Archive dans 9 novembre 2020

Pour sortir de la crise en Côte d’Ivoire, j’en appelle à la diplomatie Française

9 novembre - Les élections en Côte d'Ivoire de dimanche dernier ont été un simulacre de démocratie, avec un candidat qui se présente pour un 3e mandat alors que cela n'est pas permis dans la Constitution ivoirienne, et qui a ensuite séquestré et enfermé une bonne partie des responsables de l'opposition.
La situation est extrêmement tendue et j'appelle la diplomatie française à faire en sorte que l'ONU et l'Union africaine fassent pression sur Alassane Ouattara pour qu'il ouvre enfin un dialogue avec son (...)

- Actualités /

Bertrand Tierce, un drôle de troubadour qui chante la division féodale de la Normandie. Eloge du Général de Gaulle régionaliste.

Qui sont les plus ringards?

Les régionalistes normands qui ont milité des années durant pour le retour à l'unité normande et que l'on accuse régulièrement, au mieux, d'être des romantiques idéalisant la Normandie médiévale ou, au pire, d'être des suppôts du fascisme?

Où ceux qui ont des idées et des préjugés pour le moins datés sur notre région et la question régionale?

On vous laisse avec ça...

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Mais en ce jour du 50ème anniversaire de la mort du Général Charles de Gaulle, chef de la Résistance et de la France libre, fondateur de notre 5ème République et précurseur de l'idée régionale en France, nous préférons surtout vous laisser avec ceci:

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Sur les enjeux du projet de régionalisation et de transformation du Sénat:

https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9f%C3%A9rendum_constitutionnel_fran%C3%A7ais_de_1969

https://www.marianne.net/politique/regionalisation-et-si-la-france-etait-passee-cote-de-son-histoire

Les raisons politiciennes à l'origine de l'échec du référendum d'avril 1969:

https://www.lexpress.fr/actualites/1/politique/en-1969-le-referendum-qui-chasse-de-gaulle-de-l-elysee_2073848.htm


 On lira aussi avec intérêt l'analyse suivante proposée par Arnaud TEYSSIER:

https://www.lagazettedescommunes.com/625578/de-gaulle-avait-une-conscience-aigue-de-la-fracture-territoriale/

« De Gaulle avait une conscience aiguë de la fracture territoriale »

Publié le 13/06/2019 • Par Jean-Baptiste Forray 

Arnaud Teyssier Patricia Marais/La Gazette

Dans un essai savant, Arnaud Teyssier revient sur l’échec du référendum sur la régionalisation de 1969. L’occasion pour l’historien de mettre l'accent sur les liens entre le général de Gaulle et ce qu’on n'appelait pas encore les territoires.

Voici cinquante ans, le président fondateur de la VRépublique tombe de son piédestal. Lors du référendum du 27 avril 1969, les Français renvoient le général de Gaulle dans sa retraite de Colombey. Avec la mort politique du connétable disparaît une certaine idée de l’Etat, brûlante et dévorante. Sous son égide, la monarchie républicaine a parachevé la constitution « secrète et silencieuse de la France, la loi napoléonienne du 28 pluviôse de l’an VIII [17 février 1800] qui remettait aux corps administratifs la direction du pays », écrit Arnaud Teyssier dans son essai « De Gaulle 1969 » (1).

Cet apogée du centralisme n’interdit cependant pas toute remise en question. La poussée de fièvre estudiantine de 1968 est aussi portée par le mot d’ordre de Michel Rocard : « Décoloniser la province. » Pour garder sa prééminence, l’Etat doit accomplir sa mue. Charles de Gaulle le sait mieux que quiconque. D’où le volet régional de la loi référendaire de 1969. Sur la rampe de lancement : un établissement public régional placé sous la tutelle préfectorale et composé à parité d’édiles et de représentants de ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui la société civile. Un acte de déconcentration et de rupture avec la tradition départementaliste jacobine. Pour autant, selon Arnaud Teyssier, ce texte n’annonce pas la révolution décentralisatrice de 1982. Ancien collaborateur et biographe de Philippe Séguin (2), il porte un regard très sévère sur les lois « Defferre ». Il y voit le germe d’une impuissance publique à des années-lumière de l’art du commandement du général de Gaulle.

Pourquoi de Gaulle souhaite-t-il promouvoir l’échelon régional lors du référendum de 1969 ?

