes en main.

Nous avons créé l'association il y a seulement deux mois car il n'y a plus de temps à perdre. Il faut très vite préserver l'intérieur des intempéries car il pleut dans l'église, ou en tout cas il pleuvait avant que des bâches soient installées. Mais l'humidité est toujours là. On ne peut pas laisser le bâtiment se détériorer davantage. C'est un véritable désastre et j'en suis très triste.

Marie-Françoise Chevallier Le Page

Derrière cette désolation, c’est aujourd’hui une grande motivation qui anime les membres de l’association.

Laquelle sait d’ores et déjà qu’elle sera soutenue par la DRAC (Direction régionale des affaires culturelles), mais aussi par le Département de Seine-Maritime, entre autres. Marie-Françoise Chevallier Le Page poursuit :

On voit un bel élan de générosité se mettre en place. C'est un projet complexe, mais il faut aller vite. Et la commune nous soutient, c'est important.

« Grand-mère de Notre Dame de Paris »

Les premières estimations du projet s’élèvent à environ 1,6 million d’euros. Mais pour commencer, il est nécessaire de récolter 700 000 euros pour la première tranche de travaux. « La mise hors d’eau est la priorité » résume Marie-Françoise Chevallier Le Page.

On espère commencer les travaux dès le mois de mars, pour environ un an de chantier. On est bien avancé puisqu'on n'a plus qu'à choisir les entreprises. Pour la commune, il resterait 350 000 euros à charge sur la première tranche. C'est encore beaucoup pour notre budget.

Alain Beaufils Maire

Déjà plus de 300 personnes ont décidé de soutenir ce projet. Tous les jours, de nouveaux adhérents, parfois très éloignés de la Normandie, rejoignent l’association.

Et la présidente de conclure :

Le début de la construction de cette église date des années 950, 975, on en a des preuves. Elle pourrait être la grand-mère de Notre Dame de Paris. Il faut la sauver.

Pour aider à la réhabilitation de l’église, il est possible d’aller sur le site helloasso (Sauvons Notre Dame de Ménerval). Page Facebook et site internet :

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Colonisation de Jérusalem Est par Israël, j’ai interrogé le ministre pour que la France fasse cesser cette injustice

3 décembre - "Monsieur Jean-Paul Lecoq attire l'attention de Monsieur le Ministre de l'Europe et des Affaires Étrangères au sujet de l'expulsion des Palestiniens de Jérusalem-Est.
Depuis des décennies, Jérusalem-Est est la cible de pressions multiples afin de chasser les habitants palestiniens au profit de colons israéliens.
Ces pressions se traduisent par des discriminations économiques, sociales, judiciaires, par un harcèlement permanent des autorités, ou encore par des expropriations forcées. (...)

- Actualités /

La Normandie giscardienne et divisée des années 1970/1980 ne nous inspire aucune nostalgie!

Valéry Giscard-d'Estaing, 3ème président de la 5ème République de 1974 à 1981, vient de mourir à l'âge qu'il convient pour nous tirer la dernière révérence...

La question s'est donc posée d'emblée pour nous comme pour les journalistes de FR3: quels étaient les liens entre ce président de la République et la Normandie?

France 3 Normandie nous propose de nous rafraîchir la mémoire avec le reportage suivant avec des extraits d'émissions de la télévision de l'époque: on retrouvera, en arrière plan, une Normandie à la fois industrieuse et agricole plutôt prospère, ouverte sur une modernité qui avait mis notre région à la pointe de son temps dans la foulée de sa Reconstruction d'après guerre.

C'est le temps béni du plein emploi industriel chez Moulinex, Renault, la Société Métallurgique de Normandie, la pétrochimie sur le port du Havre... C'est le temps de l'autoroute qui arrive enfin à Deauville, du Ganil à Caen, du turbotrain jusqu'à Cherbourg et du Nucléaire dans le Cotentin.

