Archive dans 5 mai 2020

Déconfinement des plages dès le 11 mai: élus normands et bretons s’unissent!

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Il semble effectivement absurde d'interdire l'accès aux plages après le 11 mai sur le littoral des départements classés "vert" même si la crainte de voir des foules de promeneurs du week-end pouvait se justifier si l'on considère qu'il faut déconfiner sans augmenter, à nouveau, la circulation du virus. Il y a une semaine, les élus bretons, unanimes et président de région en tête, pétitionnaient pour demander au gouvernement la levée de l'interdiction de l'accès aux plages: en elles-mêmes, les plages ne sont pas source de danger puisque ces grands espaces naturels offrent certainement moins l'occasion d'être contaminé que dans l'espace restreint d'un supermarché ou d'un bus. Le problème n'est pas la plage mais son accès (routes et parking).

Mais comme l'obligation de ne pas s'éloigner au delà d'un rayon de 100km de son domicile va demeurer après le 11 mai, le risque d'une invasion des plages des littoraux normand et breton semble maîtrisable.

Il y a peu, Hervé Morin, le président de la région Normandie affichait sa prudence sur ce sujet contrairement aux élus bretons. Rappelons, une fois encore, que le président de région n'a aucune compétence en cette matière. C'est le préfet de région et donc le gouvernement qui sont responsables au titre de leur compétence régalienne de la sécurité publique.

Mais après avoir rencontré les élus normands du littoral du Cotentin, Hervé Morin a finalement changé d'opinion...

Voir les liens ci-dessous:

https://www.ouest-france.fr/sante/virus/coronavirus/confinement/deconfinement-des-plages-herve-morin-plaide-l-union-des-maires-normands-et-bretons-6825518

https://actu.fr/normandie/ouistreham_14488/deconfinement-reouverture-plages-11-mai-region-normandie-lance-une-petition_33431897.html

POUR SIGNER LA PETITION proposée par le conseil régional de Normandie:

https://www.normandie.fr/signez-pour-liberer-nos-plages


 Commentaire de Florestan:

Seuls les imbéciles ne changent pas d'avis!

Le gouvernement vient de lâcher du lest en ce qui concerne une autre liberté fondamentale mise à mal pendant le confinement, à savoir, la liberté de culte avec la possibilité que les églises soient déconfinées le 29 mai prochain, veille du dimanche de la Pentecôte, "une étape importante dans le calendrier rituel" comme l'a dit Edouard Philippe lui-même devant les sénateurs pour éviter de prononcer le mot de "Pentecôte"...

L'accès aux plages fait partie d'une autre liberté fondamentale qui a été suspendue: celle d'aller et venir où l'on veut non pas seulement pour s'alimenter ou pour consommer dans un supermarché de la grande distribution qui a bien profité de l'aubaine du confinement.

S'aérer le corps et l'âme sur une plage et/ou dans une église: nous plaidons ici pour le retour le plus rapide possible de cette liberté fondamentale.

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Rouen : « Fumées noires et gilets jaunes ». Sortie du numéro 13 de la revue Z

La revue Z était venue enquêter à Rouen peu de temps après le désastre Lubrizol, une castastrophe industrielle, doublée sans surprise d’une gestion politique basée sur le mensonge et d’une incapacité collective à arracher ce qui aurait été nécessaire dans l’urgence. C’est sous le coup d’une nouvelle catastrophe, une pandémie cette fois, que l’édition consacrée …

Fin de la Maison de la Grève

La maison de la grève fermera ses portes cet été, le groupe qui gère le lieu depuis 2012 s'en explique dans un communiqué :
Nous mettons fin à la Maison de la grève

(Un texte à lire sur le site Expansive.info)

Après huit années d'existence nous mettrons fin, cet été, à l'expérience de la Maison de la Grève. L'intention de ce texte est d'en expliciter les raisons. Elles sont multiples et il nous a été impossible d'être exhaustif. Pour autant, nous avons essayé d'être le plus clair et surtout le plus honnête possible. Dans ce but, nous revenons sur nos hypothèses politiques et sur les mouvements que nous avons parcourus. Nous espérons que ces lignes donneront quelques éléments de compréhension à tous ceux qui ont un attachement pour ce lieu et qu'elles alimenteront les réflexions à propos d'autres dynamiques politiques.

Nos hypothèses

Au cours de ces années, nous avons eu un seul objectif stratégique : faire de la question « comment vivre ? » le cœur de l'exigence politique. Cette affirmation en sous-tend deux autres qui relèvent, pour la première, de la compréhension des structures de pouvoir qui nous font face et, pour la seconde, d'un pari sur les possibilités de victoires du camp révolutionnaire :
1. La mutation la plus importante opérée par le capitalisme ces quarante dernières années réside dans la valorisation de parcelles toujours plus grandes et intimes de nos existences. Il suffit de penser à l'algorithme de Facebook pour saisir l'impact de ce processus.
2. Contrairement à ce qu'ont déclaré la plupart des révolutionnaires du XXe siècle, nous ne devons pas mettre au centre de nos préoccupations le contrôle de la production par les travailleurs, mais l'invention de nouvelles façons de vivre nous libérant de l'emprise de l'économie. Cela implique qu'à l'adage communiste « de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins », nous ajoutons cet amendement : reconnaissons que la grande majorité de nos besoins sont ceux fabriqués par le monde capitaliste et créons-en d'autres qui nous permettent de mieux vivre ensemble. L'urgence qu'a prise la question écologique ces dernières années, et la façon impérieuse dont elle interroge nos conditions d'existence, ne fait que confirmer cette hypothèse.