Comme Michel Debré dans « La Mort de l’Etat républicain » en 1947, il considère que le centralisme a son revers : le poids excessif de Paris. Dans les années 60, la structure du pouvoir est devenue trop forte pour une société qui aspire à davantage de « participation », selon le vocable gaullien. Pour le chef de l’Etat, la région doit devenir le lieu de la rencontre féconde entre l’Etat et les nouvelles forces vives de la Nation. Cette entité a vocation notamment, dans le projet de loi référendaire, à attirer des chercheurs, des chefs d’entreprise et des figures du syndicalisme. Il s’agit d’associer ces forces économiques et sociales à la politique d’aménagement du territoire mise en œuvre par la Datar (délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale, ndlr) et les nouveaux préfets de région. De Gaulle veut ainsi maîtriser les grandes mutations à venir : les nouvelles technologies, mais aussi ce que l’on n’appelle pas encore la mondialisation. C’est également, pour lui, une manière de ressusciter les corps intermédiaires que la Révolution et l’Empire avaient fait disparaître. De cette façon, il contourne les élites politiques locales traditionnelles. Cette province française, dont son opposant François Mitterrand et l’écrivain Jacques Chardonne sont comme la quintessence, juge sa présence écrasante. Le fondateur de la VRépublique veut dépasser le cadre étroit du département, lieu d’épanouissement des parlementaires de la IVRépublique et de leurs fiefs.

N’était-ce pas également une façon de renouer avec les petites patries charnelles de l’Ancien Régime vantées par Maurras ?

De Gaulle, lors de la présentation du projet de loi référendaire, évoque « nos anciennes provinces mises au plan moderne », mais il reprend l’armature plus « administrative » des 21 régions qui s’est imposée au fil du temps. Contrairement à Maurras, il considère que l’Etat, combinaison d’institutions politiques fortes et d’une administration centralisée puissante, constitue l’instrument premier de l’action. Le témoignage de Jean-Marcel Jeanneney (ministre d’Etat chargé des réformes constitutionnelles en 1969, ndlr) est, à cet égard, édifiant. Alors que de Gaulle étudie ligne à ligne le projet référendaire, il tombe sur l’expression « territoire de la région ». Jeanneney raconte : « Il m’a censuré : Une région n’a pas de territoire, seule la Nation en a un. Et il a écrit à la main la partie correspondante du territoire national. »

(Commentaire de Florestan: la Normandie a désormais la chance unique en France de superposer sur la "partie correspondante du territoire national" la région fonctionnelle contemporaine sur la province géo-historique millénaire. De Gaulle avait raison de clarifier d'emblée les choses: le régionalisme français ne serait être un séparatisme nationalitaire. Pour nous, régionalistes normands, c'est très clair!)

Peut-on, dans ces conditions, qualifier son projet de décentralisateur ?

A Quimper, dans son discours du 2 février 1969, il dit, certes, quelques mots en breton. Mais la Bretagne est surtout grande à ses yeux parce qu’elle a fait plus de sacrifices à la guerre de 1914-1918 que les autres régions. Comme Gambetta, il est possédé par l’idée que la France est une construction fragile. De Gaulle a une conscience aiguë de la fracture territoriale. Tout cela nécessite une chaîne énergique du pouvoir concentrée autour de l’Etat. Rien ne lui est plus étranger que le concept actuel de gouvernance fondée sur l’idée selon laquelle le pouvoir n’est pas une énergie mais le jeu d’influences qui s’affrontent. On ne parle que de réforme, dialogue et concertation, mais jamais, en définitive, on ne tranche, l’essentiel étant de ne plus jamais connaître cette horreur absolue, cette terreur des politiques modernes : décider. Le discours sur la méthode, désormais interminable et sans fin, s’est substitué à l’action.

Quelle est la part de responsabilité de la décentralisation ?

La décentralisation de 1982 est une réaction de François Mitterrand contre la Ve République et des grands barons Gaston Defferre et Pierre Mauroy contre le pouvoir central. Contrairement à la réforme de 1969, elle est dirigée contre l’Etat. Elle se traduit par une absence complète de hiérarchie entre collectivités. Le pouvoir n’est pas transféré, mais atomisé.

(Commentaire de Florestan: c'est le principe de la clause de compétence générale généralisée à toutes les collectivités territoriales mises ainsi sur un pied d'égalité et de légitimité dans le corps de la République française "une et indivisible". L'usage démontre, désormais, que la mise en pratique de ce principe idéal et abstrait génère de la paralysie et de la complexité dans la prise de décision.)

