Archive dans 1 juillet 2020

La guerre franco-anglaise des huîtres dans le Cotentin

Les huîtres sont depuis longtemps un mets prisé par toutes les couches de la société et figurent en bonne place sur les meilleures tables. Nature morte d’Abraham Mignon, entre 1660 et 1679. (Huile sur panneau, 55 × 45 cm. Achat avec le concours de la fondation Rembrandt - © Rijksmuseum d’Amsterdam. Domaine public. www.rijksmuseum.nl)


 
Extrait Patrimoine Normand N°114.
Par Serge Van Den Broucke.

La rivalité entre pêcheurs normands et anglais n'a pas attendu le Brexit pour exister. Au début du XIXe siècle, sur la côte ouest du Cotentin, une véritable flotte de navires britanniques vint frauduleusement draguer les bancs d'huîtres dans des proportions considérables. Un conflit qui se régla difficilement en échanges d'insultes et en coups de fusil !

Depuis le 1er février 2020, les pêcheurs normands et bretons n'ont plus accès aux eaux des îles Anglo-Normandes, dans le cadre des nouvelles dispositions du Brexit. Mais l'affaire n'est pas nouvelle. Remontons le temps : le matin du 9 mars 1821, les pêcheurs de Granville s'apprêtaient, comme à l'accoutumée, à sortir dans la baie pour aller travailler. Mais quel ne fut pas leur étonnement d'y découvrir une dizaine de bateaux anglais tranquillement occupés à draguer les bancs d'huîtres, comme si de rien n'était, en toute illégalité. À la surprise des Normands succéda rapidement la colère, et ils firent aussitôt appel aux gardes afin d'intimer aux malotrus l'ordre de décamper et de retourner pêcher dans leurs eaux. Plusieurs capitaines obéirent, levèrent l'ancre en faisant preuve de bonne volonté, et s'en retour...
 

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Exposition « Meteoro »

«Meteoro»

Exposition des photographies de Federico Reparaz, photographe Duclairois.

Découvrez le long d’une balade en bord de Seine, les 50 photographies en formats géants installées sur 450 mètres de quais.

Château de Pinterville, ou la passion de l’esprit

Le château de Pinterville. (© Association Hygrekaile)


 
Extrait Patrimoine Normand N°114.
Par Virginie Michelland.

Certains lieux semblent conçus pour inspirer une vie intellectuelle. Derrière ses grilles, le château de Pinterville décline ainsi la passion de ses détenteurs successifs pour la beauté et l'esprit, écrivant son histoire au fil des siècles à l'ombre de ses grands arbres. Une histoire au long cours, que nous ont rapportée ses actuels propriétaires, Édith et Jean-Luc de Feuardent.

 

un emplacement stratégique

S'il constitue aujourd'hui une maison familiale où l'on s'éveille au chant des oiseaux, le site est surtout, de longue date, un lieu d'échanges. Une villa (domaine agricole) romaine y a été excavée en 1855. Quant aux Allemands, ils ont découvert en 1943 une étonnante allée sépulcrale néolithique. Les deux éléments sont classés monument historique. Une belle entrée en matière pour une aventure à travers les siècles.

La nature se montre ici généreuse : un endroit où serpente une rivière ne peut qu'être béni des dieux, surtout lorsqu'une forêt y déploie ses ombrages et que la terre y est fertile. Un gué, fréquenté depuis toujours par les animaux, puis par les hommes, constitue le creuset du futur fief. Les terres appartiennent au IXe siècle à l'abbaye Saint-Taurin d’Évreux. Plus tard, au temps de la Normandie ducale, on y construira une forteresse dont il subsiste quelques pans de murs. Quelques siècles plus tard, Renaud Tatin, maître arbalétrier de Philippe Auguste, reçoit Pinterville des mains de son souverain, en ré...

 

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La bête humaine – Chef-d’œuvre littéraire et du septième art

Arrivée d'un train en provenance de Normandie à la gare de Paris Saint-Lazare en 1877. Huile sur toile de Claude Monet, 80.2 × 60.3 cm. (Collection de M. & Mme Martin A. Ryerson - © Art Institute of Chicago - Domaine public – www.artic.edu)


 
Extrait Patrimoine Normand N°114.
Par Stéphane William Gondoin.

Paru en 1890, ce roman est le dix-septième volume de la série des Rougon-Macquart, initiée en 1871 avec La fortune des Rougon et qui se veut une « histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire ». L’intrigue se déroule à toute vapeur entre Paris Saint-Lazare et Le Havre, sur la voie express reliant la capitale à la porte de l’Atlantique.

 

Zola imagine la littérature comme une annexe de la science. Fasciné par les progrès technologiques d’un XIXe siècle en pleine révolution industrielle, il ne conçoit pas d’écrire sur un sujet, quel qu’il soit, sans se documenter solidement. Il adhère notamment à la théorie de la psychologie des peuples, du philosophe Hippolyte Taine, basée sur la croyance en l’existence de trois forces primordiales auxquelles aucun individu ne peut échapper : « La race, le milieu, le moment ». Il croit en l’expérimentation scientifique prônée par Claude Bernard dans le domaine de la médecine et il l’applique à tous les domaines, y compris l’écriture romanesque. Il est enfin un fervent admirateur du Dr Prosper Lucas, auteur en 1850 d’un célèbre Traité de l’hérédité naturelle, dispo...
 

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[Sons] Rassemblement en soutien aux lanceurs d’alerte de l’HP du Rouvray

Ce mardi 30 juin 2020 se tenait un rassemblement à l'hôpital psychiatrique du Rouvray afin de soutenir les deux soignants visés par un Conseil de discipline pour avoir dénoncé une note interne de la direction, en mars dernier, enjoignant le personnel à réutiliser des masques jetables et à ne pas en donner aux patient·es, mêmes atteint·es par le virus.

Le Conseil de discipline de Philippe a eu lieu le 24 juin, celui de Thomas ce 30 juin. Les délibérations ne sont pour l'instant pas connues. Les deux soignants risquent entre 3 mois et 2 ans de suspension sans solde. Pour un aperçu plus complet de la situation, lire par exemple « Non aux procédures-bâillons au Rouvray ! », un communiqué du comité de soutien aux personnels en lutte du Rouvray.

Entretiens et ambiances ce 30 juin sur le parvis de l'administration, alors que Thomas entre au Conseil de discipline.