Mais ce premier apogée de prospérité économique dans la Normandie qui devint giscardienne après avoir été pompidolienne et gaulliste, notamment dans sa partie Ouest, fait oublier le problème essentiel qui ne sera révélé qu'à la suite de la grave crise de désindustrialisation qui va durement frapper la Normandie de 1986 aux années 2000:

La Normandie giscardienne a beau être à fond pour l'automobile, l'agro-productivisme, le turbotrain ou le nucléaire, elle n'aura fait que du sur place quant à préparer son avenir ou maîtriser réellement son destin: on remarquera dans le reportage de FR3 Normandie à lire ci-après sur la Normandie des années Giscard une réalité centrale totalement absente...

Les années 1974-1981 en Normandie sont surtout celles d'un échec politique majeur, à savoir, de faire l'unité normande après l'échec de la réforme régionale de 1972 sur les Etablissements Publics Régionaux, ancêtres des actuels conseils régionaux.

La Normandie giscardienne va donc être divisée durablement au profit de deux barons centristes giscardiens: Michel d'Ornano en "Basse" et Jean Lecanuet en "Haute" (même si pour la "Haute" la situation politique restera toujours plus complexe qu'en "Basse" où l'on vote à droite "depuis Guillaume le Conquérant" selon le mot célèbre du socialiste caennais Louis Mexandeau).

Pour le dire franchement, la Normandie des années Giscard qui confirme une division politique qui aura les effets désastreux que nous savons désormais, ne nous inspire aucune nostalgie ni aucune bienveillance!


 

 https://france3-regions.francetvinfo.fr/normandie/mort-valery-giscard-estaing-grands-moments-normandie-1874264.html

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Normandie, terre giscardienne

Parmi les fidèles de Valery Giscard d'Estaing, il y a le couple d'Ornano, Michel et Anne. Ils font partie des giscardiens de la première heure. Dans Le Monde du 9 mars 1991, après la mort de Michel d'Ornano, cette relation d'amitié profonde est ainsi racontée:  

"L'autre aventure de sa vie fut Giscard. Plus de trente ans d'amitié vraie et sincère. Par tempérament et par fierté, Michel d'Ornano n'aurait jamais su être courtisan. Valéry Giscard d'Estaing eut le bon goût de ne pas le lui demander. Michel d'Ornano était le seul dans son entourage à se permettre de lui dire ses quatre vérités. Il était l'ami. Ce seul titre lui suffisait. Tous deux s'étaient rencontrés, voilà bien longtemps, à l'occasion d'un dîner chez des amis communs. 
Ensemble, ils allaient tout connaître : la grandeur, la décadence et l'espoir à nouveau. La croisade grisante des Républicains indépendants contre le gaullisme. Le sacre de 1974, qui fera de Michel d'Ornano un ministre discret mais toujours dans l'ombre présidentielle. La bataille perdue de Paris en 1977. Par fidélité, le maire de Deauville se retrouve piégé dans un affrontement mortel avec Jacques Chirac. Il lui faudra des années pour s'en remettre. Quatre ans plus tard, Giscard perd son sceptre. Michel d'Ornano sera l'un des rares à demeurer à ses côtés et à continuer de croire à son étoile." 
 

Dans les amitiés giscardiennes en Normandie, il y a ausi le centriste rouennais Jean Lecanuet qui sera garde des Sceaux de Giscard d'Estaing en 1974 et président de l'UDF. 

En 1978, face au RPR de Jacques Chirac, c'est Jean Lecanuet qui a l'idée de la création d'un parti présidentiel pour soutenir Valéry Giscard d'Estaing et renforcer la préparation des élections à venir. C'est ainsi que l'UDF (Union pour la Démocratie Française) est devenu le grand parti de la famille centriste. Jean Lecanuet préside l'UDF pendant 10 ans.

Quelques-unes des venues de VGE en Normandie 

Le 16 décembre 1977, en pleine crise porcine, VGE prononce le discours de Vassy, un petit village dans le Calvados. Une véritable profession de foi dans lequel il affirme que "l'agriculture doit être le pétrole de la France".  " La vocation de l'agriculture française est l'expansion " ajoute-t-il. Avec ce discours, il tente la reconquête du monde agricole alors en pleine crise et dessine les contours d'une agriculture qu'il veut plus moderne que jamais. 