Philippe Séguin, qui a bataillé contre les lois de 1982, mettait en garde contre le risque de « congrès permanent de conseillers généraux ou de conseillers régionaux se répartissant prébendes et clientèles et se distribuant les restes d’un pouvoir défunt ». Longtemps, il a rêvé de publier une « Lettre ouverte aux thuriféraires de la décentralisation ». Le jacobin Philippe Séguin croyait en la commune et en l’Etat. C’est la raison pour laquelle sa fonction de maire était sa plus grande fierté. Je l’ai constaté quand, il y a trente ans, j’étais jeune stagiaire de l’ENA à la mairie d’Epinal. Le tableau qu’il dressait du métier était un pur chef-d’œuvre. Il décrivait le maire comme un héros du quotidien concentrant sur lui toutes les attentes de la population sur les sujets les plus divers, qu’il s’agît de la propreté des trottoirs ou quand un enfant se plaignait de maux de ventre après avoir mangé à la cantine. Et peu importait à l’électeur d’Epinal que seule l’école primaire fût de la compétence de la ville. La commune et l’Etat restent dans l’imaginaire collectif l’armature de la République.

(Commentaire de Florestan: cet imaginaire jacobin sur le double pied du centralisme parisien et du localisme communal hérité de la Révolution ne permet pas une prise efficace sur le réel de la part d'une société civile active et responsable. La région est ce corps intermédiaire où cette prise de pouvoir sur le réel peut se faire mais à une condition de prendre enfin le fait régional au sérieux, c'est-à-dire: d'avoir de vraies régions qui respectent la structure géo-historique profonde qui fait l'identité de la France comme nous l'a appris le grand historien Fernand Braudel.)

Emmanuel Macron l’a compris lors du grand débat, avec l’alliance qu’il a tenté de nouer avec les maires. Mais tout cela n’a évidemment de sens que si l’Etat est maintenu avec force dans son rôle de garant de l’unité nationale et des grands équilibres territoriaux.

(1) « De Gaulle 1969, l’autre révolution », Editions Perrin, 2019.

(2) « Philippe Séguin : le remords de la droite », Editions Perrin, 2017.


 

Commentaire de Florestan:

Nous sommes en 2020 et le Général est mort depuis cinquante ans. L'improbable troubadour Tierce chante la chanson de tous ceux qui n'ont toujours pas compris que le fondateur de la VRépublique voulait dépasser le cadre étroit du département, lieu d’épanouissement des parlementaires de la IVRépublique et de leurs fiefs.

Pour mémoire, De Gaulle et la Normandie en quelques images symboliques:

https://france3-regions.francetvinfo.fr/normandie/2014/06/13/bayeux-fetera-samedi-les-70-ans-du-retour-du-general-de-gaulle-en-france-498105.html

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14 juin 1944: débarquement du chef de la France Libre sur la plage de Courseulles-sur-mer:

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Auguste Bruno BRACQUEHAIS, premier photographe reporter de l’histoire de France

Méconnu du grand public, Auguste Bruno Bracquehais photographe Dieppois, réalise 150 clichés sur l'épisode insurrectionnel de la commune de 1871. Il est pratiquement le seul ,à réaliser de rares photos, pendant la période de la commune de Paris. La photographie n'en est qu'à ses débuts. En dépit des difficultés matérielles dus aux besoins de lumière et des longues poses des sujets statiques, il sort tout son matériel pour aller photographier les soldats.

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Auguste Bruno nait à Dieppe le 18 janvier 1823, à 16h, au N° 39 grande rue, près de la rue des cordonniers. Ses parents André Narcisse et Virginie Adèle Bourel se marient le 23 janvier 1818 à Rouen. C'est son grand-père paternel, André Bracquehais, âgé de 62 ans, qui est le témoin de sa naissance. Tout laisse à penser qu'il est issu d'une famille bourgeoise . Ses ancêtres, dont on retrouve la trace au début du XVII ème siècle, sont originaires d'Anceaumeville, petit village situé entre Clères, Fresquiennes et Montville. Ils sont négociants, cultivateurs et marchands de bois.

Second fils d'une famille de cinq enfants, Auguste Bruno est sourd muet dès la naissance. Quelques années plus tard, suite à cet handicap, ses parents l'envoient étudier et apprendre le métier de lithographe à l'institut royal des sourds muets de Paris ; école qu'il fréquente entre 9 et 12 ans. Le choix de l'enseignement professionnel est assez limité dans cet institut : jardinier, cordonnier, menuisier, lithographe, tourneur, relieur et sculpteur sur bois.

En 1850, après avoir été apprenti lithographe à Caen, il s'installe comme photographe à Paris. C'est là qu'il rencontre le photographe Alexis Gouin (1799/1855). Il l'assiste dans la réalisation de portraits et d'images érotiques, souvent en stéréoscopie et colorisées.

En 1851, il apparaît dans le bottin comme photographe. Un an plus tard, en 1852, il collabore avec la fille d'Alexis Gouin, Laure Mathilde, qui est aussi photographe et coloriste pour son père. C'est au cours de cette année qu'il installe son propre studio, au N° 110 rue de Richelieu.

