"Il faut savoir gueuler quand des choses insupportables se passent.
Gueulons ensemble !".
C’est par ces mots que Stéphane Hessel (voir ici), 92 ans,
résistant, déporté, rédacteur de la Déclaration Universelle des Droits de
l’Homme a conclu son intervention au meeting d’Europe Ecologie à Paris, hier
soir.Outre que sa capacité d’indignation face aux injustices est restée intacte
après une telle vie d’engagement(s), son cri est partagé par tous les
candidats, les soutiens et les électeurs d’Europe Ecologie.
Injustices multiples
Comment en effet ne pas être révolté par les injustices flagrantes, de plus
en plus insupportables pour celles et ceux qui les subissent comme une multiple
peine, sociale, environnementale, sanitaire, démocratique,
discriminatoire ? Car bien souvent les victimes de la crise sociale sont
les mêmes que ceux qui subissent les fractures de la société.
Disons qu’on est plus exposé à être victime de la malbouffe quand on est
dans la dèche, la pauvreté ou la misère. Il est plus difficile de se chauffer,
se déplacer, manger, se soigner ou tout simplement ne pas tomber malade quand
on a le portefeuille aussi désert qu’un programme de campagne d’une tête de
liste UMP. Tout le monde peut devenir un jour ou l’autre une victime du
système. Mais certains le sont déjà, et depuis bien longtemps.
Depuis longtemps également, il existe une croyance partagée en la
croissance, ou plutôt la Croissance, avec une majuscule héritée d’un âge d’or
révolu où l’on pouvait tirer tout ce qu’on peut de notre pauvre planète en
redistribuant a minima les fruits de ladite croissance. Les idéaux du Conseil
National de la Résistance se souciaient du bien commun et nous ont légué
quelques réformes comme ce qui allait donner pas moins que (entre autres) la
retraite par répartition, l’assurance maladie, les comités d’entreprise, le
retour à la démocratie, les nationalisations, et, last but not least,
le vote des femmes.
Il semble que, mis à part le vote des femmes et nonobstant la parité des
futurs, en tous cas promis, conseils territoriaux, la destruction des acquis du
CNR soit déjà en marche. Retraite, hôpital, droit des salariés, institutions et
gouvernance, justice, éducation, vente à la découpe des services publics sont à
l’ordre du jour depuis un certain temps déjà…
La donnée « Terre »
Mais le temps de l’insouciance est terminé. Parce que le chômage et la
précarité sont désormais bien installés dans le quotidien, parce que l’hôpital
va super mal, l’école fait la gueule, la justice se serre la vis, la démocratie
fond petit à petit et enfin l’espoir de jours et d’un monde meilleurs est de
plus en plus ténu pour les humains eux-mêmes sur une Terre dont les autres
habitants, végétaux et animaux, bref, la biodiversité paient les pots que nous
cassons.
A l’époque du CNR, les données environnementales, climatiques, énergétiques
n’étaient pas encore dans leur agenda… 20, du vingtième siècle. Car depuis,
l’insouciance a épuisé la planète et laisse les humains au bord du gouffre. Les
inégalités se creusent également à l’échelle des nations et des continents. Les
dégâts économiques, écologiques, démocratiques et sociaux, au Sud, on connaît
depuis bien longtemps. Esclavage, colonisation, mondialisation ont laissé des
marques indélébiles dans le cadre d’une continuité des choix effectués par les
défenseurs de l’ordre établi et finalement du désordre social.
D’où vient notre pétrole ? Notre uranium ? Quel en sont les coûts
humains et environnementaux ? Que fait réellement Areva au Niger ?
Total au Gabon ? Bolloré en RDC ? Quel effet notre mode de vie a-t-il
sur ces pays auxquels on pompe leurs énergies fossiles et à qui on refuse la
souveraineté alimentaire ?
Cinéma et peinture
On ne s’en sortira pas en Haute-Normandie à long terme si le monde ne s’en
sort pas avec nous. Il est vain de croire qu’on peut construire durablement des
îlots de prospérité au milieu de la misère la plus terrible. C’est donc d’un
projet d’une autre société que celle du gaspillage et de la compétition
forcenés dont nous avons besoin. Le monde qui se profile pourrait ressembler à
un improbable mix entre la Planète des Singes, Mad Max, Los Angeles 2013 ou
encore Brazil.
Réjouissant au cinéma mais à vivre, si j’ose dire, bof... C’est pourquoi, il
est terrible de constater qu’au fond, le seul projet de rupture avec le culte
de la productivité qui mène tout droit à un système global totalitaire soit le
projet écologiste. Il ne faut pas croire que nous nous en réjouissons. Car un
projet tenant compte de la réalité du monde dans lequel on vit, ou tente de
survivre est plus important qu’une couche de peinture verte, tirant parfois
vers le vert de gris pour améliorer le décor électoral dans lequel on se met en
scène.
Pour l'écologie, gueulons
On va pas se la péter, comme on dit de nos jours. Europe Ecologie ne vise
pas le grand chelem, ni même la victoire à gauche. Par contre, nous pensons
qu’un vote fort permettrait de faire enfin intégrer à nos partenaires de gauche
que les problèmes écologiques sont aussi des problèmes sociaux et qu’il n’y
aura pas de solution au problème social s’il n’y a pas de solution au problème
écologique.
Pour ma part, je préfère voir un PS et un Front de Gauche aller dans ce
sens, quitte à partager une analyse et proposer des solutions communes . Nous
n’avons pas le monopole de l’écologie, nous dit-on souvent. Certes, mais ce
monopole s’exerce de fait car l’écologie vitrine ou alibi, même avec toute la
meilleur volonté du monde, n’est pas l’écologie politique. Laissez venir à
l'écologie politique les militants...
Alors, pour que ce plaisir soit enfin partagé par nos partenaires, il faut
leur faire savoir dimanche dans les urnes, haut et fort. La Gauche ne se
renouvellera que si elle intègre la question écologique à la question sociale
pour pouvoir proposer une alternative à Sarkozy qui ne soit pas qu’une
alternance.
Et bien pour çà, le Vieux, le sage Stéphane Hessel a une proposition pour
savoir quoi faire avec notre bulletin de vote dimanche: gueulons !