Archive dans 13 avril 2020

A Oissel, les prisonniers sont en grève de la faim

L'Etat d'urgence mondial est déclaré, les frontières sont fermées peu à peu, on ne peut plus circuler librement même à l'intérieur d'un pays, mais les prisonniers des centres de rétention, alors même qu'ils ne peuvent pas quitter la France, restent enfermés. Depuis le début de cette situation d'urgence sanitaire, elles et ils réclament leur libération.

Dans les centres de rétention, par ailleurs, la pandémie ne semble pas être une préoccupation pour l'Etat : quand des masques ou du gel sont fournis, c'est qu'il y a déjà des prisonniers malades. (voir cet article sur « A bas les CRA »)

Depuis samedi 11 avril, plusieurs révoltes sont en cours dans au moins trois centres de rétention : Mesnil-Amelot, Vincennes et Oissel.

Samedi, à Vincennes, un nouveau prisonnier a été déclaré positif au coronavirus, et les infirmières commencent alors à dire à des prisonniers « qu'ils sont tous contaminés ». Un feu est alors allumé dans une cellule et les prisonnniers sont sortis dans la promenade pendant que les flics font une fouille du batiment.

Samedi 11, au matin, après avoir passé 2 jours en cellule d'isolement, un prisonnier du CRA du Mesnil-Amelot est libéré discrètement par la PAF alors qu'il présente les symptômes du coronavirus. Après une assemblée en fin d'après midi, les prisonniers décident de bloquer la promenade pour exiger leur libération. Le soir, la direction du CRA tente de les convaincre de rentrer sans rien obtenir.
Les prisonniers décident alors de passer la nuit dehors tous ensemble pour continuer à protester. Le lendemain matin, le dimanche 12, la majorité des prisonniers décident de sauter la barrière les séparant du bâtiment où sont enfermées les femmes. Les CRS interviennent auprès des flics en tenue anti-émeute. Une partie des prisonniers se fait frapper pendant que les flics font une fouille générale des batiments. Puis les les prisonniers sont ramenés de force dans leurs cellules à l'exception de 8 personnes qui se font interpeller puis transférer dans d'autres prisons. (5 à Lille et 3 à Oissel).

Extrait du CRA du Mesnil au 11 Avril

Le même soir (le 12) les prisonniers du centre de rétention de Oissel se mettent en grève de la faim pour exiger leur libération immédiate. Les trois prisonniers transférés du Mesnil-Amelot, rejoignent la lutte dès leur arrivée. Pour le moment les prisonniers n'ont obtenu aucune réponse de la part de l'administration.

article sur la situation dans les CRA au 10 avril :

COUP DE SIFFLET FINAL

Championnats 2019/2020

On devrait être fixé cette semaine

Après quatre semaines de pause, le football régional a du mal à se projeter vers une hypothétique fin de saison. Le 3 avril, la fédération française de football avait insisté sur l’urgence d’attendre. Elle devrait annoncer cette semaine la fin des championnats.
La question est désormais de savoir comment établir les classements. Réponse cette semaine…

FIN du CONFINEMENT: Hervé MORIN veut une date!

Et il a bien raison!

Tout le monde le sait maintenant: le confinement était la seule arme dont nous disposions pour limiter l'impact du covid-19 faute d'en avoir d'autres (masques, tests, surblouses, etc...) et le confinement va durer tant que nous n'aurons pas les outils matériels en nombre suffisant pour gérer le déconfinement (masques, tests, surblouses, etc...).

Il faut cesser de communiquer et nous dire la vérité: le déconfinement risque de durer plus longtemps que le confinement. Il faut donc définir avec précision cette durée et fixer une date de fin. Bref! il faut établir un "rétro-planning" du déconfinement pour que tous les responsables publics ou privés qui doivent prendre des décisions, puissent les prendre.

Cela relève du bon sens!

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Avant la nouvelle allocution du président de la République prévue de lundi 13 avril, Edouard Philippe a consulté tout azimut pendant le week-end pascal: Hervé Morin, le président de la Normandie lui a conseillé de fixer une date. On espère que le président normand aura été entendu!


 

https://actu.fr/societe/coronavirus/fin-confinement-consulte-par-edouard-philippe-herve-morin-lui-conseille-fixer-une-date_32969755.html

Fin de confinement : consulté par Edouard Philippe, Hervé Morin lui conseille de fixer une date

Lundi 13 avril, Emmanuel Macron va de nouveau s'adresser aux Français pour évoquer le confinement. Edouard Philippe a passé le week-end à consulter les chefs de partis.