La Maison de la Grève a été une tentative pour répondre à ces questions. C'est le sens de la contradiction interne à son nom : Maison + Grève. Cela pourrait ressembler à une mauvaise équation. Certains ont pu dire : « On ne fait pas grève en rentrant dans sa maison, mais en occupant son lieu de travail ». Si nous avons trouvé cette opération fertile, c'est que nous faisons partie de cette génération pour qui le travail n'est plus un référent plein. Comme réalité sociale, il est morcelé, fait d'intérim, de RSA, de CDD, de chômage. Comme réalité symbolique, il ne fait plus sens, tant la quasi-totalité de ce que nous produisons est néfaste. Reste la réalité économique, qui ne s'arrête plus aux portes de l'entreprise. Face à cela, notre façon de faire grève a donc été de créer une maison commune, et de la mettre en tension avec la vie publique et les questions politiques qui nous paraissaient importantes. Créer une maison commune, c'est se regrouper et se doter d'outils pour, collectivement, moins dépendre des obligations économiques, c'est faire exister un lieu au seuil duquel la création de valeur et la circulation des marchandises s'arrêtent autant que possible. La mettre en tension avec les questions politiques, c'est participer ou se faire l'écho des conflits en cours.

La reprise (sans liens avec nous), du nom Maison de la Grève dans le dernier mouvement tout comme les nombreuses Maisons du Peuple ouvertes lors du soulèvement des Gilets jaunes, nous renforce dans l'idée qu'adosser des lieux à des révoltes est opérant. Mais, malgré le fait que nous jugeons cette perspective stratégique toujours valide, nous décidons d'arrêter cette aventure.

Raisons matérielles et énergies collectives

La première raison est d'ordre matériel. Les mutations que nous avons imaginées pour le lieu nécessitaient des travaux importants, certains presque structurels : rendre les outils plus accessibles — cuisine, reprographie, salles de réunions ; construire un espace bar à l'avant ; isoler pour organiser plus de concerts, etc. Nous avons envisagé très sérieusement l'option de l'achat, mais dans un dernier revirement de nos propriétaires, cela s'est révélé irréalisable. L'impossibilité d'acheter ou même de faire évoluer les conditions de notre bail est devenue un élément bloquant nos capacités à nous projeter à long terme dans ces locaux.

La seconde raison tient à la baisse de nos propres énergies. Cela était inévitable à partir du moment où nous fonctionnions avec un double refus. D'abord le refus de faire grossir notre collectif. Nous n'avons jamais cherché à « recruter » ou à nous agrandir, car nous avons mis au centre la dimension de l'amitié. C'est grâce à un groupe soudé partageant des affinités politiques fortes que la Maison de la Grève a tenu pendant huit ans. Parmi les personnes qui se sentent engagées dans la Maison de la Grève, beaucoup sont là depuis le début, et peu ont quitté l'aventure depuis la stabilisation du groupe courant 2012. Les personnes nouvelles se sont jointes à la suite de rencontres, et non suite à une recherche active de nouveaux adhérents. Cette manière de se lier nous a permis de tenir et de durer ; c'est le socle de confiance sur lequel nous pouvons exprimer de façon très franche nos désaccords ; c'est enfin ce qui nous permet aujourd'hui de clore ensemble cette aventure. Le deuxième refus est celui de faire épouser à nos activités le cadre et les contraintes des formes économiques viables et stabilisées. Ne serait-ce que pour nous permettre de payer les loyers et les frais engagés, ce que nous avons toujours exclu. Nous avons malgré tout, et avec pas mal de réticences (car cela implique une aisance dans la communication que nous n'avons pas) fait en sorte d'obtenir quelques dons mensuels. Mais trop peu pour faire tourner le lieu plus que cahin-caha. À contrario, nous avons développé des façons de fonctionner faites de mises en commun et de contournements des circuits officiels. Ces techniques ont fait leurs preuves. D'aucuns se rappellent même les moments de luxe qu'elles nous ont permis de déployer lors de séminaires, de repas ou de fêtes. Une des limites est que le cadre de la Maison de la Grève, en tant que lieu ouvert sur la ville, exige un apport constant d'énergie et une disponibilité qui est difficilement compatible avec d'autres engagements conséquents en parallèle. Et depuis quelques années, beaucoup d'entre nous ont choisi de s'investir dans d'autres projets prenant à bras le corps (entre autres choses) la question de la pérennité de ce que nous construisons et la possibilité de continuer à grandir et vieillir ensemble.

Raisons politiques

Enfin, il y a les raisons politiques. Schématiquement, nous pouvons dire qu'à un niveau plus général, depuis dix ans, nous avons traversé deux phases.

La première commence un peu avant 2012 et va des tentatives d'expulsions de la Zad à la mort de Rémi Fraisse. Si la Maison de la Grève est née lors du mouvement social contre la réforme des retraites de 2010, les années qui ont suivi le cœur du conflit politique s'est mené dans les champs et les montagnes. Le fer de lance de cette session a été la lutte contre l'aéroport à Notre-Dame des Landes. Mais nous nous sommes également battus contre l'industrie du nucléaire en Normandie (et à Bure), contre la ligne de train à haute vitesse dans le Val de Suse (et dans les Alpes françaises) et de nombreuses autres luttes dites territoriales ont été menées. Ces luttes ont opéré un dépassement par rapport à la dynamique classique des mouvements sociaux. Elles ont posé la question des conditions d'existence et plus seulement des conditions de travail ; du refus et de la réappropriation plutôt que des revendications ; ainsi que la nécessité d'assumer une forme de violence politique. Il faut se rappeler que l'un des principaux apprentissages des grèves de 2010 est qu'être incroyablement nombreux à marcher pacifiquement derrière les banderoles syndicales est d'une efficacité quasi nulle.