En 1854, il commence à vendre ses photographies.

En 1856, il épouse Laure Mathilde. Son beau-père, âgé de 65 ans, vient de mourir quelques mois plus tôt d'une attaque cérébrale, le 25 février 1855. Exerçant le même métier que ce dernier, le couple reprend le studio de photographie, situé au N° 37 rue Louis Legrand. Auguste Bruno pratique le portrait et les nus féminins en daguerréotypes. Ceux-ci sont colorisés par son épouse.

En 1863, ils s'installent au N° 11, boulevard des italiens, à l'enseigne « la photographie parisienne », après le décès de Mme Marie Catherine Bellangé Gellé, mère et belle mère.

En 1864, avec le photographe Despaquis, ils montrent à la société française de photographie un nouveau procédé de tirage au charbon qui est bien accueilli. Par la suite, Auguste Bruno participe à différentes expositions , comme l'exposition universelle de 1867, où il obtient une mention honorable.

Arrive la guerre Franco-Allemande de 1870, entre le 19 juillet 1870 et le 28 janvier 1871, conflit qui opposa la France à une coalition d'états allemands dirigée par la Prusse et comprenant les vingt et un autres états membres de la confédération de l'Allemagne du nord ainsi que le royaume de Bavière, celui du Wurtemberg et le grand duché de Bade.

https://www.revueconflits.com/guerre-1870-jean-baptiste-blandenet/

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La commune de Paris débute juste après la guerre de 1870. L'insurrection dure deux mois, de mars à mai 1871 et fait suite à la défaite de la France contre la Prusse et au siège de Paris.ar une extrême misère, le peuple prend les armes et envahit les rues de Paris.

https://www.wdl.org/fr/item/1300/

Pendant cette période, la plupart des photographes sont partis de la capitale. Par contre, Auguste Bruno reste pour rapporter, au jour le jour, des reportages photos des événements. Sans le savoir au moment, il réalise les premiers photos reportages de l'histoire de France. Sur sa production de 150 clichés, 109 sont connus aujourd'hui. Grâce à sa présence sur le terrain, il est le seul à capter des moments historiques, comme les portraits des fédérés, posant fièrement devant les barricades.

Quelques photographies :

https://fr.wikibooks.org/wiki/Photographie/Personnalit%C3%A9s/B/Bruno_Braquehais

A cette époque, les journaux publient des gravures pour illustrer les articles. Ses photos ne seront connus qu'après les événements. De nos jours, celles-ci illustrent nos livres d'histoire.

Deux ans plus tard, en 1873, Auguste Bruno fait faillite et sera enfermé treize mois à la prison de Mazas pour abus de confiance. Le 21 octobre 1874, le jugement de séparation de corps et biens , à la demande de sa femme, est prononcé. Il décède peu après sa libération, le 13 février 1875, dans sa maison de campagne, à la Celle saint Cloud, à l'âge de 52 ans.

Longtemps oublié, son travail est redécouvert en 1971, lors des commémorations du centenaire de la commune.

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Biographie famille Bracquehais d'Anceaumeville à Dieppe :

On retrouve ce patronyme orthographié de vingt cinq façons différentes.

Les premiers ancêtres d'Auguste Bruno, Nicolas Bracquehais et Marguerite Delahaye, se marient le 12 juillet 1672 à Anceaumeville, village où nait Nicolas le 20 janvier 1651. Ce village fait partie de la baronnie de Montville.En 1717, une visite pastorale est réalisée par Monseigneur Claude Maur d'Aubigné, qui dresse un état des lieux. On y constate qu'un enseignement pour les garçons et les filles y est octroyé dans le presbytère, sous l'égide du curé et d'une femme de la confrérie de la charité de Saint Gilles et Saint Martin.

De cette union nait Nicolas, le 25 mars 1683, à Anceaumeville. Celui-ci se marie à Rouen, à la paroisse Sainte Marie la Petite, avec Anne Leblond, un 10 février 1706. Par la suite, la famille part s'installer à Montville. Ce bourg de 600 habitants est situé à 3 ou 4 lieues au nord de Rouen, sur la petite rivière de Bapaume, où se fait la jonction des ruisseaux qui ont leurs sources au dessus des bourgs de Cailly et de Clères. Nicolas décède en ce village le 18 août 1733.

De ce couple nait Claude vers 1716. Il est mentionné originaire de Cordelleville à son mariage, à Montville, avec Marie Anne Luce Douillet, le 29 mai 1743. Celle-ci, mineure, n'est âgée que de dix sept ans. Cordeleville était autrefois une paroisse possédant une église et un cimetière, encore existants de nos jours. Celle-ci fut réuni à Clères en 1823. En 1794, Claude est cultivateur.