 Les produits de l'agriculture sont notre seule matière première. Ce n'est pas acceptable qu'un pays comme la France dépende encore largement de l'étranger pour son alimentation. L'agriculture doit être notre pétrole.  (Extraits du discours de Vassy)

Le président de la République Valéry Giscard d'Estaing, répondant l'invitation du sénateur-maire Jean Lecanuet, est venu à Rouen (accompagné de 3 ministres) le 27 mai 1979 pour l'inauguration officielle de la place du Vieux-Marché, lieu du supplice de Jeanne d'Arc. Après des années de travaux, la place où se trouvaient les halles du "Rungis rouennais" a été entièrement réaménagée avec une réalisation contemporaine de l'architecte Louis Arretche autour d'une moderne église Sainte-Jeanne d'Arc associant béton, ardoises et vitraux du 16e siècle.  

" LE SIECLE DE CETTE "BONNE PAIX FERME, QUI DURE LONGUEMENT" DONT PARLAIT JEANNE-DE-FRANCE, CETTE JEANNE ETERNELLEMENT PRESENTE, GRACE-A VOUS, ROUENNAISES ET ROUENNAIS, SUR CETTE PLACE DU VIEUX MARCHE  (…) VOICI ENFIN CETTE MAISON DERNIERE OU VOUS OFFREZ A JEANNE, SUR LE LIEU MEME DE SON SUPPLICE, UN TEMPLE POUR SA FOI TRIOMPHANTE, ET UN ABRI PAISIBLE POUR SES CENDRES DISPERSEES…"

Valéry Giscard d'Estaing, à Rouen le 27 mai 1979.

En marge de cette inauguration rouennaise de 1979, le président Giscard d'Estaing avait, à la demande du président du conseil régional, rencontré des "responsables régionaux" pour évoquer la dégradation de la situation économique  de la Haute-Normandie.

L'occasion pour Valéry Giscard d'Estaing d'annoncer que "l'Etat est prêt à aider les efforts d'innovation, d'exportation et de création d'emplois de tous ceux qui voudront saisir ces chances" et d'ajouter que "deux centrales nucléaires doivent être construites en Haute-Normandie. Celle de Paluel, qui comprendra quatre tranches de 1300 Mégawatts et celle de Penly, qui comprendra deux tranches de 1300 MW."

En 1980,  le département de la Manche lui sert de tribune. Il est à Valognes pour remettre le prix Alexis de Tocqueville. L'occasion d'affirmer une fois de plus son attachement au libéralisme et de vanter là encore le  programme électronucléaire de la France. Et cela ne se passe pas très bien comme on peut le voir sur cette vidéo qui date du 5 décembre 1980...

Valery Giscard d'Estaing annonce alors la mise en service des deux tranches de la centrale de Flamanville pour 1986 et l’extension de l’usine de retraitement de la Hague.

C'est aussi en Normandie qu'il rencontre les grands de ce monde. D'abord Jimmy Carter en 1978 alors président des Etats-Unis. Puis Léopold Sendar Senghor , président du Sénégal et homme de lettre l'année suivante.

Il apparait aux côtés d'un autre ancien président Nicolas Sarkozy et de celui en exercice François Hollande, en 2014 à l'occasion du 70ème anniversaire du Débarquement . Ce sera sa dernière visite officielle en Normandie. 
 


 

 Commentaire de Florestan:

"Au revoir!"

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http://www.savoiretculture.com/discours-du-au-revoir-valery-giscard-d-estaing/

"Avant de vous quitter, je vous souhaite bonne chance à chacune et à chacun d’entre vous. Oui, bonne chance du fond du cœur, sans amertume vis à vis des uns et avec une chaude reconnaissance pour les autres. Mes vœux vont aussi à celui que les Français ont choisi pour être le premier d’entre eux. Et dans ces temps difficiles, où le mal rôde et frappe dans le monde, je souhaite que la Providence veille sur la France, pour son bonheur, pour son bien et pour sa grandeur. Au revoir."

 L'Histoire retiendra que le président de la République française qui imposa la réunification de la Normandie à ses barons n'est pas Valéry Giscard d'Estaing mais... François Hollande, en 2014, quelques jours avant de commémorer le 70ème anniversaire du débarquement...