Au cours de cette séquence, la Maison de la Grève a été une proposition en phase avec les conflits en cours. Les questions de l'époque portaient sur le bon accord entre habiter et lutter. Ce qui résonnait avec les positions politiques que nous avons portées : d'un côté, un geste d'arrêt, de blocage de l'économie ; de l'autre un pas de côté pour cesser de revendiquer une intervention de l'État et commencer par faire par nous-mêmes. Pour le raconter plus factuellement, on peut dire que nous avons développé une continuité avec toutes ces luttes. Une continuité qui est passée tant par la mise en place de solidarités matérielles — les cultures collectives à la Zad, que nous cuisinions ensuite aux cantines — que par les gestes politiques. Par exemple, les reprises du mot d'ordre italien « Portare la valle in cita » — qui invitait à porter la conflictualité du Val de Suse en ville — ont été multiples. On les repère tant dans les actions menées avec le comité Zad de Rennes, que dans la circulation avec les camarades italiens : allers-retours au Val de Suse, présentation publique à Rennes, où même Maison de la Grève de Milan. Circulation qui fut alors prise très au sérieux par les autorités, puisque plusieurs personnes identifiées comme proches de la Maison de la Grève (rennaise) furent arrêtées un peu avant le 1er mai 2015 à Milan (où se tenait une manifestation internationale contre l'Exposition universelle) et que ces arrestations ont été l'un des principaux faits justifiant leur assignation à résidence au tout début de l'état d'urgence, en novembre de la même année.

En 2016, le mouvement contre la loi Travail a marqué le début d'une nouvelle séquence. Les conflits politiques ne sont plus sporadiques. Ils sont devenus presque permanents : parfois d'une intensité inconnue, comme celui des Gilets jaunes et parfois plus rampants. Quoi qu'il en soit, nous avons pris l'habitude de descendre dans la rue quasiment toutes les semaines. Avec cette accélération du rythme des luttes, on remarque plusieurs traits marquants de cette séquence. D'abord, la généralisation des pratiques d'autodéfense — et des pratiques offensives — face aux forces de l'ordre. Ensuite l'enfermement paradoxal (dans une époque qui multiplie les raisons du mécontentement) des groupes politiques non institutionnels dans des logiques identitaires et autoréférentielles. Ou encore l'expression politique de pans entiers de la société qu'on n'entendait pas (ou qu'on ne voulait pas entendre) auparavant. Les Gilets jaunes y sont pour beaucoup, mais on peut noter aussi les jeunes déçus des marches climat, le retour en force des luttes féministes ou des quartiers populaires avec les luttes contre les violences policières.

Concernant le rôle de la Maison de la Grève dans cette séquence, plusieurs observations sont possibles. La première, ayons l'honnêteté de le dire, est qu'elle a eu plus de mal à entrer en écho avec les luttes en cours que lors de la période précédente. Un hiatus s'est créé entre la Maison de la Grève comme lieu d'autonomie et comme lieu de lutte. Ce hiatus se repère d'abord aux choix différents de ses membres lors du mouvement contre la loi Travail. Certains ont choisi de s'y jeter entièrement afin se tenir au plus près des inventions politiques de ce mouvement et notamment du cortège de tête. D'autres ont préféré continuer à faire exister les habitudes propres à la Maison de la Grève, comme les cantines, servant de point de repère et de rencontres à de nombreuses personnes. Ces deux dynamiques ne se sont rejointes qu'au mois de mai, lors de l'occupation de la Maison du Peuple.

Une autre raison du hiatus évoqué plus haut est l'accentuation radicale des politiques répressives que nous connaissons depuis l'état d'urgence de 2015 et le passage de la quasi-totalité de ses mesures dans le droit commun. Pour un lieu fixe et identifié, qui affirme — et met en place — publiquement une nécessaire rupture avec les formes politiques dominantes, cela a contraint à trouver un positionnement se situant moins au cœur du conflit et moins sous les projecteurs de la police. D'autant que depuis 2016, comme beaucoup, nous avons vu les procès devenir plus réguliers et nous avons appris à faire de la répression, non pas un en-dehors de la lutte, mais une de ses phases. Et ce, tant en participant à des dynamiques à l'échelle de la ville (comme le Comité contre la criminalisation du mouvement social), qu'en assurant les obligations matérielles des procès et condamnations (les repas de soutien sont presque devenus une marque de fabrique).

Mais soulignons également que lors de cette séquence, la Maison de la Grève a sans cesse évolué. Pour une part, elle a été réappropriée par de nombreux collectifs : réseau de ravitaillement, de soutien aux migrants, de résistance écologique, de graphistes, de crèche autogérée, etc. Ceux-ci se servent du lieu comme outil d'organisation. Principalement des salles de réunions, de la reprographie et de la cuisine collective. C'est une dynamique que nous avons, peu à peu, cherché à amplifier. Par exemple, avec la proposition faite au début des grèves de décembre dernier de mettre à disposition le lieu pour les composantes du mouvement qui en avaient besoin. D'autre part, le collectif de la Maison de la Grève lui-même a choisi (parallèlement au maintien des trois cantines par semaine, réduites à une seule cette dernière année) de mettre l'accent sur l'organisation de cycles de discussions. Ces cycles ont été créés dans une volonté d'enrichir les mouvements que nous traversons par une pensée politique non-idéologique, vivante et partagée. Ils ont été l'occasion de réflexions et de prises de recul qui nous semblaient manquer tant dans la frénésie du calendrier militant que dans l'amoncellement des posts sur les réseaux sociaux. Ils étaient aussi le prétexte à accentuer la circulation nationale et internationale entre les acteurs des luttes et ont permis de nourrir les liens de camaraderie d'une conspiration qui a pignon sur rue. Si on ne voulait citer que quelques-unes des questions traitées lors de ces cycles de discussions, on parlerait de l'état d'urgence, des printemps arabes, de la guerre en Syrie, ou plus récemment des soulèvements soudanais et libanais, du féminisme de la différence et de l'écologie politique. Reste que cette double direction — le lieu comme outil et comme point d'énonciation politique —, aussi fertile soit-elle, relève souvent du grand écart. Cela a peu à peu mis en crise le mode d'organisation actuel, reposant sur un groupe central avec ces affirmations politiques propres et d'autres collectifs ne sachant pas toujours comment s'emparer du lieu.

Ces raisons cumulées — raisons matérielles, d'investissement ou d'énergie collective, et raisons politiques — nous poussent à mettre fin à l'expérience qu'a été la Maison de la Grève. Et, même si chaque chose qui se finit comporte son lot de tristesses, nous pouvons dire que nous sommes fiers de l'expérience que nous avons menée et de savoir y mettre fin collectivement.

Et ensuite ?