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De cette union nait André le 22 septembre 1751 à Montville. Le 7 juillet 1794 (19 messsidor an II), alors âgé de 42 ans, il se marie à Saint Hellier, avec Elizabeth Victoire Leporc, originaire de Rouen et âgée de 24 ans. Son beau-père, décédé à cette date, était fabricant de papier. Au cours de sa vie, André est cultivateur, marchand de bois et négociant. Ceux-ci s'installent à Saint Hellier, village de 300 habitants, située dans la vallée de la varenne, traversée par la rivière du même nom, en bordure de la forêt d'eawy. Puis, en 1826, on retrouve la famille à Dieppe où elle habite rue Béthancourt. Il décède à Dieppe, le 11 février 1837. Avant la révolution charbonnière, le seul moyen de chauffage était le bois. Le métier de marchand de bois était donc très important et rémunérateur.

Quelques mois après leur mariage nait André Narcisse, fils aîné du couple, le 21 mai 1795 (5 parairial an III), à Saint Hellier. Il se marie le 23 juin 1818, à Rouen, avec Virginie Adèle Bourel. Leur union sera de courte durée car André Narcisse décède à l'âge de 31 ans, le 5 décembre 1826, à Dieppe, au N° 73 grande rue. C'est son frère Louis qui est témoin. Comme son père, il est cultivateur et marchand de bois.

Et c'est de cette union que nait Auguste Bruno Bracquehais le 18 janvier 1823 à Dieppe.

Son frère aîné André Narcisse, né le 15 mai 1819, à Dieppe, se marie deux fois à l'étranger. Une première fois le 15 juin 1844, à Liverpool, dans le comté de Merseyside, avec Sarah Elizabeth Bowen. Celle ci est née le 10 février 1821, à Honfleur. Elle décède, deux ans plus tard, en 1846, à Dieppe.

Par la suite, André Narcisse se marie pour la seconde fois, le 26 février 1851, à Cartagène, en Espagne, avec Josefa Amalia Bienert Runggaldier, originaire de Malaga, en Andalousie, dont il aura cinq enfants. Les deux premiers naîtront à Cartagène ; quand aux trois derniers, ceux-ci naîtront à Palerme, en Italie.

André Narcisse décède à Cartagène, le 12 juillet 1886, âgé de 47 ans. Quand à son épouse, elle décède, au même lieu, le 29 février 1906, âgée de 86 ans.

F.Renout
(Administrateur cgpcsm)

Sources :
Laurent Gloasguen (notice 2014)
Recherches généalogiques personnelles (archives de Seine Maritime)

Les familles JOUENNE et SAMSON, bourreaux de père en fils

« La mort n'a pas d'amis » rappelle un vieux proverbe. Les exécuteurs sont des personnes que l'on préfère éviter. Le sang qu'ils font verser a tôt fait de souiller leur nom et leur réputation. Marginalisés, ils logent aux portes des villes ; souvent dans des masures humides ; partageant leurs quartiers avec des prostituées et des lépreux. Leur maison se distinguait par une porte rouge. Ils portaient un signe distinctif, aussi de cette couleur. Leurs vêtements étaient de couleur rouge comme le sang qu'ils faisaient couler. Leurs enfants n'avaient pas le droit d'être scolarisés.Tout contact avec eux est synonyme de mauvaise fortune. Même les marchands rechignaient à leur vendre de la marchandise. Un jour d'exécution, un boulanger ayant réservé une baguette pour le bourreau, la retourna. Cette tradition a muté par la suite en superstition, car présenter le pain à l'envers sur une table, attire le diable.

https://perso.helmo.be/jamin/euxaussi/justice/bourreau.html

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En arpentant les allées du cimetière de montmartre, il est possible de découvrir, l'un des plus anciens caveaux de la capitale : celui des Samson. Pendant six générations, cette dynastie de bourreaux, a eu à sa charge l'exécution des jugements criminels, ordonnés par les arrêts de justice de la ville de Paris, nommés « les hautes oeuvres » . Tortures, expositions au pilori, mises à mort, bannissements et châtiments corporels sont les lourdes responsabilités qui ont pesés sur cette lignée venue de Normandie.

L'origine du bourreau se perd dans la nuit des temps. Il faut se plonger dans l'histoire du moyen-âge, ses coutumes et ses pratiques, pour comprendre pourquoi de telles dynasties ont pu exister. C'est à partir du XIII ème siècle que l'on retrouve les premières traces officielles de la profession « d'exécuteur des hautes oeuvres ». Chaque grand bailliage en possédait un. Il accomplissait ainsi les hautes œuvres du seigneur local.

