Archive dans 29 avril 2020

Dénégations

Face à une réalité effrayante, la fuite est parfois possible, mais quand c'est l'Histoire et l'humanité qui se font ogres, quand ce qui se passe dépasse notre capacité de compréhension et d'acceptation, la tentation semble exister de transformer l'ogre en souris, et ainsi de sortir triomphant d'une confrontation dont on pense avoir pu choisir les termes, à l'intérieur des limites contraintes de notre, parfois susceptible, entendement. Et chaque événement démesuré voit naître, très tôt car il ne faudrait pas laisser s'installer une représentation de ce qui se passe dans sa taille originelle, ses détracteurs, ou ses réducteurs, comme si réduire la représentation de ce qui se passe pour le mettre à sa portée donnait le moyen de triompher de ce qui terrifierait, si toutefois on le regardait dans ses dimensions propres. Comme si se battre contre les faits était une manière de se battre contre le monde qui les produit.

Ces «  réducteurs d'Histoire  » trouvent enfin ainsi un adversaire à leur petite taille, et il peuvent alors, littéralement, le réduire à leur merci, le tenir en respect sur la table de leur cuisine et rêvasser enfin, eux aussi, à la dévoration. Mais se rêve-t-on dévoreur de planète comme ça, un matin, en se réveillant ? Aussi petit et insignifiant qu'on soit face à un fait objectivement écrasant, comme le chat du conte face à l'ogre, on peut donc le rapetisser à une taille accommodable, le tenir captif et apprivoisé dans sa main en le regardant dans les yeux, et même l'écraser, et passer sans trop de peine à autre chose.

Ainsi, il y a ceux qui aiment à dire que le séisme du 26 décembre 2004 dans l'océan Indien et son tsunami géant qui a ravagé l'Asie du Sud-Est et au-delà, n'a après tout été qu'une grosse vague à propos de laquelle on a fait beaucoup d'histoires, ceux qui ont toujours en réserve une catastrophe plus grave à comparer avec ce qui est en cours, ceux qui vont jusqu'à se fantasmer gestionnaires de la vie des autres en rangeant les nombres de morts sur un tableau comparatif impitoyablement rationalisé qui finit toujours par aboutir à la conclusion que d'autres cases sont supérieures à celle qu'il s'agit de mesurer ici et maintenant (quoi de plus meurtrier que la première glaciation terrestre, finalement ?), ceux qui choisissent le moment où un cyclone ravage la maison de leur voisin pour philosopher sur la mort qui fait partie de la vie (des voisins), et bien d'autres encore, qui pullulent dès que la tempête fait rage pour dire qu'ils n'ont pas pris une seule goutte d'eau sous leur petit parapluie. Certains gardent la vérité qu'ils croient bon de construire par la relativisation de l'événement pour leur réassurance personnelle. Mais la plupart portent la bonne parole par tous les moyens possibles, la brandissent en étendard, même, en cherchant à en faire le signe de ralliement d'un traitement radical de l'Histoire, qui l'avait sans doute bien mérité.
Or leurs dénégations ne sont finalement que le signe que, pour sûr, il se passe bien quelque chose, car, sinon pourquoi se démener avec autant d'énergie pour démontrer qu'il ne se passe rien ? Et c'est sans doute à cette bizarrerie qu'on reconnaît le mieux ce mauvais traitement de l'Histoire : il développe une argumentation, ajoute des incises ou adjectifs finement choisis, parfois même exemples historiques, rapports d'ingénieurs et cartes légendées à l'appui, dans la perspective exclusive d'empêcher de prendre en compte un événement. Il ne s'agit pas alors d'étudier ce dont on parle, mais de le discréditer, parfois même d'en nier tout ou partie, et de décourager ceux qui s'y intéresseraient de le faire. Qu'elle prenne place dans une démonstration d'historien, au café du commerce ou sur un blog radical, la démarche est curieuse, si on la comprend pour ce qu'elle est. L'enjeu doit être bien important alors, pour qu'autant de mots se déploient pour broder autour de ce dont on ne veut pas qu'il soit question... Le chat botté n'est-il pas finalement rien d'autre qu'un pingouin apeuré qui refuse de regarder fondre sa banquise-habitat ?

La pandémie de Covid-19 qui est en train de se répandre sur la planète ne fait pas exception : elle a aussi ses réducteurs. Pourtant il y a bien des choses à redire, à contester, à attaquer face à ce qui se passe, ne serait-ce que l'État et le capitalisme qui gèrent la situation au mieux, c'est-à-dire contre nous - c'est-à-dire pour notre exploitation et contre notre liberté. Mais, immanquablement, se fait entendre la petite chanson du scepticisme qui se trompe de doute : ce virus est une «  grippette  », et quiconque le craint m'obligerait à regarder en face que ce n'est pas le cas et fait donc le jeu de l'ennemi. On voudrait ici réfléchir aux tenants et aboutissants de cette tentation autocentrée de la dénégation qui est en train encore une fois de se construire sous nos yeux, en même temps que défilent les communiqués sordides égrenant le décompte des morts, au moment où on est stupéfait par les images cataclysmiques de rues où s'amoncellent les cadavres, au moment où des patinoires, des parcs et des îles deviennent des fosses communes, au moment où la majorité de la population mondiale subit à la fois le virus et la gestion terrible de la pandémie et où partout des révoltes se manifestent. Est-ce bien le moment de penser qu'un taux de mortalité qui va jusqu'à plus de 7% selon les tranches d'âge est un taux de mortalité faible (il faudra un monte charge vraiment gigantesque pour faire tenir tous les morts que ça représente sur cette échelle là...) lorsqu'un virus particulièrement infectieux menace la population humaine toute entière ? Ce serait une autre manière de perpétuer le «  culte de la charogne  » décrit par Albert Libertad [1], de «  vénérer la mort  », sous la forme mêlant irrationnel et rationalisation d'une religion de la statistique. «  Vénérer  » ainsi la mort, c'est ne rien chercher à y comprendre : au lieu de prendre en compte la vie et ce qu'il advient d'elle, on se met à s'obséder fantasmatiquement sur des tas de cadavres qu'on soupèse et qu'on compare.

Il n'est certainement pas imaginable de produire au jour d'aujourd'hui une analyse finale de ce qui est en train de se passer, mais il est certain qu'il se passe quelque chose. On peut en mettre sa main au feu, même les deux. Alors pourquoi ce réflexe de self-défense contre l'Histoire - et non contre ses «  vainqueurs  » -, qui consiste à travailler immédiatement ses positions de parade contre la réalité  ? On fera d'abord quelques hypothèses tirées de l'observation de plusieurs de ces katas de la dénégation historique, puis on essaiera de mesurer leurs conséquences et de les déconstruire en tant que perspectives subversives, attribut dont ils se parent souvent.
La relativisation tous azimuts est le moyen principal au service de la dénégation. Elle s'énonce avec l'autorité de celui qui en a vu d'autres, de celui que plus rien n'étonne, qui sait faire des additions et des pourcentages, qui connaît sa règle de trois et n'est pas né de la dernière pluie. Il s'agit toujours d'une variante de raisonnement comparatif focalisé de manière finalement très malsaine sur des additions et soustractions de nombres qui prétendent parler de ce qu'il advient à des gens. Comparaison n'est pas raison, comme souvent, et mille pré-requis absurdes ou illogiques sont validés l'air de rien une fois qu'on a posé le calcul pourtant apparemment simple et sans appel. Effectivement, si l'on prend comme point de repère le total des morts depuis les débuts de l'humanité, tout événement meurtrier est très vite dérisoire. Raser une ville par exemple, et même une métropole, ferait beaucoup moins de morts que la grippe saisonnière au niveau mondial sur 10 ans. Un immeuble qui brûle plein de ses habitants fait un nombre complètement dérisoire de morts par rapport aux accidents de la route... Pour autant peut-on vraiment en déduire que ces deux événements seraient dérisoires, et aux yeux de quel satané Dieu indifférent le deviendraient-ils ?
Le plus terrible dans ce type de raisonnement, c'est qu'au fond, l'horizon de comparaison, c'est donc la pandémie totale, le pourcentage majoritaire, ou écrasant, la fantasme d'une destruction de l'humanité par rapport auquel les aléas de centaines de milliers de morts sont dérisoires. C'est un fantasme morbidement nihiliste, quasi exterminophile. Si l'on raisonne perpétuellement en terme de pourcentages, comme si ça avait du sens à l'échelle de chacune des vies dont il est question, alors les attentats du 13 novembre 2015 en France, par exemple, ne sont vraiment même pas à garder en mémoire tellement le pourcentage de morts qu'ils ont fait par rapport à la population française, ou mondiale, est «  microscopique  ». Et pourtant, c'était un carnage insoutenable. À ces relativisateurs-là, calculatrice en main, nous vient l'envie de répondre : tu les imagines là, les 200 000 morts actuels de l'épidémie du coronavirus, ou les 130 morts et 413 blessés du Bataclan, en tas, devant toi ? Ou les quelques centaines de morts quotidiennes du Covid-19 en France ? Tant que l'humanité n'est pas détruite, tu ne bougeras pas de ton fauteuil et tu continueras à faire tes comptes en rangeant bien le chiffrage des massacres dans l'ordre croissant ? Car la question, c'est bien que ce qui est en train de se passer, c'est que beaucoup de gens meurent dans des conditions particulières. Il ne s'agit pas de s'étonner que la mort et la tragédie existe, mais bien de prendre acte qu'il se passe, dans et autour de ces morts-là quelque chose qui n'est pas banal, et qui dépasse les capacités de compréhension et de gestion habituelles, partout dans le monde. Alors on peut se demander pourquoi 450 morts du Covid-19 en une journée en France, c'est pas juste deux fois plus que la mortalité routière mensuelle - comme on peut se demander, dans un laboratoire, pourquoi ces maudits humains se refusent à n'être réduits qu'à de simples courbes d'ajustement pour théories diverses -, et s'il ne serait pas injuste (drôle de raisonnement de justicier historique...) finalement de faire deux poids et deux mesures.