Concernant les locaux qui ont hébergé pendant huit ans la Maison de la Grève, nous avons proposé aux collectifs qui en ont eu un usage ces dernières années de reprendre collectivement le lieu. Ce processus est aujourd'hui enclenché et reste rejoignable. Ce sera une nouvelle expérience : avec un autre mode d'organisation — plus ouvert, et plus inter-collectifs —, avec d'autres perspectives politiques et un autre nom.

En ce qui concerne le collectif de la Maison de la Grève, il est trop tôt pour dire comment il va muter et à quels nouveaux projets il va donner vie. Nous tenons juste à préciser que les choix éthiques et politiques auxquels nous avons tenu en faisant vivre le lieu nous engagent toujours, au-delà de sa disparition.

À Rennes, le 16 avril 2020,

La Maison de la Grève.

P.S : Lire le texte en pdf.

SPORT APRES LE 11 MAI

ce qu’on pourra faire ou ne pas faire à partir du 11 mai

Du tennis, mais pas en double, du vélo, mais pas en peloton… La pratique du sport individuel sera elle aussi « déconfinée » mais encore fortement encadrée, selon le ministère des Sports.

« Faites du sport, c’est bon pour la santé »… mais à 10 m les uns des autres. L’une des bonnes nouvelles du possible déconfinement le 11 mai prochain, c’est que la pratique du sport sera libérée d’une partie des contraintes actuelles, indique le ministère des Sports  jeudi 30 avril dans un communiqué : « Il sera possible de pratiquer une activité sportive individuelle en plein air en respectant les règles de distanciation physique, dans les espaces ouverts autorisés, et en fonction de la situation sanitaire de chaque territoire (zone rouge ou verte) ».

Pour le sport individuel, un premier cahier des charges est fourni par le ministère. Un « guide » de pratiques qui suit les recommandations du Haut Conseil de Santé Publique.

Sans surprise, « une distanciation physique spécifique entre les pratiquants est une condition indispensable à la pratique de l’activité physique ». Ça veut dire quoi ? Que le petit match de foot sur un « city stade » ou le un-contre-un sur son playground de basket local ne sont donc pas envisageables de sitôt.

10 m entre deux cyclistes ou deux joggeurs

Voici précisément dans quelles conditions on pourra faire du sport à partir du 11 mai :

  • En extérieur
  • Sans limitation de durée de pratique
  • Sans attestation
  • Dans une limite de distance du domicile inférieure à 100 km
  • En limitant les rassemblements à 10 personnes maximum
  • Et sans bénéficier des vestiaires qui peuvent être mis à disposition pour les activités de plein air.

Le ministère précise la distance à respecter pour certaines « disciplines » :

  • Une distance de 10 m minimum entre deux personnes pour les activités du vélo et du jogging.
  • Une distance physique suffisante pour les activités en plein air type tennis, yoga, fitness par exemple. Pour la pratique du yoga, ou activité physique individuelle sans déplacement, il faut a minima 4 m2 par personne.

Des spécifications complémentaires en fonction des activités seront fournies prochainement par le ministère des sports, où l’on assure avoir pour seule boussole « la santé des pratiquants et des athlètes ».

Les sports-co, c’est toujours non

Tout ce qui ne permet pas cette distanciation reste interdit. C’est le cas des sports collectifs, et des sports de combat. Collectif est ici entendu au sens large : le tennis en double, qui ne permet pas le respect des distances, est interdit.

Le ministère des sports proposera une liste exhaustive des disciplines et sports concernés par cette interdiction dans un autre guide pratique en cours d’élaboration. Un nouveau point d’étape sera fait d’ici au 2 juin pour évaluer les modalités de reprise des pratiques sportives en salles et des disciplines qui nécessitent un contact. « En fonction de comment évolue la situation sanitaire on envisagera une évolution de la doctrine » ajoute-t-on au ministère.

Source article : Le Parisien.

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Radio renversée n°2 : analyse et critique du travail gratuit

On se penche aujourd'hui sur ce qui apparaît comme un pilier de l'état d'urgence sanitaire (et qui était d'ailleurs déjà là avant, de façon vaguement plus discrète) : le travail gratuit. Celui des couturières fabriquant masques ou surblouses pour les hôpitaux ou les municipalités sans aucune rémunération, celui des infirmières stagiaires payées 1 € de l'heure, mais aussi celui, hors institutions et dans une toute autre logique, des brigades populaires assurant la préparation et la distribution de milliers de repas. Une partie non négligeable des actions vitales menées dans le cadre de la pandémie ne sont pas - ou peu - payées. D'où vient le travail gratuit ? Dans quelle lignée s'inscrivent l'État et le privé quand ils appellent massivement à notre générosité aujourd'hui ? Quelles clés nous donnent les analyses féministes sur la question ? Quelles pistes ouvrent les initiatives d'auto-organisation ? Une chose est sûre : il faudra se battre pour instituer une société fondée sur le soin.
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Télécharger l'émission entière (clic droit, enregistrer sous, licence CC by-nc) : mp3

L'écouter séquence par séquence (le déroulé précis est en dessous du lecteur) :

Lien de téléchargement des séquences sur l'Internet Archive : https://archive.org/details/radiorenversee02