C'était d'ailleurs un métier qui demandait un certain apprentissage, car il fallait, suivant le texte d'une ancienne ordonnance que le bourreau sceut faire son office par le feu, l'espée, le fouet, l'écartelage, la roue, la fourche, le gibet, pour traîner, poindre ou piquer, couper oreilles, démembrer, flageller ou fustiger, par le pillory ou eschafaud, par le carcan et par telles autres peines semblables, selon la coutume, mœurs ou usages du pays, lesquels la loy ordonne pour la crainte des malfaiteurs.

Rapidement les bourreaux ont été obligés de se marier entre-eux et leurs enfants forcés de reprendre le flambeau de leurs parents. L'église consentait au mariage consanguin dans ces familles. D'où l'apparition au fil des siècles des familles Jouenne à Rouen, Larousse à Bourges, Roch à Nancy, Zelle à Soissons et Samson à Paris.

L'extraordinaire série de mariages consanguins entre les Jouenne, les Demorests, Les ferey rend quasi indémêlable leur arbre généalogique.

https://youtu.be/px3AtoV4-ac

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La dynastie des bourreaux Jouenne :

C'est une des plus anciennes dynasties de bourreaux. On cite, en 1202, un Nicolas Jouhanne, dit « la justice », comme bourreau dans le Pays de Caux.

En 1380, un Jouhanne Justice est bourreau à Caudebec en Caux. Concernant sa postérité, trois fils seront pendus en place publique. Plusieurs membres et descendants de cette famille seront bourreaux en différentes villes de France.

Qu'ont en commun ces « célébrités » que furent Cartouche, Louis XVI, Marie-Antoinette, Robespierre, Danton, Lavoisier ou Charlotte Corday ? D'être passées de vie à trépas en bénéficiant du savoir-faire de la famille Sanson ! Une « compétence » assez terrible que ces Normands se transmirent de père en fils, de la fin du XVIIe au milieu du XIXe siècle, aussi naturellement que l'auraient fait des charpentiers, des boulangers ou des fleuristes…

Charles Louis Samson :

Né à la fin du règne de Louis XIII, en 1635, en Normandie, Charles Louis Samson dit de Longval est marin et parcoure le monde jusqu'au Canada, après avoir connu un dramatique chagrin d'amour. Sa famille est installée à Abbeville depuis le XV ème siècle. De retour en France, d'autres aventures l'attendent !

En 1661, Lieutenant à Dieppe, il devient le premier Samson à devenir exécuteur malgré lui ! Charles Louis eût la mauvaise idée de prendre pour maîtresse une jeune femme prénommée Marguerite, dont il ne connaissais pas la famille. Le hasard fit qu'à la suite d'un grave accident de cheval, il avait été transporté par un inconnu dans une maison voisine. Il fut soigné par la fille de son sauveur, la ravissante Marguerite. Il tomba amoureux de sa jolie infirmière qui devint sa maîtresse. Guéri, il avait continué à la voir, à l'insu de son père, souvent absent de la maison. Celui-ci refusait de donner son nom et de dire qu'elles étaient ses occupations. Or, un jour qu'il traversait la place du puits salé, il vit le père de Marguerite attaché des bandits au pilori. Il apprit qu'il se nommait Pierre Jouenne et qu'il était bourreau. Il fut frappé d'horreur et essaya de rompre sa liaison avec Marguerite. Mais amoureux, il continua à la revoir et fut obligé de quitter la lieutenance, à cause de sa fréquentation !Un soir, il proposa à Marguerite de fuir avec lui ; mais le père venait d'apprendre leur liaison. Surpris par celui-ci, le malheureux dut l'épouser la même année. A cette époque, on ne badinait pas avec la virginité d'une fille. Pierre Jouenne était donc exécuteur des hautes œuvres de Rouen et du vicomté de Dieppe. Charles Louis Samson dut prendre le rôle conféré aux hommes de la famille, celui d'exécuteur. Il devient aide bourreau de son beau-père en 1663. Ainsi l'amour conduit à la mort.

Le procès verbal d'une exécution à Rouen, mentionne que, ayant à rompre un condamné sous les ordres de son beau-père Pierre Jouenne, en lui donnant un coup de barre, le dit gendre tomba en pâmoisson et fut couvert de huées par la foule.

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Marguerite donnera naissance à un fils Charles. Elle meurt en couches en 1681. Fin 1685, veuf, Charles quitte Rouen pour Paris.