Voir ci-après, l'hommage que rend à "VGE" le centriste Hervé Morin, président de la Normandie:

https://www.francebleu.fr/infos/politique/valery-giscard-d-estaing-un-mentor-l-homme-le-plus-intelligent-que-j-ai-rencontre-declare-herve-1606953613

"Valéry Giscard d'Estaing, un mentor, l'homme le plus intelligent que j'ai rencontré" déclare Hervé Morin

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Et pour finir, un souvenir personnel...

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Votre serviteur devait avoir neuf ans...

Accompagné de mon père, nous nous étions rendus au Haras national du Pin par une belle journée ensoleillée. La foule était nombreuse, des poteaux pavoisaient aux trois couleurs nationales le long de la route départementale gardée par les gendarmes. Nous attendions tous sa venue qui était annoncée.

Nous attendîmes, nous attendîmes... En vain!

Il ne vint jamais.

Jean de Béthencourt – roi des Canaries

Gravure de l'expédition de Jean de Béthencourt en 1402. (Le CanarienHistoire de la conquête des Canaries par Jean de Béthencourt et Gadifer de La Salle, rédigée en partie par Pierre Bontier, moine de Saint-Jouen de Marnes et Jean Le Verrier, prêtre. Egerton 2709 - f.2r © Bristish Library.)


Extrait Patrimoine Normand n°31.
Par Georges Bernage.

 
Portrait de Jean de Béthencourt figurant dans l’édition imprimée du « Canarien » en 1630.
Portrait de Jean de Béthencourt figurant dans l’édition imprimée du « Canarien » en 1630.

Jean de Béthencourt, seigneur de Grainville-la-Teinturière, en pays de Caux, partit en 1402 conquérir et coloniser les Canaries pour le roi d’Espagne. Ce Normand aventureux sera « roi des Canaries », de cet archipel paradisiaque situé au large du Sahara occidental. Les Canariens se souviennent encore de ces racines normandes et des Cauchois ont créé un jumelage entre Grainville et Betancuria. Une formidable épopée trop mal connue.

Jean IV de Béthencourt est né en 1362 au château de Grainville-la-Teinturière, fils de Jean III de Béthencourt et de Marie de Braquemont. Son frère, Regnault IV, naît probablement en 1364. Leur père est tué le 16 mai 1364 à la bataille de Cocherel, sous les ordres de Du Guesclin. En 1377, à l’âge de quinze ans, Jean IV de Béthencourt entre au service du duc d’Anjou, frère aîné du roi Charles V. Sa mère décède vers 1382. Après être entré au service de Louis de Valois, futur duc d’Orléans, il participe à une expédition en Berbérie d’avril à novembre 1390 sur les côtes d’Afrique du Nord avec Gadifer de la Salle ; c’est probablement à ce moment qu’il entend parler de l’importance des Canaries. En 1392, à 30 ans, il épouse Jeanne du Fayel. À cette époque, il est chambellan du roi Charles VI.

Un Génois, Lanzaroto Malocello (francisé en Lancelot Maloisel), avait séjourné en 1312 à Lanzarote qui lui doit son nom. Béthencourt avait dû entendre parler de cette expédition en 1390 et de la présence de l’orseille sur ces îles, un colorant (un lichen) rare et cher qui pouvait être du plus haut intérêt à Grainville-la-Teinturière. En 1339, le majorquin Angelino Dulcert avait dessiné la première carte donnant un tracé convenable des Canaries. Après avoir probablement étudié de tels documents et avoir décidé de son expédition, Béthencourt disposait du soutien de son cousin, Robert de Braquemont, qui avait été envoyé en Castille en 1386 pour aider le roi Jean II ; il assurera le financement de l’expédition de Jean de Béthencourt (7 000 livres) contre une hypothèque sur ses biens. Ambassadeur de France en Castille à partir de 1405, Robert de Braquemont aidera Jean de Béthencourt dans ses relations avec l’Espagne. En fait, d’après Moreri, le roi de Castille Henri III aurait confié en 1401 la conquête des Canaries à Robert de Braquemont qui en donna la commission à Jean de Béthencourt, son parent. Par ailleurs, Harfleur était alors un port très fréquenté par les marins castillans.