D'abord, il s'agit peut-être de savoir comment on meurt, comme dirait Zola, et dans le sens le plus concret : si tous ceux qui doivent normalement mourir un jour sont égorgés dans la même seconde, c'est toujours la mort qui advient, mais pas tout à fait pareil que si chacun avait vécu sa vie... Comment, pourquoi, sous les mains de qui, tué par qui ou par quoi ? Ces questions n'ont rien de superflu. Ses circonstances et la manière dont la mort est vécue sont même ce qui donne un sens à ce qui s'est passé, sans compter que bien d'autres dégâts sur d'autres vies sont toujours à déplorer que la mort elle-même - parce que sinon, effectivement, nous sommes tous mortels... C'est aussi la raison pour laquelle le fait de soustraire du nombre de morts causées par tel ou tel événement le nombre de gens qui «  auraient dû mourir  » en temps normal, ne se justifie que dans une sorte de logique comptable qui est en fin de compte aberrante. Si l'on prend le cas des quelques 76 000 personnes qui sont mortes de faim, de froid et d'abandon dans les hôpitaux psychiatriques sous le régime de l'État français installé à Vichy (40-44), des historiens en soustraient le nombre présumé de ceux qui «  auraient dû mourir d'autre chose  » durant cette période [2]. Peut-on vraiment considérer que mourir de faim et «  de vieillesse  », c'est pareil, et même si on meurt de faim alors qu'on est vieux ? Du point de vue de celui qui meurt, il est indéniable que ça n'a rien à voir. Mais qu'en est-il de notre point de vue, extérieur ? Peut-on vraiment ne pas chercher à ce point à comprendre l'épaisseur et la matérialité de ce qui s'est passé, pour en venir à considérer qu'il n'y a pas à comprendre quelque chose au fait qu'un vieillard soit mort de faim parce qu'il était enfermé comme fou ? Si un vieillard en âge statistique de mourir se fait égorger, va-t-on considérer qu'il est mort «  de mort naturelle  » ? Et toutes ces «  morts naturelles  » et ces suicides de prisonniers opportunément qualifiés par les professionnels de la dénégation de l'Administration Pénitentiaire de «  morts suspectes  », comment peut-on décemment considérer que la prison et l'enfermement physique et psychique des individus n'a rien à voir là-dedans ? Sommes nous donc le Docteur Manhattan exilé sur la planète Mars pour affecter cette indifférence à la réalité de ce que c'est que de mourir ? La mort n'est pas plus une donnée objective et séparable de tout contexte que la naissance ou n'importe quel autre moment de la vie, et mourir pour un communard par exemple, c'est inséparable de s'être battu sur les barricades mais aussi d'avoir été exposé comme cadavre à conspuer après l'écrasement du moment révolutionnaire. La mort nue n'a pas de sens et rabattre sur la mort nue les événements meurtriers empêche de comprendre quel sens ils peuvent avoir.
Cette manie relativiste de la comparaison peut aussi prendre la forme d'une mise en concurrence. Toujours dans cette même illusion qu'un point de vue pourrait avoir raison d'un fait, il est courant de voir ainsi ériger de grandes balances où on se met à peser comparativement des événements historiques, et faire comme si c'était une manière de réévaluer l'histoire et d'enfin peser du bon côté pour faire prendre à certains faits on ne sait quelle revanche contre d'autres. On remarquera qu'il s'agit toujours de dénier toute spécificité à chacun des événements considérés, et de les hiérarchiser, comme s'il y avait un prix à délivrer à la fin, ou une mention d'honneur, comme s'il n'y avait pas de la place pour tout le monde, sur le sinistre tableau des massacres. Cette mise en rivalité des catastrophes est encore une manière de réduire l'Histoire à sa portée, de la faire tenir dans un mouchoir de poche dont on peut ensuite se couvrir les yeux quand on ne veut pas la voir, ou quand il s'agit de faire de la politique avec sa dénégation. Il s'agit de convoquer l'Histoire dans une arène où on pourrait organiser ses petits combats de gladiateurs, et dont on serait alors l'empereur, décidant en levant ou en baissant le pouce, du mérite historique de tel ou tel événement. La troisième guerre punique à ma droite affronterait le tremblement de terre de 1755 à Lisbonne, à ma gauche, sans aucun suspens puisqu'en général il s'agit de démontrer que l'un pèse décidément bien plus lourd que l'autre. C'est d'ailleurs à cette fin, dans un effet de toute puissance, qu'ils ont été choisis pour s'affronter... La perspective est-elle alors vraiment de penser et de comprendre un épisode historique ? Car c'est toujours une question de perspective, d'orientation du raisonnement... Non, la perspective semble plus proche ici des livres dont vous êtes le héros. Je vais plutôt aller page 32, là où il ne se passe rien, je ne suis pas d'humeur à affronter la peste ce matin.

Comprendre un événement, aussi ineffable soit-il, passe certainement par s'en représenter l'ampleur, avec les moyens qu'on trouve, et donc éventuellement en le comparant à d'autres connus et maintenant plus ou moins «  digérés  » par le conscient et l'inconscient collectif. Mais la question est alors : cherche-t-on à comprendre les événements historiques que l'on regarde ainsi, ou à réduire l'importance de l'un par rapport à l'autre (ce qui est vraiment dérisoire dans la mesure où le vainqueur du moment peut toujours se faire détrôner par un autre massacre qui pèserait plus lourd) ? Quand on constate que la grippe espagnole a fait plus de morts que la première guerre mondiale en Europe, ce qui est indéniable, veut-on vraiment en tirer que la première guerre mondiale a fait finalement peu de morts ? Ou que ça ne vaut pas la peine de s'y intéresser ? Le sens de cette comparaison n'est-il pas plutôt de considérer que la grippe espagnole a été encore plus meurtrière que la première guerre mondiale, dont on sait, comme un point de repère, qu'elle a été extrêmement meurtrière ? Et ce d'autant plus que les massacres que l'on fait rivaliser ont tous eu lieu, sans considération de leur place dans le concours à ce qui a fait le plus de morts : les habitants de l'Europe ont, pour cet exemple, vécu la première guerre mondiale, mais aussi la grippe espagnole. Plutôt que de poser des chiffres, ne faudrait-il pas surtout essayer de comprendre à quel point la grippe espagnole a fait partie de cette guerre, accompagné les mouvements de troupes, fait partie du quotidien des soldats dans les tranchées au même titre que les bombardements, d'autant plus que tout ce qui aurait pu être employé alors à enrayer la pandémie est déjà employé à faire la guerre (une guerre totale, rappelons-le). Elle a même pu y prendre la fonction d'arme stratégique dans une période où il s'agit de rendre malade et/ou de tuer (par le gaz moutarde par exemple) et quand enrayer la pandémie, c'est aussi enrayer la pandémie chez l'ennemi par l'exécution sommaire. Car pour ceux qui les vivent, les catastrophes et les massacres ne sont pas «  au choix  » ni en rivalité, il n'y a pas de dilemme dont on se sortirait en choisissant ce qui a fait le moins de morts, pas de privilège historique à vivre l'un et pas l'autre...

C'est comme au bonneteau où on fait disparaître un objet qui pourtant existe toujours, grâce à quelques manipulations simples qui produisent l'illusion de sa disparition. C'est aussi un jeu d'enfant qui cherche à évaluer le monde et à expérimenter la possibilité d'avoir son avis sur tout, de se demander, en tournant les pages d'un magazine, ce qu'on préfère sur chacune d'entre elles. L'appliquer à l'Histoire, c'est une volonté de maîtrise qui confine à la stupidité. C'est faire rentrer l'Histoire dans son petit univers mental en la pliant à ses quatre volontés. Car le risque premier, quand on compare les morts de la peste avec l'écroulement d'un immeuble à Paris, c'est quand même de ne rien comprendre à rien, ni à l'événement qu'on maltraite, ni à celui qu'on pense bien traiter, ni à l'épidémie de peste, ni à l'insalubrité urbaine et à la misère. C'est une tentation de s'ériger en maître absolu de l'Histoire, en juge des périodes et de leurs aléas divers. C'est réduire l'Histoire au creux de sa main pour mieux en dévisager un avatar complètement fantasmatique.
Cette volonté de toute-puissance sur l'Histoire peut dériver sur toutes le nuances de complotisme, puisqu'il s'agit toujours de révéler ou dévoiler ce qui a été caché, de déjouer une manipulation, d'exhumer une vérité qui dérange. Les dispositions de la pathologie complotiste sont assez faciles à identifier, mais la spécificité de ce qui nous occupe, c'est qu'il s'agit d'une sorte de complotisme à but réducteur. Il ne s'agit pas de révéler une vérité importante qui a été cachée, il s'agit de dénier toute importance possible à ce qui se passe. Ou plutôt la vérité importante qu'on a la mission de révéler est un trou noir : c'est qu'il ne se passe rien d'important. On ne cherche pas à nous forcer à penser que les nuages sont des chemtrails, on cherche à nous forcer à penser qu'il n'y a pas de nuages. Ce qui est recherché, c'est le rapetissement de ce qui a lieu, la néantisation que quelque chose est en cours, comme une séance d'hypnose où on voudrait persuader chacun qu'il n'a rien vu et rien entendu et qu'il doit passer son chemin. On cherche à nous apprendre l'indifférence, la neutralité émotionnelle, l'insouci.

A propos de l'épidémie de Covid-19, ce chemin prend bien des formes, qui vont de l'exhumation de toutes les épidémies depuis les débuts de l'histoire de l'humanité, à des méditations prêtes à sombrer dans le pire eugénisme sur le fait que finalement cette maladie tue plutôt des gens qui n'étaient pas loin de mourir. Si l'on prend la question de la mise en perspective de cette épidémie par rapport à d'autres, la démarche en elle-même fait sens, dans la mesure où comparer les manières de réagir à ce type d'événement, les formes de gestion qu'il induit, et les traces qu'il laisse ou pas ne peut être qu'utile pour mieux appréhender la situation actuelle. Effectivement, il y a eu par exemple à la fin des années soixante (en 68 et 69) une épidémie dite de «  grippe de Hong-Kong  » qui a été très meurtrière tout en passant complètement sous les radars de l'information [3]. Elle a d'ailleurs globalement disparu des souvenirs de ceux qui ont vécu cette période alors que des soignants d'alors décrivent des scènes apocalyptiques d'amoncellement de cadavres dans les hôpitaux. Étudier ainsi le rapport à la mort de masse des États gestionnaires des crises comme de tout un chacun est un sujet passionnant. Néanmoins, il y a une grande différence, à nouveau, entre convoquer d'autres moments historiques pour mesurer l'ampleur de ce qui nous arrive là, et le faire pour le vider de son sens. En quoi d'ailleurs le fait que d'autres épidémies ont été gérées différemment ou n'ont pas été gérées du tout enlève-t-il quoi que ce soit à l'importance et à la réalité de l'épidémie actuelle ? Ce n'est pas un jeu de chaises musicales...