Écouter les séquences (le déroulé précis est sous le lecteur) :

Lien de téléchargement sur l'Internet Archive : https://archive.org/details/Rouvray-30juin20

Déroulé des séquences :

  1. Ambiance : haie d'honneur pour Thomas et slogan « Masqué·es mais pas muselé·es ! »
  2. Entretien : Agathe, infirmière CGT au Rouvray et défenseuse de Philippe lors de son conseil de discipline, fait le point sur la situation et parle de comment se passe un conseil de discipline.
  3. Entretien : Nicolas, soignant et Blouse noire, lui-même convoqué à un entretien disciplinaire, évoque le Camping à la Ferme ta gueule organisé il y a deux semaines sur les pelouses du Rouvray.
  4. Entretien : Lionel, Yohan et Yann, trois « perchés du Havre », parlent de leur mobilisation d'il y a deux ans au sein de l'hôpital psyhciatrique Pierre Janet. Des soignants étaient restés 16 jour sur le toit pour demander des moyens pour le soin.
  5. Entretien : Delphine Glachant, psychiatre membre de l'Union syndicale de la psychiatrie (USP) et présidente du Printemps de la psychiatrie, revient sur le que ce dernier a fait paraître en soutien au Rouvray et sur le combat contre la psychiatrie maltraitante.
  6. Tribune : Pascal Diaz, de SUD et du Printemps de la psychiatrie, sur la grande mobilisation dans la psychiatrie en 2018 et sur la répression des soignant·es aujourd'hui en Seine-St-Denis et ailleurs.
  7. Tribune : Yohan de l'Hôpital Pierre Janet, sur la répression des « perchés » du Havre et le fait que les expert·es du sin sont les soignant·es + Agathe du Rouvray sur les constats d'huissiers que les directions multiplient non pas pour les soins mais pour la répression de la contestation.
  8. Tribune : Martin Pavelka, pédopsychiatre en Essonne et membre du collectif des 39 contre la nuit sécuritaire, lit un extrait du communiqué du Printemps de la psychiatrie, « Non à la dictature des directeurs », et dénonce l'incompétence des managers dans le soin.
  9. Tribune : Delphine Glachant sur le refus de son service psychiatrique d'appliquer les consignes sanitaires maltraitantes lors du confinement à l'hôpital Les Murets dans le Val de Marne.
  10. Tribune : Isabelle de SUD Santé Sociaux, sur la situation catastrophique de la psychiatrie actuellement, pour les patient·es comme les soignant·es.
  11. Tribune : Bruno, ancien gréviste de la faim du Rouvray, lit un billet d'humeur de Christophe Prudhomme, médecin urgentiste CGT, sur la répression dans les services hospitaliers aujourd'hui.

La police comme symbole de la masculinité en crise

ARTICLE INITIALEMENT PARU SUR TROU NOIR.ORG

Le véritable mensonge n'est pas celui que l'on fait aux autres, mais celui que l'on se fait à soi-même. C'est la façon dont nous piétinons quotidiennement nos propres perceptions. Si bien que tant qu'il ne sera pas question de vérité, il ne sera question de rien [1]. Voilà ce que Nicole Belloubet essaya d'enterrer par ses déclarations assurant qu'il n'existait pas de comparaison possible entre l'affaire George Floyd et celle d'Adama Traoré.
Le 25 mai 2020 à Minneapolis (Minnesota, États-Unis) George Floyd est interpellé par quatre policiers, plaqué au sol et immobilisé violemment, l'un des policiers exerçant une pression du genou sur son cou pendant neuf minutes. Son agonie et son décès sont filmés par des passants. Il déclare à plusieurs reprises qu'il ne peut plus respirer.
Cette scène se répète tristement et la liste est longue. Adama Traoré et Cédric Chouviat sont décédés récemment dans des circonstances analogues.
Les commentateurs français de la mort de George Floyd n'ont cessé de rappeler à quel point les États-Unis et la France étaient des pays différents, avec une société et une histoire différente. Soit.
Mais ces différences ne dissimulent pas le fait qu'il s'agit ici d'une unique situation politique. La « bavure » n'est pas un fait isolé ou une exception, mais ce qui caractérise le fonctionnement routinier de la police. Est-il encore possible de nier que les évènements que nous venons de citer sont inséparables de l'affaire des policiers de Rouen ou des révélations du site d'information streetpress.com concernant l'existence de groupes Facebook de milliers de membres, tous, issus des forces de l'ordre (policiers et gendarmes) et dont les messages et commentaires sont racistes et sexistes ?
Cette actualité funeste a pour mérite de mettre en lumière certains aspects systémiques de l'institution policière. Le racisme, la misogynie et le suprémacisme blanc sont des éléments communs aux différentes forces de police occidentale. Et parce qu'elle est une institution qui pour fonctionner doit bénéficier de la confiance de tout un chacun et jouir d'une réputation d'exemplarité et d'impartialité, la police est dorénavant exposée comme une institution en crise. C'est en analysant ses formes de discours (écrits et oraux) que l'on comprendra que non seulement il ne s'agit pas de situations éparses contenant des similitudes, mais qu'il s'agit bel et bien d'une même situation se prolongeant à l'infini, mais par ailleurs que la crise dont nous parlons est une crise de la masculinité dont la police est le symbole. Dès qu'il s'agit de regarder d'un peu plus près les idées, les représentations et le rapport au monde des policiers, c'est à chaque fois la dimension politique de la sexualité qui fait irruption dans le discours, le policier étant par excellence le garant de l'ordre symbolique masculin. Or, nous le verrons, ces discours ne sont pas réactifs. Ils sont construits, représentent des tendances et sont structurés par des idées politiques. Ils ont également une histoire et des ancêtres.
Notre étude de cette crise de la masculinité aura pour ambition de contribuer au formidable mouvement mondial contre le racisme et les crimes de la police dont Black Lives Matters s'est fait le relais, poursuivi en France par des collectifs comme Justice pour Adama.