Lundi 13 avril 2020, le chef de l’Etat va prendre la parole pour la troisième fois depuis le début de l’épidémie de Coronavirus. A coup sûr Emmanuel Macron va annoncer un prolongement des mesures de confinement. Mais pour combien de temps ?

Ce dimanche soir 12 avril la décision ne semble toujours pas prise. La preuve, outre les consultations régulières du comité scientifique auprès de qui l’Etat prend conseil, Edouard Philippe a passé le week-end à consulter les chefs de partis et présidents des groupes parlementaires.

A 18 heures, c’est Hervé Morin, patron des Centristes qui a reçu l’appel du Premier ministre pour un entretien d’une quarantaine de minutes. « Il m’a dit faire le tour des responsables de partis pour recueillir leur avis : déconfinement, pas déconfinement… Et pour un échange large sur la question de l’épidémie. »

Le Premier ministre ne parle pas beaucoup, mais il écoute. Je lui ai dit que pour moi, il ne faut pas déconfiner, pas encore mais il faut donner un cap aux Français. Il faut une date pour ne pas revenir tous les quinze jours pour annoncer un nouveau prolongement.

Il y aurait un risque majeur à ne pas fixer de date

Pour le Président de la région Normandie, ancien ministre de la Défense, il y aurait un risque majeur à ne pas de fixer de date, « celui que la situation devienne insupportable pour beaucoup de Français… »

Les acteurs économiques, sociaux associatifs, sportifs ont besoin d’entendre le chef de l’Etat aborder une hypothèse de déconfinement pour être en mesure de construire leur propre plan de relance.

J’ai expliqué à Edouard Philippe être sollicité par les professionnels du tourisme en Normandie pour financer une grande campagne de promotion de la Région, puisqu’on estime que beaucoup de Français renonceront à partir à l’étranger l’été prochain. Mais encore faut-il que je sache si les plages seront rouvertes ! Il m’a dit entendre ces arguments. 

Les collectivités locales seront là pour les exclus de la solidarité nationale

Pour être en capacité de mobiliser les collectivités locales lorsqu’il faudra apporter des aides immédiates aux entreprises, notamment toutes celles qui sont exclues des dispositifs relevant de la solidarité nationale, Hervé Morin a demandé à Edouard Philippe de faire en sorte que les lignes budgétaires affectées relèvent des budgets d’investissement et non de fonctionnement « comme l’administration nous l’impose aujourd’hui. Cela pour nous permettre d’emprunter facilement et donc intervenir directement auprès des entrepreneurs. »

Avec les communautés de communes, avec les villes, on peut être en capacité d’agir vite pour soutenir les entrepreneurs à la fin de la crise, mais il faut nous aider du point de vue administratif. Et aussi faire en sorte, que tout le monde puisse avoir un masque…

Les EHPAD vont former la deuxième vague, et elle sera terrible

Le sujet des EHPAD a bien évidemment été évoqué. « J’ai indiqué au Premier ministre que cette deuxième vague s’annonce terrible. 117 des 380 établissements de Normandie ont recensé au moins un cas. Et à aujourd’hui on dénombre 90 décès dans ces établissements chez nous. 

Sur ce plan, Edouard Philippe a répondu à Hervé Morin, « ce sujet est très difficile… »

Bayeux a les honneurs de l’hebdomadaire Le Point dans sa série: Les cathédrales pour les NULS!

L'Etoile de Normandie a repéré ceci: la cathédrale de Bayeux, l'une de nos sept cathédrales normandes a les honneurs de la presse hebdomadaire nationale...

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https://www.lepoint.fr/culture/les-secrets-des-cathedrales-notre-dame-de-bayeux-la-belle-normande-16-04-2017-2120121_3.php#

Les secrets des cathédrales : Notre-Dame de Bayeux, la belle Normande

VIDÉO. Moins célèbre que les autres cathédrales, c'est pourtant l'un de nos coups de cœur du fait de son mélange de style roman et gothique.

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La cathédrale de Bayeux gagne à être connue, ne serait-ce que pour découvrir son étonnant mélange de styles architecturaux roman et gothique, à la sauce normande. Elle possède une incomparable luminosité, qui ferait presque comparer Notre-Dame de Paris à une taverne. La Notre-Dame normande possède effectivement d'immenses baies vitrées.