Le problème s'accentue encore quand la dénégation se met à avoir des prétentions radicales, subversives, voire révolutionnaires, car on entre alors dans des formes de raisonnements très pernicieux, qui ne réduisent pas seulement l'événement dont il s'agit, mais aussi toute possibilité de perspectives révolutionnaires, en se coinçant dans une voie de garage sans plus aucun accès à ce contre quoi il s'agit de lutter. Sous des formes relativement variables, mais globalement semblables, la population mondiale a à faire à la fois à la propagation du virus et à sa gestion étatique. En l'occurrence cette gestion s'inscrit sur un continuum, avec ou sans confinement général de la population, où l'on retrouve, à des degrés divers selon les cas, le contrôle et le traçage des populations, la notion de «  personne  » ou de «  population  » «  à risque  » qui doit subir un contrôle encore plus serré, que ce soit les infectés par le virus ou ceux qui sont dans une situation plus fragile face à son apparition, la restriction et le contrôle des déplacements, des activités, allant jusqu'aux plus intime des relations interindividuelles, la gestion des pénuries sanitaires et alimentaires qui implique toujours une hiérarchisation des vies qui méritent plus ou moins qu'on dépense des moyens pour en prendre soin, ou dont on a plus ou moins besoin pour faire perdurer l'activité économique. Lutter contre cette situation où le pouvoir rentre dans la vie de chacun de manière toujours plus dystopique, et où la logique de l'exploitation se déploie à plein, est plus que jamais vital. Pour aujourd'hui, pour l'avenir, aussi en fidélité au passé des luttes : il est urgent d'être à la hauteur de la situation si on ne veut pas laisser le monde se refermer ainsi. Bien sûr, cette gestion se présente comme la solution au problème sanitaire, elle profite de ce statut pour prétendre à être incontestable, sauf à vouloir la propagation du virus. C'est un chantage éculé qui se reproduit à chaque fois qu'on appelle à des formes d'union nationale ou mondiale contre tel ou tel fléau qui devrait faire taire les querelles politiques devenues dérisoires. C'est l'appel au pragmatisme et à la gestion, prétendument neutre, guidée par des experts, neutres aussi bien sûr et dont seule l'experte efficacité pourrait être évaluée. «  Mieux vaut faire appel à un expert  » nous rabâchait la pub.
Face à cette situation, la dénégation croit malin de considérer qu'il serait plus radical, pour contester la réalité du pouvoir gestionnaire, de considérer qu'il n'a pas de raison de se déployer ainsi, comme si la réalité de la propagation du virus et les dégâts qu'il cause étaient la clé de voûte qui faisait tenir la nécessité des politiques mises en œuvre pour le combattre. L'illusion est donc de couper l'herbe sous le pied du pouvoir.
Sans aller jusqu'au complotisme délirant des raisonnements construits autour de la nocivité de la 5G qui transporterait le virus, ou même qui serait la cause de la crise sanitaire, véritable cause qui serait masquée par la fable d'un virus inexistant, il existe la tentation de déduire de l'importance des mesures répressives le fait que le mal qu'elles prétendent traiter n'existe pas, ou moins qu'on le dit. Mais ce raisonnement pêche par maints aspects, et surtout par manque de logique. Pourquoi aurions-nous besoin, pour lutter contre la gestion de la crise sanitaire, de considérer que le virus n'est rien ou pas grand-chose ? Qu'est-ce que la réalité de l'existence du virus et de son caractère virulent et meurtrier peut bien enlever à la nécessité de lutter contre les mesures que les États prennent pour l'endiguer ? On dirait une peur irrationnelle de se retrouver happé par l'union sacrée, comme si dès lors qu'on reconnaît qu'il se passe bien quelque chose, on n'aurait plus la force d'attaquer ce que l'État met en place. C'est une position bien faible et angoissée de son propre réformisme, que d'avoir besoin de garde-fous pour ne pas risquer d'être en accord avec l'État ! C'est en fait une sorte de validation du bien fondé de l'expertise de l'État : si virus il y avait, la gestion d'État serait la seule réaction possible, puisqu'on a besoin de dénier le virus pour s'opposer à l'État. Pourquoi ne pas pouvoir à la fois constater l'existence et la dangerosité du virus, et lutter contre l'État et les politiques mises en œuvre pour contrôler sa propagation ? C'est comme ça en tous cas qu'on rate complètement une période et ce qui s'y déroule. Comment transformer le monde si on ne se met pas en positon de le comprendre, ou pire, si on considère que ne pas le comprendre est nécessaire pour le transformer ? Pourquoi avoir peur à ce point de ce contre quoi on lutte, pour ainsi avoir à le mutiler fantasmatiquement au lieu de s'y attaquer ? Pourquoi accepter l'inhibition de toute empathie pour ceux qui en souffrent, pour ces morts dont les cadavres s'amoncellent, pour les prisonniers soumis à la diffusion du virus, pour ces patients des EHPAD ou des hôpitaux psychiatriques dont il a déjà été choisi qu'ils ne seraient pas du bon côté des soins ? N'est-ce pas particulièrement réformiste pour le coup de penser que l'urgence est de lutter contre le fait même de se confiner et pas contre l'État et sa gestion de la pandémie, du confinement, du déconfinement ? Car quand l'État tarde à confiner pour que l'économie tourne à plein le plus longtemps possible, puis confine pour étaler les urgences sanitaires que l'hôpital ne pourra pas gérer, puis déconfine parce que les pénuries commencent à se faire sentir et parce que l'économie doit recommencer à tourner, la question c'est bien toujours de lutter contre l'État, et pas contre l'idée que rester chez soi peut protéger de la contagion du virus. Alors pourquoi tant de lectures réductionnistes et simplificatrices et tant d'irrationalité ? Pourquoi c'est justement la réalité que ces lectures simplificatrices ou idéologiques effacent, se condamnant ainsi à l'impuissance ?
C'est sans doute que ce choix de la dénégation et du rapetissement de ce qui se passe, que ce soit de manière radicale ou au comptoir du café du commerce, répond à une peur profonde, existentielle, que rien ne guérit sinon l'auto-conviction qu'on n'est finalement soi-même pas en danger. Et pour se rassurer efficacement, on a besoin d'entraîner tous les autres avec soi. Ce besoin de réassurance est très humain. Tout le monde a cru bon de se rassurer, face à la possibilité réelle de la contagion, en se disant à un moment ou à un autre que pour lui ce virus sera au pire «  une grippette  », et le pas est vite passé de transformer ce qu'on invente pour se rassurer en rodomontade. Même pas peur, le virus ne passera pas par moi, et puis même pas mal, s'il passe par moi il ne se passera rien du tout. Cette peur est aussi une lâcheté : c'est l'espoir de ne pas en être, bétonné en certitude. C'est humain, comme toutes les superstitions. Face aux statistiques de virulence, cette lâcheté s'installe aussi dans l'aspiration à ce que d'autres soient dans les pourcentages de létalité. Pour une fois, radical ou pas, il s'agit de se persuader qu'on est déjà du bon côté de la masse qui s'en sortira.
Et pourtant, comme dit un proverbe de grand-mères, «  la peur n'évite pas le danger  », et pour une fois la sagesse populaire d'habitude toujours castratrice et normative invite à plus de courage que beaucoup de textes à prétention subversives... Le danger du virus est là, les fosses communes contiennent de vrais cadavres, les émeutiers de la faim font face à de vraies pénuries (et pas seulement aux flics !)... il se passe bien quelque chose, et, qu'on le veuille ou non, on est pris dans cette tourmente. A nous de trouver par où en sortir - et pas comment sauver sa peau en fantasmant une réalité où on resterait tout puissant -, sans s'enfoncer dans des dénégations ridicules et dérisoires qui amènent à considérer que lutter contre les faits serait lutter contre le monde qui les produit. Cessons d'imposer aux autres les petits moyens minables par lesquels on cherche à ne pas trop souffrir de la situation et d'en faire de la théorie politique ou historique. Vivons et pensons cette période qu'on n'aurait pas imaginé dans nos pires cauchemars, sans garde-fous préalable pour s'assurer qu'on ne prend aucun risque même au niveau théorique, constatons qu'on est d'abord déboussolé, comme déplacé dans une dystopie à laquelle on a du mal à se confronter, et trouvons les moyens de lutter contre ce monde nouveau qui n'est pas exactement l'ancien, mais dans lequel nos ennemis restent le capitalisme, l'État et leur gestion.

Ce texte s'attaque à cette démarche intellectuelle de réduction nommée ici dénégation. Comme on le disait au début, cette dénégation n'est pas du déni ou du tabou, puisqu'elle laisse au contraire une grande place à l'exhibition des raisons pour lesquelles il ne faut pas penser avec une partie de la situation réelle, qui devient même centrale, de ce fait, ou obsessionnelle dans le discours et la théorie. Cette dénégation tient bien plus de la négation que du déni, et c'est pour cela qu'elle pousse dans le même terreau que les formes bien connues de négations historiques qui se construisent sur les mêmes raisonnements bancals, en particulier la négation proprement négationniste.

Néanmoins cette question-là n'est pas traitée ici autrement que par effleurement, et ce pour plusieurs raisons. D'abord parce que ce serait, pour le coup, réduire ce qu'a pu être (et ce que peut être encore) le négationnisme que d'en accuser ceux qui s'égarent à la croisée des chemins et batifolent plus ou moins consciemment dans son anti-chambre, et même si on sait bien que dénier la réalité des exactions de l'empereur Néron a été pour certains un premier pas vers la négation des chambres à gaz, ou «  réévaluer  » la réalité du génocide perpétré par les Khmers Rouge un début de chemin pour s'attaquer à l'extermination nazie (au lieu de s'attaquer au nazisme et à son monde : toujours cette manie de régler leur compte aux faits au lieu de lutter contre ce monde). Une bonne partie de la logique qu'on a tenté ici de déconstruire s'y retrouve d'ailleurs, en particulier dans l'illusion d'une radicalité qui «  démontrerait  » qu'après tout, vu que les États d'après la seconde guerre mondiale ont acquis leur légitimité de la lutte contre l'horreur nazie, contester l'horreur nazie pourrait faire s'écrouler l'édifice en en supprimant la clef de voûte : «  faire sauter les verrous de la démocratie  » disait-on du coté de cette ultra-gauche qui fricota avec le Dr Faurisson. C'est bien ainsi que le négationnisme a cherché à prospérer aussi à l'extrême gauche et chez les anarchistes et communistes, et que des «  révolutionnaires  » se sont mis à poursuivre la tentation négatrice des nazis eux-mêmes, qui sont quand même les premiers à avoir, pour certains aspects, cherché à minimiser les traces de leur entreprise exterminatrice. Par ailleurs, la dénonciation est une dynamique qui a ses propres travers et dans laquelle on ne veut pas ici se fourvoyer, c'est aussi la raison pour laquelle ce texte ne s'appuie pas sur tel ou tel exemple tiré de tel ou tel blog radical, post énervé ou micro-trottoir. De toutes manières ces points de vue de réduction sont d'une banalité affligeante, et ils traînent partout, il n'est pas bien difficile de les identifier, et, pour ce qui est du glissement possible des uns ou des autres vers des formes de négation plus conséquentes, nous n'avons pas le don de Cassandre, mais nous savons quand même qu'elle se trompe rarement. Enfin, pour le dire clairement, alors que nous avons ici traité avec une relative bienveillance ces points de vue qui pourtant nous semblent pernicieux et lourds de conséquence, en tous les cas avec la bienveillance minimale nécessaire pour essayer de comprendre une partie de leurs raisons d'être, nous ne ferons pas de même avec les négationnistes dont nous nous fichons bien de décortiquer les problèmes existentiels et les peurs infantiles.

Laissons donc au merveilleux chat de la fable ses ruses, et tentons d'appliquer à la période historique que nous somme en train de vivre avec difficultés une approche qui garde sa hauteur à la situation, même si pour l'instant il n'est pas si simple de l'appréhender et de trouver comment y intervenir. Quoique... L'Histoire pousse parfois les adeptes de la perplexité dans le grand bain et les salariés contraints à continuer de travailler avec le virus, les émeutiers de la faim ou les révoltés des prisons et des camps n'ont pas besoin de dénier la réalité du virus pour se révolter et lutter contre le virus et contre les modalités de sa gestion...


A bas l'Etat, le Capitalisme et le Coronavirus, pas la réalité !
Vive la vie !

Mai 2020
Maria Desmers

[Ce texte est téléchargeable en format brochure sur le site de Ravage Editions.]


[1] Albert Libertad, « Le culte de la charogne  », dans L'anarchie n°134, 31 octobre 1907.

[2] Voir à ce sujet le texte d'Armand Ajzenberg intitulé «  Drôles d'histoires : l'extermination douce  » publié dans le n°27 de la revue Chimères en 1996.

[3] Voir Libération du 07/12/2005 «  1968, la planète grippée  ».

Préservation de la vallée de la Seine : la question du surcreusement du chenal de Rouen

     Le 03 avril 2019, votre serviteur avait publié l’article suivant :

« Port de Rouen. Pascal Gabet et le chenal du futur »

http://normandie.canalblog.com/archives/2019/04/03/37229200.html

     Cet article n'était pas le seul à évoquer un prétendu bien-fondé des dispositions prises pour permettre à des navires de plus en plus massifs d'accéder au port FLUVIO-maritime de Rouen...

    Or, courant mars 2020, au cours d’un vagabondage documentaire, il a déniché le document accessible par le lien suivant :

https://www.persee.fr/doc/etnor_0014-2158_2007_num_56_2_1676

Etudes normandes, 56è année, n° 2, 2007

Vallée de Seine : entre naissance et renaissance

Jérôme Chaib, Directeur de l'AREHN

    La conclusion de cet article, détecté par une requête à partir du mot "vraquiers", n'a pu que le satisfaire :

.../...