QUESTION DE GENRE : LA MISOGYNIE

Décembre 2019. Alex, un policier noir de 43 ans, en poste à l'unité d'assistance administrative et judiciaire (UAAJ) de Rouen constate, sur le téléphone d'un collègue, que son nom est cité dans les messages d'un groupe WhatsApp composé d'une dizaine de policiers. En y regardant de plus près, il prend la mesure du racisme et de la misogynie des propos qui sont endémiques au sein de ce groupe. Le témoignage d'Alex est accessible ici.
Le discours des policiers à propos des femmes suit un schéma précis. D'abord, il s'agit d'une plainte. Chaque individu se plaignant des femmes. Femmes, toujours mentionnées au pluriel et toujours anonymes. Leur discours trahit une terrible envie de reconnaissance et une haine envers les femmes de ne pas percevoir leurs valeurs. Derrière les critiques, derrière le racisme plane cette question qui résonne en chacun de ses hommes : pourquoi pas moi ?
« Après, pour ce qui est des filles comme tu disais qui aiment bien les bâtards, parce qu'en fait, pour elles, c'est des mecs qui représentent la sécurité, tu vois, elles se sentent en sécurité avec des gros bâtards comme ça, parce que les mecs comme toi et moi qui sont trop gentils tu vois, qui ne sont pas des connards ou des cassos, elles les croient beaucoup trop faibles ».
Parlant de ses échanges avec ses collègues féminines, un des policiers avance que si les femmes de son unité prenaient connaissance de ses opinions politiques, plus aucune ne lui tournerait autour. Le policier se reprend et finit par dire : « ne m'adresserait plus la parole ».
Il faut donc comprendre que chaque interaction avec une femme est perçue comme un rapport sensuel en puissance.
« Tôt ou tard, elles vont finir par le payer quand il y aura l'effondrement économique ils ne sauront pas les protéger par exemple ».
En second lieu, il s'agit pour ces hommes de retrouver leur puissance perdue, leur masculinité. D'un côté, le besoin vital d'amoindrir les femmes, d'en faire des êtres à protéger, mais aussi à encadrer de par leur irrationalité. De l'autre, l'exaltation du groupe des hommes passant par le partage de pratiques communes, ici l'achat illégal d'armes à feu, phallus retrouvé, puissance reconquise.
« Moi par exemple, je suis un mec qu'elles trouvent beaucoup trop faible et beaucoup trop gentil. Méfie-toi de l'eau qui dort. Parce que moi, j'ai des armes par contre. Donc, avec des armes, je serais capable de pouvoir défendre, la défendre mieux que le gros bâtard qu'elle à choisi. Mieux que son singe ».
Un autre trait marquant de ces propos concerne l'irruption du sexuel dans le champ social dès l'apparition d'une femme. Le rapport désir/haine exprimé dans les propos virils vient doubler le discours sur le féminin, l'être à protéger devient l'être faible et vil.
« À la limite, ya que des pétasses comme X qui peuvent encore survivre parce que suivant quelle bite elles vont sucer, elles survivront. »
On retrouve ce même discours doublé lors de l'unique moment ou la catégorie « les femmes » acquiert une coloration politique :
« Ya les féministes, tu sais pas sur quelle fesse elles dansent ces grosses putes ».
Si les policiers parlent toujours des femmes, des choix des femmes ou du comportement des femmes, c'est que s'exprime en eux, l'impossibilité d'un rapport épanoui avec celles-ci.
Le désir qui transpire partout de ses discours haineux vient s'écraser sur le mur de la représentation sociale.
Parce qu'ils sont « trop gentils », ces hommes vivent leurs relations avec les femmes sous le poids du mépris ou du défaut de reconnaissance de celles-ci. Eux, les hommes bien, les gardiens des valeurs et du respect passent au second plan, mâles bêta, sous-hommes.
''Le subalterne [2] , c'est celui que ceux qui sont comptés, qui ont leur place dans la société, ne calculent pas. La subalternité sexuelle, c'est le fait de ne pas “compter” pour les autres, sous l'angle de la sexualité — de ne jamais être calculé quand la sexualité est en jeu dans les relations humaines'' [3].

INCELS

Les discours et attitudes des policiers dont il est question trouvent un écho particulièrement troublant dans les communautés incels [4].
La construction de ce genre de discours se retrouve partout en occident, particulièrement sur les réseaux sociaux. Les réseaux sociaux permettent un en-dehors qui se superpose à la réalité. Alors que les policiers sont en service, ils vivent un en-dehors paradoxal, sans filtre, total.
Plainte contre l'injustice de ne pas avoir accès aux femmes, d'être rejetés par celles-ci au profit d'hommes jugés inférieurs, besoin d'affirmation de sa virilité contre la « faiblesse » des femmes, tels sont les fondements de ces communautés virtuelles réunissant des dizaines de milliers d'hommes. Non seulement leurs idées à propos des femmes sont identiques, mais en outre l'articulation des idées, les constructions grammaticales, les expressions se confondent de manière terrifiante. Preuve d'une crise de la masculinité et de ses représentations. Crise profonde. Crise occidentale. Crise dont la visibilité se manifeste au travers de ses éléments les plus clivants. Le Southern Poverty Law Center, qui surveille les idéologies haineuses aux États-Unis, vient d'ajouter des groupes de « suprémaciste masculin », dont les Incels, dans sa cartographie.
Elliot Rodger, étudiant californien métis issu d'une famille bourgeoise d'Hollywood, se fit tristement connaître par l'assassinat de cinq personnes. Il en blessa quatorze autres avant de se donner la mort. Dans le récit posthume de sa vie, My Twisted World : the story of Elliot Rodger, celui-ci expose son mal-être et sa solitude provoqués par le rejet des femmes.
« Comment un garçon noir, inférieur et laid pouvait-il avoir une fille blanche et pas moi ? Je suis beau et je suis à moitié blanc moi-même. Je descends de l'aristocratie britannique. Il descend d'esclaves. Je le mérite plus. »
« Il n'y avait plus aucun intérêt à ma vie. Je n'allais jamais perdre ma virginité. Je n'allais jamais avoir de petite amie. Parce que les filles sont repoussées par mon apparence, je n'allais jamais avoir d'enfants et transmettre mes gènes. La seule façon dont j'aurais pu être assez digne de belles filles, c'est si je devenais riche à un jeune âge, et la foi en cette possibilité s'était évanouie. Il n'y avait plus d'espoir. Je n'aurais jamais de relation sexuelle, jamais d'amour, jamais d'enfants. Je ne serai jamais un créateur, mais je pourrais être un destructeur. La vie a été cruelle avec moi. L'espèce humaine m'a rejeté toute ma vie, malgré le fait que je sois un gentleman idéal et magnifique. »
« Le mal ultime derrière la sexualité est la femelle humaine. Elles sont les principales instigatrices du sexe. Elles contrôlent quels hommes l'obtiennent et lesquels n'y ont pas droit. Les femmes sont des créatures imparfaites. Elles pensent comme des bêtes et en vérité, elles sont des bêtes. Les femmes sont incapables d'avoir une morale ou de penser rationnellement. Elles sont complètement contrôlées par leurs émotions dépravées et leurs impulsions sexuelles viles. Pour cette raison, les hommes qui expérimentent les plaisirs du sexe et le privilège de se reproduire sont les hommes qui attirent sexuellement les femmes… des hommes stupides, dégénérés et odieux. J'ai observé cela toute ma vie. La plus belle des femmes choisit de s'accoupler avec le plus brutal des hommes, au lieu de magnifiques messieurs comme moi. Les femmes ne devraient pas avoir le droit de choisir avec qui s'accoupler et se reproduire. Cette décision devrait être prise par des hommes intelligents et rationnels. »
Nous exposons ici ces longs extraits, car Elliot Rodger est devenu une icône de nombreux incels, et son discours est emblématique de la misogynie contemporaine cherchant à colmater les escarres de la masculinité.
Comme le soulignent brillamment Alain Naze et Alain Brossat dans Ordo Sexualis, le fétichisme du « choix individuel », le fait d'être choisi comme partenaire par une femme, de sortir du lot, d'être élu, repose largement sur un mensonge. C'est d'ailleurs pour cette raison que les hommes dont il est question ici conçoivent le féminin uniquement au pluriel. « Les femmes ne me comprennent pas ». « Les femmes ne m'ont pas choisi ». « Pourquoi n'ai-je pas été choisi ? ». Le choix serait ainsi une sorte de code secret entre VÉNUS et MARS. Or, on voit bien comment l'énoncé du choix individuel va se mettre à « fuir en flots saumâtres lorsque le sujet individuel qui énonce ses préférences, le fera dans des formes comme : “Moi, je ne coucherai(s) jamais avec un Arabe !” ou, aussi bien, inversement : « Moi, je ne baise qu'avec des Noirs, jeunes de préférence ! », etc. Que les choses s'énoncent ou se pratiquent dans l'horizon d'une catégorisation implicite ou explicite des partenaires sexuels éventuels, dans des termes positifs (le désirable) ou négatifs (le non désirable) — c'est chaque fois la dimension politique de la sexualité qui revient au galop [5].