Grainville la Teinturière aujour­d’hui. Le bourg de Grainville la Teinturière est groupé autour de son église Notre-Dame près de laquelle se trouve le site de l’ancien château (motte féodale surmontée d’un colombier). Jean de Béthencourt n’a pas connu l’église actuelle qui a remplacé vers 1700 un édifice gothique du XIIIe siècle. Il a été inhumé en 1425 dans le chœur de l’ancienne église ; la tradition affirme qu’il repose sous la grande dalle de pierre (la seule dans l’église) qui se trouve face à l’entrée du chœur de l’église actuelle. (Photo Eric Bruneval © Patrimoine Normand.)

Grainville la Teinturière aujour­d’hui. Le bourg de Grainville la Teinturière est groupé autour de son église Notre-Dame près de laquelle se trouve le site de l’ancien château (motte féodale surmontée d’un colombier). Jean de Béthencourt n’a pas connu l’église actuelle qui a remplacé vers 1700 un édifice gothique du XIIIe siècle. Il a été inhumé en 1425 dans le chœur de l’ancienne église ; la tradition affirme qu’il repose sous la grande dalle de pierre (la seule dans l’église) qui se trouve face à l’entrée du chœur de l’église actuelle. (Photo Éric Bruneval © Patrimoine Normand.)

L’épopée de Jean de Béthencourt nous a été relatée avec un luxe de détails, dans un manuscrit conservé à la bibliothèque municipale de Rouen : « Le Canarien ». Il est l’œuvre de Jean V de Béthencourt (1432-1505), fils de Regnault de Béthencourt et neveu du conquérant des Canaries et il date des environs de 1490. Il a été écrit avec l’aide et les témoignages du frère Bontier et du prêtre Jean Le Verrier. C’est un formidable récit d’aventures, près d’un siècle avant les exploits de Christophe Colomb. Mais que sont alors ces îles lointaines ?

Les armoiries de Jean de Béthencourt figurées dans la seule lettre décorée du manuscrit dit « Le Canarien » conservé par la Bibliothèque Municipale de Rouen. Description : « d’argent au lion de sable, lampassé de gueules ». La devise de Jean de Béthencourt était : « De forti, dulcedo », qui peut se traduire par « La force dans la douceur ». (Le Canarien. Histoire de la conquête des Canaries par Jean de Béthencourt et Gadifer de La Salle, rédigée en partie par Pierre Bontier, moine de Saint-Jouen de Marnes et Jean Le Verrier, prêtre. © BNF.)

Les armoiries de Jean de Béthencourt figurées dans la seule lettre décorée du manuscrit dit « Le Canarien » conservé par la Bibliothèque Municipale de Rouen. Description : « d’argent au lion de sable, lampassé de gueules ». La devise de Jean de Béthencourt était : « De forti, dulcedo », qui peut se traduire par « La force dans la douceur ». (Le CanarienHistoire de la conquête des Canaries par Jean de Béthencourt et Gadifer de La Salle, rédigée en partie par Pierre Bontier, moine de Saint-Jouen de Marnes et Jean Le Verrier, prêtre. © BNF.)

Les Iles Fortunées

Dans l’Atlantique, au large des côtes de l’Espagne et de l’Afrique du Nord, trois archipels volcaniques se dressent au-dessus des flots : deux étaient inhabités à l’arrivée des colons européens (Madère et les Açores), un autre (les Canaries) était habité par une population préhistorique.