Pour préserver la vallée, et plutôt que sans cesse réparer, quand on ne sera pas confronté à des situations d'irréversibilité que l'on pourrait déplorer à l'avenir, il est nécessaire de s'inscrire dans une logique de prévention. Par exemple, la question du surcreusement -et non pas du seul entretien -du chenal du fleuve est régulièrement posée. Comme l'avait souligné un rapport de la Cour des Comptes, une certaine concurrence, notamment sur le trafic conteneurs entre le Port autonome du Havre et celui de Rouen, avait engagé un programme d'approfondissement sans que le trafic conteneurs décolle vraiment. Surtout que Port 2000 est maintenant ouvert, la complémentarité est à rechercher. Un nouveau programme de surcreusement est à l'étude parce qu'une nouvelle génération de navires vraquiers est en construction. Il faut se poser parallèlement la question de savoir si la production des céréales va encore augmenter en quantité et si elles seront toujours promises à l'exportation (réforme de la PAC, conversion en bioéthanol, etc.). Souvenons-nous de ce qui avait motivé la construction du port d'Antifer...

Une véritable concertation, l'imagination de chacun, les efforts conjugués de tous pour un plan cohérent de développement de la vallée qui reste un symbole fort -la colonne vertébrale d'une région, le cordon ombilical qui la relie à la capitale, un lieu qui mérite une réappropriation par ses habitants -, tels sont les ingrédients de la renaissance d'une vallée d'exception.

    Mais l'ensemble de l'article constitue, selon votre serviteur, un texte de référence de qualité qui reste d'actualité...

 

La Normandie à l’épreuve du COVID 19 et du… jacobinisme: les nouvelles du front!

Glanés dans les dernières éditions disponibles de la Chronique de Normandie diffusée chaque lundi (Bertrand Tierce, n° 623 et 624)  et de la Lettre Eco Normandie diffusée chaque vendredi (Nathalie Jourdan, n°1663 daté du 24/04/20) mais aussi dans la presse régionale normande en ligne, voici quelques nouvelles du front:

L'économie régionale et la société civile normande font face aux contraintes sanitaires (confinement) avec civisme et avec une inventivité résiliente. Le soutien des collectivités territoriales, à commencer par le conseil régional de Normandie est total et il est efficace...

1) Dixit le préfet de région Durand: Les Normands respectent correctement les consignes du confinement en faisant preuve de civisme même si la perspective du 11 mai crée un certain relâchement. La crise économique lié au confinement est très violente mais les entreprises normandes se savent aidées.

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Mais ce confinement révèle de fortes contraintes sociales: dans l'Est de la région, plus urbanisé et plus densément peuplé, le confinement peut être plus mal vécu que dans la Normandie de l'Ouest et du Sud beaucoup plus rurale...

(source: Lettre Eco Normandie n°1663)

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2) Les artisans sont nombreux en Normandie dans une région qui a gardé un profil industriel: il ne faut pas l'oublier!

(source: Chronique de Normandie n° 623)

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3) En revanche, certains d'entre eux se plaignent de l'attitude des assureurs:

(source: Lettre Eco Normandie, n°1663)

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4) Cependant, la MATMUT, l'assureur mutualiste historique de la métropole de Rouen consent à quelques efforts de solidarité:

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5) Le BTP est le secteur industriel qui est traditionnellement attendu pour être le moteur de la reprise et de la relance de l'économie régionale normande selon l'adage bien connu: "quand le bâtiment va, tout va!". Mais est-ce si sûr? En tout cas, derrière la reprise espérée via le BTP il y a surtout le redémarrage des chantiers publics financés par les collectivités territoriales et les bailleurs sociaux.

(source: Chronique de Normandie n°624)

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7) Les capacités financières des collectivités territoriales, à commencer par le conseil régional, sont donc déterminantes pour assurer la survie de la Normandie dans la crise et après: la Chambre régionale des comptes a fait paraître son dernier rapport qui révèle deux réalités intéressantes... Tout d'abord les principaux budgets publics de Normandie sont plutôt bien gérés (endettement modéré). Ensuite, par la taille, ces budgets sont très concentrés sur les neuf principales collectivités territoriales normandes (la région, les cinq départements, la métropole de Rouen, les agglos de Caen et du Havre). Enfin, est révélé le poids budgétaire des grands hôpitaux normands (CHU de Caen et de Rouen, centre hospitalier du Havre)...

(source: Chronique de Normandie n° 624)

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8) Le tourisme normand connaît une très grave crise: l'année 2020 restera dans les annales du pire! Il faut donc se reconcentrer sur l'essentiel et sur ce qui fait l'authenticité et l'originalité de la destination normande. Un conseil, sinon une évidence (qui hélas, n'apparaît pas en tant que telle dans ce qui est à lire ci-dessous): LE PATRIMOINE HISTORIQUE NORMAND EST NOTRE PETROLE !

(source: Lettre Eco Normandie n°1663)

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9) Dans la tempête, le Grand Port Maritime de Rouen semble assurer sa route normalement. Du moins pour l'instant car la crise économique mondiale qui se profile pourrait aussi perturber le commerce international des céréales...

(source: Lettre Eco Normandie, n°1663)

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10) Saint-James tricotte pour nous les masques de notre libération...

(source: Lettre Eco Normandie n°1663)

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 A lire, par ailleurs, dans la presse numérique normande:

  • L'idéologie jacobine en matière d'énergie et d'environnement poursuit son petit bonhomme de chemin comme si de rien n'était...

https://actu.fr/normandie/ducey-les-cheris_50168/edf-va-debuter-travaux-destruction-barrage-roche-boit_33305556.html

  • LE CRETINISME GEOGRAPHIQUE JACOBIN met l'unité normande à rude épreuve!

https://www.ouest-france.fr/normandie/caen-14000/deconfinement-depuis-caen-jusqu-ou-sera-t-il-possible-d-aller-apres-le-11-mai-6821002

Déconfinement. Depuis Caen, jusqu’où

sera-t-il possible d’aller après le 11 mai ?

À partir du 11 mai 2020, les déplacements seront à nouveau autorisés sans attestation dans un rayon de 100 km autour de son domicile, a annoncé le Premier ministre, Edouard Philippe, mardi 28 avril. Que représente ce périmètre quand on vit à Caen ? Des outils existent pour le savoir précisément.

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Rendre visite à des amis à Avranches, après le 11 mai ? Possible, pour les habitants de Caen, tout en respectant la limite des 100 km autorisés, fixée par Edouard Philippe, mardi 28 avril 2020, lors de la présentation du plan de déconfinement à l’Assemblée nationale. Un plan qui se veut « progressif, adaptable et géographique ».

« Il sera à nouveau possible de circuler librement, sans attestation, sauf pour les déplacements à plus de 100 km du domicile, qui ne seront possibles que pour un motif impérieux, familial ou professionnel », a précisé le Premier ministre.

Découvrez le périmètre accessible depuis votre logement

Depuis Caen, tout membre de la famille ou proche vivant à Fougères ou à Rouen, devra ainsi attendre encore… Situées respectivement à 151 km et 126 km, ces villes resteront inaccessibles dans les prochaines semaines. Tout comme l’extrême nord-ouest de la Manche.

Plusieurs outils en ligne permettent de découvrir le périmètre accessible depuis l’adresse de son domicile : le site Calcmaps en fait partie, tout comme carte-sortie-confinement, saturé en ce mercredi après-midi.


 Commentaires de Florestan:

1) Le Nord-Cotentin redevient une île.

2) Les clochemerleux caennais pourront dire qu'ils ne peuvent pas aller jusqu'à Rouen.

3) Le pont de Normandie porte bien son nom.

4) Le journaliste de Ouest-France a de la famille à Fougères.

5) Le Mont-Saint-Michel est inaccessible à quelques kilomètres près: on n'ose pointer le compas des 100 km sur la ville de Rennes...


 

  • Le sous-marin nucléaire d'attaque Suffren sort pour la première fois de l'arsenal de Cherbourg: on espère que le covid-19 n'est pas la cible!

https://www.ouest-france.fr/normandie/cherbourg-en-cotentin-50100/cherbourg-premiere-plongee-pour-le-sous-marin-nucleaire-d-attaque-suffren-6821034

  • Dix millions d'euros pour les entreprises normandes grâce au conseil régional de Normandie!

https://actu.fr/normandie/vire-normandie_14762/coronavirus-region-normandie-debloque-10-millions-deuros-entreprises_33277216.html

  • Dans le Calvados, les chiffres du préfet concernant le nombre d'entreprises aidées par les pouvoirs publics (Etat + Région):

https://www.ouest-france.fr/normandie/caen-14000/aides-financieres-aux-entreprises-du-calvados-la-prefecture-annonce-les-chiffres-6819963

  • Les entrepreneurs percherons se rassemblent pour lutter ensemble dans la crise: bravo!

https://actu.fr/normandie/belleme_61038/quand-entrepreneurs-perche-se-rassemblent-face-virus_33310405.html

  • Dans la Manche, des stations services pourraient faire faillite: absence des automobilistes, prix de l'essence trop bas!

https://actu.fr/economie/le-prix-carburant-rarement-ete-aussi-bas-certaines-stations-sont-meme-peril_33317443.html

  • Des poules chez vous pour avoir des oeufs frais chez soi!

https://actu.fr/normandie/villers-sur-mer_14754/calvados-lassociation-poule-tous-organise-distributions-poules-pondeuses_33296305.html

  • Un maire du Vexin normand ne veut pas prendre le risque d'ouvrir son école le 11 mai prochain:

https://www.paris-normandie.fr/actualites/societe/education/coronavirus-a-la-frontiere-de-l-eure-ce-maire-ne-veut-pas-rouvrir-l-ecole-avant-septembre-2020-HC16724254

  • A Caen, un conseil municipal extraordinaire le 7 mai 2020 pour gérer l'après 11 mai:

https://www.ouest-france.fr/normandie/caen-14000/caen-l-opposition-reclame-un-conseil-municipal-extraordinaire-pour-decider-du-deconfinement-6819772

  • Déconfinement: proposition de loi d'un député normand de l'Eure pour protéger juridiquement les maires.

https://www.ouest-france.fr/education/reouverture-des-ecoles-un-senateur-de-l-eure-fait-une-proposition-de-loi-pour-proteger-les-maires-6819721

  • Le seul fabricant français d'écouvillons est Normand (dans l'Orne):

https://www.ouest-france.fr/sante/virus/coronavirus/dans-l-orne-le-seul-fabricant-francais-d-ecouvillons-commence-ses-livraisons-6820080

  • LES PREMIERS DE CORVEE: toujours aussi mal payés?

https://actu.fr/normandie/rouen_76540/covid-19-seine-maritime-soignants-nauront-pas-prime-1-500-euros_33278584.html

 

Covid-19. En Seine-Maritime, les soignants

n’auront pas tous la prime de 1 500 euros

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Qui aura le droit à la prime annoncée par le gouvernement pour les soignants engagés pendant l'épidémie de Covid-19 ? Des agents hospitaliers de Seine-Maritime s'interrogent.

Cela fait parler dans les couloirs du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Rouen mais aussi dans tous les établissements hospitaliers publics de la Seine-Maritime. Qui aura la fameuse prime au mois de mai 2020, annoncée par le gouvernement pour remercier l’engagement des soignants pendant l’épidémie de Covid-19 ? « On entend que la prime sera divisée sur l’ensemble des employés, s’inquiète un aide-soignant du CHU de Rouen. Au nombre de personnes que l’on est, ce sera sera plus 1 500 euros, ni même 500 euros qu’on aura dans notre poche mais quelques euros… »

Mais qu’en est-il vraiment ? Qui aura droit à quoi ? Même si le décret précisant les contours de cette prime n’a pas encore été publié par le gouvernement, voici quelques éléments de réponses.