En 1687, Charles connaîtra finalement une belle carrière dans la capitale. Il remplace Nicolas Levasseur, bourreau de Paris qui vient d'être destitué. Ce dernier est un cousin par alliance de la famille Jouenne. Il lui faudra moins d'un an pour obtenir le poste de grand bourreau de la capitale. Le 24 septembre 1688, Charles Samson prend la succession de son beau-père et sera le premier représentant de la dynastie des bourreaux Samson ; fonction qu'il pratiqué sans entrain. En 1699, il démissionne et se marie, à Paris, avec Jeanne Renée Dubut, la sœur du bourreau de Melun. En 1703, le couple se retire à Condé en Brie, où Charles Décède en 1707.

Il fut inhumé dans l'église de la commune qu'il habitait depuis quatre ans comme le prouve l'acte de décès.

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Son fils Charles, son petit fils Charles Jean Baptiste, son arrière petit fils Charles Henri, le plus connu d'entre-eux malgré son aversion pour la profession familiale, prendront le relai au pied de l'échafaud.

Charles Samson :

Fils de Charles et de marguerite Jouenne, né en 1681, il assiste son père en tant qu'aide bourreau en 1696. Il n'a alors que 16 ans ! Le 19 juin 1699, il procède à sa première décapitation sur la personne d'Angélique Nicolle Carlier. Il n'accède à la fonction qu'à sa majorité en 1701. Il devient bourreau officiel de Paris, en 1707, après le décès de son père. La même année, il épouse à Paris la sœur de sa belle mère : Anne Marthe Dubut.

En 1720, il est chargé de rouer à vif le comte de Horn, cousin du duc d'Orléans, pour cause d'assassinat.L'année suivante en 1721, il exécute Cartouche le célèbre bandit. Il décède à Paris en 1726 et est inhumé sous le banc d'oeuvre de l'église Saint Laurent de Paris. Il eut trois enfants Anne René (bourreau de Soissons), Nicolas Charles (bourreau de Reims) et Charles Jean Baptiste, âgé de 7 ans, qui lui succédera à Paris.

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Sa veuve se marie en secondes noces avec François Prudhomme, bourreau spécialiste de la torture, qui devient « régent » de son fils, en attendant que celui-ci ait 20 ans, pour pouvoir devenir bourreau à son tour.

Charles Jean Baptiste Samson :

Il Nait vers 1719. C'est à l'âge de sept ans, que Charles Jean Baptiste assiste à toutes les formes de tortures et procède à sa première exécution à l'âge de 18 ans. En 1739, âgé de 20 ans, il se voit restituer la charge officielle de bourreau en tant qu'exécuteur de la ville, par le second époux de sa mère : François Prudhomme.

En 1737, Charles Jean Baptiste se marie à Paris avec Madeleine Tronson. Plus tard, en 1741, il épouse en secondes noces, Jeanne Gabrielle Berger, fille du bourreau de Sens et petite fille du bourreau d'Etampes.

En 1754, frappé par une attaque le laissant à demi paralysé, il doit passer le fmanbeau à son fils Charles Henri qui n'a alors que quinze ans. Il s'installe ensuite à Brie comte robert. Bien qu'invalide, il n'obtient pas du parlement son remplacement officiel par son fils. Veuf en 1767, il revient habîter Paris et y meurt en 1778, peu après avoir démissionner en bonne et due forme en faveur de son fils, Charles Henri, issu de son premier mariage.

Entre ses deux mariages, Jean Baptiste eut une douzaine d'enfants. Quatre furent bourreaux et deux filles épousèrent des bourreaux.

Charles Henri dit le « Grand Samson » :

Il nait le 15 février 1739 du premier mariage de son père. Il a été élevé dans l'école du couvent à Rouen jusqu'en 1753. Il dut quitter l'école quand le père d'un autre élève reconnu son père comme le bourreau. Il n'a que quinze ans quand il succède à son père.

En 1766, à Paris, il épouse Marie Anne Jugier, laquelle lui donnera deux fils : Henri né en 1767, qui succédera à son père en 1795 et Gabriel né en 1769, aide bourreau en 1790, qui mourra accidentellement en 1792, en tombant de l'échafaud, alors qu'il voulait exiber la tête d'un supplicié à la foule.

En 1766, il rate la décapitation de Thomas Lally Tolendal du premier coup. Son père se devant d'assister à chaque exécution, en tant que chef bourreau, finit de trancher le cou du condamné.

En 1778, il devient officiellement bourreau de la ville de Paris et bourreau de la cour du Roi à Versailles ; charge alors exécuté par son oncle Nicolas Charles Gabriel Samson.

Malgré sa fonction, c'était quelqu'un de très humain qui se rendait auprès de son futur « patient » avant de l'exécuter. Avec lui, les exécutions ne se terminaient pas en boucherie. C'est par ses égards qu'il gagna sa réputation d'humanité et de décence.