Trésors architecturaux

En plus d'être lumineuse, Notre-Dame de Bayeux conserve des trésors architecturaux disparus ailleurs. Ainsi l'architecte des monuments de France Jérôme Beaunay, conservateur de la cathédrale, nous a ouvert exceptionnellement la salle du chapitre datant de la fin du XIIe siècle. Elle possède encore son sol d'origine, orné d'un mini-labyrinthe. De même nous a-t-il conduits dans la salle du trésor dont un des murs est recouvert par un immense meuble datant du XIIIe siècle, lequel n'a pas bougé depuis sa mise en place. Il a été construit pour abriter les trésors de la cathédrale, malheureusement disparus au fil des siècles et des guerres. Néanmoins, la salle du trésor abrite encore un vieux coffre en bois ne payant pas de mine. C'est pourtant lui qui a abrité durant de longs siècles la tapisserie de Bayeux, exposée aujourd'hui dans un musée de la ville.

Cette tapisserie est intimement liée à la cathédrale, car il est aujourd'hui admis qu'elle a été commandée par l'évêque de Bayeux, Odon de Conteville, qui entama la construction de l'édifice et qui participa à la conquête de l'Angleterre aux côtés de son demi-frère, Guillaume le Conquérant, en 1066. Rappelons à ceux qui l'auraient oublié que la tapisserie de Bayeux relate ce haut fait d'armes.

Patchwork stylistique

La précédente cathédrale carolingienne ayant brûlé, l'évêque de Bayeux Hugues II entreprend sa reconstruction en 1040, mais il meurt rapidement, passant le relais à son successeur, le fameux Odon. Nous sommes un siècle avant l'apparition du gothique à Sens. La nouvelle Notre-Dame d'Odon relève donc de l'art roman, sauce normande. Ce n'est qu'un siècle plus tard, à la suite d'un nouvel incendie en 1160, que la reconstruction fait appel à cette nouvelle architecture née en Île-de-France, qui sera baptisée « gothique » à la Renaissance (terme péjoratif, désignant un art barbare, celui des Goth).

Après la reconstruction qui s'étale sur trois siècles, la cathédrale devient un patchwork stylistique. Le roman s'observe, aujourd'hui encore, dans les tours de la façade occidentale, la crypte bâtie entre 1050 et 1060 (les anges musiciens peints sur les piliers datent néanmoins du XVe siècle), les grandes arcades inférieures, en plein cintre de la nef. Le gothique s'exprime partout ailleurs avec un « accent normand » se manifestant par des arcs brisés très aigus, de multiples colonnettes. Une façade gothique a été plaquée sur la façade d'entrée.

Lire dans la collection La Grâce d'une cathédrale (éditions La nuée bleue) : Bayeux, joyau du gothique normand. Sous la direction de Mgr Jean-Claude Boulanger.

Consultez notre dossier : Les secrets des cathédrales


 Commentaire de Florestan:

L'initiative de l'hebdomadaire "Le Point" est louable car on sait depuis le livre prémonitoire du philosophe normand Marcel Gauchet, "le désenchantement du Monde" (1985) que la culture générale chrétienne s'est effondrée avec la quasi disparition de la pratique religieuse catholique comme fait culturel et social majoritaire en France.

Il y a un an, Notre-Dame de Paris brûlait.

Et on se souvient des émissions en direct et en continue proposées par les grandes chaînes de télévision: à la fin de cette bien triste soirée du Lundi saint 2019, il était accablant d'avoir à observer une double catastrophe culturelle sinon spirituelle dans l'ordre du symbolique pour l'ensemble de notre communauté nationale.

En effet, les journalistes qui couvraient en direct l'incendie de notre cathédrale nationale étaient, en effet, littéralement incapables de le décrire... faute de connaître les mots de l'architecture d'une cathédrale médiévale!

C'est ainsi que sur BFMTV on nous a fait savoir toute la soirée que c'était le "plafond" (sic!) de la cathédrale qui était la proie des flammes. Jamais le mot "voûte" ne fut prononcée et encore moins l'expression "croisée d'ogives"!

Pis! Le manque de culture générale sur l'architecture médiévale a été un facteur handicapant dans l'urgence pour localiser, avec précision, le début du sinistre: quand on ne sait pas ce que les mots"transept", "déambulatoire", "triforium", "arc formeret" peuvent signifier, cela n'aide pas...