DISCRIMINATION SOCIALE

Qu'il soit question des hommes « gentils » ou « protecteurs » de la police de Rouen ou de l'archétype du gentleman affirmé par Elliot Rodger contre les Chads [6], la question sociale, celles des statuts des symboles et des valeurs, prend une importance particulière. Car la volonté de rétablir l'ordre, la volonté de retrouver la place symbolique de l'homme, s'exprime non seulement par la misogynie, mais également par la domination de ses hommes sur d'autres par leurs statuts, leurs emplois, leur naissance ou leur prestige.
« Moi, je vous le dis, c'est officiel, avec ce que je viens d'entendre, c'est une pute à nègre. C'est même sûr. Le problème, c'est que de la part d'une fille de prof, à la limite, je comprends, pour moi c'était logique. Mais son père est CRS putain ».
Ici, le prestige et le respect associé à une fonction, à une fonction « de la maison », à une fonction familière, sont placés au-dessus des rapports humains entretenus avec la femme dont il est question. Le sous-texte de cet extrait est évidemment celui qui consiste à dire que les professeurs, en plus de ne faire que discourir en opposition au policier qui est garant de l'action, ne sont que des agents du désordre, des gauchistes qui entretiennent les idées reçues et la mauvaise image de la police. Le glissement vers le registre politique permet de marquer une rupture symbolique dans le rôle des professions respectives. Pour les policiers, la fonction de « gardien », de « protecteur » de l'ordre social et de ses valeurs est incompatible avec des fonctions et des métiers qui favoriseraient la dissidence, l'esprit critique ou le désordre.
La fonction de « protection » dans la police est particulièrement importante, c'est elle qui réalise l'opération métonymique par laquelle le policier devient l'homme en général. Protéger prend un sens double ici. Protéger physiquement devient protéger financièrement. Le salaire jouant comme critère de virilité, de fiabilité, de constance.
« Tôt ou tard, elles vont finir par le payer quand il y aura l'effondrement économique, ils ne sauront pas les protéger par exemple ».
« Ce que ces putes n'ont pas compris, c'est que ça a beau être des racailles, des cassos… ».
Le mot « cassos » est charnière puisque sans définition précise, il permet de définir deux camps irréconciliables. Celui des hommes « bien », des bons pères, des bons agents. Avec des valeurs, une stabilité et un rôle social. Et de l'autre, celui des gens de peu de moyens bénéficiant d'aides pour réussir à vivre, cachant en réalité pêle-mêle les banlieusards, les pauvres, les non-blancs, les marginaux et tout ce que la gauche extra-parlementaire compte de militants et d'irréductibles.
Le discrédit lié aux moyens financiers est une manière d'affirmer une masculinité contre une autre.
Celle de l'honnête salaire, contre celle du trafic illégal.
Le 4 juin dernier, StreetPress publiait une enquête de Ronan Maël révélant que des milliers de fonctionnaires de police (plus de 8000 membres) partageaient des messages et des montages racistes et sexiste au sein d'un groupe Facebook privé.
À la suite de la publication d'un article sur ce groupe s'intitulant : “Assa Traoré (Justice pour Adama) lance un appel à soutenir Camélia Jordana sur les réseaux sociaux”, un déferlement de propos haineux est immédiatement venu le commenter.
« Cela doit être dur financièrement… maintenant que son frère à rejoint le commun des mortels, elle ne peut plus jouir des recettes du trafic de stupéfiants de ce dernier… ah mince »
« Elle le fait gerber avec sa tête de raclure et ses idées de Cassos »
Le discours des policiers opère une marginalisation voire une pathologisation de la condition sociale. C'est l'homme sain, le géniteur, le père qui sépare le bon grain de l'ivraie, l'avenir (de ceux qui le méritent) du parasitisme.