L’archipel des Canaries, formé de sept îles et de six îlots, est situé au large des côtes de l’Afri­que, à une centaine de kilomètres seulement à l’ouest du cap Juby et du Sahara occidental rattaché au Maroc. Les deux îles les plus proches de l’Afrique, Fuerteventura et Lanzarote, sont sèches et arides à cause des pluies rares. Par contre, le relief volcanique des cinq îles occidentales (Grande Canarie, Tenerife, Gomera, La Palma et Hierro) est beaucoup plus accidenté et retient les nuages qui leur procurent humidité et végétation luxuriante. A Tenerife, le pic du Teide, un volcan, atteint 3 717 mètres. À la Grande Canarie, le Poza de las Nieves culmine à 1 950 mètres et, à La Palma, le Roque de los Muchachos atteint 2 423 mètres. Quant à Hierro et Gomera, ces îles sont bordées de falaises abruptes et les routes qui les parcourent actuellement sont souvent vertigineuses. La végétation est riche et originale. Ainsi, le dragonnier est un arbre très particulier qu’on ne trouve qu’aux Canaries. Avec son tronc noueux et ses branches courtes en buissons, couronnées de feuilles en fer de lance, cet arbre peut vivre des milliers d’années. L’Icod de los Vinos, à Tenerife, serait âgé de 2 500 ans. D’autres arbres, comme le pin aux aiguilles creuses qui retiennent l’humidité, sont parfaitement adaptés à l’archipel. Quant à la faune, on n’y trouve aucun serpent ou, comme le notera Béthencourt, aucune bête à venin. Son climat chaud et maritime en font un lieu de séjour très agréable qui, à l’époque actuelle, a créé les conditions d’un grand essor touristique.

L’existence de ces îles est connue dès d’Antiquité, mais elles restent mystérieuses. Au VIIIe siècle avant notre ère, Hésiode y situe les limites du monde. Les Égyptiens les auraient longées vers 680 avant notre ère. Elles auraient été explorées au Ier siècle de notre ère par le fils du roi Juba II de Mauritanie. Plutarque, Pline parlent des îles Fortunées, de la Canaria où vivent des chiens sauvages, de l’Ile de Panyre (Fuerteventura), des baleines qui nagent dans ces eaux. Ptolémée (IIe siècle de notre ère) parle de Pluralia (à cause de l’abondance des pluies, il s’agit de Hierro). Mais il faut attendre le XIIIe siècle pour qu’on reparle de cet archipel, de ces îles Fortunées.

Des carreaux de faïence montrent les Guanches vêtus de peaux de chèvre écrasant des céréales et faisant cuire leur repas à l’abri d’une caverne. D’autres gardent les troupeaux. Puis arrivent les conquérants. (© Patrimoine Normand.)

Des carreaux de faïence montrent les Guanches vêtus de peaux de chèvre écrasant des céréales et faisant cuire leur repas à l’abri d’une caverne. D’autres gardent les troupeaux. Puis arrivent les conquérants. (© Patrimoine Normand.)

Momie guanche. (DR.)
Momie guanche. (DR.)

Les Guanches

Ces îles étaient habitées dès avant l’Antiquité par une population préhistorique de « type Cro Magnon » apparentée aux Berbères, les Guanches. On peut établir la réalité de ce type humain d’après les nombreux descendants de Guan­ches dans la population actuelle, souvent métissée avec les conquérants espagnols, ou normands, mais aussi par les nombreuses momies retrouvées sur l’archipel. Les Guanches avaient en effet l’habitude de momifier leurs morts, lavant les corps, les exposant ensuite au soleil avant de les embaumer, de les enduire d’her­bes aromatiques et de les envelopper dans des peaux puis de les cacher dans des cavernes. Dans les îles de l’ouest, on trouve des types de haute stature, avec les cheveux clairs et les yeux bleus et brillants. En revanche dans les îles orientales, les individus sont très bruns, plus petits, avec des pommettes marquées. Le terme Guanche vient de Guan qui désigne un homme sur l’île de Tenerife, mais pas sur les autres îles car il y a en effet des différences de dialectes assez prononcées dans la langue des « Guanches » d’une île à l’autre. Ainsi, à Tenerife, un « roi » se dit Mencey et Guanarteme sur la Grande Canarie. Le « dieu » se dit Achaman à Tenerife et Alcorac sur la Grande Canarie. Ces dialectes auraient des rapports avec les dialectes berbères, ainsi d’après l’historien canario José Luis Concepción, à Fuerteventura, on dit Temesen pour une « plaine aride et un village » et Themsna est un désert dans les dialectes berbères de Gadanes, ahemon désigne « l’eau » à Lanzarote et Hierro, amon a le même sens à Schilah en pays berbère. Aho désigne le « lait » à Lanzarote et la Grande Canarie, de même pour agcho ou agho à Schilah, tigot désigne le « ciel » à La Palma et comme à Schilah, tihaxa est un « mouton », thikhsi dans les langues berbères. À la fin du XIXe siècle, 2 909 mots guanches avaient survécu ; il s’agit d’une langue agglutinante. Le texte d’une formule de serment nous montre à quoi elle ressemblait : « Agône yacoran yñatzahana chacoñamet » ce qui signifie « je jure par l’os de ce jour par lequel tu deviens grand ». Un mot qui s’est maintenu dans la langue actuelle est gofio, il désigne le « plat national canarien = une sorte de galette qui est à la base de la nourriture.