Cette série proposée par l'un des grands hebdomadaires nationaux (donc parisiens) sur le "secret des cathédrales" donne l'impression d'un repentir sinon d'un remord: un dossier, certes, pédagogiquement efficace mais que l'on pourrait rebaptiser "les cathédrales pour les Nuls" tant la culture générale, notamment chrétienne, des journalistes censés faire une sorte d'éducation populaire du "grand public" est... nulle!

Pour s'en convaincre, il suffit de regarder, avec le son, la petite vidéo proposée par Le Point pour illustrer notre belle cathédrale normande: c'est intolérable à écouter!

Notamment le choix de la musique illustrative qui est comme une signature de l'inculture religieuse de nos soi-disant élites médiatiques.

En effet, dans la hiérarchie de la curiosité culturelle (qui est une cascade du mépris) aujourd'hui idéologiquement dominée par tous les sous-produits industriels du "soft power" américain, la connaissance du patrimoine musical européen profondément marqué par la pratique religieuse chrétienne, arrive à la dernière place...

En conséquence, les cathédrales de France ont beaucoup plus de secrets aujourd'hui qu'autrefois!

[Radio] De la nécessité de l’auto-organisation

Émission autour de la nécessité vitale de l'auto-organisation sociale et politique en temps de confinement et au-delà, avec des interventions depuis Rouen et Montreuil. Plateau réalisé le 11 avril 2020 de 16h à 18h sur l'Acentrale, collectif de radios qui participent aux luttes sociales, avec ∏node.

Lien de téléchargement sur l'Internet Archive : https://archive.org/details/acentrale-11avril20-autoorganisation

  1. Présentation du plateau et de la question de l'auto-organisation + évocation de « Faites le care, pas la guerre » de Nicolas Haeringer dans Mouvements + point sur la réquisition d'un MacDo de Marseille + « Tant qu'on sera 3 ou 4 » de Rémy Cerda pour la revue sonore Le Grain des choses.
  2. Lecture de « Il est temps de construire des brigades » de Commune Mag + discussion avec la brigade de solidarité populaire de Montreuil et le réseau d'entraide et de solidarité de Rouen autour des distributions de repas, de masques et de produits de première nécessité qu'ils assurent, de leur analyse politique du confinement, de leurs besoins et de leurs prochains rendez-vous.
  3. « Chants nocturnes » de Benoît Bories + chronique autour du texte « Revenu de confinement maintenant ! » d'Augusto Illuminato et Clap, traduit par Jef Klak + point sur la grève des loyers et les conseils pratiques du collectif On ne paie plus ! 31.
  4. Entretien avec Chloé Chalot, avocate, sur les amendes abusives pour non respect du confinement ou courses non conformes et comment les contester, sur l'évolution du droit en cette période d'urgence sanitaire et sur la situation dans les prisons + chronique sur le décès d'un sans-abri au mains de la police et sur les violences policières + « Breil » de Nooj (BO de À nos corps défendants de IanB).

Voir aussi l'émission du 4 avril sur la grève des loyers, les maraudes, la protection mutuelle.

Le gouvernement craint une révolte lors du déconfinement – Des médias militants dans le viseur

📰 LUCIDE, LE GOUVERNEMENT CRAINT DÉJÀ LA RÉVOLTE LORS DU DÉCONFINEMENT – Les médias Nantes révoltée et Rouen dans la rue accusés dans la presse – Dans un éclair de lucidité, « les agents du service central du renseignement territorial », autrement dit, la police politique du gouvernement, craignent un « embrasement après le confinement …

Le confinement modifie les mouvements de la Terre. Rendue à sa vibration première elle nous murmure quelque chose

🌎 LE CONFINEMENT MODIFIE LES MOUVEMENTS DE LA TERRE, RENDUE À SA VIBRATION PREMIÈRE ELLE NOUS MURMURE QUELQUE CHOSE La terre vibre en permanence. Au-delà de la rotation autour de son axe et autour du soleil, elle est animée d’un mouvement continu, d’un tremblement, d’un bourdonnement – une respiration pourrait-on dire. Il s’agit d’un phénomène …

VIDEO – Quand la violence et la brutalité policière représentent une menace plus grande que le virus