RACISMESUPREMACISME BLANC

La binarité du monde qui s'exprime entre deux types d'hommes, les bons et les mauvais, trouve sa clé de voûte dans le racisme (dans le choix des mots, des injures, des oppositions) et le suprémacisme blanc (en ce qui concerne l'idéologie, largement construite et véhiculée par l'extrême droite). C'est ainsi que l'idée d'une guerre civile raciale imminente semble une évidence partagée pour les policiers de Rouen :
« Moi, ce qui m'étonne le plus, ce sont les pompiers qui essaient d'éteindre un feu et les fils de putes de la gauche de merde les en empêchent. Non, balle dans la tête en fait, parce que t'es une merde. T'es une merde de gauche, tu mérites de mourir. »
« Donc, vivement la guerre civile, vivement l'effondrement. Et moi je pense qu'il n'y a pas que la diversité qui va prendre cher, je pense que la gauche aussi, il va vraiment falloir éliminer ces fils de putes ».
« Il reste quelques années avant l'effondrement, de toute façon la guerre raciale est inévitable, ça, c'est clair et net. C'est juste une question de temps ».
« J'attends qu'une chose, c'est que tous ces gens crèvent. Voilà, je n'ai plus envie de sauver les gens. Je me dis que tous ces gens doivent crever. Ça régénérera l'espèce humaine et surtout la race blanche. Voilà, quand les gonzesses s'offrent à des nègres ou à des bougnoules je m'en bas les couilles si après elles se font démonter la gueule, buter, tout ce que tu veux. T'as voulu la couleur ? Maintenant il faut que tu paies la redevance ».

Le racisme est central dans les constructions mentales qui s'expriment ici. Les policiers utilisent le critère racial pour séparer deux types d'hommes. L'étranger, l'immigré, le racisé, le coloré et ainsi de suite se retrouvent magnétiser dans un archétype masculin qui incarne tous les problèmes sociaux dans les rapports entre les hommes et les femmes. Qui incarne également tous les problèmes sociaux dans le rapport des hommes à la France.
La forme même des échanges vient accentuer le phénomène. Ainsi, l'article de StreetPress sur les échanges racistes de la police expose des commentaires à propos du rassemblement contre les violences policières, organisé par Assa Traoré le 2 juin à Paris :
« Paris ? J'ai un doute qu'on soit encore en France. »
« C'est noir de monde ! »
« Non, c'est noir de merde ! »
« C'est un peu comme le naufrage d'un pétrolier ? »
“Les KFC vont se gaver ce soir…... »

Le groupe Facebook dont il est question ici fonctionne en relayant puis commentant des articles d'actualité mettant en jeu une dimension de sécurité publique. Or, ce qui est permis par un tel fonctionnement, est la superposition, sur la réalité de chacun, d'un discours et d'une manière de penser permise uniquement par son absence de matérialité et son anonymat (les groupes sont privés, et personne n'affronte le regard des autres dans ces échanges. La dimension sociale qui consiste à assumer un discours est ici soustraite). De ce fait, le racisme qui pourtant est central dans le façonnage sensible du monde tel qu'exposé dans nos exemples est simplement perçu comme un choix individuel et privé n'affectant pas sa vie sociale. Les évidences sensibles interfèrent dans les choix individuels, quand ils ne les prédéterminent pas. La masculinité en crise dont nous traitons, avance des éléments qui ont trait à l'ethnicité, au genre, à la condition sociale, aux caractéristiques physiques ou à la religion pour former une grille de lecture intelligible du monde dans lequel chaque mâle serait au centre et débarrassé de la concurrence dont la virilité ou les attributs étaient purs injustice. Toutefois, la crise de la masculinité n'est pas un phénomène nouveau. C'est une récurrence qui possède une histoire et dont l'exploration sommaire permettra de mieux appréhender le présent.

MASCULINITÉ EN CRISE : L'HOMME DE LACOLONISATION

“Le vice a tenu sans doute encore plus de place que le pétrole dans ce qui s'est terminé par la capitulation d'Évian.”
C'est par ces mots que le pamphlétaire André Figueras décrivit la crise que traversait la France au début des années 60. Après la guerre, la société française fut transformée de fond en comble : la France qui était encore un pays catholique foncièrement rural et impérialiste se mua en un pays urbanisé, pleinement industrialisé et privé de ses colonies. Les Français eurent tendance à décrire ces changements intervenus dans leur mode de vie en termes de “brutale transformation”. La rapidité avec laquelle fut menée l'entreprise atteste que ces éléments, sans lesquels n'eût pu s'effectuer la modernisation, firent irruption, avec toute la force, l'excitation, la violence et l'horreur de l'authentique nouveauté. Dans Rouler plus vite, laver plus blanc, modernisation de la France et décolonisation au tournant des années 60, Kristin Ross soutien qu'une étude approfondie du discours produit à l'époque montre qu'en fait, l'adjectif “nouveau” fut le plus fréquemment accolé à un autre terme : celui d'homme. Au cours de cette décennie, l'apparition de l'“homme nouveau” et l'émergence d'une nouvelle conception de la subjectivité masculine ou virile furent proclamées, célébrées, analysées et débattues de toutes parts [7].
L'extrême droite joua un rôle décisif dans ces débats. Après 1962, elle imposa un discours dialectique dans lequel le ciblage de la masculinité des Arabes était décrit comme déviante. Des expressions telles que “appétits masculins brutaux”, “hypervirilité aberrante” ou “besoins sexuels incontrôlables” provoquaient à la fois la haine contre des hommes représentant une menace (menace guerrière, mais également menace pour l'intégrité de la France métropolitaine et pour les femmes françaises), mais également la jalousie face a la puissance de la virilité algérienne. D'autre part, l'efféminement décadent du Français l'avait rendu incapable de se battre. Il était symboliquement l'émasculé. Todd Shepard, dans le premier chapitre de Mâle décolonisation intitulé : L'extrême droite et le renouveau de l'orientalisme sexuel dans la France de l'après-décolonisation, souligne que la circulation permanente d'images et de récits d'émasculations, de violences sexuelles ou de mutilations génitales censées avoir été subies par l'armée française déstabilisa les Français dans leur regard sur la masculinité.
Dans les années 60, la principale tactique adoptée par les auteurs et militants d'extrême droite consista à mettre en scène la guerre d'Algérie comme théâtre d'une guerre de la virilité. En outre, comme le souligne l'historien Kevin Passmore, la France, dans ces discours, était considérée comme corrompue, assimilée à une “putain” livrée à la luxure, aux pulsions et aux fantasmes.
Enfin, Todd Shepard souligne que pour l'extrême droite, la libération sexuelle était le dernier péril en date à venir menacer la race blanche. Un article de la revue extrémiste Révolution européenne, en 1965, montre à quel point, dans ce milieu, l'inquiétude régnait : “Homosexualité, érotisme : il s'agit là d'une arme utilisée contre les peuples blancs”.
Kristin Ross montre que le tournant des années 60 ne peut être appréhendé qu'en maintenant le parallèle entre deux histoires, celle de la modernisation et celle de la décolonisation. Celles d'un pays dominant/dominé, exploitant des populations coloniales au moment même où il se trouve amené à collaborer ou fusionner avec le capitalisme américain. Le colonialisme extérieur se convertit alors en “colonisation de la vie quotidienne”.
C'est toujours sur fond de crise que viennent se greffer et se développer des antagonismes comme la masculinité que nous examinons aujourd'hui. Les discours d'extrême droite façonnent des représentations du masculin, opposant le Français et l'Algérien à un moment où les archétypes du masculin étaient en mutation. La crise ne provoque pas un vide ou un chaos dont bénéficiaient par opportunisme les éléments extrêmes. Au contraire, c'est la production d'un discours qui va venir traduire le réel, qualifiant celui-ci de crise.