  1. Extrait de « Démolition en cours » de Yeter Akyaz (la Castellane, Marseille, 2010) + diffusion de la prise de parole d'une soignante : « Ses 500 balles, il peut se les mettre au cul, Monsieur Macron ! » (davduf1).
  2. Chronique autour des couturières : évocation des articles « Lutte contre le coronavirus : si les femmes s'arrêtent, les masques tombent » de Manon Legrand (magazine Axelle), « Masques en tissu : des costumières s'organisent pour sortir du travail gratuit » d'Aurélien Berthier (Agir par la culture), du billet de Valentine Daquai et de la pétition Masques, blouses, hold up sur le métier de couturier·e (entetien avec ce collectif Bas les masques !). Suivi de « Chanson sans peur » de Vivir Quintana accompagnée par El Palomar.
  3. Entretien avec Maud Simonet sur le travail gratuit, partie 1. Maud Simonet est chercheuse au CNRS et autrice de Travail gratuit : la nouvelle exploitation ? (Textuel, 2018). C'est un entretien de Julia Burtin Zortea et Lucie Gerber avec elle dans Panthère Première qui nous a données envie de discuter : «  Le travail domestique est la matrice pour penser le travail gratuit  ». On évoque notamment l'article « Faites le care, pas la guerre » de Nicolas Haeringer (Mouvements) et les Sons fédérés. Suivi de « Vert Western » d'Émilie Mousset.
  4. Entretien avec Maud Simonet, partie 2. Évocation de Caliban et la sorcière de Silvia Federici (Entremonde, 2017). Suivi d'un morceau d'André Robillard issu de la compilation Raw Music - Rythmé Brut (InPolySons, 1998).
  5. Entretien avec Maud Simonet, partie 3. Évocation d'articles de Maud Simonet sur le déni de travail, consultables sur la page de son laboratoire, IDHES-Nanterre.
  6. « Restez en attente » par Caracole + Extrait de l'émission Pandémos n°2 + « Contact bateau battement » de Jérôme Noetinger.


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Diffusion : mardi 5 mai 2020 de 14h à 16h sur ∏node (DAB+ canal 11 à Mulhouse et canal 9 à Paris).

Journée nationale du 8 mai – Commémoration de la victoire de 1945

Suites aux recommandations gouvernementales et avec l'accord du président des anciens combattants, la cérémonie du 08 mai sera effectuée dans la plus stricte intimité.

Cette cérémonie ne sera pas ouverte au public malheureusement.

En effet seulement Madame CANU et Monsieur MAUGER effectueront un dépôt de gerbe au monument aux morts à 11H00.

Si vous voulez vous associer à cette commémoration de la victoire de 1945, vous pouvez effectuer chez vous, une minute de silence, à 11H00.

Nucléaire : Trafic de déchets radioactifs entre l’Allemagne et la Russie pendant le confinement

Profitant du confinement (et de celui des militants), l’Allemagne envoie ses déchets radioactifs en Russie !   Le géant du nucléaire Urenco profite de la crise pour envoyer des déchets (uranium appauvri) en Russie. En Rhénanie-du-Nord-Westphalie, 13 wagons de déchets sont partis ce lundi 4 mai de l’usine d’enrichissement de l’uranium de Gronau. Le cargo …

Revue de presse normande au 5 mai 2020: l’impatience contre les rigueurs jacobines du confinement s’accroît…

Le confinement a été accepté et massivement pratiqué par la société civile française, notamment en Normandie, pour des raisons sanitaires évidentes: le civisme des Français et des Normands n'a été pris en défaut que de façon très marginale.

En revanche, à la veille de la date officiellement retenue par le président de la République pour procéder au début du commencement d'un déconfinement qui s'annonce progressif, l'impatience, voire la mauvaise humeur, pour ne pas dire la colère, s'accroissent non pas contre le confinement mais contre la double peine jacobine d'un état central aussi vétilleux qu'incompétent qui a pesé sur le confinement et qui, maintenant, entend peser sur le processus de déconfinement avec son lot d'arbitraire, de situations concrètes ubuesques, de complexités inutiles, de paperasses et d'urgences qu'il faut palier dans l'improvision des initiatives locales car l'Etat fait défaut: on ne reviendra pas sur la palinodie des masques...

Dans ce contexte de tensions qui montent à quelques jours d'un déconfinement qu'il faut préparer à marche forcée à la discrétion d'un jacobinisme d'Etat qui ne fait que ce qu'il sait faire, à savoir, infantiliser (dans le meilleur des cas) ou violenter (dans le pire des cas) une société civile française qui revendique, de plus en plus, d'autonomie et de souveraineté dans les actions et les initiatives (avec pour conséquence, une défiance générale en France entre gouvernants et gouvernés), voici quelques éléments d'une revue de presse normande à la date du 5 mai 2020 qui illustrera parfaitement notre propos, hélas...

  • La colère des élus locaux contre la fermeture des plages sur les littoraux des départements classés "vert" gagne la Normandie après la Bretagne: exemple à Ouistreham.

https://www.ouest-france.fr/normandie/normandie-rouvrir-les-plages-la-colere-des-maires-monte-6825296

  • De même, dans le Cotentin:

https://www.ouest-france.fr/normandie/cherbourg-en-cotentin-50100/confinement-les-maires-du-cotentin-mobilise-pour-rouvrir-les-plages-6823569

 

  • Les ventes de cidre son en chute libre!

https://www.lefigaro.fr/flash-eco/coronavirus-chute-des-ventes-de-cidre-20200504

Coronavirus : les ventes de cidre en chute libre

Avec la fermeture des restaurants, l'interruption du tourisme et l'arrêt de l'export, les ventes ont chuté de 50 % depuis le début du confinement.

Par Le Figaro avec AFP

Les ventes de cidre ont chuté de 50% depuis le début du confinement, certains indépendants affichant plus de 95% de baisse, a appris l'AFP lundi auprès de producteurs. «La filière cidricole est frappée de plein fouet par la crise du Covid 19 et les effets du confinement. Les ventes de cidre sont en baisse de près de 50%», assure l'Union Nationale Interprofessionnelle Cidricole (UNICID) dans un communiqué.

Arrêt du tourisme

La boisson alcoolisée souffre de la fermeture des restaurants, de l'arrêt du tourisme et de la baisse à l'export mais ses ventes sont également en baisse dans la grande distribution, selon le communiqué. Producteur de cidre bio à la Ferme de la Sapinière à Saint-Laurent-sur-mer, près d'Omaha beach (Calvados), Michel Legallois a vu son chiffre d'affaires chuter de «plus de 95%».

«On est très impactés. Ici c'est une zone touristique. Quand le tourisme est interdit d'accès, c'est un peu le Larzac», explique à l'AFP Michel Legallois dont 60% du chiffre d'affaires dépend directement des touristes, 20% de la restauration et 5% de l'export. «On ne travaille pas avec la grande distribution. Et on est isolé, contrairement à des fermes proches des zones urbaines qui ont vu augmenter leurs ventes dans les produits de première nécessité, nous, on ne vend pas d'œufs, pas de farine», explique Michel Legallois qui doit produire environ 75.000 bouteilles de cidre en 2020.