À l’arrivée de Béthencourt, les Guanches sont encore dans une civilisation préhistorique. Ils ne connaissent pas les métaux et utilisent des outils en pierre, des lames d’obsidienne aiguisées pour couper, des tabonas. Ils ont aussi des épieux de bois (magado à la Grande Canarie ou tezzeses à Fuerteventura). Par contre, ils ont de la vaisselle en argile modelée (ganigo). Ils écrasent leurs grains pour faire de la farine avec des meules en pierre. Ils sont habillés de vêtements en peaux de chèvre (tamarco : vêtement de cuir) et utilisent des sacs faits avec ce type de cuir. Ils habitent dans des cavernes ou dans des cabanes en pierres sèches recouvertes de chaume.

Les îles étaient partagées en royaume. Sous l’autorité des rois (menceys à Tenerife où il y avait neuf royaumes), il y avait des nobles (achimenceyes à Tenerife), des petits nobles (achiciquizos à Tenerife) et le peuple (archicaxnas). Seuls les rois et les nobles portaient la barbe et les cheveux longs, les hommes du peuple avaient le visage et le crâne rasés. Le système était patriarcal. Les nobles étaient propriétaires des troupeaux, les paysans élevaient des moutons, des chèvres, des porcs et des lapins. Les femmes étaient chargées de l’agriculture pratiquée avec des instruments en obsidienne, en bois ou en os. Les Guanches pêchaient peu, mais avec une technique originale puisqu’ils empoisonnaient les poissons avec une substance engourdissante extraite de l’euphorbe qui amenait les poissons à la surface de l’eau. Il y avait des prêtres (faycans à la Grande Canarie) et des vierges sacrées (harimaguadas) menant une vie retirée dans des grottes ; elles devaient être robustes et corpulentes et accorder leurs premières faveurs aux rois.

Malgré une nourriture très frugale, surtout gofio et fromage de chèvre, les Guanches étaient très agiles et robustes. Marchant pieds nus dans les cailloux, ils sautaient par-dessus les ravins avec de longues perches de bois, le relief des îles étant très accidenté. Pour communiquer d’un versant d’une vallée à l’autre, ils utilisaient un sifflement modulé permettant d’envoyer des messages. De nos jours, ces usages se sont maintenus sur l’île de la Gomera plus isolée derrière ses falaises ; on utilise encore des bâtons pour surmonter des obstacles et surtout, le silbo (langage sifflé) est encore utilisé. C’est ce petit éden doté d’une civilisation étonnante que Béthencourt allait découvrir. Ne disposant pas de bateaux, les indigènes vivaient en vase clos.

Les Canaries sont au large des côtes de l’Afrique. Les noms sont ceux donnés par les conquérants normands dans le « Canarien » et, entre parenthèses, les noms actuels. (Carte Franck Richard © Patrimoine Normand.)

Les Canaries sont au large des côtes de l’Afrique. Les noms sont ceux donnés par les conquérants normands dans le « Canarien » et, entre parenthèses, les noms actuels. (Carte Franck Richard © Patrimoine Normand.)