Lire aussi : Étudiants infirmiers et aides-soignants en Normandie : bientôt une prime de 1000 à 1300€ ?

1 500 euros pour les agents des départements les plus touchés

Mercredi 15 avril 2020, le Premier ministre Édouard Philippe a annoncé une prime allant de 500 à 1500 euros pour les soignants, « en première ligne jour et nuit ».

Concrètement, dans « les départements dans lesquels l’épidémie était intense », soit 30 au total, l’ensemble des soignants toucheront une prime, défiscalisée et désocialisée, de 1 500 euros net versée au mois de mai, précise le ministère de la Santé. 

Lire aussi : Covid-19 : jusqu’à 1 500 euros de prime pour les soignants et certains fonctionnaires

Une prime de 500 euros actée

Le ministère de la Santé a indiqué que les agents hospitaliers des zones moins touchées bénéficieront d’une prime de 500 euros net, en mai également. Le ministère de la Santé précise cependant que dans les départements les moins touchés, « les agents ayant travaillé dans les services COVID+ des 108 hôpitaux de référence percevront également la prime de 1500 euros ».

« Ce que l’on sait, c’est que le département de la Seine-Maritime ne fait pas partie des départements les plus touchés », indique Frédéric Louis, secrétaire de la section CFDT du CHU de Rouen. Mais pour l’heure, il y a encore beaucoup d’incertitudes. On ne sait pas encore qui l’aura, qui aura combien… »

Il prend l’exemple de la blanchisserie. « Celui qui traite le linge sale aura-t-il la même prime que celui qui plie le linge propre ou il y aura une distinction ? »

Pour Évelyne Bourgeois de la CGT, « il faut que la prime soit adressée à tout le monde car tous les services de l’hôpital ont été impactés par l’épidémie. Il ne faut pas faire de cas par cas ».

Lire aussi : Coronavirus : une prime de 1 500 euros en mai pour certains soignants du Grand Est

Du côté de la direction de l’hôpital rouennais, c’est aussi le flou sur les conditions d’attribution de cette prime : « On attend la parution du décret pour en savoir plus. » Pour Louis Frédéric, il est temps que le gouvernement publie ce décret :

Entre l’annonce et le décret, il y a trop de temps qui s’écoule et cela génère des interrogations auprès des agents. Surtout que la paie arrive le 10 mai, alors il est temps de savoir ce qu’il en est !

La revalorisation des salaires est très attendue

Les syndicalistes craignent que cette prime soit encore « un effet d’annonce ». « Après la canicule de 2003, il y a avait eu aussi une prime mais il y avait tellement de conditions à remplir…, se rappelle Louis Frédéric. Mais bon, en vérité, ce n’est pas la prime la vraie question – même si on ne crache pas dessus – la vraie question, ce sont les salaires des agents hospitaliers. »

Les syndicats évoquent les salaires des infirmiers qui démarrent à 1 500 euros, les salaires des agents d’entretien qui peinent à atteindre les 1 200 euros… « Les salaires doivent être revalorisés. Cela fait des années qu’on le demande et on espère que les applaudissements tous les soirs à 20 heures et l’engagement des agents pendant l’épidémie feront effet. Il y a eu des annonces et on a bon espoir pour que cela change », conclut avec optimisme Louis Frédéric.

En cette période de suspension quasi totale du service public de la justice, une décision d’aménagement de peine favorable, c’est toujours bon à prendre, quoi que…


Aujourd'hui, mercredi 29 avril 2020, le juge de l'application des peines de Rouen vient de rendre, dans un dossier, un jugement de suspension de peine « ab initio", en faveur d'un de mes clients, gravement malade sur le plan cardiaque, condamné en 2013 à une peine d'une année d'emprisonnement ferme.

Cette peine n'était toujours pas exécutée ni aménagée.

J'ai saisi le juge de l'application des peines, au mois de mars dernier, en sollicitant que la peine d'une année soit suspendue, compte tenu de l'état de santé particulièrement critique de mon client.

Le juge de l'application des peines, comme le texte l'exige, a ordonné une expertise médicale qui a effectivement conclu à "l'impossibilité d'une incarcération dans une maison d'arrêt en raison des soins nécessaires et du risque engendré par l'état cardiaque mais surtout par l'immunodépression liée au traitement corticoïde en rapport avec la maladie dermatologique (que présente mon client)".

De même, l'expert a considéré que "la pose d'un bracelet électronique pose également problème pour deux raisons, savoir, d'une part, le problème cutané en rapport avec la maladie dermatologique et les troubles vasculaires touchant les membres inférieurs et, d'autre part, le risque d'interférence entre le bracelet électronique et le défibrillateur implantable".

Logiquement, le juge de l'application des peines, mettant en oeuvre la jurisprudence constante de la chambre criminelle de la Cour de Cassation considérant que la suspension de peine est également applicable au condamné libre, a suspendu la peine prononcée à l'encontre de mon client.

Toutefois, la juge de l'application des peines, même si elle a suspendu la peine, ce qui est tout à fait salutaire, a néanmoins commis une erreur dans la mesure où elle a prévu que cette suspension était prononcée pour une durée de deux ans à compter de la date de la décision.

Or, comme cela relève du texte (voir ci-dessous), la suspension de peine pour raison médicale, organisée par l'article 720-1-1 du code de procédure pénale, à la différence de la « petite » suspension peine, codifié à l'article 720–1 du même code, est toujours prononcée pour une durée indéterminée.

Nul besoin d'interjeter appel puisque le jugement, étant revêtu de l'exécution provisoire de plein droit, est exécutable dès maintenant et que, par ailleurs, il conviendra de saisir à nouveau le juge de l'application des peines, d'ici une année, afin de faire bénéficier mon client du régime de la « passerelle » prévue par le dernier alinéa de l'article 729 du code de procédure pénale qui permet, au bout d'une année (Initialement trois années, cette durée ayant été ramenée à une année un par la loi du 15 mars 2019), de transformer la suspension de peine pour raison médicale en libération conditionnelle ce, même si le bénéficiaire n'est pas admissible à une telle mesure, n'étant pas arrivé à mi-peine.

Cette nouvelle procédure permettra de suppléer à l'inconvénient résultant de la décision rendue ce jour prévoyant, d'une manière erronée, une suspension de peine pour raison médicale une durée limitée.

CQFD...

Article 720-1-1 du Code de Procédure Pénale :

"Sauf s'il existe un risque grave de renouvellement de l'infraction, la suspension peut également être ordonnée, quelle que soit la nature de la peine ou la durée de la peine restant à subir, et pour une durée qui n'a pas à être déterminée, pour les condamnés dont il est établi qu'ils sont atteints d'une pathologie engageant le pronostic vital ou que leur état de santé physique ou mentale est durablement incompatible avec le maintien en détention.
La suspension ne peut être ordonnée que si une expertise médicale établit que le condamné se trouve dans l'une des situations énoncées à l'alinéa précédent. Toutefois, en cas d'urgence, la suspension peut être ordonnée au vu d'un certificat médical établi par le médecin responsable de la structure sanitaire dans laquelle est pris en charge le détenu ou son remplaçant.
Lorsque la peine privative de liberté prononcée est d'une durée inférieure ou égale à dix ans ou que, quelle que soit la peine initialement prononcée en cas d'urgence ou lorsque la durée de détention restant à subir est inférieure ou égale à trois ans, cette suspension est ordonnée par le juge de l'application des peines selon les modalités prévues par l'article 712-6.
Dans les autres cas, elle est prononcée par le tribunal de l'application des peines selon les modalités prévues par l'article 712-7.
Dans les cas prévus aux troisième et quatrième alinéas du présent article, le condamné peut être régulièrement représenté par son avocat lorsque son état de santé fait obstacle à son audition ; le débat contradictoire se tient alors au tribunal judiciaire.
La juridiction qui accorde une suspension de la peine en application des dispositions du présent article peut décider de soumettre le condamné à une ou plusieurs des obligations ou interdictions prévues par les articles 132-44 et 132-45 du code pénal.
Le juge de l'application des peines peut à tout moment ordonner une expertise médicale à l'égard d'un condamné ayant bénéficié d'une mesure de suspension de peine en application du présent article et ordonner qu'il soit mis fin à la suspension si les conditions de celle-ci ne sont plus remplies. Il en est de même si le condamné ne respecte pas les obligations qui lui ont été imposées en application des dispositions de l'alinéa précédent ou s'il existe de nouveau un risque grave de renouvellement de l'infraction. La décision du juge de l'application des peines est prise selon les modalités prévues par l'article 712-6.
Si la suspension de peine a été ordonnée pour une condamnation prononcée en matière criminelle, une expertise médicale destinée à vérifier que les conditions de la suspension sont toujours remplies doit intervenir tous les six mois.
Les dispositions de l'article 720-2 ne sont pas applicables lorsqu'il est fait application des dispositions du présent article".

CAEN: Des Normands guéris du COVID-19 interpellent Emmanuel MACRON sur la gestion de la crise par l’Etat central jacobin…

En lisant ce qui est à lire ci-dessous (édifiant),  on aura envie de pousser un cri du coeur normand ET girondin:

"LAISSEZ-NOUS FAIRE !!!!"

 


 

https://actu.fr/normandie/caen_14118/coronavirus-gueris-covid-19-habitants-caen-interpellent-emmanuel-macron_33302328.html

Coronavirus. Guéris du Covid-19, ces habitants de Caen interpellent Emmanuel Macron

Françoise et Jean-Claude Launay, un couple de Caen (Calvados), ont été touchés par le Covid-19. Remis, ils interpellent le président de la République sur sa gestion de la crise.

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« On remonte la pente, mais on est vite fatigués ». Jean-Claude et Françoise Launay, un couple d’habitants de Caen (Calvados) âgés de 82 et 81 ans, ont tous les deux attrapé le coronavirus, fin mars 2020. Pendant dix jours, les deux octogénaires ont souffert de fièvre, « entre 38° et 39° ». Fort heureusement, ils n’ont pas subi de complications respiratoires, et n’ont donc pas eu à être hospitalisés. Mais leur médecin leur a confirmé qu’il s’agissait bien du Covid-19 :

Il nous a fait une ordonnance pour un test sérologique, mais il n’y en a pas pour l’instant…

« Il ne suffit pas de féliciter les soignants »

Affaibli par le virus, Jean-Claude, militant dans l’âme, n’en reste pas moins combatif. Quand sa santé le lui a permis, il a pris sa plume pour interpeller le président de la République, Emmanuel Macron. Adressée à l’Élysée, cette lettre ouverte est partie le 13 avril. Dans son courrier, Jean-Claude lance au président :

En qualité de citoyen, nous ne nous sentons pas du tout en sécurité, car devant l’ennemi il faut sans arrêt s’adapter et se défendre ce que vous ne savez pas faire (sauf le confinement) (…). Vous et votre gouvernement n’avez pas pris les décisions nécessaires pour faire fabriquer le matériel indispensable pour protéger les soignants et la population. Il ne suffit pas de féliciter les soignants ; il faut leur donner tous les moyens pour se protéger et sauver les malades.

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Le Caennais déplore la gestion présidentielle de la crise sanitaire et se montre notamment incrédule devant la pénurie de masques de protection :

Le Président n’a pas été capable de mobiliser les entreprises pour en fabriquer. On en est réduit à compter sur les bénévoles pour en faire. On ne peut que les féliciter, mais ce n’est pas normal !