Chômage partiel

Son souci majeur: «qu'est-ce qu'on va faire de nos pommes à l'automne. Nos stockages (de bouteilles) ne sont pas extensibles. Or, on aura au moins 2,5 mois sans vente, soit quelques milliers de bouteilles non vendues». Ironie du sort, «on a une belle floraison. 2020 se présente comme une année à pommes», ajoute le producteur normand qui vit sur la trésorerie accumulée en 2019 lors du 75e anniversaire du débarquement et grâce à un prêt Bpi. Il a dû toutefois mettre 4 de ses 5 CDI en chômage partiel.

Alors qu'à «la veille du confinement, la presse saluait encore le renouveau du Cidre», l'Unicid plaide, elle, dans son communiqué pour retirer du marché 200.000 hectolitres de cidre et 100.000 tonnes de pommes à cidre. Mais M. Legallois, lui, n'est «pas intéressé». «C'est une mesure pour les produits conventionnels à cent euros la tonne de pommes mais, en bio, on est à plus de 200 euros la tonne. Les rendements et les coûts de production ne sont pas les mêmes», ajoute le producteur en bio depuis 2020.

Unicid regroupe environ 10.000 producteurs de pommes et 500 de cidres.


 

  • L'ironie d'Hervé Morin à propos de la mascarade nationale...

https://www.ouest-france.fr/normandie/normandie-herve-morin-si-m-avait-dit-que-je-deviendrais-fournisseur-de-masques-6824773

Normandie. Hervé Morin : « Si on m’avait dit que je deviendrais fournisseur de masques… »

Le président Les Centristes de la Région Normandie poursuit sa tournée. Depuis la fin mars, il commande et distribue des masques dans toute la région. Après les soignants et les entreprises, il équipe les collectivités locales.

« Je ne savais pas qu’en étant candidat à la présidence de la Région, je deviendrais un jour fournisseur de masques… » Le verbe toujours haut, le président de la Normandie, Hervé Morin, poursuit sa tournée. Depuis la fin mars, il commande des masques par millions et court la région pour les distribuer. Les soignants ont été les premiers dotés (gratuitement), puis il y a eu les commandes passées pour permettre aux entreprises de reprendre leur activité (revente sans marge) : 1 000 entreprises du bâtiment en ont bénéficié. « Je le fais pour faire face aux carences de l’État », poursuit Hervé Morin.

Depuis lundi, ce sont les mairies et intercommunalités que la Région approvisionne. 16 000 pour Hérouville-Saint-Clair (Calvados) lundi, 67 000 pour Saint-Lô mardi… Elle va fournir à 748 collectivités qui en ont fait la demande 1,8 million de masques chirurgicaux. Le coût (50 centimes par masque) est pris en charge à hauteur de 80 % par des fonds européens, le reste est réglé par la Région. À ce jour, elle a déjà commandé 7,8 millions de masques.


 

  • Incendie symbolique au bout du monde de la Sainte-Adresse:

https://www.ouest-france.fr/normandie/le-havre-76600/pres-du-havre-la-statue-de-la-plage-du-bout-du-monde-incendiee-6825390

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  • L'inquiétude des parents d'élèves avant la réouverture des écoles à Caen:

https://www.ouest-france.fr/normandie/caen-14000/reprise-de-l-ecole-pour-tous-les-niveaux-caen-pas-au-maire-de-le-decider-estime-la-fcpe-6824728

 

  • Le rapatriement des Parisiens confinés dans leurs résidences secondaires normandes devrait débuter dès le 8 mai 2020:

https://www.lefigaro.fr/societes/plus-de-trains-sncf-pour-rapatrier-les-parisiens-des-le-8-mai-20200505

Plus de trains SNCF pour rapatrier les Parisiens dès le 8 mai

INFO LE FIGARO - La SNCF va plus que doubler le nombre de ses TGV dans le sens province-Paris et intensifier la circulation des Intercités Deauville-Paris et Granville-Paris.

Avant de relancer son activité le 11 mai, la SNCF doit penser à ramener dans la capitale les Parisiens et les habitants de la petite couronne partis se confiner en province dans leur maison secondaire ou dans leur famille. Plus d’un million de personnes, soit 17% des habitants de cette zone selon l’opérateur téléphonique Orange. Certains sont partis en voiture. Mais beaucoup ont quitté la capitale en train et n’ont pas d’autre choix que d’y revenir avec le même moyen de transport.

Le plan de rapatriement de la SNCF pour ceux qui s’étaient mis au vert en Normandie est prêt. «Samedi et dimanche, quatre trains par jour seront ajoutés sur les trajets Caen-Paris, Deauville-Paris et Granville-Paris», explique au Figaro Hervé Morin, président de la région Normandie. Cette augmentation de l’offre pourrait débuter dès vendredi, à un niveau moins élevé.

Autre particularité dûe à la situation: «ces trains ne seront accessibles que sur réservation alors que d’habitude il n’y a pas besoin de réserver sa place», précise Hervé Morin . Les réservations ouvriront ce mercredi. Pour respecter la distanciation sociale, une place sur deux seulement pourra être vendue. Et les voyageurs devront impérativement porter un masque.

Samedi et dimanche, quatre trains par jour seront ajoutés sur les trajets Caen-Paris, Deauville-Paris et Granville-Paris.

Hervé Morin, président de la région Normandie

Ces trains ne circuleront que dans le sens province-Paris. Au cas où la demande exploserait, deux trains supplémentaires, placés en réserve, sont mobilisables et pourraient être ajoutés. D’autres axes reliant la Normandie à Paris seront renforcés mais de façon moin spectaculaire car ces villes et leurs environs attirent moins les Parisiens: il y aura un Cherbourg-Paris, un Le Havre-Paris et un Dieppe -Paris supplémentaires par jour.