CONCLUSION

Notre exemple sur la construction discursive de la masculinité par l'extrême droite dans les années 60 nous amène à percevoir la masculinité comme une somme de discours, de concepts, de perceptions qui échappent à la réalité sociale et affective des individus. En ce sens, elle se rapproche d'une idéologie puisqu'elle vient travailler le réel, la vie des gens, les liens tout en leur étant extérieur. En un sens, la police en est un certain reflet. Dans La naissance de la police moderne, Paolo Napoli relate la manière dont cette institution est construite hors de la règle commune, de la communauté et du droit : “la police, à ses débuts, n'est pas une entité juridique, mais un pouvoir de fait. Si son histoire est aussi celle de sa progressive inclusion dans le monde du droit, sa matrice, elle, est liée aux pratiques concrètes de la communauté dans laquelle elle a vu le jour, précédant toute forme d'élaboration savante. Aucune lecture sociale, institutionnelle ou historico-juridique ne peut ignorer cette naissance ambiguë de la police, qui la situe dans un espace indifférencié entre le droit et le fait. En ce sens, on peut parler d'une institution-limite : ni tout à fait dans, ni tout à fait hors du périmètre du droit.”
L'idéologie masculine trouve un terrain fertile pour son épanouissement dans les crises. Elle trouve sa source dans des éléments et facteurs de catégorisation. Il suffit de porter son regard sur les applications de rencontres amoureuses. Ce qui est perçu et vécu comme un choix individuel d'élire une personne est en réalité le fruit d'un système de catégories dont la fonction est uniquement discriminatoire.
Lorsque les policiers, sur Facebook, se défendent des attaques qui leur sont portées en invoquant l'humour pour qualifier leurs propos, ils repoussent le racisme hors de leur vie expliquant qu'ils connaissent bien le racisme en raison de leur fonction et qu'il ne s'agit pas de cela ici. Chaque individu choisit de se présenter comme tel. Réalité cruelle, il est incontestable que les catégories discriminantes formant le racisme déterminent complètement la vie sociale de ces policiers.
Comprendre les déterminations qui sont à la base de nos discours, tel est l'enjeu politique. Et seule la maîtrise de ceux-ci peut permettre une affirmation, une construction qui s'oppose pan par pan à la virilité de la police, pièce maîtresse de l'échiquier symbolique de notre temps.

DIVA pour TROUNOIR.org


[1] Maintenant du Comité invisible p.11 éditions la fabrique 2017

[2] Si la subalternité était assumée, alors elle pourrait ouvrir à des rapports construits sous de nouvelles augures, brisant les chaînes des catégories. Bien évidemment il n'en est rien, la subalternité est refoulée. Les mâles bêta haïssent et rêvent d'être des mâles alpha. Conjurant leurs conditions, ils s'accrochent à ce qui devrait leur être dû, à un droit-de-nature, à un fantasme.

[3] Ordo sexualis — Réflexions sur l'ordre [et le désordre] sexuel. Alain Brossat/Alain Naze éditions eterotopia france/rhizome 2019

[4] Incels pour célibataires involontaires désigne des communautés en ligne misogynes dont les membres se définissent comme étant incapables de trouver un partenaire amoureux ou sexuel, état qu'ils décrivent comme célibat involontaire ou inceldom. Ceux qui se proclament incels sont presque exclusivement de sexe masculin.

[5] Ordo sexualis — Réflexions sur l'ordre [et le désordre] sexuel. Alain Brossat/Alain Naze éditions eterotopia france/rhizome 2019 chapitre 4 : D'un prétendu droit de baiser

[6] Un chad est un homme considéré comme un prince charmant. Il suscite l'attention et les faveurs sexuelles des femmes. Ses attributs sont ceux de la beauté et de la virilité.

[7] Kristin Ross. Rouler plus vite laver plus blanc. Modernisation de la France et décolonisation au tournant des années 60. Éditions Flammarion, 2006.

Conseil Municipal

Le prochain conseil municipal aura lieu le 4 juillet 2020.
Le prochain conseil municipal se déroulera au sein de la salle de l'Union le samedi 4 juillet à 10h45 dans le respect des règles sanitaires.
Le masque est obligatoire pour le public. Ordre Du Jour Conseil Municipal Du 04-07-20Lire plus de publications sur Calaméo

- Conseil Municipal

TOURNOI TCN 2020

TENNIS CLUB NEUFCHATEL

Du 29 juin au 12 juillet 2020

Le tournoi du TC Neufchâtel en Bray est lancé, depuis ce lundi 29 juin. Tous les jours les matchs vont s’enchainer et le niveau de jeu va monter progressivement jusqu’au dimanche 12 juillet ou se dérouleront les finales. Biensûr ce tournoi se déroulera avec le respect du protocole « phase 3 » élaboré par la FFT en collaboration avec les services de l’état, permet la reprise des compétitions officielles ; même si le respect de règles sanitaires est un peu contraignant c’est un vrai soulagement pour tous les passionnés de tennis.
Pendant cette quinzaine, vous retrouverez sur Braysports.fr toutes les photos et vidéos de votre tournoi.