Ces mêmes bénévoles qui « s’échinent jour et nuit pour pallier le manque de personnel hospitalier (réclamé depuis longtemps) », une situation dont Emmanuel Macron est « responsable », selon l’octogénaire du Chemin-Vert.

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Et pourtant, la France a les capacités…

Jean-Claude et son épouse, citoyens engagés, pointent la situation dans les EHPAD. « Le manque d’aide et de réactivité pour les résidents des EHPAD a conduit à la catastrophe que nous connaissons car vous n’avez pas su mettre en place rapidement la technique d’éviction ».

Surtout, Jean-Claude Launay regrette que les talents de la France n’aient pas été mis à profit dans cette crise sans précédent. En guise de conclusion à sa lettre ouverte, le Caennais le rappelle au Président de la République :

Vous avez oublié que le « peuple Français » possède des capacités énormes (sociales, sanitaires et techniques). Encore faut-il que leur président en ait conscience et sache mobiliser ou réquisitionner les acteurs…

Le jacobinisme linguistique français affaiblit la francophonie face au « globiche » mondialisé.

Non! Ce n'est pas la diversité linguistique francophone régionale (ou du moins ce qu'il en reste...) qui met structurellement en péril l'avenir de la langue française.

C'est, au contraire, l'effondrement des soi-disant "élites" parisiennes dans un globish mondialisé qui s'impose avec arrogance partout et à tous qui forme, actuellement, l'atteinte la plus grave à la qualité linguistique francophone tant pour la syntaxe que pour le lexique.

Bien au contraire, les langues régionales d'oïl et d'oc doivent être considérées comme des patrimoines linguistiques où le français académique standard dominant gagnerait à se ressourcer et à se renouveler pour demeurer plus que jamais créatif et vivant face au rouleau compresseur du "globiche" ou pis, du "frangliche" une langue appauvrie et culturellement dominée parlée avec une sotte gourmandise par les esclaves de Paris!

Notre ami et correspondant normand Florian Hurard dans l'une de ses vidéos dont il a le secret revient avec pertinence sur ce sujet:

florianhurard

https://florianhurard.wordpress.com/2020/04/28/la-france-en-anglais-welcome-nowhere/

Grève des loyers partout dans l’Ouest

Payer son loyer ou bouffer : nous on a choisi !
Alors que le 1er mai arrive et qu'un grand nombre de travailleurs se retrouvent encore plus dans la merde organisons-nous pour ne plus payer nos loyers, étendons la grève des loyers ! Tract et affiche à distribuer et coller partout dans l'Ouest pour que plus personne ne soit isolé !

Le confinement et la crise économique qui s'annonce accentuent nos galères quotidiennes : le travail est plus dur, en trouver aussi, qu'il soit déclaré ou non, payer nos loyers et nos factures se transforme carrément en mission impossible, même si c'était déjà la misère avant. Entre chômage partiel, aides insuffisantes pour vivre, retard des paies, CDD et missions d'intérim annulés, c'est toujours les mêmes qui sont touchés !
Pendant ce temps l'Etat ne s'occupe que de sauver les patrons et leurs entreprises et la ministre du travail nous annonce que nous devrons faire toujours plus d'efforts après le confinement afin de payer les pots cassés ! Pour éviter d'être plus dans la merde que nous ne le sommes déjà en temps normal et se préparer ensemble à l'après confinement, arrêtons collectivement de payer nos loyers et nos factures !

Par nécessité ou par solidarité, de nombreuses personnes ont déjà refusé de payer leur loyer d'avril. Préparons dès à présent la suite !

Face à la propriété nous devons nous organiser : que ce soit contre les proprios, les agences ou les bailleurs sociaux. Plus nous serons, moins ils auront la possibilité de nous attaquer individuellement. Si certains ont encore les moyens de payer ce mois-ci, ce ne sera pas forcément le cas dans les prochains mois et d'autres ne peuvent déjà plus ! La meilleure façon de se soutenir pour ne pas payer est de faire grève ensemble afin de ne pas rester isolés face aux tenants de la propriété privée !

Face au dilemme bouffer ou payer ? Une solution : grève des loyers !

Pour nous mettre en relation et commencer à nous organiser, envoie un mail à grevedesloyersgrandouest@riseup.net en répondant à ces questions :

Dans quelle ville vis-tu ? Quel est ton secteur d'activité professionelle ? Est-ce que tu travailles encore ?
Peux-tu payer ton loyer ce mois-ci et les mois qui viennent ? As-tu des aides ?
Ta situation : tu vis seul.e, en colloc ? Avec des enfants ?
As-tu discuté de la possibilité de faire la grève des loyers avec tes voisins/voisines ou proches ?
Le propriétaire de ton logement est-il un particulier , un bailleur ? Passes-tu par une agence ? Si oui, laquelle ?
Quelle est ta stratégie pour ne pas payer ton loyer ? faire le, la mort.e, envoyer un mail, négocier ou pas,etc..

Et pour s'organiser collectivement et concrètement face à nos proprios, pendant et après le confinement, pour partager nos stratégies d'attaque et se défendre juridiquement, rejoins la liste Télégram : grevedesloyersgrandouest

FB : Grève des loyers 2020 (vous-y trouverez un petit guide juridique)

Transphobie et justice : il est intolérable d’être toléré

Dans la nuit du 8 décembre 2019 aux environs de 6h30 du matin, cours du chapeau rouge à Bordeaux, quatre jeunes femmes attendent au pied d'un immeuble et l'une d'elles tambourine à la porte de chez une amie afin de récupérer les clefs de son appartement pour rentrer chez elle. Au même moment, un groupe de quatre hommes passe par là, eux-mêmes revenants d'une autre soirée et l'un d'eux leur lance « Alors les filles, on va dormir dehors ? » ce à quoi l'une d'elle réplique « C'est qui qui a ouvert sa putain de gueule ? » réponse d'un des quatre hommes « C'est moi », puis la répartie ne se fait pas attendre « Fils de pute » ce à quoi il réagit par un « Pute toi-même ». Les esprits s'échauffent, le ton monte, les insultes sont lancées à la cantonade par les deux groupes puis des coups sont portés à l'une d'entre elles qui se défend. Elle reçoit plusieurs coups et dans le tumulte un des hommes voulant l'écarter de la bagarre l'empoigne par les cheveux et lui arrache sa perruque (perruque qui sera retrouvée pendant l'enquête dans une poubelle). C'est à partir de ce moment là que des propos transphobes sont tenus par certains d'entre eux à son égard : « Sale travelo, pédé. » Puis la jeune femme acculée sur le bord d'un parapet qui entoure la pente descendant dans un parking souterrain est basculée par deux des hommes et fait une chute dans le vide, tête la première. Sonnée, elle s'enfuit un peu plus loin reprendre ses esprits avant de recroiser un peu plus tard les quatre hommes en voiture qui l'insultent à nouveau. Le procès a eu lieu le 28 février 2020 devant le tribunal correctionnel de Bordeaux et à été porté en délibéré au 6 mars 2020. Il a eu pour résultat une condamnation des deux hommes à 6 mois de prison avec sursis, 2 ans de mise à l'épreuve, indemnisation de la victime et un stage de citoyenneté [1]. La jeune femme également mise sur le banc des accusés par l'un de ses deux agresseurs a quant à elle été relaxée sur motif « qu'elle n'était pas pénalement responsable face au danger imminent qui la menaçait » selon le président du tribunal. Les deux hommes devront également verser 300 euros de dommages et intérêts pour le préjudice matériel à savoir la perruque, 1000 euros au titre du préjudice corporel, 1000 euros au titre du préjudice moral et régler les frais de justice engagés par la jeune femme. Les avocats des deux hommes ont fait appel de ce jugement.

Initialement paru sur TROUNOIR.ORG

Prologue

Nous sommes le 28 février en début d'après-midi. Nous nous installons dans la salle d'audience « bucolique », une sorte de cocon en bois clair rappelant les pignes de pin des forêts entourant le département de la gironde et des landes alentours dont la lumière naturelle provient d'un puis de jour dans les hauteurs de la salle nous rappelant étrangement les formes d'une vulve. On est surpris, on pensait que toutes les architectures d'institutions rappelaient plutôt le phallus. Dans la salle, peu de gens, seulement quelques journalistes, un représentant de l'association FLAG [1] et trois ou quatre curieux.

Acte I / Scène 1

La cour arrive avec tout le protocole que cela implique, sonnerie annonçant l'arrivée, nous nous devons de nous lever à son entrée et ce rituel vient couper la quiétude toute scandinave de la salle. Le président commence par s'excuser d'avoir appelé la jeune femme « Monsieur » un peu plus tôt en donnant comme raison qu'il ne faisait que se conformer à ce que disait son état civil, mais décidera par la suite de l'appeler « Madame » tout au long du procès puisque selon lui son apparence était bien celle d'une femme et correspondait bien au genre féminin. Ainsi commence la déroute d'une justice s'embourbant dans les sables mouvants du genre et ne sachant plus ce qu'est un homme, ce qu'est une femme et même si la justice a un sexe.

La jeune femme est appelée en premier à la barre. Elle s'avance, se tient droite, digne. On lui demande les classiques nom, prénom, âge, profession. Puis le président rentre dans le vif du sujet et lui demande d'être éduqué sur la condition d'une personne trans. Les questions fusent : « C'est quoi le protocole pour un changement de sexe », « Vous, vous en êtes où » puis la petite question/remarque qui fait plaisir « Mais si vous le voulez autant pourquoi vous mettez autant de temps à le faire ? ». L'avocat de la jeune femme explique au président où en est la condition des trans aux yeux du droit français [2]. Le président est toujours un peu confus et lui demande des précisions sur la différence entre transgenre et transsexuel en insistant particulièrement sur le changement de sexe comment ça se fait, par qui, avec quel protocole, etc. Une fois le curieux président renseigné sur ces questions ô combien complexes, il lit l'acte d'accusation de la jeune femme qui se retrouve aujourd'hui à la fois sur le banc de la partie civile, mais aussi sur celui des accusés puisqu'il lui est reproché d'avoir « commis des violences avec l'usage d'une arme » (à savoir une paire de talons de 11cm de haut) sur la personne d'un de ses agresseurs. Il est amusant de voir que l'objet tant fétichisé et sexualisé par les hommes, les chaussures à talons, se retourne soudain contre eux et devient aux yeux de la justice une arme par destination dans des cas similaires d'autodéfense.

La jeune femme retourne s'asseoir et va voir défiler tour à tour à la barre ses deux agresseurs, qui sont également frères, avec le même protocole nom, prénom, âge, profession. Mais eux on ne leur demande pas ce qu'ils ont ou pas dans le pantalon, c'est évident c'est des « vrais mecs ». Puis on leur lit leur acte d'accusation. S'ensuit un rappel des faits avant d'entendre le premier prévenu à la barre qui se défendra en niant les intentions transphobes de l'agression puisque selon lui « Ça ne se voit pas physiquement » et que « C'est une très jolie fille, en plus » (tant mieux n'est-ce pas, elle aurait été laide à ses yeux on n'aurait pas vu la différence après lui avoir cassé la gueule, un peu de sexisme ça ne mange pas de pain) en réponse de quoi, pour clarifier ses intentions durant la bagarre, le président lui demandera à plusieurs reprises « Vous ne saviez donc pas que c'est un garçon ? ». Visiblement il n'a pas retenu grand-chose de ce que lui a expliqué la jeune femme et l'un de ses avocats au début de l'audience. L'avocat du premier prévenu prend la mouche à la répétition de cette question et déclare trouver le président trop partial dans cette affaire « le parquet a perdu la raison en mettant sur un piédestal la femme transgenre », vous faites passer mes clients pour des « méchants et des menteurs », c'est la jeune femme la menteuse qui enjolive ce qui s'est réellement passé, et il conclura son intervention en demandant depuis quand le parquet et le tribunal acceptent le mensonge lors d'une audience. La remarque sera fort déplaisante à la vice-procureur qui demandera une suspension d'audience de 10 minutes pour signifier l'outrage au bâtonnier. La scène est sans égal, on vient d'assister à des performances césarisables de l'avocat et de la vice-procureur : l'esprit juridique du théâaaaaatre est sauf.