 

Au large des côtes d’Afrique

Après avoir quitté son château de Grainville, Jean de Béthencourt rejoint le port de La Rochelle avec quelques seigneurs et compagnons normands ; il y retrouve Gadifer de la Salle, seigneur gascon qui, avec d’au­tres Gascons, se joint à son projet d’expédition. Le départ a lieu de La Rochelle le 1er mai 1402. En raison des vents contraires, il faut attendre au nord-ouest de l’Espagne, à Vivero, puis les navires rejoignent la Corogne, longent les côtes du Portugal et arrivent à Cadix. Craignant de manquer de vi­vres, disant qu’on les « mène mourir » certains marins quittent l’expédition. Leur nombre tombe de 80 au départ à 53.

Au bout de huit jours, les navires arrivent devant Graciosa, petite île située au nord de l’Ille Lancelot (actuellement Lanzarote). Le roi de cette dernière, Guadarfia, se soumet sans difficulté à Béthencourt. Dans la langue des indigènes, l’île est nommée Titeroyugatra. Au sud de l’île, Béthencourt fait ériger un premier château qu’il appelle Rubicon. Il en confie le commandement à Berthin de Berneval, seigneur cauchoix, et se rend avec Gadifer sur l’île suivante située au sud, l’Ille d’Erbane ditte Fortaventure (actuellement Fuerteventura). Mais ils n’y rencontrent personne ; la population s’est réfugiée dans le sud de l’île à l’arrivée des navires. Ce dernier va alors repartir pour l’Espagne afin de demander au roi des renforts et des vivres ; Gadifer restera sur place.

Chapitre XLV du « Canarien » : « Comment Mons de Béthencourt arriva a Rubicon en l’ille Lancelot et la chere que on luy fit. » (Le Canarien. Histoire de la conquête des Canaries par Jean de Béthencourt et Gadifer de La Salle, rédigée en partie par Pierre Bontier, moine de Saint-Jouen de Marnes et Jean Le Verrier, prêtre. © BNF.)

Chapitre XLV du « Canarien » : « Comment Mons de Béthencourt arriva a Rubicon en l’ille Lancelot et la chere que on luy fit. » (Le Canarien. Histoire de la conquête des Canaries par Jean de Béthencourt et Gadifer de La Salle, rédigée en partie par Pierre Bontier, moine de Saint-Jouen de Marnes et Jean Le Verrier, prêtre. © BNF.)

Le royaume des Canaries

Mais les dissensions entre Normands et Gascons vont perturber les débuts de la jeune colonie. Dès avant le départ de La Rochelle, Berthin de Berneval avait déjà créé un « clan » ; il n’aimait pas Gadifer et avait attisé la discorde entre les Normands de Béthencourt et les Gascons de Gadifer. Gadifer a cependant toujours confiance en Berthin de Berneval et, lorsque le navire « Morelle » arrive, il l’envoie négocier avec son capitaine. Berthin de Berneval tente de monter une expédition pour son compte mais, par fidélité pour Béthencourt, le capitaine du « Morelle » refuse. Berthin organise alors un complot contre Gadifer avec, pour complices, Pierre de Liens, Augier de Montignac, Siot de Lartigue, Bernard de Castelnau, Guillaume de Nau, Bernard de Mauléon dit le Coq, Guillaume de Salerne dit Labat, Morelet de Courrouge, Jean de Vidouville, Bidault de Hornay, Bernard de Montauban et Jean Lalieu (d’Aunis).

De leur côté Gadifer, Remonnet de Lavedan et quelques autres vont sur la petite Ille de Loupes (île de Lobos), afin de se procurer des peaux de « loups marins » pour se fabriquer des chaussures. À court de vivres sur cette île déserte et sans « yaue douce », Gadifer envoie Remonnet au château de Rubicon pour s’y ravitailler. Là, il apprend que Berthin est parti à Graciosa avec ses complices pour parlementer avec le capitaine du navire « Tranchemar ». Avec ses compagnons, Berthin se rend à Grant Aldée (Teguise) pour rencontrer le roi et l’assurer de sa protection. Mais, pendant leur sommeil, il surprend le roi et ses gens, et les capture ; il les amène sur le navire espagnol « Tranchemar » qui moui...

 

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