Cliquez sur l’image pour visiter les sites partenaires du tournoi.
BRAYSPORTS. – FINALES DIMANCHE 12 JUILLET 2020 – SERIE N°13

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BRAYSPORTS – DIMANCHE 12 JUILLET MATIN – SERIE N°12

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BRAYSPORTS – VENDREDI 10 JUILLET 2020 – SERIE N°11
BRAYSPORTS – JEUDI 9 JUILLET 2020 – SERIE N°10

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BRAYSPORTS – MERCREDI 8 JUILLET 2020 – SERIE N°9
BRAYSPORTS – MARDI 7 JUILLET 2020 – SERIE N°8

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BRAYSPORTS – LUNDI 6 JUILLET 2020 – SERIE N°7
BRAYSPORTS-DIMANCHE 5 JUILLET 2020 – SERIE N°6

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BRAYSPORTS – SAMEDI 4 JUILLET 2020 – SERIE N°5
BRAYSPORTS – VENDREDI 3 JUILLET 2020 – SERIE N°4

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BRAYSPORTS – JEUDI 2 JUILLET 2020 – SERIE N°3
BRAYSPORTS – MERCREDI 1 JUILLET 2020. -SERIE N°2
BRAYSPORTS – MARDI 30 JUIN 2020 – SERIE N°1

François HULBERT: sortir du jeu de dupes Etat/Régions

Sur le site de la revue "Front Populaire" fondée par le philosophe normand Michel Onfray qu'on ne présente plus, un débat très intéressant est enfin ouvert sur la question régionale et la décentralisation.

Dans les grands médias dits "nationaux", ce débat n'a pas lieu d'ordinaire pour lui même et de façon sérieuse sauf sur de rares médias spécialisés tel que le nôtre. Nous saluons donc la volonté de la rédaction de la revue "Front Populaire" de publier des textes intelligents et sérieux sur cette question trop souvent caricaturée ou instrumentalisée par la politique politicienne nationale au point d'engendrer des réformes monstrueuses de la carte régionale telle que celle de 2015 à l'exception notable sinon unique de la Normandie...

francois-hulbert-publie

En attendant de prochaines contributions stimulantes, nous avons repéré celle de François HULBERT professeur émérite de géographie régionale à l'université "Paul Verlaine" de Metz..

François Hulbert n'est pas un inconnu sur l'Etoile de Normandie... Archives:

http://normandie.canalblog.com/archives/2010/05/10/17848418.html

http://normandie.canalblog.com/archives/2013/10/23/28270198.html

http://normandie.canalblog.com/archives/2015/03/12/31694277.html

En 2012, nous avions eu le projet d'inviter François Hulbert pour notre séminaire "Normandie" de l'université populaire de Caen. Pour des questions d'ordre pratique, ce projet n'avait pas pu aboutir...

http://normandie.canalblog.com/archives/2012/11/23/25650628.html

Compte tenu des urgences politiques actuelles, notamment celle de penser enfin de façon sérieuse l'idée régionale notamment du côté de l'opinion souverainiste où l'on continue de confondre unité nationale et centralisme parisien jacobin car l'idée régionale continue de leur faire peur (crainte du régionalisme séparatiste genre crème catalane brûlée...) nous allons très certainement proposer de nouveau à François Hulbert d'intervenir dans notre séminaire "Normandie" de l'université populaire de Caen lors de la prochaine session 2020/2021 où il sera question, justement, d'étudier l'apport de l'idée régionale à l'effort de reconstruction d'une souveraineté nationale française.

François Hulbert, une bibliographie:

https://www.amazon.fr/Millefeuille-territorial-d%C3%A9centralisation-Fran%C3%A7ois-Hulbert/dp/2343045534

https://www.lgdj.fr/en-finir-avec-l-organisation-centralisee-du-territoire-9782296970205.html

https://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=30685&razSqlClone=1

françoishulbert


 Lire ci-après le texte donné par François HULBERT à la revue "Front populaire":

https://frontpopulaire.fr/o/Content/co100072/sortir-du-jeu-de-dupes-etat-regions

Sortir du jeu de dupes Etat/Régions

A quand une grande réforme territoriale permettant enfin de sortir la France du centralisme dans lequel elle reste enlisée depuis trop longtemps et qui se trouve aujourd’hui renforcé par l’exercice du pouvoir d’Emmanuel Macron?

La gestion centralisée de la crise sanitaire par l’Etat et le gouvernement a montré ses limites et ses incohérences, et les initiatives locales et régionales leur pertinence. Paris a eu besoin des régions, au point que Le Monde dans une chronique du 3 juin dernier a titré sur "La revanche de la province". Revanche bien passagère toutefois si elle ne se transforme pas en un mouvement des élus territoriaux exigeant un nouveau partage des pouvoirs et des moyens entre la capitale et les régions, c’est-à-dire une véritable décentralisation.

Depuis des décennies, tous les gouvernements de droite comme de gauche ont eu des ministères en charge de la décentralisation. Pourtant la concentration à Paris des pouvoirs et des moyens reste entière, tout comme le grand déséquilibre démographique, économique et politique entre l'Ile de France et le reste du pays.  L’organisation centralisée du territoire s’est même renforcée avec le développement des réseaux aériens et ferroviaires (TGV) centrés sur Paris. Les collectivités territoriales ont contribué de multiples façons à la mise en place de ces réseaux qui consolident le centralisme par la multiplication des liaisons quotidiennes avec Paris.  

Comment accorder de la crédibilité aux élus locaux et régionaux qui pratiquent ce double jeu consistant à accroître leurs liens avec la capitale, tout en déplorant leur dépendance croissante à l’Etat central et leur manque d’autonomie? Se contentant le plus souvent de gémir et de subir, au lieu de s'unir pour agir autrement, les collectivités territoriales sont devenues les complices du centralisme.  

Les régions, les départements, les villes ont toujours conçu leur désenclavement par rapport à Paris, alors qu’il pourrait en être autrement si de véritables métropoles existaient dans l’hexagone. Mais pourquoi créer des métropoles dignes de ce nom, avec de grands équipements et services de haut niveau,  puisque Paris les concentre en les rendant de plus en plus accessibles? Dans bien des cas il est souvent plus aisé et rapide de s’y rendre que d’atteindre sa capitale régionale ou une grande ville de sa région.   