Entracte

L'audience reprend 10 minutes plus tard, dans une ambiance passive-agressive tendue. Arrive le 2e prévenu et frère du premier à la barre. C'est celui qui a été le plus véhément et qui a porté le plus de coups durant l'agression, c'est également celui qui s'est constitué partie civile pour les violences de la jeune femme à son égard. Et lorsqu'il décrit la scène, il ne mâche pas ses mots :« C'est une folle hystérique alcoolisée et violente », « Moi dans cette histoire je suis sain de corps et d'esprit », etc., etc. Le président et les avocats de la jeune femme tentent de lui poser des questions et faire des observations sur ses propos. Il éructe. Pour se défendre il utilise la règle de trois du mâle dominant dont la démonstration est la suivante : on bombe le torse, on coupe la parole et on hausse le ton avec la voix la plus grave dont est capable. Le président s'agace donc et lui pose une question à laquelle il répond à côté. Le président lui repose différemment, le prévenu lui dit qu'il ne comprend pas et continue à clamer à l'erreur judiciaire et à la partialité du tribunal, le président s'agace et lui rétorque un « Ou vous ne voulez pas répondre à ma question ou vous êtes complètement idiot et j'opterais plutôt pour la deuxième option, j'en ai fini, retournez vous asseoir. » Le prévenu se met à hausser le ton « Non, mais c'est pas possible, vous avez pas le droit, il m'a traité d'idiot… là c'est trop… non, mais franchement… » Pour calmer les esprits, le président propose donc de regarder un petit film, et c'est sur deux écrans plats que nous allons faire une analyse filmique tous ensemble des images de la vidéosurveillance. On ne va pas se le cacher, ce n'est pas du Godard.

Scène 2

On se rend compte que les meilleures scènes du film ont malheureusement été coupées au montage par un défaut de la caméra utilisée qui tourne sur elle même et ne propose que des plans fixes de courtes durées sur quatre angles. Mais l'image est nette ce qui est d'autant plus surprenant qu'il faisait nuit. Le petit film provoque une agitation toute particulière dans la salle et tout le monde se rapproche de l'écran et y va de son analyse et interprétation de ce qu'on peut déduire par rapport à ce qu'on voit, c'est un peu la confusion générale, ça dure un temps interminable et c'est le seul moment du procès où toutes les assignations de genre tombent : les avocats comme le tribunal ne savent plus vraiment qui est un homme, qui est une femme, qui est une rambarde, un parapet ou un lampadaire. On se rend compte qu'à part d'effets de divertissement, la vidéosurveillance ne raconte pas grand-chose et n'a aucune efficacité sur ce pour quoi elle est louée : la sécurité des gens. Qu'en plus de ne pas empêcher ce type d'agression, elle ne vient même pas soutenir une victime à travers les preuves qu'elle pourrait apporter dans ce genre d'affaires.

Nouvel effet de théaaaaatre, on va maintenant entendre les deux témoins, à défaut de les appeler complices, des deux prévenus. Arrive le premier témoin et ami qui commence à raconter sa version des faits, en ne sachant quel pronom utiliser pour parler de la jeune femme. Il alterne donc entre des il et des elle. Il dit que c'est elle qui a commencé à les insulter en leur proférant un « fils de pute » ce à quoi ils auraient répondus par un « Va te faire enculer », mais pour lui ce sont des insultes banales qui ne viennent rien signifier d'homophobe ou de transphobe. Et c'est à partir de là que sa version va différer légèrement de celles des deux frères, il explique que c'est après avoir arraché sa perruque à la jeune femme qu'ils se rendent compte « que c'est un homme, que c'est un trans » et du coup qu'ils se sont mis « à porter plus de coups », mais qu'ils ne frapperont pas les copines de la jeune femme quand bien même elles essayaient de se défendre parce que pour lui « frapper une fille ce serait comme frapper sa sœur ou sa mère. »

Arrive ensuite le second témoin qui est également le demi-frère des prévenus. Celui-ci explique qu'au moment des faits ils revenaient de la boîte de nuit, La Dame de Shanghai, ce qui emmène le président à le couper pour lui demander « Ça vous évoque rien, vous, la dame de Shanghai ? » Le témoin, étonné lui répond que non en ne comprenant pas la question et le président lui dit « Ben, un très bon film d'Orson Welles, bref continuez. » À ce moment précis, on se rend compte que le président se fait chier et qu'au passage il a besoin de faire des petites blagues culturelles méprisantes. Le témoin continue donc sur les insultes et dit « on s'est échangé des insultes plutôt banales, qu'on peut se dire tous les jours ». Le président lui demande quelles insultes, le témoin hésite (il n'ose probablement pas prononcer ces mots vulgaires dans cette enceinte si respectable), le président insiste et le témoin lui fait une liste « Bah des insultes basiques du genre pédé, enculé, con, pute, etc. » et vient ensuite préciser probablement bien préparé par les avocats des deux frères « Mais nous on est pas homophobes, on en a même dans la famille » avant de surenchérir « Si elle n'avait pas porté de coups avec ses chaussures, tout le monde serait reparti » et de rajouter comme son copain témoin « ses copines sont des femmes et nous, on ne lève pas la main sur des femmes, on a quand même reçu une certaine éducation ».

Avant le réquisitoire et les plaidoiries des deux parties, l'un des avocats de la jeune femme la fait revenir témoigner à la barre de ses impressions et son expérience de l'agression. Elle revient particulièrement sur le moment où sa perruque lui a été arrachée : « Pour l'arracher, il faut y aller, elle est fixée avec des pinces et une colle forte. J'ai ressenti une véritable humiliation quand ils me l'ont arrachée. Les cheveux sont pour moi le premier trait de personnalité d'une femme. Je me suis sentie rabaissée, comme tuée de l'intérieur. » Le président l'écoute avec attention puis demande quels avocats veulent faire leur plaidoirie en premier, ce à quoi répond d'une façon toute patriarcale l'un des avocats des prévenus : mes confrères et consœurs commenceront, honneur aux plus jeunes. »

Acte II / Scène 1

On écoute en suivant le réquisitoire du parquet par la vice-procureur. Elle commence par un résumé très genré de la situation : « Deux versions s'opposent ici : celle des filles et celle des garçons » puis elle reproche (on ne sait pas très bien à qui, peut-être à l'État qu'elle représente ?!) le fait que la victime soit aussi présente en tant qu'accusée et souhaite qu'on retienne la légitime défense à son encontre. Elle regrette également que les deux témoins ne soient pas poursuivis sur le motif qu'ils n'ont pas participé aux coups portés alors que pour elle ils sont clairement complices. Elle décrit ensuite les mécanismes sexistes et transphobes tout en les reproduisant elle-même dans son réquisitoire. Elle oppose à nouveau la version des filles et des garçons en décrivant le mécanisme d'agression, en disant que pour elle il est clair que ce n'était ni une ratonnade ni une agression transphobe préméditée, mais que cela reste une agression transphobe. Puisque la seule qui sera cognée sera la jeune femme au titre du raisonnement suivant « T'es un trans, t'as une bite donc on peut te taper » et salue dans un trait d'humour « l'éthique des jeunes hommes à l'égard des autres femmes » à savoir les copines de la jeune femme qu'il n'ont pas voulu taper au motif que c'était des femmes, elles. Puis elle termine son réquisitoire sur un jugement de classe décrivant une virée en ville de « campagnards » qui agressent du fait de leur bêtise et leur intolérance ordinaire. Elle requiert donc un stage de citoyenneté pour les deux prévenus, 6 mois de sursis pour les deux et 2 ans de mise à l'épreuve pour le plus véhément et une indemnisation de la victime.

Scène 2

Vient ensuite la plaidoirie des avocats de la jeune femme. Son premier avocat souligne le fait qu'il y a un malaise avec le genre tout au long de l'enquête et par tous les maillons de chaîne judiciaire (les prévenus, leurs avocats, la police et le tribunal). Pour lui la police est particulièrement à blâmer sur la tenue d'une enquête qui a été bâclée (il compare d'ailleurs le travail des policiers ayant enquêté sur le terrain à un mauvais épisode des Experts). Il insiste ensuite sur la difficulté que représente le fait d'être trans aujourd'hui dans la société et sur l'arrachage de la perruque qui pour lui est un geste d'une violence inouïe niant l'identité de femme de sa cliente. Puis, la deuxième avocate prend le relais afin de dénoncer également le comportement de la police puisque durant l'audition de sa cliente les policiers trouveront « normal » que 4 mecs fassent chier des meufs dans la rue en fin de soirée, verront ça comme une scène banale et bonne enfant. Elle va même jusqu'à dénoncer le comportement individuel d'un OPJ [3] qui dira à la jeune femme qu'elle était quand même « susceptible ». Elle rajoute que, pour elle, la scène ne commence pas avec les coups, mais dès le moment ou de manière grivoise les quatre hommes viennent faire une réflexion aux filles. Elle vient souligner également pour terminer que la haine transphobe est une haine toute particulière qu'on reconnait parmi les autres. Que c'est parce que sa cliente a ressenti cette haine, a ressenti un danger qu'elle s'est défendue.

Enfin, pour terminer cette longue après-midi nous entendons les plaidoiries des deux avocats des prévenus. Le premier commence par dire que dans les tribunaux, aujourd'hui, il est difficile de traiter les dossiers LGBT ou concernant les « minorités sexuelles » parce que ces dossiers sont pilotés par la chancellerie [4] et les associations de lutte LGBT. Il dit que c'est ici un procès politique dans le sens où il vise par voie de presse, en parallèle de l'enquête, à promouvoir un système expérimental mis en place sur les affaires LGBT par l'association Flag ! dans la ville de Bordeaux, comme laboratoire, ainsi que le lancement prochain d'une application mobile [5]. Puis, il dénonce l'absence de présomption d'innocence concernant son client, que la justice n'est pas indépendante sur un procès comme celui-ci (Ah oui seulement dans ce cas-là ?!) et qu'on fait ici le procès du sexisme parce que c'est le sujet à la mode du moment. Parmi les meilleures phrases de sa plaidoirie, on entend « Mon client ne sait pas du tout ce qu'elle a dans le pantalon quand ils se battent » ou bien « On peut être transgenre et agresseur ce n'est pas un totem d'immunité ». Il demande une séparation entre la justice et la politique puisque pour lui ce n'est pas une affaire politique. Enfin, il utilise pour défendre son client une analogie bien bancale, celle du videur en boîte de nuit en disant : « Vous savez, de la même manière que les videurs séparent les bagarreurs de manière virile, mon client à tenter d'apaiser la situation pour créer un sas de sérénité. »

À sa suite, vient la cerise sur le gâteau-grosse-couilles avec la dernière plaidoirie qui commencera ainsi : « Je veux bien qu'on ait de la bienveillance et du respect pour chacun. On tolère bien sûr sa différence. » Avant d'enfoncer les portes ouvertes du virilisme : « Regardez là, elle est seule, elle n'est pas soutenue, ce qui prouve qu'elle affabule, puisque quand c'est réel, la société vous soutient et est derrière vous ». Il revient lui aussi sur le fait que ce procès est un procès politique en décrivant cette cellule spéciale de la police qui doit faire ses preuves politiquement et l'application du Flag !, association qui, selon lui, s'est répandue dans la presse afin de récupérer cette affaire médiatiquement et politiquement. Que ses clients avaient donc appris l'affaire par voie de presse et que pour montrer leur bonne foi (mais par peur bien sûr, ce sont les hommes), il s'étaient rendus au commissariat d'eux-mêmes (tout en portant plainte contre la jeune femme au passage). Sa défense se constitue en deux axes : le premier qui consiste à dire que c'est seulement une rixe d'ivrogne qui a mal tournée et pas une agression homophobe ou transphobe comme tout le monde essaie de le faire croire. Que certes son client s'était aperçu que « la jeune femme était en fait un homme une fois sa perruque dans la main », mais qu'il ne faut pas oublier qu' « il y a chez les garçons des décharges de testostérone et que même chez elle il y a encore un peu de ça » (chose qu'il explicite en mimant des couilles avec ses mains). Enfin, le deuxième axe de sa défense consiste à dire que « Fils de pute est quand même l'insulte la plus dure pour un homme » et à ce titre revient sur le rapport de l'accusé avec sa mère.