Au printemps de 1789, aux prémices de la révolution, Charles Henri Samson tient le poste de maître exécuteur depuis déjà 30 ans. Il jouera un rôle essentiel dans la création d'une machine qui symbolisera la mise à mort légale en France : la guillotine. Le 25 septembre 1791, l'assemblée signe un décret imposant que « tout condamné aura la tête tranchée ». Jusqu'à cette date, les condamnations capitales prenaient différentes formes selon la nature du crime et le statut du condamné. A cette époque, toute décapitation de noble était faite au sabre ; un privilège qui leur était réservé.

Charles fit part de son dépit à l'assemblée générale envers cette décision. En effet, celui-ci considérait que les décapitions au sabre était une source de fatigue et de risque d'échecs. Les exécutions allaient bon train en cette période révolutionnaire !Il fallait une machine apte à suivre le rythme effréné des condamnations. Cette machine proposée par le célèbre médecin et homme politique Guillotin vit donc le jour. Elle fut réalisé par le mécanicien Schmidt et le charpentier Guidon. Et c'est le 25 avril 1792, que la guillotine sera manoeuvrée pour la première fois par Charles Henri Samson. En moins de trois ans, plus de 2700 têtes vont tomber ; dont certaines très célèbres. Charles fut réticent à exécuter Louis XVI, mais refuser cette obligation aurait déshonorer son nom et aurait été un danger pour lui même et sa famille.

En mai 1795, las de ce métier, Charles Henri offrit à son fils Henri la succession. Officiellement, il restait bourreau mais n'exercera plus juqu'à sa mort.

Charles Henri dit le « Grand Samson » meurt le 4 juillet 1806 et donnera au patronyme son billet pour la postérité.

Henri Samson :

Henri Samson nait en 1767. En 1795, las de ce métier qu'il n'avait pas choisi, Charles Henri laisse son poste à son fils Henri. Celui-ci est sergent, puis capitaine de la garde nationale de Paris. Devenu bourreau à son tour, Le 7 mai de cette année là, Henri coupe la tête de celui qui restera l'une des personnalités les plus virulentes de la terreur, Antoine Fouquier Trinville.

Il décède le 20 août 1840. Il eut quatre enfants.

Henri Clément Samson :

Il nait en 1799. En 1817, il épouse Virginie Emilie Lefebure.

Moins de cinquante ans plus tard, Henri Clément sera licencié de son poste pour dettes.Entre 1840 et 1847, il n'aura que dix huit exécutions à son actif. Il s'ennuie et fréquente assidument les casinos. En 1847, pour régler ses dettes, il met en gages la guillotine. Après cet événement, il fut démis de ses fonctions. Henri Clément sera le dernier Samson d'une dynastie de six générations de bourreaux. Henri Clément décède le 25 janvier 1889.

De ses trois enfants, dont un décède en bas âge, Marie Emilie Samson épouse en 1837, Jean Nicolas Jouenne, chirurgien, fils de Nicolas Jouenne, bourreau de Melun. Ironie du sort ! Le premier Samson prend pour épouse une fille Jouenne et la fille du dernier bourreau Samson, prend pour époux un fils Jouenne.

L'arbre généalogique de la dynastie Samson :

http://racineshistoire.free.fr/DOC/PDF/Dynasties-de-Bourreaux.pdf

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Les derniers bourreaux :

Le premier projet de loi abolissant la peine de mort fut discuté à la Chambre des députés en 1908. Aristide Bruand, alors Ministre de la justice, était partisan de l'abolition, ainsi que Jean Jaurès. Mais Maurice Barrès étant pour le maintien, la peine de mort, et son exécuteur furent maintenus. A partir du 24 juin 1939, le public n'eut plus le droit d'assister aux exécutions, puis la presse se vit interdire tout commentaire relatif aux exécutions et dut s'en tenir aux procès-verbaux (1951). La loi d'abolition de la peine de mort fut votée le 9 octobre 1981, et le dernier bourreau fut discrètement mis à la retraite.

http://pasteur.net/dossiers/carnifex/dictionnaire-historique-et-anecdotique-des-bourreaux/

https://www.tombes-sepultures.com/crbst_2053.html

F.Renout
(Administrateur cgpcsm)

Sources :
Etienne Pattou (2017)
Marie Christine Pénin
Le fil de l'histoire
Michel et Danielle Demorest (dictionnaire historique et anecdotique des bourreaux)

Le général de Gaulle et la Normandie

Militaire, homme politique, Charles de Gaulle est l’une des personnalités les plus marquantes du XXème siècle. Dans cette histoire de France, la Normandie a tenu un rôle. Nous vous proposons de revoir ce parcours normand dans notre rubrique « au fil du temps ».