‼️ «TUEZ-LES PAR BALLE» ! Quand la violence et la brutalité policière représentent une menace plus grande que le virus. Philippines, Inde, Népal, Equateur, Argentine, Afrique du Sud, etc., depuis le début de l’épidémie Covid-19, les forces de police utilisent le confinement pour harceler, humilier, et même parfois tuer celles et ceux identifiés comme risque …

Enfermer, enfermer toujours… la situation dans les CRA au 10 avril

L'état d'urgence en cours semble avoir tout changé : le confinement, la militarisation totale des villes, les frontières fermées… et pourtant, cette situation inédite permet aussi de voir plus clairement tout un tas de choses sur le fonctionnement “normal” du système de domination et d'exploitation dans lequel on vit. Les centres de rétention administrative en sont un bon exemple.

N'importe qui peut discuter avec les prisonnier-es en CRA en appelant les cabines.
En ce moment encore plus que d'habitude, vous pouvez appeler les cabines des CRA pour témoigner de votre solidarité. Si vous ne l'avez jamais fait et que vous vous demandez quoi dire, voilà quelques idées : Soutenir les retenu.e.s – Numéros et adresses des CRA

SITUATION LE 10 AVRIL

La machine à expulser n'arrive plus à expulser comme elle le voudrait, et les CRA montrent leur vrai visage : celui de la prison pure et simple, pour enfermer les personnes qui n'ont pas les bons papiers. Peu importe si les sans-papiers ne peuvent pas être déport·e·s, si le fait de les entasser dans des cellules augmente le risque qu'iels chopent le virus, s'iels sont encore plus isolé·e·s que d'habitude, dans des conditions qui étaient déjà merdiques et dangereuses. Il faut continuer à enfermer, tant pis pour elleux s'iels crèvent. Les CRA, servent à punir les sans-pap, à leur faire peur, à les humilier, à les torturer. Si la plupart de ces taules pour sans-papiers sont actuellement fermées, d'autres continuent de fonctionner malgré la pandémie. C'est une manière pour l'état, les tribunaux, les flics et les préfectures de dire : “Vos vies valent moins que rien”. Virus ou pas, le racisme d'État fonctionne toujours très bien.

Les tribunaux continuent à faire ce qu'ils faisaient avant : empêcher les gens de sortir, renouveler la période d'enfermement pour un mois de plus. Les violences et les insultes de la part des flics sont toujours les mêmes. Pour le reste, la situation a empiré : depuis le début du confinement, les parloirs sont interdits, la bouffe et l'accès aux soins sont devenus encore plus pourris, les cellules et les salles communes sont hyper sales. Rien d'étonnant si certains prisonniers·ères ont chopé le virus. Le dernier, hier (9 avril) à Vincennes.

Le risque de contagion augmente la peur et la rage des prisonniers·ères. Des luttes éclatent : les résistances face aux keufs sont quotidiennes, des mobilisations collectives revendiquent la libération de tout le monde et dénoncent les conditions sanitaires dégueulasses, des grèves de la faim sont lancées régulièrement, des témoignages et des communiqués sortent pour faire connaitre à l'extérieur ce qui se passe dans les centres.

Que faire pour les soutenir ? Aujourd'hui, être solidaires avec les prisonniers·ères et lutter contre la machine à enfermer est encore plus difficile qu'avant. Appeler les cabines est toujours important. On peut aussi tenter d'autres petits gestes pour rappeler aux individus qui permettent aux CRA de continuer à fonctionner qu'on les aime pas, et pour essayer de les faire chier un peu. Par exemple, en continuant le mail-bombing contre les préfecture (l'appel audio à faire tourner et le texte à envoyer avec les adresses mails).

Sur le lien difficile avec l'extérieur

Comme pour tous les lieux d'enfermements (EHPAD, HP, taules..), les parloirs sont fermés depuis le 17 mars. Depuis cette date, aucune intervention officielle n'a été faite sur les centres de rétention. Sans parloirs pas de possibilité de récupérer de l'argent pour cantiner (faire des achats type clope, crédit téléphonique ou gâteaux) et des habits (témoignages sur ça ici).