Au vu de l'heure, le président met fin aux débats et remet la décision de son tribunal au 6 mars 2020.

Acte III

« Regardez là, elle est seule, elle n'est pas soutenue, ce qui prouve qu'elle affabule, puisque quand c'est réel, la société vous soutient et est derrière vous », voilà comment l'avocat de la défense a jugé bon de terminer sa plaidoirie. Tout d'abord nous voulions te dire que non, tu n'étais pas seule, on était là, discrètement dans le fond de la salle et on t'a trouvée forte, tu étais digne, fière et ce malgré tous les coups supplémentaires portés par les mots de tous ceux qui on parlé de toi ce jour-là. Nous on a cru à ce que tu as raconté.

Cette histoire n'est finalement que le récit banal d'une réalité vécue par bon nombre d'entre nous. C'est l'histoire de celles et ceux pour qui la rue est un parcours d'obstacles permanent. Celles et ceux qui savent qu'une balade nocturne, une fin de soirée peut très vite déraper. Pendant ces longues heures de procès, nous avons pu remarquer l'ignorance de la justice face aux questions qui dépasse les limites bien cadrées de la société patriarcale-hétéro-coloniale dans laquelle nous vivons. Par ignorance ou par stratégie, c'est pendant plus de six heures qu'on a entendu être remise en question l'identité de femme de la victime, appelée tantôt « le trans », tantôt « le travesti » ou encore « l'homme », par ceux dont la gêne se faisait sentir lorsqu'ils devaient la nommer afin de ne pas paraître transphobe et à l'inverse ceux qui, comme si elle n'était pas là, ne faisaient attention à rien : il n'y en avait pas un pour rattraper l'autre. Tout l'enjeu du procès résidait essentiellement dans le fait d'arriver à savoir si l'agression subie par la jeune femme, pouvait être qualifiée de transphobe ou non. Les uns défendant ce point de vue, les autres dénonçant une manipulation politique.

Au sortir de cette affaire, il est évident qu'en comprenant la transidentité de la jeune femme, ses agresseurs ont redoublé de violence, provoquant en eux de la haine pour ce que représente l'autre une altérité qui finalement doit leur faire peur dans ce qu'elle provoque, dans ce qu'elle dérange : la déroute face à une norme établie depuis bien longtemps. Il est vrai que cette nuit-là ressemblait finalement à une nuit ordinaire, avec une bande d'hommes ordinaires, créant une situation ordinaire, face à une femme qui elle ne l'était pas parce qu'elle s'est défendue. Dans Se défendre Elsa Dorlin dit que la violence endurée par certaines personnes (à savoir celles et ceux que l'on considère comme faisant partie des « minorités ») les oblige à « Vivre dans une « inquiétude radicale » » [6], c'est-à-dire adapter constamment son comportement, être à l'affût des signes que l'autre nous renvoie, non pas pour prendre soin de lui, mais pour faire bien attention à ne pas l'énerver, faire quelque chose qui pourrait provoquer en lui de la violence, c'est ce qu'elle nomme le care négatif. En cela, l'accusée n'est pas comme les autres femmes, car en répliquant à ce groupe d'homme, elle change les rapports devenant active dans l'événement et c'est bien cela qui va leur déplaire, et qui les pousse à revenir, mais c'est aussi bien eux qui déclenchent les hostilités, c'est bien eux qui reviennent parce que leur ego de petits mâles ne peuvent pas supporter qu'une femme leur réponde, car à ce moment-là, c'était « bien une femme » comme ils le diront.

« On fait de cette affaire, une affaire politique et il faut séparer la justice et la politique. » Là encore, on voit qu'il y a incompréhension de beaucoup de choses. Il n'y a évidemment aucune séparation entre la justice et la politique, puisque dans le régime républicain français les lois sont votées par des élus, le parquet est piloté par le ministère de la Justice et toute affaire vient révéler des choses sur la société et les politiques publiques. Toutefois, ce qu'a sûrement voulu dire l'avocat c'est qu'il ne faut pas instrumentaliser le procès comme une pancarte publicitaire pour politique publique afin de promouvoir la nouvelle application mobile [7] de l'association FLAG. En effet, dès le départ, cette association s'est emparée de l'affaire nationalement en se répandant dans les médias sur les violences LGBTIphobes afin de promouvoir le lancement de leur future application mobile (du même nom que l'association reprenant l'apocope de « Flagrant délit ») qui a été lancée il y a quelques jours main dans la main avec la Secrétaire d'État Marlène Schiappa [8] et financée en partie par la Dilcrah [9] et par un crowdfunding sur Helloasso. Cette application permettra, à des personnes victimes ou témoins, de pouvoir signaler tout type de violence LGBTIphobes. Pour se faire, elle demandera de cocher quels types de violences (injures, diffamation, provocation à la haine et à la violence sur et hors internet, menace de violences ou encore menaces d'outing), puis d'indiquer dans quelle catégorie identitaire se caractérisent les faits (homophobie, lesbophobie, biphobie, transphobie, sérophobie ou autre), puis d'en identifier l'auteur (personne connue, collègue, voisin, inconnue, individu isolé ou groupe, membre de la famille ou encore policier LOL). Enfin, l'application enregistrera le signalement et le renverra vers des structures institutionnelles ou associatives (police, brigades numériques, le Refuge, SOS homophobie, etc.). Il est promis aux utilisateurs de l'application de pouvoir rester anonymes s'ils le souhaitent, tout en renseignant sa tranche d'âge, sa catégorie professionnelle, son genre, la date des faits et le lieu afin d'établir une cartographie. Nous ne donnons visiblement pas à « anonyme » le même sens que la police. In fine, le but est de pouvoir , à partir des données recueillies, développer des « politiques publiques » et des « actions ciblées ». Il est intéressant à ce titre de citer l'exemple donné par le président du Flag ! Johan Cavirot (et accessoirement ancien administrateur de l'association Le Refuge) : « Nous avons besoin de savoir où sont localisés les LGBTphobies afin de trouver des solutions adaptées avec nos partenaires. À Paris, par exemple, on ne fait pas de la prévention à Barbès comme on en fait dans le 16e arrondissement ou dans le Marais. Ce n'est pas la même typologie de public. » Les données seront compilées dans une étude sociologique conduite par un comité scientifique en partenariat avec la fondation Jean Jaurès. Là où le bât blesse c'est qu'on devine déjà à quel genre de conclusion raciste et classiste va mener le résultat de l'étude. On peut pointer également l'injonction à la délation et la participation active aux outils mis en place faisant se resserrer la toile de la « start-up nation » macronienne. La question principale à se poser est la suivante : serons-nous des partenaires et des collabos de ces politiques sécuritaires qui n'attendent (et l'histoire nous l'a appris) que peu de temps avant de se retourner contre nous ? Ou allons-nous refuser dès maintenant cette collaboration pernicieuse, perverse et nauséabonde ? Pour en revenir à l'affaire du 8 décembre, il est clair que le Flag ! y a vu une opportunité de pouvoir faire la publicité de son application de parfaits petits homo-flics, en se pensant indispensables dans la prise en charge de la victime et en revendiquant le soutient qu'ils ont pu lui apporter, pourtant c'est bien l'effet inverse qui s'est finalement produit. En effet, tout l'accompagnement médiatique qu'ils ont apporté et fait faire à la jeune femme l'a plutôt desservi durant tout le procès, tant aux yeux du tribunal qu'aux yeux des avocats de la défense, l'obligeant de surcroît à se présenter seule pour ne pas donner au tribunal l'image d'un procès qui se serait fait avant le procès. Et c'est là que l'intérêt des uns prend le pas sur la défense des autres.

Pour terminer, on pourrait encore commenter beaucoup de phrases entendues durant ce procès. Comme ce moment où la vice-procureur fait un amalgame venant prédire étrangement à qui l'application Flag ! va s'attaquer : elle a souligné le fait que l'ignorance et la bêtise des agresseurs, venant de la campagne ou du moins de zones périphériques à la grande ville, s'entendait très bien du fait de leur appartenance sociale ; ou encore ce moment où un avocat de la défense ouvrait sa plaidoirie en disant qu'il tolérait bien évidemment la différence, ce à quoi on avait envie de lui répondre en hurlant cette phrase de Pier Paolo Pasolini : « Il est intolérable d'être toléré » [10]. Ce procès est venu confirmer les intuitions que l'on a déjà toutes et tous sur le fait de porter plainte, de s'associer à la police et à la justice pour se défendre et à n'être qu'un pion servant des intérêts de surveillance et de flicage de la population. On a vu ici se rejouer une scène tendance et perpétuelle qui se joue sans cesse dans un État dont les institutions sont celles d'un monde patriarcal hétéro-colonial auquel nous appelons à la désertion.

Melle Durex et Melle Latex pour TROUNOIR.ORG
Juristes spécialisées dans les capotes, les fétiches, la protection des données et de la vie privée.


[1] Flag ! est l'association LGBT+ des personnels du ministère de l'intérieur et du ministère de la justice crée en 2001 afin de lutter contre les discriminations dans ces deux ministères, mais aussi auprès de la population les sollicitants. Le président national est Johan Cavirot et le délégué régional de l'association en Nouvelle-Aquitaine est Laurent Turbiez. Elle compte aujourd'hui 600 membres.

[2] En France, le parcours d'une personne qui souhaite s'engager dans une transition (incluant ou non des opérations chirurgicales) doit en théorie commencer par la consultation d'un psychiatre. Il faut en principe une attestation de ce dernier certifiant que vous êtes bien atteint de « Dysphorie de genre » et que vous ne souffrez d'aucune pathologie mentale. L'attestation délivrée par le psychiatre permet d'accéder au traitement hormonal sous le contrôle d'un endocrinologue. Une intervention chirurgicale de résignation peut ensuite être envisagée. La dernière étape d'un parcours de transition n'est pas la plus facile : l'obtention du changement d'état-civil reste, en France, soumise à l'appréciation des tribunaux.

[3] Officier de Police Judiciaire

[4] Ministère de la justice

[6] Se Defendre Elsa Dorlin p175

[8] Secrétaire d'état chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations.

[9] *Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT.

[10] Pier Paolo Pasolini, Écrits corsaires, p.259