Le statut de métropole régionale est d’abord défini et octroyé par l’Etat central. Les agglomérations se sont battues pour l’obtenir et bénéficier des subventions et dotations qui s’y rattachent, feignant d’ignorer que ce type de fonctionnement ne leur donne aucun pouvoir de décision dans le sens d’une décentralisation véritable. Prises dans leurs contradictions, les régions ont toujours accepté ce mécanisme piégé qui permet à Paris de continuer à régner sans partage sur l’hexagone.

Les politiques visant la décentralisation et le rééquilibrage du territoire apparaissent alors comme un jeu de dupes auquel ont toujours accepté de participer les régions. Dans une France vraiment décentralisée les collectivités territoriales devraient pouvoir s’appuyer sur de vraies métropoles régionales au lieu de se référer sans cesse à Paris.

Les régions vont-elles encore longtemps tolérer les injustices territoriales comme celle qui permet depuis de nombreuses années au ministère de la multure de consacrer plus de 50% de son budget à Paris et à l’Ile-de-France? Vont-elles continuer à collaborer avec système centralisateur qui a permis à l’agglomération parisienne d'augmenter son PIB par habitant de 3% par ans entre 2008 et 2016, alors qu’il stagnait dans le reste du pays? Vont-elles réagir à la mesure de l’enjeu face au projet du Grand Paris, défini comme une priorité nationale par Emmanuel Macron et qui va engloutir des milliards d’investissement  en cherchant à faire croire aux retombées en régions des politiques de polarisation sur Paris et l’Ile-de-France, alors que les régions savent bien que du festin du Grand Paris elles n’auront que les miettes?

Dans ces conditions que peut-on attendre du "projet de loi 3D" (Décentralisation, Différenciation,  Déconcentration), nouvel emballage de trois concepts ayant perdu toute crédibilité, usés et dénaturés qu’ils sont par l’usage qu’en ont fait depuis des décennies les politiques à tous les niveaux de la pyramide centralisée du millefeuille territorial, alors que la véritable décentralisation est un chantier en déshérence dont on ne voit jamais l’aboutissement?

Ce dont la France a besoin ce n’est pas d’une énième relance de la décentralisation qui, comme les précédentes, ne toucherait pas à cette concentration de pouvoirs et de moyens, d’infrastructures et d’équipements à Paris et au sommet de l’Etat.

Décentraliser "pour de vrai", c’est dégraisser l’Etat central en lui enlevant une partie des compétences, ressources et moyens qu’il détient pour les attribuer aux régions et aux collectivités locales. Les régions doivent acquérir une autonomie de fonctionnement leur permettant de jouer un rôle d’égal à égal avec les autres régions européennes dont les budgets sont généralement de 10 à 20 fois supérieurs.  

Il ne s’agit donc pas de donner plus de pouvoirs aux préfets et d’avoir en régions davantage de fonctionnaires d'Etat, appliquant des politiques venues d’en haut et renforçant encore la centralisation du système. Il ne s’agit pas non plus d'accroître et de réformer les services de l’Etat en régions, comme par exemple les Agences régionales de santé qui sont des sortes de "préfectures sanitaires" chargées d'appliquer la stratégie nationale. Il faut au contraire, et parallèlement aux nouvelles fonctions dont devraient s'emparer les régions, réduire celles de l’Etat central et le nombre de ses représentants: un préfet par région, secondé d’un sous-préfet par département, permettrait de ramener leur nombre à une centaine au lieu de 400 aujourd’hui.

Quant à la remise en cause du Sénat, une réforme pourrait consister à le remplacer par un Sénat des régions. Avec un sénateur par département, élu par les citoyens, ce nouveau Sénat formerait une assemblée comprenant une centaine de parlementaires au lieu de 348 actuellement.

A quand une grande réforme territoriale permettant enfin de sortir la France du centralisme dans lequel elle reste enlisée depuis trop longtemps et qui se trouve aujourd’hui renforcé par l’exercice du pouvoir d’Emmanuel Macron?


 Sur l'objet "région", objet flou non identifié faute de s'y intéresser sérieusement, on lira aussi avec intérêt ce que nous en disaient nos amis géographes de l'université de Rouen, Arnaud Brennetot et Sophie de Ruffray en 2014 au moment où se profilait enfin la perspective du retour à l'unité normande:

https://journals.openedition.org/espacepolitique/3150

Cet article vise, à partir du cas de la Normandie, à montrer comment, malgré les efforts d’institutionnalisation entrepris depuis une cinquantaine d’années (construction des régions administratives, actes successifs de la décentralisation), la notion de région demeure une réalité ambiguë, traversée par des significations hétérogènes qui compliquent son appropriation politique par les acteurs (élus, citoyens, médias). Une enquête réalisée en Normandie sur la perception politique que les élus ont de leur région montre que les différentes significations associées à la notion de région renvoient à des cadres spatiaux disjoints, générant des confusions et des contradictions géopolitiques durables. Les débats récurrents sur l’éventualité d’une fusion des régions Haute-Normandie et Basse-Normandie fournit une illustration significative des ambiguïtés et des blocages existants.

Les Vikings explorent le monde

Des rives de la mer Noire aux côtes de Terre-Neuve - Les Vikings explorent le monde.
Les premiers colons arrivant en Islande. Gravure d’Oscar Wergeland, dans Myths of the Norsemen, Londres, 1909.
(DR)

Extrait du hors-série « Vikings ».
Par Stéphane William Gondoin.

 

Grâce à leurs talents exceptionnels de navigateurs, les Scandinaves ont à la fois pu s’aventurer sur les eaux tumultueuses de l’océan Atlantique et s’engager dans les bassins sauvages des grands fleuves russes. Il leur a néanmoins fallu une incroyable dose de courage et une soif inextinguible de découverte, pour se lancer ainsi dans des aventures teintées des couleurs du Nouveau Monde ou parfumées des senteurs de l’Orient.

Le 18 mai 839, l’empereur Louis le Pieux (814-840) reçoit une ambassade de l’empereur byzantin Théophile (829-842) en son palais d’Ingelheim (Allemagne), tout près de la ville de Mayence. Les émissaires orientaux sont accompagnés de quelques hommes prétendant s’appeler Rhos. Selon les dires de ces derniers, leur roi, le chacanus (khagan), les a envoyés à Constantinople en signe de bonne volonté. Théophile, par la voix de ses représentants, demande à Louis de leur fournir aide et assistance afin qu’ils puissent retourner chez eux en paix. Pour gagner le Bosphore, ils ont en effet dû traverser de vastes étendues parcourues par des peu...
 

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