Selon nos informations, de façon plus large, la SNCF va plus que doubler dès le 8 mai le nombre de ses TGV dans le sens province-Paris. L’offre devrait tutoyer les 20% contre 7% actuellement. L’objectif est toujours le même: ramener chez eux les Parisiens partis se mettre au vert pendant le confinement. Là aussi, seulement une place sur deux est mise à la vente.

Le plan de rapatriement de la SNCF pour les Parisiens qui s’étaient mis au vert en Normandie est prêt. Jean-Christophe MARMARA/Le FigaroXVMa1114882-8e35-11ea-86a7-5b41462a1c8c

 


 

  • La vive inquiétude des acteurs de la culture en Normandie relayée par Catherine Morin-Desailly, sénatrice de la Seine-maritime et présidente de la commission des affaires culturelles du Sénat:

https://actu.fr/normandie/rouen_76540/interview-catherine-morin-desailly-priorite-est-dattenuer-choc-culture_33343988.html

INTERVIEW. Catherine Morin-Desailly :

« La priorité est d’atténuer le choc pour la Culture »

Présidente de la commission culture, éducation et communication au Sénat, Catherine Morin-Desailly revient sur l'impact de la crise liée au Covid-19 sur le monde culturel.

Depuis le début de la crise liée à l’épidémie de Covid-19, la sénatrice de Seine-Maritime Catherine Morin-Desailly, présidente de la commission culture, éducation et communication au Sénat et vice-présidente en charge de la culture à la Région Normandie, sent la détresse des acteurs culturels.

Alors que les festivals et spectacles sont annulés ou reportés en masse, que les salles de spectacle et cinémas sont fermés, que de nombreux métiers sont à l’arrêt et que des précaires se trouvent sans solution, le déconfinement qui se prépare n’annonce par forcément des jours meilleurs pour ce secteur.

Lire aussi : Coronavirus. En Normandie, les annulations s’enchaînent : l’appel à l’aide des artistes

« La culture génère de la richesse »

76actu : À quel point la crise liée au Covid-19 impacte-t-elle la culture ?
Catherine Morin-Desailly : Dans la culture, tous les secteurs sont touchés et de plein fouet, à l’instar du tourisme. Je me permets ce parallèle parce que nous sommes dans une grande région dans laquelle l’attrait touristique passe par le patrimoine. L’absence de tourisme et d’offre culturelle s’impactent l’un l’autre.

Il y a une dimension économique. Chaque compagnie est une petite entreprise en soi et représente de l’emploi. C’est toute une série de métiers dans le spectacle vivant : le créateur, le danseur, le musicien, l’homme de théâtre, mais aussi l’administration, les techniciens ou encore des métiers connexes comme les imprimeurs, etc.

Cela touche aussi le patrimoine avec des entreprises liées au bâtiment ou à l’artisanat par exemple ; mais également la filière du livre, l’audiovisuel et la production cinématographique, les salles de cinémas, dont beaucoup de cinémas indépendants, la communication ou encore la presse.

La culture génère de la richesse, de l’attractivité du rayonnement. En Normandie, c’est une évidence. C’est aussi de la cohésion sociale, du lien entre les générations, elle est corrélée à l’éducation pour les enfants. On voit à quel point aujourd’hui avec les films patrimoniaux, la possibilité de voir les artistes sur les réseaux sociaux, toute une série de visites culturelles… Ce confinement serait bien plus compliqué, même si rien ne vaut une émotion partagée dans une salle de spectacle ou un festival.

« Organiser des chaînes de solidarité »

Quelles sont les priorités pour limiter la casse ?
La priorité, c’est d’atténuer le choc pour la Culture, de l’amortir. Il faut penser urgence, comment répondre à des situations particulières : un festival qui ne peut pas se tenir, par exemple, avec la perte des recettes et celle des subventions. Cela peut passer par conserver les subventions même si le service n’est pas rendu.

Il faut faire en sorte de s’organiser pour que les collectivités territoriales et le ministère de la Culture puissent se coordonner afin qu’il n’y ait pas de trou dans la raquette pour les gens qui en ont besoin. Dans la loi de nouvelle organisation territoriale de la république [loi Notre, Ndlr], l’ensemble des collectivités territoriales ont décidé de garder la compétence culture. Il vaut mieux se serrer les coudes.

Le secteur a besoin de mesures exceptionnelles. On a voté au Sénat l’allègement des charges pour les secteurs du tourisme et de la culture. Il y a aussi besoin de lisibilité, de communication et l’ensemble des ministères travaillent en coopération. L’Éducation et la Culture notamment. Beaucoup d’artistes travaillaient en milieu scolaire et c’est un manque à gagner pour eux.

Du côté de la Région, on a voté un plan d’urgence de deux millions d’euros. On va l’enclencher. Il faut également penser la relance : comment ce secteur peut et va reprendre ?

Il y a aussi la question des statuts précaires…
Tous ces statuts les plus précaires qui ne sont pas couverts par les différents dispositifs constituent un vrai sujet. J’ai fait remonté à mes différents collègues ce sujet. Il est possible d’organiser des chaînes de solidarité en aidant les structures qui accompagnent des artistes, comme celles qui les prennent en résidence par exemple.

J’ai demandé à ce que le ministre réfléchisse à un statut des auteurs indépendants. Il faut aussi accélérer l’organisation de la filière des arts plastiques pour qu’elle puisse faire valoir ses problématiques et ses intérêts.

Lire aussi : Covid-19. La culture menacée : Julie, intermittente du spectacle, « le plus dur reste à venir »

« Besoin de savoir pour anticiper et s’organiser »

Le gouvernement a-t-il conscience de l’urgence pour le monde culturel ?
Je note que le mot culture était présent dans le discours du président [depuis la réalisation de cette interview, Emmanuel Macron s’est exprimé plus clairement en faveur des artistes et de la création, Ndlr.]. Je veux croire que tout ça est bien pris en compte. Maintenant, il faut pouvoir orchestrer ça avec l’action des collectivités territoriales. 