Les keufs de la PAF continuent d'essayer de briser les liens de solidarité, par exemple en transférant un prisonnier du CRA de Lille “trop soutenu“ par sa famille ( qui apporte des affaires) dans un autre CRA très éloigné, ou encore, en réprimant encore plus les retenus du Mesnil-Amelot lorsqu'ils ont repérés qu'ils parlaient au téléphone avec des solidaires.
Dans beaucoup de CRA, les cabines sont hors-service ou les numéros invalides. Alors qu'il n'y a plus de visites possible, au CRA de Cornebarieu-Toulouse, par exemple, les prisonniers ont été regroupé dans le bâtiment dont la cabine ne fonctionne pas.

Sur la “Justice”

Les possibilités de se défendre pour les prisonnier·e·s déjà quasi inexistantes en temps normal se réduisent encore : dans la majorité des centres la préfecture à mis en place des jugements par visio-conférence, ce qui était déjà une tendance avant le confinement. Lors de ces audiences en visio, les prisonnier·e·s ne peuvent pas s'exprimer et ne peuvent pas échanger avec leurs avocat·e·s.
À la prison du Mesnil-Amelot les jugements se font sur requête, sans la présence des prisonniers, qui n'ont aucune communication avec leurs avocat.e.s commis d'office en commun et qui ne sont informés que des dates de jugements puis du résultat au micro.

Certains CRA ont été vidés depuis le début du confinement, comme en ce moment à Metz, Bordeaux, Nimes, Nice, Strasbourg, Sète, Hendaye, ou Marseille. Mais ils rouvrent parfois pour transférer des personnes sortant de prison qui y sont enfermé·e·s pendant quelques jours avant d'être libérées avec assignation à résidence.

Dans les CRA qui restent ouverts, certains bâtiment fermés les semaines précédentes rouvrent : à Lille alors que la semaine dernière un seul bâtiment était ouvert, un deuxième l'a été il y a quelques jours et un troisième le sera bientôt.

Il resterait plus de 170 prisonniers dans les CRA : une cinquantaine à Vincennes, une quarantaine à Mesnil-Amelot, une quarantaine à Lille, une dizaine à Oissel, 5 à Toulouse, une trentaine à Lyon.

Les associations qui font du soutien juridique dans ces prisons ont fait des vagues de DML (demande de mise en liberté) pour tous les prisonniers en s'appuyant à la fois sur la fermeture des frontières (et donc l'impossibilité d'expulser) et les conditions sanitaires. Dans les 10 premiers jours, les juges ont libéré massivement : il reste aujourd'hui 170 prisonniers contre plus de 1400 le 16 mars.

Fin mars, ces mêmes associations font un référé devant le Conseil d'Etat pour demander “la fermeture temporaire des CRA”, qui est rejeté le 27 mars. Depuis il y a de moins en moins de libérations, les juges considérant qu'il n'y a plus de risques de contamination dans les CRA parce qu'il y a moins de prisonnier.e.s enfermé.e.s. À Vincennes l'asso à l'intérieur a fait une 2e vague de DML (Demande de Mise en Liberté) massive mais tout a été rejeté et les recours aussi. S'il y a eu des libérations et des prisons qui ont été vidées, les préfectures ont tenté de continuer à y enfermer un maximum de personnes et d'expulser tant que c'était possible.

La préfecture continue de maintenir des prisonnier.e.s enfermés plusieurs semaines avant le confinement et toujours pas libérés (la rétention maximale en France est de 90 jours), mais aussi depuis des personnes qui sortent de prison ou encore des personnes arrêtées dans la rue suite à des contrôles, car le confinement a encore renforcé les contrôles d'identité et arrestations arbitraires.

Bref le CRA reprend son fonctionnement habituel. Certains CRA se remplissent meme ces derniers temps : au Mesnil-Amelot une dizaine de personne arrive chaque jour du coup le bâtiment 12 à été rouvert et ils sont maintenant de nouveaux à 3 ou 4 par chambre, à Vincennes chaque jour il y a, à nouveau, plus d'arrivées que de libérations.

Ce sont toujours les même personnes qui subissent les contradictions d'un État raciste : à la fois obligées de travailler pendant cette période alors que la plupart de la population est confinée, et ciblées par les contrôles récurrents, par la répression et par l'enfermement.

Sur les soins et l'hygiène

Comme on l'a déjà dit plus haut, les prisonniers-ères font déjà face en temps normal aux refus de soins voire à des ruptures de traitement, désormais c'est pire encore. Beaucoup de personnes enfermées en ce moment ont des états de santé considérés à risque (cancer, diabètes…) et ne bénéficient pourtant d'aucune protection particulière.

Actuellement au Mesnil-Amelot un retenu qui a la maladie de Charcot a été enfermé entrainant une interruption brutale de ses traitements quotidiens. Il avait obtenu du juge une remise de peine pour ses 3 derniers mois de prison suite à un examen à l'hopital de Fresnes qui le jugeait particulièrement à risque en cas de contamination. Alors que des matons l'ont encouragé à appeler sa famille pour venir le chercher à la sortie, il se retrouve face aux flics de la PAF et transféré directement au CRA. A l'audience JLD (Juge des Libertés et de la Détention) il a été prolongé sous prétexte qu'il n'avait pas de certificat médical, audience à laquelle il n'était pas présent ni au téléphone ni en visioconférence. On développe ici un cas mais cette situation n'a rien d'une exception.

Les prisonniers enfermés n'ont pas accès à des tests mais pour autant sont prolongés car les juges considèrent qu'il n'y a pas de risque de contamination. C'est carrément du foutage de gueule : dans les CRA les mesures sanitaires ne sont pas respectées du tout.
Les conditions d'hygiène sont désastreuses, comme le confirment des photos sorties du CRA de Lille. Ou encore, à Oissel la semaine dernière tous les retenus étaient cloués au lit, sans aération des chambres, sans aucune protection, sans informations.

Enfermer et laisser des gens enfermés dans ces prisons est, d'autant plus en ce moment d'épidémie, un choix politique : les préfectures et l'État ont décidé de “courir le risque” de laisser, et même faire, crever des sans-papiers.

Luttes

Au CRA du Mesnil-Amelot, le 30 mars au matin quasi tous les retenus étaient en grève de la faim et ont écrit un communiqué qui appelle les journalistes et les gens à l'extérieur à se saisir de la question. Le lendemain (31.03) les prisonniers demandent aux associations de relayer un maximum leur communiqué, de contacter la préfecture pour exiger la fermeture du centre, de contacter des journalistes pour que les prisonniers soient entendus dehors. Le 2 avril certains retenus sont toujours en grève de la faim.

Dans le même temps à la prison pour sans papier de Lesquin vers Lille, la majorité des personnes enfermées vont se mettre en grève. Depuis rien a changé, toujours très peu de libérations et de plus en plus de personnes enfermées. Pas mal de retenus expriment un gros coup au moral, n'ont plus la de force pour lutter et perdent espoir. Ils expliquent que la solidarité entre prisonniers est mise à l'épreuve par la maladie, comme c'était le cas aussi à Oissel la semaine dernière alors que quasi tout le monde était malade.
Le 9 avril quasiment tous les les prisonniers (34 sur 38) du centre de Lesquin se remettent en grève de la faim pour exiger des réponses de l'administration et que soient mises en place des mesures de prévention face au COVID, que les prisonniers puissent cantiner.

Hier, on a eu l'info qu'à Vincennes un prisonnier est malade et alors que les flics même ont été obligés de confirmer qu'il s'agissait du Covid–19, il n'a pas été hospitalisé mais mis en isolement ! Enfermé depuis plus d'un mois, il a forcement été contaminé au centre. Les prisonniers du batiment 2A ont alors commencé à gueuler et à foutre un peu le bordel, suite à quoi ils ont reçu des masques. Ils refusent d'être mis dans des cellules individuelles comme les flics l'ont demandé : “maintenant c'est trop tard, pourquoi vous avez pas fait ça avant ?”. Ils ont refusé collectivement de manger, ils paniquent et ils sont vénérs.
La quasi totalité des retenus du 2B ont refusé collectivement les masques ainsi que d'être divisés individuellement dans les chambres. Les prisonniers captent bien le foutage de gueule, que porter des masques n'auraient pas de sens parce que ça fait deux mois qu'ils sont enfermés ensemble sans aucune précaution. La seule possibilité c'est la libération.

Alors que des solidarités se tissent à l'intérieur et les luttes continuent, le contact avec l'extérieur est désormais encore plus difficile et que la répression des flics est rendue encore plus invisible.
Même si on est confiné.e.s, soutenons-les !

Libération immédiate de tou·te·s les prisonniers·ères !
Virus ou pas, disparition des CRA !


La parole des prisonniers·ères à faire circuler au max :

Article initialement publié sur abaslescra.noblogs.org et bientôt dispo en anglais