Quelles perspectives les annonces d’Édouard Philippe sur le déconfinement laissent-elles entrevoir pour le monde culturel ?
Quand il évoque la réouverture des musées, on ne sait pas où est le curseur entre petit et grand musée par exemple. Est-ce que l’on va maintenir les petits festivals ou pas ? C’est stressant pour les organisateurs qui ne savent pas. Nos programmateurs sortent leurs programmations maintenant, mais dans les conditions actuelles ça ne peut pas être fait.

Il faut qu’on puisse dire a l’avance, dès maintenant, est ce que oui ou non on va rouvrir à la rentrée ou est ce que ça ne va pas être reporté en janvier. Les acteurs sont prêts a accepter les contraintes de confinement et sanitaires, mais ont besoin de savoir pour s’organiser et anticiper.

Avez-vous eu le même sentiment de flou lors de l’audition du ministre de la Culture Franck Riester par la commission culture du Sénat ?
Il était évasif sur certains sujets. Il a confirmé, bien sûr, le fonds d’urgence. On souhaitait vérifier si on pouvait appliquer les dispositifs généraux applicables à n’importe quelle entreprise pour les établissements publics de coopération culturelle (Opéra, CDN, etc.) au même titre que les associations. Le ministre a dit qu’il avait encore des choses à préciser et beaucoup de consultations à faire.

On va essayer de le ré-auditionner dans les jours à venir. Nous sommes en contact pour tout cela, mais on aimerait bien plus d’éléments. Nous attendons par ailleurs que le Drac [Direction régionale des affaires culturelles, NDLR] nous réunisse avec les membres du conseil territorial culturel et le ministre.

« Toutes les entreprises de presse souffrent et vont souffrir »

Le monde de la presse souffre aussi. Localement, quel est votre sentiment sur la situation de Paris-Normandie ?
Je suis très triste parce que Paris-Normandie est le plus ancien quotidien en région. Cette crise est survenue à un moment où grâce a l’action de son actionnaire, Jean-Louis Louvel [Catherine Morin-Dessailly est présente sur la liste de Jean-Louis Louvel aux élections municipales, NDLR], le journal commençait à redresser la tête, quand il a été pris de plein fouet… Je leur accorde tout mon soutien, parce que ce sont des équipes aguerries et que c’est un journal de référence.

Toutes les entreprises de presse souffrent et vont souffrir. Paris-Normandie était en plan d’apurement et dans une fragilité extrême. J’espère que la mise en liquidation à un moment opportun — au sens où l’activité peut continuer — va permettre la reprise par des groupes intéresses. J’en ai parlé au ministre de la Culture.

Tout le monde est confronté à des chutes de recettes dues en grande partie au déficit d’annonceurs. La vente au numéro est également en baisse. Cette crise va accélérer la digitalisation des pratiques. L’accélération de la digitalisation fait que d’autres chaînes de métiers sont en train de se désagréger. Déjà, les marchands de presse et les kiosquiers n’étaient pas en forme, mais là c’est encore plus compliqué. De même pour l’imprimerie ou la distribution.

Lire aussi : En liquidation judiciaire, Paris-Normandie a trois mois pour trouver un repreneur

Comment faire pour s’en sortir avec ce changement de paradigme ?
Dans la mesure où une large partie de la presse écrite est destinée à se trouver de plus en plus sur les réseaux sociaux et les plateformes en ligne, il est important que toute la valeur ajoutée qui découle de l’exposition de ces titres de presses — qui génèrent beaucoup de publicité pour les moteurs de recherches et les plateformes — leur revienne en partie.

Les plateformes bénéficient très largement du produit de la publicité, mais ne s’acquittent pas de l’impôt qu’elle devrait à la France. Pendant le bilan de l’application des lois sur le droit d’auteur et le droit voisin, on est extrêmement vigilant et attentif à ce que Google et consorts s’en acquittent. Si on n’applique pas les dispositions qui ont été enfin votées, pour lesquelles je plaide depuis 2013, c’est tout un secteur de nos industries culturelles, dont fait partie la presse, qui va sombrer.


  • Inadmissibles tracasseries administratives à l'encontre d'une jeune normande confinée dans l'Orne:

https://www.ouest-france.fr/normandie/flers-61100/temoignage-coronavirus-dans-l-orne-carte-d-identite-perimee-erasmus-compromis-6823704

 

  • L'état de l'épidémie de covid-19 au 3 mai 2020 en Normandie, d'après l'ARS:

https://www.paris-normandie.fr/actualites/societe/infographie-3894-cas-confirmes-de-covid-19-en-normandie-dont-34-nouveaux-et-8-deces-GE16742433?utm_source=newsletter_mediego&mediego_euid=7b65029da2&mediego_ruuid=c6cdff23-8838-42a7-9e3e-d5bfcfb3948d_0&mediego_campaign=20200505_news_actu&utm_content=20200505&utm_campaign=newsactu&utm_medium=email

 

  • Et pour finir sur une note plus positive, la Normandie reçoit, pour une fois, une couverture médiatique positive qui sera utile cet été pour des vacances confinées en France:

https://actu.fr/normandie/caen_14118/video-deconfinement-free-mise-encore-sur-caen-paris-sa-derniere-pub-tv_33421074.html

https://actu.fr/loisirs-culture/les-boucles-seine-cote-normande-dans-lemission-racines-ailes_33407542.html


 

Préserver la santé des élèves

Le groupe Pavilly Demain se félicite de la décision prise par la municipalité de ne pas ouvrir les écoles le 11 mai au vu de la situation de pandémie et du protocole sanitaire gouvernemental présenté dimanche 3 mai. L’intérêt de préserver la santé des élèves, des enseignants et personnels et leurs familles est prioritaire, même si cela génère des difficultés ceux qui sont obligés de se rendre à leur travail.
Le conseil scientifique avait d’ailleurs préconisé, dans son rapport du 20 avril, une rentrée en septembre, estimant impossible et inapplicable une « distanciation physique » dans les écoles.
Prenez tous soin de vous et des autres, attention à un déconfinement trop rapide.